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V for Vendetta (2006)

Alan Moore est définitivement un auteur de première catégorie. C'est avec un bonheur répété à l'infini que je me régale à lire et relire son Souriez!, probablement une des meilleures BD sur le Dark Knight. Non seulement le graphisme de Brian Bolland est de toute beauté, mais Moore cerne sans la moindre difficulté la sombre personnalité des 2 personnages les plus importants de la saga, à savoir Batman et le Joker et ce, dans un récit assez court finalement. Je l'ai découvert très très jeune et puis plus rien. Il a fallu que le film From Hell fasse son apparition sur nos écrans pour je retâte du Moore avec avidité. Et c'est ici que V for Vendetta fait son apparition. Déjà, le titre annonce un récit qui promet, la vengeance faisant partie de mes thèmes préférés (comme c'est le cas de nombreux scénaristes... Sans la vengeance, une bonne partie du cinéma que nous connaissons disparaîtrait...). Et comme un bonheur ne vient jamais seul (enfin, j'espère...), un élément que j'apprécie au plus haut point est ici particulièrement soigné: l'ambiance. Bien aidé par un graphisme de David Lloyd tout à fait approprié, Moore distille une atmosphère pesante, oppressante. Quoi de plus normal pour une oeuvre écrite au moment où son pays était tombée sous le régime Thatcher? L'auteur va symboliser ces années difficiles par une Angleterre imaginaire, dirigée d'une main de fer par un état totalitaire, où le mot "liberté" a été banni pour mieux cadenasser une population désemparée par une récente guerre mondiale. C'est dans ce contexte peu avenant que V va faire son apparition; un homme portant le masque de Guy Fawkes, célèbre anarchiste exécuté en 1606, accusé d'une tentative d'assassinat du roi d'Angleterre. Méthodiquement et de manière quasi-surnaturelle, V va s'en prendre à certaines personnes triées sur le volet et commencer un long travail de sape pour mettre à genoux le gouvernement mis en place. Il trouvera de l'aide en la personne d'Evey, une jeune paumée, contrainte à se prostituer pour vivre. En la sauvant des griffes de la Main, une police pas vraiment au service des citoyens, V l'emmène dans son refuge et se fait un devoir d'éduquer la jeune femme. Celle-ci se révèlera in fine être une pièce capitale de son plan "machiavélique".

La promesse d'une adaptation ciné était donc une bonne nouvelle en soi. Si La Ligue des gentlemen extraordinaires est un gros nanar à mourir de rire dans sa deuxième partie, From Hell, bien que laissant de côté l'exploration psychologique de Jack l'éventreur, transformant le film en "simple" whodunit, tire son épingle du jeu, grâce à une ambiance soundwave-dans-ses-pantoufles (pas de ciel bleu, ni de vallées vertes et des oiseaux qui chantent, donc...). Si en plus V for Vendetta est chapeauté par les frères Wachowski (Matrix, bien entendu, mais aussi Bound, ne l'oublions pas...), il se peut qu'on tienne une bonne base pour un film énorme, même si les frangins délèguent la réalisation au méritant James McTeigue, qui les avait déjà bien assistés pour la fameuse trilogie (Sisi, les trois sont biens!!). Alors, qu'en est-il?

Ceux qui n'ont pas lu la BD ou vu le film, il serait peut-être sage de passer votre chemin, je risque de parler d'éléments importants de l'intrigue par mégarde (ca me ferait mal de vous gâcher la surprise!). Première constatation, ca va très très vite!! Le décor est planté à une vitesse vertigineuse, à tel point que je me suis posé la question si les néophytes allaient tout comprendre. Visiblement, pas de problème de ce côté-là, un de mes fidèles comparses n'ayant jamais entendu parler de l'oeuvre de Moore n'a eu aucune difficulté à cerner les tenants et les aboutissants. Et même si le scénario a été légèrement adouci (Evey, interprétée par Miss Portman, ne se prostitue plus mais passe simplement voir de la famille lorsque la police s'en prend à elle), l'ambiance chère à mon coeur est malgré tout respectée dans les grandes lignes, même si elle est beaucoup moins oppressante. V garde son aura de personnage mystérieux aussi virtuose de ses lames que de ses mots. A ce propos, le passage du papier sur grand écran montre à quel point l'imaginaire est plus sollicité à la lecture. Déstabilisant de voir dans un film un masque "parler"... Je me suis surpris à penser "Tiens, ses lèvres ne bougent pas..." lors des premières paroles de V. Normal, c'est un masque. Et curieusement, à la lecture, ce masque m'avait semblé beaucoup plus expressif que dans le film. Sans doute mon cerveau qui me joue des tours. Mais revenons à ce premier acte, portant principalement sur la vendetta, et qui est globalement assez fidèlement retranscrit. On pourra néanmoins regretter la solution de facilité concernant Lewis Prothero, alias la Voix. Si l'idée de moderniser l'animateur radio responsable de l'endoctrinement du peuple en prédicateur du petit écran nettement plus aggressif s'avère judicieuse, on pourra en revanche regretter une mort beaucoup trop classique dans le film. Dommage, car en faisant traverser les portes de la folie à Prothero par une mise en scène aussi brillante que cruelle dans la BD, V restait un personnage fascinant et terrifiant à la fois. Un deuxième aspect de sa personnalité malheureusement adouci...

Sa vengeance personnelle menée à terme, il est temps pour V de voir les choses en grand. Mais pour cela, il a besoin d'Evey. Encore réticente à accepter son rôle dans cette machination, V parviendra à la libérer au prix d'un terrible subterfuge, aussi inhumain qu'efficace. Ce deuxième acte est quasiment parfait dans sa reconstitution cinématographique. Tout y est, y compris les merveilleuses lettres de Valérie. Mais l'air de rien, l'heure est déjà bien avancée et le film ne dure que 130 minutes... C'est visiblement décidé, le troisième acte sera sacrifié. Pas bâclé, ce serait dommage à ce stade du film mais à force de retirer fort logiquement certains personnages des 2 premiers actes (notamment les femmes de certains haut-placés), les événements sont forts différents dans cette dernière partie. Le fait de changer ne me dérange pas outre mesure, dommage que ce soit emballé aussi rapidement. Dommage également pour le personnage de l'inspecteur Finch, interprété par Stephen Rea, qui parvenait à découvrir le repaire de V au prix d'une épreuve mentale aux frontières de la folie. Dans le film, on se demande presque quel a été le cheminement de son raisonnement pour parvenir à tenir en joue le terrorriste. Bref, et c'est vraiment là le seul défaut de ce film, il manque une bonne vingtaine de minutes, la fin semble expédiée à tel point que le passage de flambeau si important est à peine effleuré. Mais ne boudons pas notre plaisir, le principal est là (toute l'ambiguité reposant sur ces actes terrorristes "justifiés", plus que jamais d'actualité), on peut donc vraiment parler d'une bonne adaptation. Pas fidèle à 100%, évidemment, mais très très loin du naufrage qu'aurait pu donner le film s'il était tombé dans de mauvaises mains.

Et puis, en fin de compte, j'ai toujours ce même frisson de bonheur qui me parcourt l'échine lors des flashbacks de l'évasion de V. Ah, ce cri de liberté!!

4 Avis »

  1. christof13 :

    T'as oublié la cote ;-)
    Faudra que je le vois ce film mais je doute que j'arrive à convaincre mon entourage d'y aller.

  2. soundwave :

    Ouais, mais c'est parce que j'hésite toujours entre 7 et 8... J'ai côté 8 sur imdb mais avec un peu de recul, ca me semble excessif... Il faut que je le revoie une seconde fois, là...

  3. KLAATU_2 :

    Excellente critique Sound ! Bravo pour ton intro qui rappelle les origines du film, soit la bd d'Alan Moore… Il parait que c'est HUGO "Mr SMITH" WEAVING qui incarne V… reprenant de justesse le rôle après qu'un 1er comédien ait été "remercié" (infos reprise de SCORE de ce mois)…

  4. soundwave :

    Oui, tout à fait... Je ne l'ai pas mentionné pour la simple raison que je l'ai vu en VF. Impossible donc de me faire une idée de sa prestation... L'acteur originellement prévu était James Purefoy (connais pas du tout, à part dans Resident Evil, le film...). Je ne sais ce qui s'est passé, mais l'entente ne devait pas être au beau fixe. Remplacé en plein tournage, il se peut donc que Weaving ait peut-être simplement fait du doublage sur certaines scènes... Je ne pense pas qu'on aura le fin mot de l'histoire, de toutes façons...

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