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| Juillet 2009 | ||||||
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Qui n’a pas vu et revu le chef-d’œuvre de Charlie Chaplin, Modern Times, parmi les plus beaux qui soient au monde, dont la perfection tient autant des messages qu’il comporte que de sa magnificence formelle, qui sera éternellement en un florilège innombrable de scènes d’anthologie qui existent autant pour ce qu’elle constituent le film que dans leur unité ?! Le redécouvrir au cinéma est forcément une expérience exceptionnelle, tant chaque plan y résonne plus encore que sur le petit écran d’un redoublement de sens merveilleux – et vous me direz à juste titre que ma remarque n’est pas tant valable pour ce film que pour tout film. Brûlot lyrique qui fustige la société américaine comme aucun autre que Chaplin ne l’aurait ainsi fait, par la démonstration sur le mode de la dérision, Les temps modernes trouve en ces fondements contestataires un intérêt dont on ne saurait réellement prendre conscience qu’en l’éclairant dans le détail. Intérêt d’autant plus évident que l’œuvre de Chaplin tient lieu de témoignage historique sur les méfaits du capitalisme en pleine ère de développement industriel.
Cette ère se définit déjà par l’apparition et l’essor du travail à la chaîne. Chaplin commence par en dégager le caractère aliénant, qui tient en un fait essentiel : la mécanique de gestes qu’il s’agit de répéter à l’infini avec toujours plus de rapidité par soucis de rendement. Cela se traduit chez lui en plusieurs points. Soit, des ouvriers qui n’en arriveraient plus à voir le monde que selon cet éternel geste (resserrer des boulons pour Charlot) jusqu’à la folie (il finit en hôpital psychiatrique) ; leur incapacité stricte de rompre la chaîne quelle que soit la situation (pour éviter les représailles de ses collègues après qu’il les ait échauffé, Charlot relance la chaîne à laquelle les ouvriers sont obligés de s’affairer) ; un respect scrupuleux des horaires de travail par pure mécanique (alors qu’il est poursuivi par un gendarme et se réfugie à l’usine, Charlot n’omet surtout pas de pointer) sinon selon l’incapacité d’échapper à la tyrannie du système (on trouve des écrans de contrôle jusqu’aux toilettes). Le constat qu’il érige trouve enfin son point culminant en une scène par laquelle il nous interpelle sur cette idée que l’asservissement de l’homme à la machine pourrait bien aller jusqu’à l’assister lors de son temps de repas, afin de l’écourter au maximum. La sévérité avec laquelle Chaplin tourne en dérision le raisonnement de l’industrie est hilarante, et Charlot en arrive même à manger du boulon.
Mais alors, Chaplin ne serait-il pas communiste à ainsi dénoncer un fondement essentiel des Etats-Unis, le capitalisme à l’extrême par opposition à la mise en commun des biens par la U.R.S.S. rouge ? Lui-même, en un sens remarquable de l’anticipation, se prémunie de telles accusations. C’est par méprise que Charlot se retrouve chef de file d’une manifestation communiste, aussitôt en cellule qu’il a été pris sur un fait non avéré.
Sa mise au placard lui sert alors à faire le constat marquant de la misère sociale qui prend l’Amérique à la gorge. Pénurie sans cesse croissante de travail ou le pauvre, condamné à voler pour survivre, tombe sous le joug du regard juge de la hautaine bourgeoisie (on en vient à la délation pour un pauvre pain). Apreté de conflits se résolvant brutalement par la société même qui les engendre (devenue orpheline, la fille est séparée de ses sœurs et contrainte de fuir). Pour dire plus clairement les choses, Charlot aimerait mieux retourner en prison après qu’il ait été libéré pour sa conduite exemplaire. A tel point que, de lui-même, il se livre à un gendarme après s’être copieusement restauré sans en avoir les moyens.
Pour se tirer d’une telle misère sociale, Charlot n’a plus que le rêve où trouver refuge. Avec sa compagne de galère, dans une luxueuse demeure où tout est à portée de main, en manière de démesure à laquelle de certains répondent à un désir de confort insouciant des petites gens qui les entourent. La caricature est délicieuse, où Charlot se saisit d’une orange sur l’arbre même qui pousse à l’orée de sa fenêtre de salon, l’effleure à peine pour aussitôt la jeter, alors qu’il progresse vers une cuisine pour récupérer le lait tout frais qui jaillit dans l’instant du pis d’une vache, et savoure un raisin cueilli à même sa grappe… Songe mielleux et prélassant, auparavant d’une aventure cocasse en un cabanon défraîchi et peu chaleureux.
Charlot doit bien gagner sa croûte pour survivre, il se retrouve gardien de nuit d’une grande enseigne. Allant de malchance, il finit une nouvelle fois au trou. Et Chaplin de juger, comme on s’en sera absolument rendu compte par la suite, du renversement du rôle de la police du côté de l’Etat et non de la simple loi : ici, des cambrioleurs s’en tirent au détriment du malheureux ; ailleurs, c’était la traque aux communistes ; par la suite, se sera l’empêchement des grévistes de s’exprimer.
Et quand ce n’est pas lui qui fait les frais des mentalités « supérieures » agressives (il se tire comme il peut des reproches d’un client râleur qu’il sert au restaurant), qu’il est à l’aube de la gloire (il s’illustre en s’improvisant chanteur à succès avec brio), il faut que les incohérences exaspérantes qui régissent la société le rattrape alors que son amie, elle-même promise à ce qui semblerait une grande carrière, est reconnue par les inspecteurs de l’orphelinat qu’elle aura plus tôt fuit. Le pessimisme guette à chaque instant et les chemins qui mènent au bonheur ne sont pas tant linéaires que celui qu’empruntent nos deux protagonistes en fin de film. Ou alors est-il, en un court instant, par la simplicité même de deux êtres qui s’aiment, à l’écart du reste du monde, celui-là même qui les oppresse et les rend esclaves.
zekesky :
excellent Revok de revenir sur ce chef d'oeuvre intemporel.
Dans ce film si je me trompe y'a un parralèle homme-animal représenté par un montage alternatif d'ouvriers et de moutons
du grand art, et la chance à celui qui les revoit dans une salle oscure.
Dernièrement j'ai pu voir le cameraman avec Keaton (son homologue) dans le cadre de "collège au ciné" où je travaille. Dommage que c'était pas ouvert au public et limiter aux élèves.
Des initiatives comme ça faut les développer.
Oreo33 :
Slt Revok et Zeke. J'ai découvert "Les Temps Modernes" en 5ème en VHS. C'est vrai que le message est clair et le faire passer grâce à la comédie montre une maîtrise du réal.
Quand je l'ai revu lors de ses diffusion sur Arte j'ai mieux saisi la critique du capitalisme et la beauté de Paulette Godard je crois que je susi tombé amoureux. Et puis que dire de la photographie ? Elle est sublime.
Très bonne critique. IL faut que je le revoie d'urgence avec les bonus.
Parasite Sweety :
C'est vrai qu'il n'y pas très longtemps j'ai eu l'occasion de voir le documentaire consacré sur ce grand homme que fut Charlie Chaplin sur Arte.
Plus je prends de l'âge et plus son oeuvre prend une autre dimension. A chaque fois j'ai l'impression de découvrir un sens nouveau ou une subtilité de plus que je n'avais pas saisi avant.
La beauté de son art réside dans la maîtrise d'une mise en scène incroyablement simple, et d'un humour magnifiquement pensé sur des sujets tels que les maux de notre socièté ou l'essence même de la nature humaine.
Une oeuvres intemporelle métaphorique à voir et à revoir sans modération.