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| Juillet 2009 | ||||||
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C'est une journée comme les autres qui commence pour Robert Graysmith, caricaturiste du San Francisco Chronicle, au début de « Zodiac ». Un premier double meurtre vient d'avoir lieu sous les yeux terrifiés des spectateurs mais lui ne se sent pas encore concerné. Son rituel quotidien suit son cours mais déjà en parallèle se profile une terreur sourde par le biais d'une enveloppe suivant son cheminement dans les bureaux du journal. A l'écran, le générique défile discrètement jusqu'à ce que le titre apparaisse sur un plan à priori anodin : Robert embrassant son fils devant l'école primaire. Cet enfant, ce pourrait être David Fincher qui avait 7 ans quand le célèbre serial killer commença à frapper dans la baie de San Francisco où il habitait. Un véritable traumatisme pour toute l'Amérique que le réalisateur surdoué va exorciser durant 150 minutes d'une enquête languissante et minutieuse prenant à contre-pied tous ceux qui attendaient de sa part à un nouveau « Seven ».
Bien qu'il fut annoncé en 2002 aux commandes de « Mission : Impossible 3 », David Fincher aura préféré conserver sa liberté créatrice en quittant le navire pour cause de divergences artistiques avec Tom Cruise. Pas question pour le réalisateur surdoué de céder le contrôle de ses films qu'il aime maîtriser du casting au montage. Avec « Zodiac », récit d'une traque au serial killer étalée sur 30 ans et qui ne connu jamais d'issue, il revendique son indépendance totale en livrant l'anti-thèse de son cinéma, sans virtuosité factice à la « Panic Room » ni ambiance apocalyptique à la « Fight Club ». Nihiliste, il l'est toujours mais sa mise en scène s'est expurgé de tout artifice, lorgnant désormais vers la sobriété du documentaire glacé. Avec la même typographie que celle d'un rapport d'enquête, des précisions temporelles s'inscrivent régulièrement à l'image comme pour égrener les pages d'un dossier trop dense. On saute d'heures en années, de jours en mois, au rythme des recherches et des manifestations du tueurs (joli effet d'accéléré autour d'un immeuble se construisant pour suggérer le temps qui passe). D'une précision maniaque dans sa documentation, Fincher est allé jusqu'à tourner une scène de meurtre à l'endroit (le lac Berryessa) et à la date exacte (le 27 septembre) où les faits ont se sont produits. Tout, du soin apporté aux des costumes et aux décors jusqu'à l'utilisation quasi exclusive de musiques d'époque pour composer la bande originale, concorde à redonner vie à une époque révolue. Sublimé par une utilisation remarquable de la HD que même Michael Mann ne maîtrise pas encore aussi bien, le San Francisco de « Zodiac » existe, spectral et palpable à la fois. Dommage cependant que la rigidité de la narration vienne créer une certaine distance vis à vis du spectateur et des personnages pourtant captivant n'existant que par leur obsession du serial killer (les lettres tapissent les murs du San Francisco Chronicle dans un plan rappelant celui du mode de vie IKEA dans « Fight Club »).
En débutant son film par un feu d'artifice du 4 Juillet, jour de l'Indépendance Américaine, Fincher inscrit d'emblée son récit dans l'Histoire des Etats-Unis. Des jolies palissades, un petit restaurant à la mode, une virée romantique en voiture... Et puis un premier meurtre. Un pays vient de perdre son innocence (ce n'est sans doute pas un hasard si les enfants témoins de l'assassinat d'un chauffeur de taxi demeureront constamment hors champ). Lorsque le visage juvénile du survivant réapparaîtra dans la toute dernière séquence deux décennies plus tard, ses traits seront meurtris et fatigués. Mais la victime n'aura pas oublié. D'une certaine manière, par la sècheresse et l'authenticité avec laquelle il a reconstitué chacune des agressions du psychopathe, le réalisateur redonne tout son poids insoutenable à une horreur que la société a tendu à tourner en spectacle. De la participation d'un couple adepte des mots croisés pour déchiffrer les codes du Zodiac à l'inspiration cinématographique du drame sordide pour le premier volet de « l'Inspecteur Harry », il est avant tout question d'un tueur aux méthodes banales et qui n'aurait jamais eu autant de considérations sans un public avec lequel jouer. Une des séquences les plus éprouvantes du film sera d'ailleurs cette émission de télévision spéciale où le tueur est censé appeler en direct un présentateur célèbre pour se confier. Toutes les caméra sont tournées vers cette scène d'un spectacle inquiétant, la petite lucarne devient un objet de fascination macabre où le (faux) maniaque connaît son heure de gloire. Le Mal se diffuse partout : par voie de presse, par ondes radiophoniques (un taxi roulant dans San Francisco avec les commentaires d'auditeurs à la radio), par l'image... Fincher n'hésite d'ailleurs pas à pointer l'incommunication entre les différents groupes d'enquête, suggérant que chacun cherchait à être le premier à décrocher le scoop, avant de petit à petit laisser tomber les recherches face aux retombées du soufflé médiatique.
Œuvre d'investigation aussi élégante et fascinante qu'un poil longuette et bavarde, « Zodiac » voit toute sa teneur résumée dans les multiples interprétation du symbole arboré par le serial killer : logo d'une marque de montre rappelant le temps qui passe, évocation du viseur d'un fusil dans un pays où les armes son en vente libre, assimilation au compteur qui débute une bobine de film... Le Zodiac peut se vanter d'avoir marqué son époque en étant un des premiers tueur accédant au statut de star. Il sera suivi par beaucoup d'autres. Les blessures de l'Amérique ne sont pas prêtes de se refermer...
NOTE : 4/6
Alors que l'affiche du premier « Spider-man » représentait le héros arachnéen escaladant en plein jour un immeuble, symbole de la découverte de ses pouvoirs et de son ascension progressive, celle du second opus baignait dans la lumière vacillante d'un crépuscule que Parker contemplait au sommet d'une tour, comme s'il était enfin accompli mais que le pire restait à venir. Logiquement, le poster promotionnel du troisième épisode devait laisser place aux ténèbres ce qui se confirma bien entendu à quelques mois de la sortie en salle avec un visuel sublime présentant Spidey pensif sous une pluie battante dans la position d'une gargouille trônant un haut d'un clocher. Œuvre sur le Mal qui végète au fond de tout être humain, « Spider-man 3 » confronte le super-héros à son image, révélatrice d'une popularité capable de le pervertir, pour le mener vers le chemin d'une rédemption pleine de sacrifices.
Etonnement, le premier plan qui suit le superbe générique d'ouverture tranche avec ceux des précédents films puisqu'au lieu du doux visage de Marie-Jane, c'est un Spider-man en pleine voltige que l'on découvre. Ou plutôt une vidéo de Spider-man que Parker regarde sur un écran géant de New-York. Sam Raimi annonce la couleur (noire de circonstance) : son héros ne porte plus autant d'attention qu'avant à sa dulcinée puisqu'il l'a enfin pour lui, et préfére contempler son propre succès avec satisfaction. De là à y voir une remise en question du papa d' « Evil Dead » refusant de se reposer sur ses lauriers tout en succombant à la pression du studio pour emballer un produit marqueté, il n'y a qu'un pas franchi allégrement au détour d'une scène hilarante où le Peter maléfique entre en dansant dans une boutique pour se faire exactement le même look que celui du réalisateur. Sam Raimi ne s'en est jamais caché : il n'a jamais apprécié le personnage de Venom qui lui a été imposé par la production. Obligé de composer avec un méchant supplémentaire qu'il ne voulait pas (et cela se sent tant le Sandman est traité avec bien plus d'honneur, notamment lors du bouleversant plan-séquence relatant sa naissance), forcé de boucler les arcs narratifs laissés en suspens et conscient qu'il s'agit certainement de sa dernière participation à la saga avant qu'un probable tâcheron la lui pourrisse en prenant le relais, l'auteur a décidé de se lâcher totalement en casant le maximum de données propre à la bd en un minimum de temps, quitte à user de raccourcis narratifs parfois flagrants. Mais qu'importe : son immense projet de destruction ne vise qu'à critiquer le désir jamais assouvis des fans qui ne comprennent ni la fragilité ni la symbolique du héros qu'ils adulent (notamment en reprenant la scène du baiser à l'envers transformé en show stérile avec Gwen Stacy à la place de M-J) avant de leur pardonner avec un final dantesque utilisant un journal télévisé pour revendiquer un spectacle fête du slip à la verticale. Peut-il vraiment en vouloir au public d'aimer Spider-man ?
A la manière du second épisode qui reprenait des séquences du premier film pour en détourner la signification, « Spider-man 3 » fonctionne comme un immense miroir qui duplique sans fin les protagonistes afin de mettre en évidence toute la folie d'un Parker se laissant gagner par le sentiment de puissance et d'autosatisfaction quitte à se détourner de vrai sens de sa mission. L'attirance pour Marie-Jane et Gwen Stacy, le même travail de photographe partagé par Parker et Eddie Brock, la haine de Peter pour le Sandman qui est finalement identique à celle que ressent Harry pour Spider-man, le costume rouge et bleu contre le costume noir... Autant de reflets qui permettent d'opposer le Bien au Mal, la Vengeance au Pardon. Chaque dilemme intérieur répond à un autre et on appréciera que Sam Raimi ait utilisé le symbiote comme un amplificateur des pulsions destructrices de Parker et non comme un déclencheur. Bâtissant son métrage comme un double négatif du précédent volet (en inversant par exemple la symbolique du métro aérien du second film devenant ici sous-terrain), le cinéaste nous fait pénétrer dans un monde où l'on s'affronte désormais à visage découvert (les deux combats Peter/Harry), où l'on est capable de tromper l'être aimé et de lui mentir, où le chômage guette plus que jamais et où les désillusions s'amoncellent. C'est tout simplement le monde des adultes dans lequel entre violemment Peter, fortement éloigné de ses préoccupations d'adolescents. Chaque acte est lourd de conséquence et il convient plus que jamais de savoir faire les bons choix. Toute la conclusion de la trilogie s'oriente d'ailleurs vers une forme de rédemption (purification sous la douche après l'impressionnante séquence du clocher) avec à la clef un ultime jeu de miroir avec le premier film : alors que le Bouffon Vert proposait autrefois une alliance diabolique avec Spider-man, c'est l'Homme Araignée qui cherchera cette fois à s'allier à son ancien meilleur ami pour triompher de Venom, incarnation du Mal à l'état pur.
Grand film désabusé d'un auteur acceptant de quitter un personnage et un univers qui ne lui appartiennent plus, « Spider-man 3 » est le sacrifice ultime de Sam Raimi pour contenter un public en quête de toujours plus de sensations fortes, n'hésitant pas à représenter son héros en martyr crucifié lors de l'affrontement final. Ne restera alors, après tout ce fracas d'effets numériques, que le goût amer de la perte de l'innocence. L'aube se lève sur une nouvelle ère. Et en lieu et place du traditionnel plan de voltige final, il ne reste plus qu'une danse toute simple sans parole et sans demande en mariage entre Peter et M-J. Bienvenus dans l'âge adulte...
NOTE : 6/6
Brillante introduction aux pouvoirs de Peter Parker doublée d'une parabole sur l'adolescence, le premier épisode de « Spider-man » comportait déjà tout ce qu'on était en droit d'attendre d'un bon film de super-héros et s'imposait avec une évidence rare comme un classique instantané du comic books movie. Salué pour son travail par la critique et le public, Sam Raimi aurait alors pu céder à la facilité en emballant une suite calibrée reprenant sans risque les ingrédients du modèle et sacrifiant la psychologie des personnages à la surenchère d'action. Mais ce serait mal connaître un réalisateur dont les intentions ont toujours été de repousser les limites de l'audace narrative et de l'inventivité visuelle pour transcender son propre cinéma.
A première vue pourtant, « Spider-man 2 » semble se positionner clairement comme une suite/remake décalquant parfois au plan près certaines séquences phares du précédent opus : la discussion entre Peter et MJ à l'arrière de la maison, l'entraînement pour sauter de toits en toits, le sauvetage d'un métro aérien à la place d'un téléphérique, l'incendie d'un immeuble... Des échos insistants qui pourraient avoir des airs de réchauffé si le scénario ne les utilisait pas pour en inverser toute la valeur symbolique et marquer une nouvelle étape dans l'évolution du héros. Car il n'est plus question ici de montrer un gamin en pleine puberté et confronté aux premières responsabilités d'un adulte. Il s'agit au contraire de relater le dilemme intérieur d'un individu partagé entre ses devoirs de justicier et ses aspirations au quotidien normal d'un garçon de son âge. Deux vies difficilement compatibles (comment livrer des pizzas à temps quand il faut sauver des enfants manquant d'être écrasés par un camion ?) qui vont conduire Parker à passer à côté de l'essentiel : ses études, son boulot pour payer le loyer et – évidemment – son amour pour une M-J fatiguée de toutes ses valses hésitations. Trop de pression et trop de tourments qui vont se répercuter comme une onde de choc sur les pouvoirs de Spider-man devenu impuissant (il est incapable de projeter ses fluides arachnéens). A force de vouloir séparer sa vie de héros et sa vie normale (séparation marquée par deux tenues suspendues à deux cintres éloignés dans un placard), Parker choisira de se délester d'une identité de trop et jettera son costume rouge et bleu à la poubelle dans un plan sublime reproduisant la couverture d'une des bande dessinées : Spider-man, no more !
Mais l'histoire ne s'arrête heureusement pas là. Car si l'idée de faire perdre au héros ses pouvoirs est audacieuse (seul « Superman 2 » avait osé, comme quoi la saga de Raimi n'est pas si éloignée de celle qu'ambitionnait Donner), elle sert avant tout à mettre en avant une réflexion sur le héros qui sommeille en chacun de nous. Ainsi, une séquence aussi anecdotique que celle de la laverie automatique marque l'importance capitale pour Peter Parker de vaincre sa schizophrénie en ne faisant qu'un avec Spider-man, les couleurs du costume déteignant sur les sous-vêtements. Au détour d'une confession d'une effarante sobriété (Peter avouant sa culpabilité à Tante May) ou d'une scène d'action à échelle humaine (le sauvetage, sans super pouvoirs, d'une fillette prise dans les flammes), il devient peu à peu évident que « Spider-man 2 » parle de la place qu'occupent les héros dans nos sociétés modernes, des valeurs positives qu'ils diffusent auprès du peuple et de comment ils révèlent le courage de chacun pour se surpasser dans la tragédie. Le point culminant de cette réflexion sera atteint lors du sidérant sauvetage d'un métro où l'Homme Araignée devra repousser ses limites physiques et mentales, atteignant ainsi le statut de méta-héros, prêt à se sacrifier les bras en croix avant d'être porté par la foule à visage découvert. Totalement en symbiose avec son identité, Parker pourra enfin réussir là où il avait échoué à la fin du premier film : « sauver » son mentor/ennemi (Octopus ne meurt pas en méchant contrairement au Bouffon Vert) et obtenir enfin le cœur de sa bien aimée. Pas vraiment un happy-end pour autant puisque le plan final – d'autant plus surprenant qu'il vient après une ultime séquence de voltige étourdissante – tranche par sa sobriété et laisse une M-J face à un avenir incertain.
Sublimé par un format Scope révélant un héros prenant pleinement possession de ses moyens, « Spider-man 2 » s'impose comme un spectacle foudroyant où la puissances des affrontements, tous plus nerveux et impressionnant que dans le premier film, n'a d'égal que la pureté des sentiments qui anime les personnages (difficile de ne pas succomber à M-J courant au ralenti dans sa robe de mariée). N'oubliant ni ses fans de la première heure (la séquence du bloc opératoire ravive le doux souvenir d' »Evil Dead ») ni les amoureux du comics (le Lézard et le Loup-Garou font leur première apparition), Sam Raimi vient ni plus ni moins que de signer son chef d'œuvre ultime.
NOTE : 6/6
De tous les supers-héros qui composent la galaxie Marvel, Spider-Man a toujours été une des figures les plus emblématiques pour la simple raison qu'il était le plus humain et le plus proche des lecteurs. Avec son Peter Parker confronté aux problèmes du quotidien d'un adolescent mal dans sa peau, Sam Raimi (succédant tout de même à James Cameron aux commandes du projet) avait donc fort à faire pour porter avec brio le comics book ultra-populaire à l'écran : satisfaire les fans des personnages, assurer le spectacle, attirer un public de profanes, respecter le matériau d'origine et, si possible, apposer sa propre identité visuelle. Un défi relevé haut la main qui, s'il n'évite pas un ou deux écueils, confirmait deux ans après le premier « X-Men » de Singer qu'Hollywood avait enfin compris la quintessence d'une bonne adaptation de bande-dessinée et était même capable d'en retranscrire l'esprit graphique tout en transcendant leur thématique.
Tous les fans boys le diront : Sam Raimi était fait pour « Spider-Man ». Parce que sa mise en scène a toujours lorgné vers le cartoon live, on ne pouvait rêver mieux pour donner vie aux cases colorées de Stan Lee que le réalisateur de « Darkman », œuvre méconnue dont les excès esthétiques et la construction narrative préfiguraient déjà tout ce qui allait faire la réussite cinématographique de la saga du Tisseur. Contrairement par exemple à un Tim Burton pliant totalement Batman à sa vision macabre, Raimi semble totalement en phase avec le comics qu'il vénère et le spectateur a instantanément la sensation de voir bouger les vignettes sous ses yeux. Par une utilisation judicieuse de couleurs vives dans les costumes ou les coiffures (la rousseur de MJ, sa tenue de serveuse), par la simplicité de certains décors (la maison de Tante May) ou par des jeux de surimpressions (la fabrication du costume), New-York revêt un aspect crayonné à la fois imaginaire et parfaitement tangible, beau et cohérent. On pourra toujours pinailler sur le look d'un Bouffon Vert un peu trop bouffon justement mais ce n'est que peu de chose face au plaisir de voir incarner en chair et en os des figures aussi incontournables que le directeur du Daily Buggle J.J. Jameson ou Norman Osborn. Dans le rôle principal, Tobey Maguire est parfait aussi bien en lycéen à la peau grasse qu'en super-héros en collants (on n'avait pas vu un comédien se confondre aussi bien avec son modèle de papier depuis Christopher Reeves dans « Superman ») tandis que Kirsten Dunst incarne à merveille le charme rural de la fille d'à côté et que Willem Dafoe s'éclate à rejouer Docteur Jeckyll et Mister Hyde devant son miroir. Portées par un thème musical majestueux de Danny Elfman, les acrobaties de l'Homme Araignée à travers les gratte-ciels de Manhattan filent le vertige et donnent l'impression d'être à la place même du héros, ces plans ayant été obtenus par une savante combinaison entre des images de synthèse et une caméra glissant sur des câbles suspendus dans le vide. Effet garanti, avec une parfaite fluidité et un rendu de vitesse décoiffant.
Mais le plus grand mérite de Sam Raimi et de son scénariste David Koepp, c'est d'avoir compris qu'avant d'être une succession affrontements homériques entre surhommes aux pouvoirs fantastiques, « Spider-Man » racontait surtout le parcours d'un jeune garçon devenant progressivement un homme. D'où une approche cinématographique à la limite du teen-movie, avec son lot de stéréotypes (la jolie voisine, son petit ami légèrement voyou, le marginal avec des lunettes quadruples foyer), de scènes romantiques parfois à la lisière du soap et d'humour enfantin. Comme l'indique l'introduction du film (la voix-off rappelle que toute bonne histoire débute par une fille tandis que la première apparition du héros se limite à une main tapant à la vitre d'un bus, comme s'il était inexistant dans le microcosme du lycée) Peter Parker cherche juste à séduire la fille d'à côté ce qui n'est pas évident quand on est un individu introverti. La première partie du script va donc s'articuler sur la façon dont le souffre-douleur de l'école parviendra, après avoir été piqué par une araignée génétiquement modifiée, à s'affirmer en tant qu'homme. Les superpouvoirs de Spider-Man servent alors de métaphore sur l'adolescence : le corps change progressivement, la sexualité est découverte (amusante analogie entre un lancé de toile dans une chambre et la masturbation), l'ego s'affirme... Et les responsabilités arrivent. S'engage alors dans la deuxième partie du film, après la mort tragique de son oncle Ben qui fera tomber Parker de son nuage, un affrontement entre le Tisseur et le Bouffon Vert. Un ennemi derrière lequel se cache Norman Osborn et qui aimerait faire de Spidey/Peter son fils de substitution en le tentant par le Mal dans une séquence au parfum de théâtre antique (immeubles grossiers en toile de fond, sol vide). Ce n'est qu'avec sa mort (toujours sur les planches symbolique d'une scène) que le héros pourra se retourner vers le Bien, avec les sacrifices que cela implique. Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.
Film-somme conciliant à merveille les exploits spectaculaire de son héros (le plan final, proprement renversant) et les tourments de l'être humain qui se cache sous le masque, « Spider-Man » retrouve les sensations grisantes du grand cinéma emprunt à la fois de naïveté et d'intelligence. Ayant accompli l'exploit de condenser 40 ans de bande-dessinée en seulement 2 heures de projection, Sam Raimi a posé les bases solides d'une saga bien plus sombre que son ton coloré ne laisse paraître et dont les chapitres suivants vont venir enrichir la mythologie tout en creusant toute la profondeur thématique. Go Spidey Go !
NOTE : 6/6
Avant de devenir le formidable morceau du Cinéma que l'on sait, le « Mulholland Drive » de David Lynch était un pilote de série télé produit par ABC peu avant le tournage d' « Une Histoire Vraie ». Une sorte de « Twin Peaks » version Hollywood qui fut cependant rejetée par les producteurs (après une succession de remontages virant au carnage dont une improbable version censurée) avant que la bonne fée Canal + ne se penche sur le berceau du bébé difforme. Bénéficiant d'une carte blanche pour boucler son projet, le cinéaste pu ajouter de nouvelles séquences (les 45 dernières minutes surtout) modifiant sensiblement la teneur du récit et formant désormais un vrai film pour le grand écran. Un chef d'œuvre est né.
Du suspens autour d'une jeune actrice débarquant à Los Angeles et aidant une femme mystérieuse à retrouver la mémoire, « Mulholland Drive » s'est mué en une histoire d'amour déchirante narrée au conditionnel. Ou comment une succession de séquences à priori bizarres impliquant une étrange mafia guidée par un nain et un clochard terrifiant derrière un mur prend tout son sens dans un dernier acte tragique où les pièces du puzzle se mettent en place naturellement. Pour peu que l'on soit un tant soit peu attentif au prologue, un plan donnera la clef de l'énigme en plongeant littéralement dans un oreiller et donc dans un sommeil où naisse les rêves. Et si l'on a loupé le coche, ce n'est pas bien grave puisque la réalisation en apesanteur de Lynch est suffisamment séduisante pour que le voyage sur la route sinueuse puisse s'apprécier sans forcément comprendre.
La magie envoûtante de Los Angeles est là, mais tout paraît hors de portée, comme si les objets et les lieux se déplaçaient sans cesse, à l'image la scène du Winkie's où la caméra flotte en décrivant des cercles inconfortables. Petit à petit, le voile fragile se déchire jusqu'à basculer franchement dans le fantastique avant de retomber dans la réalité la plus crue. « Mulholland Drive » n'est jamais que l'évasion par le rêve d'une actrice ratée ayant fait assassiner celle qu'elle aimait et finissant par basculer dans la folie. Par jeu d'échos et d'inversion, on comprend que Diane s'est fait ravir le rôle principal de « l'Histoire de Sylvia North » par Camilla. On comprend également pourquoi le rêve nous montre un Adam est devenu un pauvre petit réalisateur ruiné. On comprend également pourquoi le témoin gênant de l'accord passé dans le bar se devait d'être tué symboliquement par l'image abominable que Diane a d'elle-même (une clocharde cachée dans un monde d'apparence)... Tout naturellement, les détails prennent sens (le café recraché par le producteur, l'accident sur Mulholland, l'introduction sur des danseurs de boogie, le prénom de Madame Lenoix) et l'ensemble revêt ne étonnante cohérence. La narration en miroir, assez proche de celle de « Lost Highway », fait échos à la double facette d'Hollywood : entre l'illusion du cinéma et la triste réalité quotidienne, la frontière est fragile.
Pour illustrer cette dichotomie entre la lumière des projecteurs et l'obscurité des coulisses, Lynch se sert d'une narration divisée en deux parties bien définies et utilise la réécriture d'une histoire d'amour pour alimenter un rêve de Cinéma, tiraillé entre passion et meurtre, réussite et déchéance. Il est évident que Lynch ne fait jamais que de nous parler d'Hollywood en rendant à la fois un vibrant hommage à tout un pan du cinéma figé dans le fantasme d'antan (la comédie musicale avec ses couleurs claquante en ouverture, la comédie burlesque lors des meurtres des la petite frappe, le film noir avec la tentative de meurtre avortée dans la limousine, le film d'horreur avec l'inquiétant clochard...) pour mieux écailler le rêve américain. Après tout, n'est-ce pas la figure légendaire du cow-boy qui viendra ordonner à Diane de se réveiller ?
Oeuvre de cinéma qui filme le cinéma, « Mulholland Drive » préfère dévoiler l'envers du décors, là où la magie prend vie et permet à d'immortaliser des Rita Hayworth ou l'incontournable Sunset Boulevard. Lorsque Betty répète pour une audition avec la mystérieuse femme amnésique, c'est toute l'ambiguïté entre l'art et la vie qui s'exprime, comme si le premier vie nourrissait la seconde et vice versa (la scène en question n'est pas une dispute entre deux amants pour rien, surtout qu'on y trouve des répliques telles que « je nous hais tous les deux » ou encore « je te tuerai »). Quand le casting de « l'Histoire de Sylvia North » débute, c'est par un plan rétro sur un studio d'enregistrement avant que la caméra ne s'éloigne pour dévoiler l'équipe de techniciens qui s'affaire. Et quand une mafia influente contraint Adam à choisir une fille dont il ne veut pas, c'est avec tout un système de production rejetant la liberté créatrice des artistes que Lynch règle ses comptes. Enfin, comment ne pas interpréter autrement la séquence phare du club Silencio que comme la démonstration de Lynch démontant lui-même les artifices qui font tout le sel de son propre spectacle (« tout ceci n'est qu'une illusion ») ? Comme si la relation saphique au cœur des enjeux dramatiques n'était que le support incarné d'une thématique sur la schizophrénie ravageant la ville de Los Angeles. Une ambivalence typiquement Hitchcockienne, avec ses héroïnes blondes ou brunes. Multiples, forcément.
Agissant comme un envoûtement, la musique d'Angelo Balamenti diffuse une dose supplémentaire d'onirisme à ce somptueux voyage sur la route tortueuse de « Mulholland Drive ». Un voyage dans lequel on embarque avec plaisir, entouré de la douce Naomi Watts et de la vénale Laura Elena Harring. Qu'importe finalement de comprendre pourvu que l'émotion nous submerge : il est accessoire de détenir la clef qui ouvre la boîte bleu que représente le film pour ressentir toute la puissance qui s'en dégage. A ce titre, le dernier plan du film est on ne peut plus significatif puisqu'il montre une spectatrice ne trouvant pas d'autre mot pour parler de ce qu'elle vient de voir qu'un « Silencio ».
NOTE : 6/6
Surprise au Festival de Cannes de 1999 : le nouveau film de David Lynch ne dérange personne et abandonne les univers cauchemardesques peuplés d'être doubles et d'individus mystérieux ou monstrueux pour suivre la vraie histoire d'Alvin Straight, un américain de l'Iowa ayant parcouru 500 kilomètres en tondeuse à gazon pour rendre visite à son frère malade dans le Wisconsin. L'auteur de « Twin Peaks » serait-il rentré dans le rang ? Non, il est tout simplement revenu vers la poésie et l'émotion à fleur de peau qui habitait déjà « Elephant Man ». Une autre facette de son talent plus accessible au grand public mais tout aussi précieuse.
Alors que « Lost Highway » débutait par la course effrénée d'une voiture dont les phrases balayaient une route ne menant nulle part, « A Straight Story » (titre original bien plus significatif que sa traduction français) ralenti sensiblement la cadence et prend le temps de contempler le décors. La route n'est plus un chemin perdu dans les méandres de l'esprit mais bien un parcours réel dont la caméra va capturer jusqu'à la texture même de l'asphalte. De l'ombre, le cinéaste passe à la lumière et brode un récit linéaire sur la vieillesse invitant à la contemplation et à la méditation. Après un court générique sur un ciel étoilé, Lynch donne la teneur de son sujet (un vieillard faisant le bilan de sa vie et faisant la paix avec lui-même) avec une succession de plans qui, implicitement, remonte le cours de sa filmographie : une vue aérienne sur la ville de Laurens (« Dick Laurent est mort », « Lost Highway »), un plan de rue où traverse un camion chargé de bois (« Twin Peaks »), un plan fortement imprégné par l'ouverture de « Blue Velvet » sur un joli jardin de banlieue où l'on s'attendrait presque à trouver une oreille, sans oublier bien sûr le ciel étoilé qui ouvrait « Dune ». L'artiste remonte le temps comme le fera Alvin sur sa tondeuse effectuant du début à la fin du film un déplacement de la droite vers la gauche de l'écran, comme un retour en arrière. Au fil du voyage, les rencontres se multiplient et permettent au vieil homme de faire le bilan de sa vie pour mieux avancer vers la Mort (premier plan après le générique : une route droite dessinée dans un champ de blé par une moissonneuse et dont la caméra se rapproche). Discussion simple sur les bienfaits de la famille avec une jeune fugueuse autour d'un feu de camp, souvenirs de guerre hantant les vétérans et dont la simple évocation permet déjà de libérer un poids (Lynch reste fixement sur le visage du narrateur pour laisser l'émotion d'installer et utilise les sons comme un écho du passé), confessions auprès d'un prêtre en guise de pardon divin... C'est simple, c'est beau et ça grandit dans notre cœur au fil des ans.
Construit comme une boucle parfaite (et non plus comme un ruban de Möbius façon « Lost Highway »), « A Straight Story » débute par un plan de voute étoilée, sorte de Paradis apaisant d'abord rêvé mais auquel le héros pourra accéder à la fin (le générique de fin défile sur l'espace infini et dans lequel on semble s'enfoncer, Alvin pouvant enfin contempler à nouveau les étoiles avec son frère et méditer silencieusement). Entre ces deux plans : une route. Comme une dernière ligne avant la Mort qu'il faut accepter de parcourir en bravant d'ultimes épreuves. L'être humain est représenté dans tout ce qu'il a de plus fragile par d'amusants jeux de proportions (le petit tracteur raccroché à une immense remorque, le second véhicule minuscule à côté des camions monstrueux). Fragile mais résigné, il ne lâche pas prise et s'accroche à ses dernières forces (suggérées par l'image du cow-boy solitaire, comme l'indique la séquence du ramassage de chapeau). La route est longue pour accéder à la paix intérieure et Lynch figure cette idée par des plans somptueux opposant la terre et le ciel (équivalents symbolique de la vie et de la mort). On pense notamment à ce passage au début du périple d'Alvin où le tracteur avance sur la route pendant que la caméra s'élève vers le ciel, contemple les nuages un court instant qui semble durer une éternité et finit par redescendre sur l'asphalte et le tracteur qui n'a progressé qu'à vitesse d'escargot. On pense également à ces images somptueuses où le vieil homme semblent écrasé par les éléments (un orage soudain l'obligeant à s'abriter) ou bien ce contre-jour ayant servi à l'affiche du film. Bercé par la musique délicatement envoûtante d'Angelo Balamadenti, le spectateur aura bien du mal à ne pas être touché par ce récit où un cow-boy de 80 ans brave les distances infinies pour rapprocher la vie et la mort sur sa monture mécanique. Parce que le visage creusé de Richard Farnsworth parvient pratiquement à lui seul à rendre trépidant une séquence avec une tondeuse dévalant une pente. Parce que le final est tout simplement un des plus pur jamais vu. Et parce que rarement notre rapport au temps n'aura permis à ce point d'atteindre une certaine forme de sérénité.
« Je veux finir ce voyage de la manière que je l'ai décidé » annonce Alvin à une famille accueillante. Une phrase simple pour évoquer la force intérieur de l'Etre Humain qui doit vivre son existence jusqu'au bout sans aucun regret. Véritable road-movie pour retraité débordant d'une immense sagesse, conte réaliste intime et tranquille, « Une Histoire Vraie » est un petit miracle à part dans la carrière de Lynch, une échappée vers son côté lumineux comme on aimerait le voir plus souvent. Une grande respiration avant de replonger dans les tourments obscures de « Mulholland Drive » et d' »Inland Empire ».
NOTE : 6/6
De « la Chute » à « Good Bye Lenin ! » en passant par « Sophie Scholl », les succès au box-office d'outre-Rhin témoignent d'un vrai désir national de s'interroger sur les traumatismes du passé. Pour son premier long-métrage, Florian Henckel von Donnersmarck s'est intéressé aux agissements de la police secrète de la RDA, la Stasi, qui fichait les éventuels opposants au régime afin de s'en débarrasser. Thriller politique et psychologique sur un épisode peu glorieux de l'Histoire allemande ? Plus que ça : un vibrant plaidoyer pour la liberté d'expression, notamment à travers l'art, seul moyen d'exister dans un système déshumanisé.
Extrêmement documenté sur les services de renseignements et d'espionnage de la RDA, le réalisateur est allé jusqu'à filmer dans le QG de la Stasi alors qu'aucun film n'y avait été autorisé jusqu'alors. Un souci d'authenticité qui s'exprime dès la fabuleuse séquence d'ouverture résumant tout un système dans ce qu'il a de plus froid et calculateur. Au lieu de se contenter de montrer l'interrogatoire d'un homme suspecté de trahison au régime, Henckel désamorce l'émotion en nous faisant basculer du côté d'une salle de classe assistant au décryptage des méthodes employées pour faire craquer l'individu. Le spectateur est à la position des élèves : il tend l'oreille pour comprendre, devient complice consentant du sinistre agent secret. Toute l'introduction du film se fera d'ailleurs de ce point de vue distant (notamment la représentation théâtrale qui suivra). Nous sommes les observateurs invisibles, des voyeurs curieux de nous immiscer dans la vie d'un couple d'artistes.
D'abord froid, le métrage nous détache de tous sentiments en plongeant dans le regard vide de l'inquiétant et monolithique de Ulrich Mühe. Il est le rouage à travers lequel se dessine tout un système. Un système qui, sous prétexte de servir la cause du Grand Socialisme, se détache de toute humanité. Le sexe devient triste et désincarné (Hauptmann s'envoyant une prostituée qui a d'autres clients à voir, Christa-Maria contrainte de vendre son corps au Ministre pour avoir le droit de monter sur scène) et l'existence ne devient qu'une succession de tâches mécaniques (les plans répétitifs sur une machine à écrire, les écrasants rayons d'archivage). Le lien social n'existe plus, comme viendra le souligner un plan en plongé cadrant Hauptmann marchant dans un décor tracé à la craie. Lorsque le couple fera passionnément l'amour, le montage viendra brutalement nous ramener au compte rendu descriptif tapé par l'espion. La chaleur humaine disparaît derrière un vide clinique.
Pour marquer cette opposition entre la mort de l'âme qu'implique un pouvoir politique aux agissements souterrains et l'épanouissement personnel, le réalisateur allemand use d'un montage alterné entre l'appartement du couple amoureux et le grenier d'où ils sont épiés. Une lumière chaude et sécurisante contre une pièce vide et obscure. Mais petit à petit, le personnage d'Hauptmann va abandonner sa passivité mécanique au fur et à mesure des écoutes du couple Dreyman-Sieland. Discrète, la mise en scène va faire traduire cette prise de conscience par un léger travelling avant sur le visage de l'homme écoutant une discussion des amants, avant que l'arrivée d'un collègue ne le sorte de ce moment d' « intimité », la caméra retrouvant alors sa position initiale. L'espion ne peut plus supporter de vivre son existence par procuration et change à mesure que l'art lui ouvre l'esprit. A travers Brecht, à travers un morceau de musique ou encore d'un article interdit ayant passé le Mur, il va découvrir les notions de liberté et de libre pensée. En interférant à distance dans le couple d'artiste, il se redonne foi en l'Amour comme on ne le voit qu'au cinéma (les images de retrouvailles dans l'appartement après la discussion dans le café montées sur la voix-off du second espion). Dans un sens, la machine à écrire qui lui sert à rédiger ses rapports est à mettre en relation avec celle que l'écrivain dissimule sous le plancher : en modifiant la réalité pour éviter au couple d'être arrêté, Hauptmann réécris l'histoire en même temps qu'il écrit l'Histoire. Ecrire par soit soi-même, c'est exister. Et c'est cet acte invisible qui lui vaudra enfin une petite reconnaissance dans l'épilogue. En apercevant une dédicace sur un ouvrage de l'auteur qu'il espionnait, il reçoit une petite parcelle de gratitude et d'amour. Donc de reconnaissance. Par conséquent, il EST enfin.
Quelque soit l'époque ou les évènements traversés, l'expression (par les gestes d'affection, la parole ou la création artistique) est la salut de l'Homme, comme viendra le rappeler la pièce de théâtre interprétée au début et à la fin mais avec deux traitements radicalement différents car en phase avec les différents contextes politiques. En somme, le sujet est universel, ce qui explique certainement que ce premier film passionnant de Florian Henckel von Donnersmarck ait remporté un tel succès public et critique, avec 7 Récompenses aux Deutscher Filmpreis (les Césars allemand) et une nomination à l'Oscar du Meilleur Film Etranger.
NOTE : 5/6
La comparaison entre « la Colline a des Yeux » de Wes Craven sortie en 1977 et la récente relecture d'Alexandre Aja n'aura pas franchement joué en faveur du vieux briscard de l'horreur ne devant sa réputation qu'à la création du mythique Freddy Kruger et à l'excellente trilogie des « Scream ». Si le scénario version 2006 aura simplement bénéficié d'améliorations ne modifiant pas grand-chose à la trame originale, la réalisation sauvage du petit génie de « Haute Tension » a permis de mesurer à quel point celle du modèle frisait l'amateurisme. Wes Craven mérite-t-il vraiment sa réputation de Maître de l'Horreur ? Certainement pas si on s'en tient à son second métrage désormais obsolète, et encore moins si l'on se penche sur la suite qu'il dirigea lui-même 8 ans plus tard.
Après une série d'échecs artistiques et commerciaux dont le sommet de la médiocrité fut atteint en 1982 avec « la Créature du Marias », l'auteur de « la Dernière Maison sur la Gauche » se devait de remonter la pente avec un projet sans risque financier. Cédant aux avances du producteur Peter Locke, il finit par accepter de donner une suite à son plus gros succès : « la Colline a des Yeux » (le film préféré de mon ophtalmo). Son premier jet est rapidement écris mais les ambitions doivent être revues à la baisse quand les investisseurs n'accordent qu'un petit million de dollars lors du Marché du Film à Cannes. Opération purement mercantile, « la Colline a des Yeux 2 » finit par se faire sans aucune motivation de la part de l'auteur original. Et cela se voit.
Se contentant de recycler certains éléments du premier film sans apporter aucune surprise (un bus au lieu d'une caravane, des jeunes abrutis au lieu d'une famille), le scénario de Wes Craven semble concourir pour le prix de l'histoire la plus indigente du monde. Jugez plutôt : quelques années après le massacre de sa famille par une tribu de cannibales, Bobby Carter est toujours traumatisé. Quand il apprend qu'un concours de moto-cross va être organisé pilepoil sur les lieux du drame, il tente de dissuader sa bande d'amis de s'y rendre. Peine perdue. Accompagnés par Rachel (la jeune indigène issue du premier film est devenue civilisée, me regardez pas comme ça, j'invente rien) et par leur mascotte Beast (oui oui, c'est bien le chien du même film, je sais c'est consternant), les sportifs du dimanche prennent la route et tombent en panne dans le désert du Nevada (je vous passe le moment où ils décident de prendre un raccourcis parce qu'ils ont TOUS oublié de mettre leur montre à l'heure d'été, il faut le voir pour le croire). Pas de bol, ils se retrouvent isolés à côté d'un complexe minier abandonné aux mains d'un étrange Boucher et du très vilain Pluton qui, finalement, est toujours vivant (ha bon...)
Délaissant la réflexion sur le retour à la nature bestiale de l'homme civilisé qui faisait la principale force de son modèle, « la Colline a des Yeux 2 » s'apparente davantage à un vulgaire slasher typique des années 80. Stéréotypés au possible (un couple de noir, le rigolo de service, l'héroïne courageuse), les personnages campés par une bande de têtes à claques n'ont jamais l'air de s'inquiéter de la menace qui rode (deux d'entre eux disparaissent plusieurs heures après qu'un cinglé leur ait volé une moto et leur bus est bloqué dans un environnement hostile tout de même) et préfèrent s'adonner à toutes sortes d'activité de vacances. Faire des blagues, prendre une douche, s'envoyer en l'air en l'air...Normal quoi.
Zéro suspens, zéro imagination. Wes Craven aligne les moments de ridicule sans sourciller : une blague idiote sur les grenouilles (un bisous à celui qui est capable de m'expliquer), un cruel Boucher échappé des Pierrafeux, un Pluton qui se tape un sprint en moto-cross, des combats minables ponctués de répliques hilarantes... Et surtout, des tonnes de flash-back bidons censés : 1/rappeler les évènements précédents, 2/rallonger la sauce inutilement avec des scènes entières tirées du premier film. C'est ainsi que Bobby Carter apparaît donc au tout début du film au détour d'une conversation avec un psy, juste histoire de faire le lien avec les évènement et de recaser l'explosion de la caravane (après, il disparaît du récit). Il en est de même pour Rachel qui se remémore le temps où elle gambadait encore en aillons de sauvageonne. Même le chien a droit à son propre flash-back pour se remémorer le bon vieux temps où il avait bouffait du Pluton entre deux repas Royal Canin ! C'est dire le niveau de bêtise de ce piètre film d'horreur (on préfèrera parler de comédie involontaire et trop longue) n'exploitant même pas sa seule idée narrative (la Rachel socialement adaptée contre l'animalité de son frère).
Si en 1976 « la Colline a des Yeux » aura peut être fait sensation avant de prendre la poussière, sa suite a toujours été considéré comme un navet infâme. Wes Craven admit lui-même l'étendue de la catastrophe et délégua toute la post-production, ne participant même pas au montage du film. Il préféra se consacrer à un autre projet autrement plus ambitieux et personnel : une histoire de croque-mitaine avec des lames de rasoirs au bout des doigts tailladant des adolescents dans leur sommeil...
NOTE : 0/6
Si le pays de Nanarland était crée pour accueillir les étrons cinématographiques de compétition, nul doute que « Superman 4 » parviendrait à se tailler une belle petite place en banlieue ! Produite au rabais, écrite avec les aisselles d'un manchot et délivrant message pacifiste d'une colossale finesse, cette dernière aventure cinématographique de l'Homme d'Acier aura été le coup de grâce pour une franchise confiée à des incapables.
Après le semi-échec de l'imbuvable « Superman 3 », les producteurs Salkind auront eu la mauvaise idée de produire un « Supergirl » pour exploiter le filon mais sans réellement savoir quelle voie donner au projet. Christopher Reeve refusa d'apparaître au détour d'une séquence expliquant leur lien de parenté, le portrait d'une adolescente mélancolique laissa place au profit d'un film d'action en jupette et même Marc McClure (l'interprète de Jimmy Olsen) en vint à se demander son rôle dans l'intrigue. En clair : un four artistique et commercial qui allait convaincre les Salking de refiler les droits du personnage DC à la société Cannon spécialisée dans la production de séries B et Z débile (les Chuck Norris et Charles Bronson, c'est Cannon. You can't). Persuadés d'avoir déniché l'occasion de s'acheter une respectabilité dans le milieu du grand spectacle, les deux têtes non pensantes de la boîte, Menahem Golan et Yoram Globus, allouèrent à la machine « Superman 4 » un budget modeste (on parla de 40 millions de dollars, mais il s'agissait plus vraisemblablement de la moitié) tout bonnement insuffisant pour peaufiner les effets spéciaux indispensables à la réussite de l'entreprise. Résultat : on est plus proche du n'importe quoi généralisé d'un Ed Wood sur le retour que de la magie insufflée 10 ans plus tôt par Richard Donner. Chaque plan truqué confine à la ringardise absolue, des câbles bien visibles soulevant les acteurs à la répétition d'un même plan 5 FOIS sur Superman volant (seul l'arrière-plan est remplacé !) en passant par l'inoubliable combat sur la Lune où un rideau noir bien visible est censé figurer l'espace !
La pauvreté des moyens techniques n'a d'égal que la débilité du scénario si aberrant qu'on peine à croire que Christopher Reeve y a participé (il y a fort à parier que les auteurs n'ont pas écouté ses conseils, surtout quand on se souvient de tout ce qu'il avait apporté au personnage précédemment, y compris dans le médiocre troisième opus). Evincés au profit du pénible Richard Pryor Show dans « Superman 3 », les personnages de Loïs Lane et Lex Luthor font leur grand retour en même temps que leurs interprètes mais cela ne suffit pas à raviver la flamme. L'arrivée à Métropolis de Lana Lang dans l'épisode précédent est tout bonnement oubliée au profit d'une vague intrigue avec une méchante fille de riche désireuse de changer le Daily Planet en nouveau Playboy sous prétexte de dynamiser les ventes.
Calquant sa narration sur l'œuvre matricielle de Donner, « Superman 4 » revêt des allures de remake mal branlé en nous ressortant des images inutile de Krypton, en offrant une petite escapade inutile à Smallville ou en reprenant carrément le vol féerique partagé entre Loïs Lane et Superman, à la différence près qu'il ne sert strictement à RIEN ici, qu'il est affreusement mal introduit et qu'il se clôture encore plus mal (op, nouveau bisous magique comme chez Lester et basta !). Si Margot Kidder est donc ridiculisée à jamais, ce n'est que peu de chose en regard de ce qui a été demandé à Gene Hackman ! Cabotinant à outrance, l'acteur semble conscient du ridicule de l'entreprise et se coltine un improbable neveu grunge attardé sorti de nul part. Avouons au moins que c'est tellement con qu'on rigole plus que devant les improvisations pourries de Richard Pryor...
Inénarrable, l'expérience « Superman 4 » s'apprécie sans difficulté une fois qu'on a admis qu'il valait mieux en rire. Et ça tombe bien car les osassions de se muscler les zygomatiques ne manquent pas ! Imaginez un peu : parce qu'il est choqué par la course à l'armement nucléaire entre les pays du globe, un mouflet de 8 ans écris une lettre à Superman pour lui demander de débarrasser la Terre de tous les missiles. Touché au plus profond de son être, l'Homme d'Acier se fendra d'un discours niaiseux aux Nations Unis sous les applaudissements diplomatiques avant de mettre toutes les bombes du monde dans un filet de pêche géant à destination du Soleil ! Pendant ce temps, Lex Luthor vole en cheveu de Superman, l'attache à un missile qui explosera en atteignant le Soleil, créant ainsi le double démoniaque du super-héros : l'Homme Nucléaire (une sorte de Dave peroxydé après ravalement de façade) !
Pas honteux du tout, le « réalisateur » Sydney J. Furie aligne les incohérences sans sourciller, nous apprenant entre autre qu'il y a de l'oxygène dans l'espace (comment expliquer autrement qu'une bimbo en tailleur puisse y respirer sans problème ?) et que les policiers sont tous des demeurés (l'évasion de Luthor : il faut le voir pour le croire). Et si vous n'êtes pas encore rassasiés après avoir assisté au combat kitsch à mort entre Superman et l'Homme Nucléaire, les 30 minutes de scènes coupées présentes sur le DVD vous feront atteindre le nirvana avec le premier clone raté de Lex Luthor (un demeuré à poil avec un rétroviseur en guise de cache-sexe !) et un Homme Nucléaire se transformant en missile mais arrêté à temps par un plan débile de Superman. Culte !
Risible de bout en bout, « The Quest for Peace » (diantre ! quel beau titre !) a au moins le mérite de déclencher –involontairement- les crises de rire que le navet précédent estampillé Richard Lester ne parvenait pas à produire. De quoi contenter tous les adorateurs pervers de navetons de choix au détriment des autres spectateurs à la recherche du grand frisson d'antan. A sa sortie en 1987, le métrage fut un bide retentissant au box-office avec seulement 15 millions de dollars de recettes, enterrant définitivement la franchise qui du attendre près de 20 ans avant d'être ressuscitée avec panache par Brian Singer. « Superman 4 » : plus fort que la kryptonite !
NOTE : 1/6
C'est désormais officiel : la réussite très relative du « Superman 2 » de Richard Lester devait plus au solide matériaux de base de Donner qu'au prétendu talent d'un réalisateur plus occupé à ridiculiser le super-héros qu'à en révéler toute la complexité. Preuve en est avec le scénario de ce troisième opus prenant le parti pris audacieux de présenter le côté sombre de l'Homme d'Acier mais qui est finalement ramené au rang de spectacle sans âme calibré pour rameuter un public plus jeune. Ou comment un humour pesant vient plomber les dernières ambitions d'un projet pourtant excitant.
De prime abord, on serait tenté de saluer certains choix narratifs de ce « Superman 3 » puisque l'un des risque consistait à évincer deux des piliers de la saga : Loïs Lane et Lex Luthor. Autrement dit l'éternelle bien aimée de Kal-El et son plus grand ennemi. La romance entre Superman et la journaliste du Daily Planet ayant clairement été présentée comme impossible à la fin du précédent opus, il eut été logique d'éviter de trop tirer sur la corde. Si Margot Kidder apparaît donc bien au début et à la fin du film (entre les deux, elle s'en va bronzer aux Bermudes), c'est à l'amour de jeunesse de Clark Kent que l'on s'intéresse réellement ici, à savoir la belle Lana Lang. Une manière pour le personnage principal de revenir sur les traces de son passé, dans la petite bourgade de Smallville où il a grandi. Une manière aussi pour le jeune homme d'envisager une vie plus simple tournée vers un être unique et non plus vers l'Humanité. Enfin, cette intrigue permettait de poser les bases de nouveaux rapports entre Clark et une Loïs ressentant pour la première fois une certaine jalousie à son égard. Hélas, aucun de ces nouveaux éléments ne trouvera suite dans l'épisode suivant, ce qui les vide instantanément de leur potentiel dramatique. On appréciera la volonté des auteurs de surprendre le public mais on ne pourra que se sentir frustré face à tant d'efforts n'aboutissant pas à grand-chose. De même, on ne peut que rester dubitatif en constatant que l'éviction de Lex Luthor ne sert qu'à refourguer une espèce de clone pathétique interprété par l'insupportable Robert Vaughn entouré de femmes de main lobotomisées. Le personnage de Gene Hackman n'ayant jamais été le point fort des deux premiers opus, il est assez pénible de se farcir une pâle copie...
Dès le lancement de la production, les investisseurs ont commis l'erreur de vouloir a tout prix élargir l'audience à un nouveau type de public (les enfants et la communauté noire) en donnant la vedette non plus à Superman mais à la star comique du moment Richard Pryor. C'est ce qu'on appelle avoir faux sur toute la ligne puisque la force du film de Donner tenait dans son univers tangible et ses différents niveaux de lecture. Dès le générique, « Superman 3 » se démarque donc de ses aînés en ignorant le thème héroïque de John Williams. Exit aussi les cartons titres en relief sur des images de l'espace annonçant la dimension épique de ce qui va suivre. A la place, on assiste à un enchaînement de gags désespérants à force de surligner les effets dominos. L'humour tarte à la crème fatigue déjà et donne l'aperçu d'un métrage tout entier dévoué à un exaspérant Richard Pryor Show. Monopolisant 60% du temps à l'écran, cet Eddy Murphy avant l'heure a le don d'en faire des tonnes sans jamais décrocher un seul sourire chez le spectateur qui attendra en vain de le voir mourir dans d'atroce circonstance : chute en ski du haut d'un building, promenade à dos de mulet, stratagème pour enclencher un ordinateur avec un ivrogne, discours militaire vaseux... Même les exploits de Superman arrêtant un ouragan ne seront dévoilés qu'au travers le récit de ce boulet de compétition ! C'est dire le peu d'intérêt que porte Richard Lester à l'Homme d'Acier ! D'ailleurs, comme il l'avait déjà fait sur « Superman 2 », le réalisateur ne peut s'empêcher de désamorcer chaque séquence potentiellement spectaculaire par un traitement parodique mal venu comme le « gag » des feux pour piétons ou encore l'attaque aux missiles assimilée à un vulgaire jeu vidéo.
Quand on sait que le script initial d'Ilya Salkind prévoyait de faire intervenir rien de moins que le terrible Brainiac (mais aussi Supergirl, certes), il y a de quoi tirer la gueule face au climax final opposant Superman à un Super Ordinateur hors de contrôle transformant la sœur du méchant mégalo en ersatz de Bioman ! Du kitsch en puissance qui s'ajoute à la longue liste de tares d'un métrage constamment à côté de ses pompes (et ce n'est pas la séquence à Pise, écrite par Donner pour « Superman 2 » et recyclée n'importe comment ici par Lester qui feront dire le contraire).
Pourtant, le naufrage aurait largement pu être évité si le scénario s'était concentré sur l'ambiguïté de son héros tiraillé entre sa volonté de vivre une vie normale et sa colère de devoir venir en aide au monde entier. Totalement schizophrène, en proie à la dépression et glissant dangereusement vers la cruauté, Superman va finir par se battre littéralement contre son alter ego Clark Kent dans un cimetière de voitures. Une séquence mémorable (la meilleure du film et une des plus forte de la saga) qui embrasse totalement son sujet sans aucun second degré, retranscrivant visuellement un combat intérieur ne pouvant s'achever que par la destruction d'une des partie et sur la résurrection d'un héros qui était toujours là mais enfoui sous une tonne de ressentiments exacerbés (superbe plan sur la chemise déchirée pour dévoiler le S). Christopher Reeve en profite pour livrer une de ses meilleure composition d'acteur (il a rarement été aussi sexy qu'en Evil Superman mal rasé et vêtu d'un costume plus sombre), quitte à dérouter son public en allumant une blonde pulpeuse ou en se soûlant dans un bar.
C'est dans ces (très rares) instants là que le grand film qu'aurait pu être « Superman 3 » se dévoile. Après la découverte des pouvoirs (« Superman »), après y avoir renoncé avant d'accepter sa nature de héros (« Superman 2 »), il était normal que Superman finisse par se batte contre lui-même (ce schéma impeccable sera repris 25 ans plus tard par les « Spider-Man »). Dommage que Richard Lester se soit plus intéressé à l'humour vaseux de Richard Pryor qu'aux dilemmes rongeant la vraie vedette. Le public ne s'y est pas trompé : en dépit d'un premier week-end à 13 millions de dollars, « Superman 3 » aura vu sa fréquentation chuter dangereusement avant de rentrer tout juste dans ses frais (37 millions de recettes pour 32 investis). De quoi calmer les ardeurs de la Warner qui n'hésitera pas à se détacher de la saga pour un quatrième opus encore plus catastrophique...
NOTE : 1/6
Le dvd, c'est fantastique ! Y a une surface qui brille, ça fait des super frisbees, on peut mettre son doigt dans le trou au milieu et occasionnellement, ça se peut se mettre dans une machine prévue à cet effet qui va diffuser à la télé plein d'images qui bougent et pleins de sons dans des langues qu'on comprend pas toujours. Bref, comme le dirait ce grand monsieur qu'est Brett Ratner : c'est trop coooooool man ! Mais surtout, ça permet aujourd'hui à des réalisateurs de présenter leur montage final souvent massacré en salle par de vilains producteurs ne comprenant pas grand-chose au 7ème Art (à part les chiffres du box-office). Director's cut, version longue, version censurée, version avec des petits poids rouges et vert... Un vrai paradis pour cinéphiles (un vrai attrape-couillon aussi de temps à autres) qui a également permis à Richard Donner d'offrir SA vision de « Superman 2 ».
On s'en souvient (enfin non, on s'en souvient pas mais on a vu des making-of là-dessus. En tout cas moi j'en ai vu), à la fin des années 70, ce n'était pas un mais deux « Superman » qui ont été réalisés simultanément. Une grande aventure de plus de 4 heures coupées en son milieu, un script dense de plusieurs centaines de pages et un tournage épuisant de 19 mois... Malheureusement, le projet commençant à présenter une note salée aux investisseurs, il fut décidé de stopper la production de « Superman 2 » pour concentrer les efforts sur le premier film afin de le sortir rapidement pour les fêtes de Noël 78. La suite ne serait alors achevée que plus tard, débarrassée de la pression du succès incertain. Quand le métrage de Donner déboula sur les écrans, ce fut bien un raz-de-marée commercial qui déferla sur la planète Cinéma mais les producteurs Saldking décidèrent de ne pas rappeler le réalisateur pour terminer ce qu'il avait commencé, certainement trop embarrassé par cet artiste ne se laissant pas marcher sur les pieds. C'est finalement un autre Richard, Lester ce coup-ci, qui fut appelé afin de boucler le deuxième volet toujours en stand-by. Objectif : boucher les trous dans la narration, tourner de nouvelles scènes pour remplacer celles de Marlon Brando (bien que toutes ses répliques soit déjà en boîte, il a décidé de ne plus apparaître ici et intenta même un procès aux producteurs) et, plus grave, essayer de ratisser large en privilégiant l'humour à l'émotion quand bien même la réussite du premier film résidait dans sa capacité à toucher toutes les tranches d'âges.
Il ne fallait donc pas s'étonner que le résultat final conserve un arrière-goût désagréable. Si l'alchimie entre Christopher Reeves et Margot Kidder fonctionne toujours aussi bien, conférant à « Superman 2 » une grande force romantique, et si l'alternance avec les séquences d'action est plutôt judicieux pour montrer la montée en puissance des trois méchants kryptoniens, Lester ne parvient jamais à se hisser au-delà du divertissement bancal, formaté et sans grande émotion. Bien entendu, le fantôme de Donner est encore présent au travers de certaines thématiques, notamment les tourments qui habitent Kal-El , demi dieu tiraillé entre ses devoirs envers la société (superbe idée que de placer le grand combat dans les rues de New York avec les habitants se rebellant contre l'oppresseur) et son désir d'être un simple mortel pour vivre son amour avec Loïs Lane. Malheureusement, la magie n'opère pas vraiment, et ce dès le générique d'ouverture où le score de John Williams est repris sans conviction par Ken Thorne sur des cartons titres bien fades. Le montage sans ampleur peine à instaurer une quelconque tension, Terence Stamp est totalement insipide en Général Zod, on ne comprend strictement rien à la façon dont Superman retrouve ses pouvoirs... Lester a étiré inutilement les séquences avec les évadés de la Zone Fantôme, un humour insupportable ridiculise le moindre enjeux dramatique (le méchant Non est tout simplement pathétique, certains inserts comme celui sur l'homme dans la cabine téléphonique lors de la tempête à Manhattan sont franchement embarrassants) et certaines scènes d'action ont été ajouté inutilement pour le meilleur (il n'est pas interdit d'apprécier le début à Paris) mais surtout pour le pire (l'affrontement dans la Forteresse de Solitude, totalement Z avec des indexes à rayons laser, des téléportations et un S en plastique en guise de filet).
Il aura finalement fallu 30 ans pour que « Superman 2 » se dévoile enfin comme un grand chef d'œuvre qui s'ignorait. Car bien que le métrage de Lester demeure relativement plaisant en dépit de son manque d'ampleur et de sensibilité, il risque d'être bien difficile d'y revenir après avoir découvert le Donner's cut généreusement produit par la Warner. Le dvd est une chance pour répondre aux fantasmes des fans curieux de connaître la vision initiale de l'auteur original. Et celle-ci est fort éloignée de celle sans âme de Lester ! Se réappropriant entièrement le film qui devait être le sien, Richard Donner a supprimé tout ce qui était artificiel autrefois (bye-bye Paris, plus de combat ringard à la fin), accéléré le rythme du milieu (trop sans doute tant la plupart des transitions sont abruptes, notamment en ce qui concerne la romance entre Lois et Clark) et redonné au film sa place de deuxième volet d'une grande saga en accentuant la continuité des évènements, qu'il s'agisse du missile à l'origine de l'explosion de la Zone Fantôme ou bien la réintégration des séquences impliquant Marlon Brando. Ces derniers ajouts sont d'ailleurs les meilleurs de ce nouveau montage puisqu'il mettent en évidence l'accomplissement d'un héros acceptant son devoir et près à porter son amour comme un fardeau impossible à partager. L'homme devient le surhomme. Le père devient le fils. On chiale de bonheur. Alors même si certains défauts déjà présents dans le premier « Superman » ou dans le montage de Lester n'ont pas totalement disparu (l'humour pesant des acolytes de Luthor, le voyage dans le temps final toujours aussi gênant narrativement) et même si une impression d'inachevé demeure (une sublime séquence ajoutée provient de bouts d'essais et cela se remarque), il ne fait aucun doute que ce Donner's Cut est LA version définitive de « Superman 2 » à posséder.
Plus rythmée, plus cohérent et plus profond que le film de Lester, le remontage de Richard Donner possède cette émotion qui manquait tant autrefois au second volet des aventures de l'Homme d'Acier. Il ne fait aucun doute que nous aurions assisté à un authentique bijoux si l'auteur avait été autorisé à terminer le tournage lui-même. Tant pis : il faudra se contenter de ce « work in progress » pas tout à fait finalisée et pourtant tellement plus aboutie que la version de 1980.
NOTE LESTER : 3/6
NOTE DONNER : 4/6
Fabuleux projet que celui du « Superman » de Richard Donner ! Plusieurs décennies avant de triompher avec les « Batman » de Tim Burton, l'association entre la Warner et DC Comics était déjà à l'origine d'un des paris les plus fous du Cinéma : transposer les aventures dessinées de l'Homme d'Acier sur grand écran. L'icône américaine ayant déjà connu les honneurs d'une émission radiophonique, d'une série télé live et de délicieux courts-métrages d'animation par les Fleischer, il lui fallait un passage au format Scope à sa (dé)mesure. D'où le tournage simultané de deux films formant une seule grande histoire coupée en son milieu.
« Vous allez croire qu'un homme peut voler » clamait l'affiche de « Superman » en 1978. Forcément, avec l'implacable usure du temps, les effets spéciaux du grand classique de Richard Donner ont pris un coup de vieux. Les maquettes ne trompent plus personne, les séquences de vol usant du blue screen et de projections d'images prêtent plus à sourire qu'à l'émerveillement, le pôle nord en studio jure franchement avec l'authenticité de New York... La révolution technique serait-elle passée au rang d'antiquité kitsch ringardisée par le cinéma du numérique ? Que non !
Car comme le tout premier « Star Wars » sorti un an plus tôt, le « Superman » de Donner possède un charme et une poésie naïve qui le rendent totalement intemporel. Si George Lucas ne faisait jamais que transposer les mythes médiévaux dans un contexte de science-fiction, Donner n'hésite pas à combiner le film d'espionnage et les films catastrophes à son récit de super-héros, sans oublier un détour parla comédie romantique. Ainsi, la première apparition de Lex Luthor n'est pas sans évoquer le Spectre de « James Bond » puisque seules sa voix et sa main suggère sa présence et qu'il est d'abord présenté en fonction de son environnement, un château bien caché de milliardaire mégalo et adepte des gadgets improbables en tout genre. Par ailleurs, l'usage des fameux missiles n'est pas sans rappeler la fameuse Guerre Froide au cœur de bien des long-métrage de l'époque. Quand aux exploits de l'Homme d'Acier, ils semblent renvoyer le spectateur au cinéma catastrophe des années 70 puisqu'il y est question de l'extinction d'une planète (Krypton), d'un tremblement de terre causé par la faille de San Diego et même d'un avion en difficulté. Bref, le charme opère toujours.
Il opère d'autant plus que le réalisateur a bien compris d'un divertissement léger ne se faisait pas à la légère. Affichant son ambition d'offrir une bande-dessinée en live dès la fabuleuse introduction (un rideau s'ouvre sur une petite fille lisant la premier numéro de Superman. Le globe du Daily Planet passe du dessin à la concrétisation physique, la caméra semble plonger dans l'image et les cartons du générique finissent par surgir de l'écran comme pour déchirer la frontière entre le média dessinée et le cinéma), Donner prouve qu'il a compris toutes les implications dramatiques sous-tendant la nature de super héros. Le temps d'une superbe introduction sur Krypton, il établit le parallèle entre le jeune Kal-El et le destin de Moïse, transformant son vaisseau en Etoile du Berger traversant la Galaxie et amenant le jeune enfant divin comme un dieu tombé du ciel pour éclairer les Hommes. La partie à Smallville permet pour sa part de montrer la découverte des pouvoirs comme métaphore de l'adolescence, à travers les gags du ballon de football et la course du train (Kent ne songeant qu'à séduire la belle Lana). Ce n'est qu'après la mort de son père, dans une prodigieuse séquence en objectifs panoramiques étendant l'horizon à l'infini, que le jeune homme partira en quête d'accomplissement. Avant l'action et les effets spéciaux, il y a donc une histoire passionnante prenant son temps pour poser la personnalité complexe de son personnage principal : est-il le fils de Jor-El, es-il Superman ou bien l'enfant élevé par les Kent ? Fait-il semblant d'être maladroit au Daily Planet pour couvrir sa double identité ou bien est-il réellement mal à l'aise dans son costume de binoclard ? Autant de questionnements qui trouveront leur réponses dans un climax où l'Homme d'Acier acquière définitivement son statut de dieux vivant.
Les producteurs Salkind ont eu du nez en s'adjoignant les services du réalisateur de « la Malédiction » (triomphe au box-office en 1976). Totalement investi par son sujet au point de se déguiser en Superman le jour où il reçut le script, Donner délivre une succession de séquences mémorables allant d'un vol romantique hors du temps terrestre (je vous met au défi de ne pas verser une larmichette sur les « Can you read my mind ? » de Loïs Lane) à une exploration hypnotique du Savoir de l'Univers sans oublier l'immense générique et ses titres fonçant droit dans la tronche du spectateur comme pour sortir du cadre étriqué de l'écran. Il accumule les péripéties avec une énergie peu communes et a éludé tout l'aspect parodique du scénario original (pourtant rédigé par Mario Puzo, auteur du « Parrain ») pour que le monde de Métropolis soit parfaitement palpable. Il a également su s'entourer d'une équipe prestigieuse regroupant rien de moins que Geoffrey Unsworth (le directeur photo de « 2001 »), John Barry (designer de production sur « Star Wars ») et l'immense John Williams qui a offert ici un des thème musical les plus puissants, héroïque et féerique qui soit. Enfin, comment ne pas évoquer le prodigieux casting regroupant un Marlon Brano impérial (en dépit d'une petite poignée de séquences emballées en 15 jours pour la bagatelle de 3,7 millions de dollars !), un Christopher Reeve alors âgé de 25 ans tout simplement incontournable, ainsi que la délicieuse Margot Kidder en Loïs Lane aussi attachante qu'irritante. Seul Gene Hackman semble totalement à côté du rôle de Lex Luthor mais il convient de se demander si cela n'est pas avant tout du à un personnage mégalo et hystérique trop caricatural ainsi qu'à ses comparses comiques irritants lui enlevant d'emblée toute envergure menaçante.
Bien entendu, il est certain que s'il était sorti sur les écrans de nos jours, le « Superman » de Donner se serait heurté à des hordes de fan boy hurlant au scandale face à la représentation lamentable de ce génie du Mal qu'est censé être Luthor ou ne supportant pas l'idée saugrenue du voyage dans le temps final (et ils auraient bien raison). Il n'empêche : parce qu'il possède un charme indéniable, un dévouement total de son auteur, une émotion vivace et une alchimie miraculeuse, le métrage demeure une référence incontournable qui continue de faire rêver les spectateurs du monde entier. Les héros sont éternels.
NOTE : 5/6
Ennuyeuse, décousue, invraisemblable, poussive... Les adjectifs pour qualifier la saison 3 de « Nip/Tuck » n'ont pas été des plus tendres chez les fans du duo McNamara/Troy attendant beaucoup trop de l'intrigue Carver. A la vue du très mauvais final et de sa révélation tellement surprenante que tout le monde l'avait vu venir depuis 10 épisodes, on peut comprendre que la déception soit proportionnelle aux promesses du créateur de la série. Néanmoins, ce serait oublier qu'à côté de ce fil rouge finalement très secondaire, Ryan Murphy n'a jamais cessé de poursuivre son ambition première : arracher les agrafes d'une Humanité liftée pour en révéler toute sa laideur et tout son désespoir. En cela, l'esprit de « Nip/Tuck » a toujours été respecté, même si le virage dans le freak show trash ne fut pas du goût de tous.
Difficile cependant d'envisager une quatrième année sur la même lancée, au risque de franchir définitivement la barrière séparant le cocktail « sex & gore » du grotesque le plus complet. L'auto parodie n'étant jamais très loin (certains clameront qu'on est déjà en plein dedans), il fallait revenir à une recette plus simple, loin des enquêtes policières et plus proche de l'âme des personnages. Un véritable retour aux sources se traduisant par les come-back successifs de nombreuses figures récurrentes des deux premières saisons tels Meryl Bobolit, Madame Grubman ou encore Escobar. Loin de s'apparenter à des petites mignardises censées éveiller la nostalgie des spectateurs, ces apparitions permettent de boucler la boucle du premier volet des aventures de nos chirurgiens préférés (on notera d'ailleurs que Sean et Christian portent les mêmes vêtements lors du remake de la « séquence crocodile »). Progressivement, les portes de la vie à Miami se referment, chacun tirant un trait sur le passé : Sean revoit Megan une dernière fois en ange gardien, Christian voit défiler ses conquête comme autant de fantômes errant dans son appartement vide (quel plaisir de revoir Natascha l'aveugle et Abby la masochiste !). La grande famille que l'on connaissait autrefois n'est plus : Julia claque définitivement la porte (l'actrice Joely Richardson a préféré quitter les plateaux de tournage pour s'occuper de sa fille malade en Angleterre), le destin ramène Wilbur dans les bras de son « père »... Une certaine mélancolie transparaît le temps d'une sublime chanson de The Submarines interprétée en play-back par chaque membre du casting et les horizons finissent par s'élargir dans une séquence finale symbolique devant le panneaux HOLLYWOOD. Bienvenue à Los Angeles, capitale du strass, des paillettes et de la popularité !
Loin de s'apparenter à un long épilogue ouvrant des perspectives excitantes pour un renouvellement futur, la saison 4 de « Nip/Tuck » surprend pas ses partis pris audacieux voguant bien au-delà du reste de la production audiovisuelle. Le premier d'entre eux, développement logique du cliffangher de la précédente saison, consiste à confronter Sean et Julia au problème d'avoir un enfant handicapé. Angoisse qu'il ne puisse pas avoir une vie normale, peur du regard des autres, culpabilité, colère de se voir accabler d'un nouveau poids, volonté de l'opérer rapidement pour le conformer à la normalité du monde... Les comportements humains sont autopsiés avec une rare pertinence et on évite la facilité consistant à opérer instantanément le bébé pour que tout rentre dans l'ordre rapidement. Posant la question du choix (est-ce aux parents de décider que leur enfant soit opérer ou bien est-ce à l'enfant d'apprendre à vivre avec sa différence ?), Ryan Murphy apporte une réponse intelligente en s'offrant une parenthèse (controversée) dans le futur où un Conor McNamara adulte tente de réconcilier sa famille autour d'une ultime intervention chirurgicale.
Abordé de manière plus frileuse, le thème de la Scientologie n'en demeure pas moins une première dans l'Histoire de la télévision et évite la démonstration toute faite du « c'est maaaaaaaaaal ». Permettant d'offrir au personnage de Matt un équilibre relatif (sa liaison avec Kimber a beau être une facilité narrative, elle demeure bien traitée et nous change de l'adolescent tête à claque des trois premières saisons), cette religion de pacotille n'en est pas moins brocardée avec subtilité, notamment lors de l'apparition hilarante du Dieu ZENU A VERIFIER digne des meilleures délires de « Six Feet Under ».
Infiltrant la jet-set pour mieux en exposer la superficialité au grand jour, cette saison de « Nip/Tuck » s'est offert une jolie brochettes de star venues casser leur image et alimenter le jeu de massacre. Brooke Shields incarne une psychologue accro au sexe, Larry Hagman (e JR de « Dallas ») veut se faire implanter des testicules en plastiques et prend un plaisir sadique à voir sa femme se faire sauter sous ses yeux par un autre homme, Mario Lopez exhibe son impeccable petit cul sous toutes les coutures, Alanis Morisette débarque en lesbienne obsédée par l'apparence, Richard Chamberlain se paye un gigolo en guise de mari, Melissa Gilbert (Laura dans « la Petite Maison dans la Prairie ») baise avec son chien et notre Catherine Deneuve nationale souhaite injecter les cendres de son mari dans ses implants mammaires. Le spectacle est permanent, immoral et déviant. Bref, c'est jouissif.
Chaque patient du jour s'intègre en plus à merveille dans le faisceau des autres intrigues principales pour révéler un monde où le corps n'est plus que de la chair qu'on cherche à contrôler en se faisant opérer ou en détruisant celui des autres. Débutant par l'achat du cabinet McNamara/Troy, la saison 4 exhibe une pathétique galerie de pantins cherchant à exercer du pouvoir sur les autres en les dégradant. De Burt Landau obligeant sa femme à s'accoupler avec un autre sous ses yeux à James exerçant une pression folle sur Michelle en passant par l'influence de Kimber sur Matt, sans oublier bien entendu le trafic d'organes ou encore Sean souhaitant que son fils soit vite opéré, tous bataillent pour avoir du pouvoir sur les autres parce qu'ils sont incapables d'exister pour eux-même. Ce manque de confiance en soi sera d'ailleurs le déclenchement pour Sean de sa décision de quitter Miami : il est temps pour lui de se chercher et de ne plus se laisser par les autres et le regard de la société.
Parfaite conclusion à quatre années de perversions physiques et psychologiques, cette saison de « Nip/Tuck » s'affirme plus que jamais comme une histoire d'amour entre hommes hétérosexuels servant de miroir à peine déformant de nos société modernes rongées par l'apparence. Mais si la laideur intérieure est proportionnelle à la beauté extérieure, gare à ne pas trop se refaire faire la gueule pour masquer les imperfections : on risque de garder des cicatrices bien dégueulasses !
NOTE : 6/6
La découverte de la résurrection de Darla à la fin de la première saison d' « Angel » avait de quoi mettre une pression sévère à tous les fans du vampire avec une âme ! Ouvrant des perspectives excitantes quand à l'évolution de la série, ce rebondissement inattendu contenait tout le potentiel dramatique pour amener le personnage principal sur de nouveaux sentiers plus sombres et torturés. Plus romantiques aussi. Malheureusement, si ce fil conducteur s'avère de très loin le plus attrayant de cette seconde fournée d'épisodes, il ne suffit pas à masquer les nombreux choix scénaristiques hasardeux interdisant à l'ange ténébreux de prendre enfin son envol.
Se détachant progressivement de la construction anthologique avec ses monstres de la semaine, la narration de la saison 2 d' « Angel » lorgne davantage du côté du feuilleton avec de nombreux cliffangher, poussant le spectateur à revenir chaque semaine pour découvrir la suite. Les personnages et le cadre n'ayant plus besoin d'être introduits, les auteurs ont pu se permettre de développer les bases d'une mythologie reposant essentiellement sur la lutte entre l'équipe d'Angel Investigations et le cabinet d'avocats démoniaques Wolfram & Hart. Exit donc les cross-over avec la série mère. Si les connections avec « Buffy contre les vampires » sont encore présentes, elles sont ramenées au strict minimum et n'ont strictement aucune incidence sur les enjeux présents, qu'il s'agisse de l'annonce de la mort de la Tueuse à la fin du final ou bien des flash-back de l'épisode « Darla » répondant à ceux de « La Faille », épisode de la 5ème saison de « Buffy ».
L'émancipation d' « Angel » est donc presque terminée et c'est avec un plaisir non dissimulé que l'on suit l'évolution de nos héros n'ayant plus grand-chose à voir avec ceux qu'on l'on connaissait à leur débuts à Sunnydale. Loin de l'Observateur chochotte qu'il était autrefois, Wesley s'affirme comme un leader courageux allant même jusqu'à prendre la tête des affaires quand Angel se détournera de ses amis. De son côté, Cordélia tire peu à peu un trait sur la jeune garce frivole et gagne en maturité. Ces changements pratiquement imperceptibles parce qu'étendus sur 22 épisodes n'ont d'autres buts que de préparer le terrain pour une saison 3 où chacun gagnera en complexité et en noirceur. Saluons également au passage l'intégration de Gunn à la petite équipe qui permettra de faire le lien avec les évènements secouant les minorités, devenant bien plus qu'un black de service, ainsi que l'arrivée de Lorne, un démon excentrique tenant un bar de karaoké, apportant une touche de folie et d'humanité bienvenue.
Mais celui qui bénéficie de la plus grande profondeur psychologique, c'est bien sûr Angel. Décollant progressivement l'étiquette de dépressif se morfondant en permanence, le héros va explorer ses zones d'ombres au contact de Darla, la femme qui l'a vampirisé et qu'il avait fini par tuer. De nombreux flash-back vont ainsi permettre d'éclaircir le passé d'Angelus et sa relation complexe avec celle qui a partagé sa vie durant plusieurs siècles, permettant aux évènements présents de revêtir une ambiguïté et une puissance émotionnelle découplée. D'abord contrôlée par Wolfram & Hart pour réveiller le monstre qui sommeille chez Angel en lui faisant perdre son âme, Darla connaîtra à son tour les tourments d'une vie de mortel et ne songera alors plus qu'à redevenir le vampire qu'elle était autrefois. Condamnée par la maladie, elle finira par recevoir l'aide d'Angel qui ira jusqu'à accepter de se sacrifier pour elle dans un épisode tétanisant, « L'Epreuve » (de très loin le sommet de la saison), s'achevant sur un rebondissement des plus sadiques.
En dépit de tous ses efforts, Angel ne pourra empêcher la transformation de Darla, vampirisée par une autre échappée de la galaxie « Buffy », Drusilla, elle-même au service de Wolfram & Hart. Débutera alors pour l'ange torturé une plongée dans les recoins les plus obscures de son esprit puisqu'il se coupera temporairement de ses associés et n'hésitera pas à laisser mourir les avocats responsables de son malheur. Ni tout à fait Angel ni vraiment Angelus, le personnage évolue sur une frontière trouble entre le Bien et le Mal, jusqu'à comprendre à la fin du superbe « le Grand Bilan » que le Mal qu'il combat n'est pas personnifié : il évolue en chacun de nous et ne se révèle qu par nos choix de vie. On ne pourra que saluer la pertinence avec laquelle cette nouvelle est révélée, au travers d'une séquence dans un ascenseur conduisant directement aux Enfers et dont les portes finiront par s'ouvrir sur... notre monde quotidien.
Cependant, il est regrettable que la remise en question d'Angel ne s'effectue pas entièrement au travers de l'intrigue Darla mais aussi dans des loners à la qualité plus que variable. Ainsi, dans le premier tiers de saison, le personnage divinement campé par Julie Benz n'apparaît qu'au détour d'une poignée de séquences – forts réussies certes – censées maintenir l'intérêt du public pendant des intrigues bouclées sur elles-mêmes et sans grand intérêt (des épisodes comme « Le Jugement » ou « Intouchable » sont particulièrement laborieux). La déception se fera d'autant plus ressentir après le mémorable « Déclaration de Guerre » puisque la tension retombera comme un soufflé pour privilégier les épisodes anthologiques avec du bon (« L'Ordre des Morts-Vivants ») et du moins bon (« Argent Sale ») avant de connaître un sursaut avec les incontournables « Le Grand Bilan » et « Retour à l'Ordre »). Les hostilités annoncées n'auront finalement pas lieux et on ne pourra que regretter la faiblesse des intrigues tournant autour des second rôles pourtant charismatiques tel que Kate (largement sous-exploitée cette année) et Lindsey (personnage bénéficiant d'une vraie épaisseur psychologique mais dont le départ dans le faiblard « Impasse » est pour le moins bâclé).
Ce manque d'inspiration chez les scénaristes ne seraient pourtant pas si gênant si la fin de saison avait tenu ses promesses et que les pièces du puzzle s'étaient assemblées pour former un grand tout annonciateur de grands changements. Hélas, il n'e sera rien. Oubliée Darla, oublié Wolfram & Hart. Pour ses quatre derniers épisodes, la deuxième année d' « Angel » a préféré développer une intrigue totalement déconnectée du reste (l'introduction du personnage de Fred exceptée) et lorgner du côté de l'heroïc fantasy bas de gamme avec un voyage de nos héros dans la dimension de Pyléa. Mal écris, épousant une dimension comique particulièrement déplacée et se vautrant dans un kitch involontaire, cet arc narratif se révèle tout simplement inutile.
Dommage, cent fois dommage. Alors que la série ne demandait plus qu'à décoller vers des sommets, elle demeure encore clouée au sol à cause d'une gestion maladroite de différentes intrigues principale et de ses loners peu enthousiasmants. Moins intéressante que la première, cette seconde saison ressemble à une transition maladroite vers des enjeux – passionnants et maîtrisés cette fois – d'une saison 3 riche en émotion.
NOTE : 3/6
Après trois ans de bons et loyaux services auprès de Buffy la Tueuse de Vampire, il était grand temps pour Angel de prendre son envol. Son départ de Sunnydale, après une mémorable bataille le jour de la remise des diplômes, coïncidait avec la fin d'une époque pour tous les fans de « Buffy ». La jeune héroïne allait entrer à la fac et quitter l'adolescence pour passer à l'âge adulte. Un changement inévitable passant par de nouveaux décors mais aussi le délestage d'une partie du casting, à commencer par le personnage de David Boreanaz qui risquait de tourner en rond à force d'alimenter une romance impossible avec la Tueuse. Pas question pour autant d'abandonner le vampire avec une âme : si Angel n'avait plus sa place dans la série qui l'a introduit, les possibilités en tant que vedette de son propre show demeuraient un riche vivier d'idées pour les scénaristes.
Premier spin-off dérivé de « Buffy contre les Vampires » (et aussi le dernier puisque ni celui tournant autour de Giles et ni celui centré sur Faith n'ont abouti), « Angel » s'écarte sensiblement de la série mère en trouvant rapidement son propre ton. Il n'est plus question de suivre les aventures d'une bande d'adolescents en plein épanouissement ou en plein tourments mais au contraire d'explorer l'esprit torturé d'un vampire de 250 ans contraint, parce qu'il a hérité d'une âme, de lutter contre les forces du Mal dans l'espoir d'obtenir la rédemption. Loin du climat ensoleillé de Sunnydale, c'est à Los Angeles que le brun ténébreux s'est installé. Une ville dévorée par les illusions perdues, par l'égoïsme, l'insécurité et les écarts sociaux tout en faisant miroiter le rêve ultime que représente Hollywood. Loin du kitsch carton-pâte plus ou moins revendiqué par « Bufy », les décors d' « Angel » respirent le vrai, la crasse et l'élégance. Les longues avenues étincelantes donnent l'impression d'une ville qui ne dors jamais, les villas de riches hommes d'affaire traduisent le luxe et la débauche, les bas-fond sont le refuge de tous les rebus de la société...
On pouvait difficilement trouver un cadre plus parfait pour traduire le mal être du vampire : la population est obsédée par son image alors qu'Angel ne peut même pas se refléter dans la glace, la solitude du héros renvoie à l'absence de compréhension entre les individus qui tentent de s'abandonner dans des histoires de sexe sans lendemain (sexe dont est privé Angel du fait de sa malédiction), les jeunes actrices sont prêtes à se faire vampiriser uniquement pour conserver leur jeunesse éternelle sans comprendre tout ce que cela implique... Et puis il y a le grand ennemi de la saison : la firme Wolfram & Hart, un cabiné d'avocats peu scrupuleux s'appliquant à défendre les démons pour étendre son pouvoir sur la ville. Un symbole parfait pour mettre en évidence le sens de la justice du héros qui s'emploiera à mettre les bâtons dans les roues dans cette incarnation du libéralisme extrême où seule la réussite et la compétition permet de survivre.
Comme l'étaient les premières saisons des « X-Files » ou de « Buffy contre les Vampires », la première fournée d'épisodes d' « Angel » est purement anthologique. Si l'on relève bien ça et là des brides de mythologie avec le cabinet Wolfram & Hart (les deux derniers épisodes sont particulièrement excitants et prometteurs), ce sont les looners qui occupent l'essentiel du terrain afin d'introduire progressivement l'univers de la série aux spectateurs. Un univers plus dur que celui de « Buffy » et où l'on verse parfois franchement dans l'horreur (« L'étrange Dr Meltzer »). La mort de Doyle (personnage par lequel on découvre L.A. et point de départ de chaque monstre de la semaine) dès le 9ème épisode prouve que le pire peut arriver n'importe quand et rappelle que le premier degré primera souvent sur le second (ce qui n'interdit pas quelques incursions comiques bienvenues). Certes, cette disparition brutale découle en partie d'une mauvaise entente sur le plateau entre le comédien Glenn Quinn et le reste de l'équipe. Néanmoins, elle offre au créateur Joss Whedon la possibilité d'affirmer l'identité de sa série et de la modeler l'image de son héros.
Angel n'a en effet rien du gentil idéal défendant la veuve et l'orphelin. La malédiction qui pèse sur lui interdit tout plaisir et l'âme dont des bohémiens l'ont dotés le ronge de mille tourments. Combattant le crime pour racheter les atrocités qu'il a commis autrefois, le vampire mène une existence de frustration et de remords. Les démons contre lesquels il lutte ne sont jamais que la représentation de ses propres démons intérieurs. Parmi les points fort de la saison, on relèvera les liens tumultueux d'amour et de haine qu'il va nouer avec une inspecteur de police et qui ne sont pas sans rappeler ceux entretenus entre un certain Spider-Man et Gwen Stacy (la jeune femme accusant le héros de la mort de son père dans les deux cas). Les scénariste nous offre un nouveau regard humain sur les mondes des démons : un regard rempli d'incompréhension et de peur face à ce qui est simplement différent.
Derrière les créatures maléfiques prétextes au divertissement et à l'action, il y a donc une vraie réflexion sur la société américaine qui amène un double niveau de lecture. Dans « Angel fait Equipe », un parasite attaquent les âmes solitaires écumant les bars en quête d'amour, renvoyant à la solitude qui ronge les êtres seuls des villes modernes. Le désopilant « Appartement de Cordélia » traite des difficultés à bien se loger quand on a pas de travail, « Raisons et Sentiments » évoque l'incapacité des êtres humains à exprimer leurs émotions au travers d'une intrigue où un maléfice pousse les habitants de Los Angeles à dire ce qu'ils ont sur le cœur... Les maux de la société sont traités avec intelligence dans des looners à l'ambition artistique indéniable, certains effets spéciaux et maquillages se montrant d'ailleurs tout à fait honorables compte tenu du budget limité (exception faîte du pathétique monstre géant à la fin de « Grossesse Express »), surpassant même « Buffy contre les Vampires » sur le terrain du spectaculaire.
Néanmoins, les meilleurs épisodes restent sans conteste les cross-over réalisés entre « Angel » et sa série mère. Diffusés l'un après l'autre sur la chaîne WB, les deux programmes se sont régulièrement croisés dans des soirées spéciales, comme pour faciliter l'adhésion des fans de « Buffy » à la première saison de ce spin-off. « La Pierre d'Amara » aura permis de faire voyager Spike et Oz à Los Angeles, un double épisode aura prolongé le retour de Faith devenant alors l'alter ego d'Angel tiraillé entre le Bien et le Mal et aussi en quête de rédemption... Sans oublier bien sûr l'incontournable « Je ne t'oublierai jamais » qui offre à tous les fans du couple Angel/Buffy une conclusion bouleversante d'intensité rappelant que chaque minute d'un amour compte. Ces intrusions de figures familières dans un univers qui ne l'était pas encore s'ajoutent à la présence remarquée de deux autres personnages débarqués de « Buffy » occupant ici une place importante dans l'action : la pétillante Cordélia et l'ancien Observateur Wesley. Formant une équipe de choc avec Angel, ils gagnent une profondeur et un charisme qu'on ne leur soupçonnait pas. Vestiges de Sunnydale, ils évolueront petit à petit jusqu'à faire parti intégrante de l'univers d' « Angel ».
Alors qu'on aurait pu craindre un vulgaire produit dérivé tentant de surfer sur le succès télévisuel de « Buffy », les 22 premiers épisodes d' « Angel » viennent rassurer les fans sur les capacités du créateur Joss Whedon à œuvrer sur deux séries aussi différentes que complémentaires. Maintenant que le lien avec les aventures de la Tueuse a permis de bâtir un nouvel univers solide mais dans la continuité, le Vampire en quête d'humanité pourra développer tranquillement sa propre mythologie dans une saison 2 s'annonçant riche en rebondissements. Avec l'espoir que la Prophétie de Shanshu faîtes dans l'épisode final « le Manuscrit » s'accomplisse au bout du combat...
NOTE : 4/6