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Nous y sommes donc enfin: 2 mois et quelques après la sortie française du somptueux DEATH PROOF de Quentin Tarantino, rallongé à l'occasion d'un passage sur la Croisette et d'une volonté de respecter le scénario original, c'est au tour du jouissif segment de Robert Rodriguez de montrer le bout de son nez en solitaire dans nos salles françaises, un mardi 14 août (allez savoir...). Moins bien vendu par une bande-annonce qui dévoile à peu près tout le sort des personnages et une affiche franchement laide (qui interfère une fois encore la jambe-mitraillette du personnage principal, comme sur toutes les autres images diffusées), et surtout porté par le seul nom de Rodriguez qui fait peur à tort à tout les critiques prétentieux de cinéma, PLANET TERROR n'avait réellement pas une chance de séduire le public français. Pourtant, fans de gore, de zombies trop absent de nos écrans, ou de Rodriguez étaient au rendez-vous. Avant toute chose, pourquoi le réalisateur est si détesté par la critique ? Parce qu'il fait tout simplement des films pour s'amuser, des films de détente, des défis personnels, à défaut d'avoir le talent de son frère Tarantino, en matière de mise en image, ce qui amusera tout les rédacteurs de France pour la comparaison. Lorsqu'on regarde sa filmographie, je ne peux qu'accuser deux films d'avoir plonger le réalisateur dans la moquerie pur et dur: SPY KIDS 3-D, l'opus de trop d'une trilogie que j'aime beaucoup (il suffit d'avoir une âme d'enfance pour y trouver un GOONIES moderne), et le minable SHARKBOY & LAVAGIRL, délire co-écrit par son bambin de moins de 10 ans. Mis à part cela, je ne peux que défendre des films comme UNE NUIT EN ENFER, DESPERADO ou SIN CITY, tous plus ou moins appréciés (à juste titre), mais surtout des films qui me tiennent plus à coeur comme le délirant DESPERADO 2, le méconnu mais très sympathique ROADRACERS (téléfilm de luxe), THE FACULTY et ses références sincères, ou sa participation à FOUR ROOMS. Oui, j'adore Robert Rodriguez, pour son alliance indéniable entre le jouissif et le technique, pour son côté touche-à-tout étonnant (compositeur, scénariste, monteur, cadreur, producteur) pour sa force à faire ce qu'il veut de son garage/studio Troublemaker, et pour ses leçons de cuisine hilarantes. Mais que vaut donc son PLANET TERROR hors GRINDHOUSE ? Etant donné qu'il était l'introduction à la partie de Tarantino plus "prise de tête" en duo, le film se révèle toujours aussi jouissif, gore, foutoir et totalement assumé. Tout ce qu'on adore chez Rodriguez !
Dans une petite ville paumée d'Amérique, située au bord d'une base militaire douteuse, une infection de virus toxique ne tarde pas à transformer les malades d'un hôpital et les vagabonds en zombies intoxiqués, prêt à tout pour récupérer un peu de chair pour survivre quelques heures en plus. Le virus ne tarde pas à se propager dans les moindres recoins de la ville, laissant dans les mains d'un ex-militaire réputé et de ses amis le dernier espoir de l'humanité.
Respectant parfaitement sa note d'intention GRINDHOUSE respectant les codes du cinéma bis, truffé de mauvais raccords, de copies répugnantes et de pellicules manquantes, Robert Rodriguez a plus loin en nous proposant une sorte de variante entre le cinéma de John Carpenter et de George A. Romero, que ce soit dans la bande-originale démentielle (les arrangements du morceau HOSPITAL EPIDEMIC sont à tomber par terre) ou la construction du récit, bercé par le classicisme pur et dur, mais pourtant absolument pas gênant ici. Toute la première partie du film, après un prologue militaire qui met les objectifs sanglants du réalisateur sur le tapis, se déroule donc comme on a l'habitude de les voir dans les films d'horreur et les invasions de zombies, sauf qu'elle présente en intégralité des personnages tous totalement barrés. L'avantage du cinéma de Rodriguez est qu'il ne se refuse rien, effectuant lui-même ses montages et s'auto-produisant, n'ayant ainsi aucun problème avec les avis déplacés de type comme les frères Weinstein qui ont parfois l'habitude de faire dans l'aseptisé agaçant. Ici, aucun personnage n'est épargné, pas même les héros qui font parfois des erreurs monumentales sans pour autant qu'on s'en détache. Découpant son récit entre deux histoires de couple dont les destins se croisent (le montage parallèle l'indique tout le long du film, comme avec les ouvertures de portes), on assiste donc d'abord à la réunion entre El Wray, visiblement camionneur sans problème qui au milieu de la nuit s'arrête dans le B&Q de la région et retrouve la trace de sa Palomita, devenue une go-go danseuse pleurant à la fin de ses show et répondant au doux nom de Cherry Darling. Anciens conjoints ne se comprenant pas trop, ils vont cependant refaire équipe avant d'être attaqué par un petit groupe d'infectés venant de nul part, qui avait déjà effectué une attaque dans la nuit sur une infirmière venue sauvée Molly Block de son mariage désastreux. Cette fine infirmière dans l'hôpital de la ville est en effet prête à partir avec son amie Tammy pour quitter son mari le Doc Block, énorme psychopathe à mi-chemin entre le sadisme pur et dur (il veut voir Molly souffrir même s'il est devenu infecté à son tour) et l'amoureux maladif qui veut vivre avec sa femme éternellement. Les deux travaillent donc à l'hôpital et seront les premiers informés de cette crise qui touche visiblement toute la région et les personnages secondaires bien crasseux: le père de Molly qui n'est autre que le shérif Earl McGraw (les spectateurs n'ayant pas vu GRINDHOUSE comprennent enfin l'humour des retrouvailles entre les deux personnages dans l'intermède clinique de DEATH PROOF) vivant avec une femme pouvant à peine bouger avec son cancer, l'adjoint Hague qui veut à tout prix mettre la main sur Wray et sur la recette du barbecue de son frère JT, ses deux adjoints manchots (dont Tolo, qui tire sur tout ce qui bouge même un patient à l'hôpital ou son chef), l'assistant de Block qui ne fait que visionner des vidéos horribles sur des lésions sanglantes, les fameuses Crazy Babysitter Twins qui se font arroser de sang du début jusqu'à la fin, et surtout les militaires du début du film qui se révèlent être eux-aussi infectés par le virus mais qui s'en servent pour devenir surpuissant.
Ce sera d'ailleurs le principal élément de différence entre la révélation frontale d'un Rodriguez ou le non-dit génial des films de Romero, puisque le réalisateur veut expliquer tout ce joyeux bordel sans trop y croire lui non plus, créant un discours patriotique bouseux dans les bras du Lieutenant Muldoon qui veut sauver ses hommes d'une erreur de sa part lorsqu'il s'est retrouvé face à Oussama Ben Laden. Les zombies ne sont d'ailleurs pas des zombies à proprement parlés, puisqu'ils sont infectés par les virus mais toujours conscients, capable même de contrôler les radiations avec une dose de gaz toxique appropriée (les militaires le font). Mais avant de passer à cet immense assaut final retrouvant le décor de la scène d'ouverture dans une pure logique de boucle (tout le monde revient au point de départ pour en finir), Rodriguez se permet aussi de passer à une contamination qui passe dans des assauts sanglants de lieux communs, qui vont d'un hôpital totalement infesté où Cherry perd définitivement sa jambe, au restaurant bouseux de JT, centre du troisième acte totalement passé sous silence par Rodriguez. Pour le cinéaste, les révélations de cette partie sont trop classiques pour être amusantes ,et c'est après la fameuse scène de sexe (totalement outrageuse soi-dit en passant) qui la bobine manquante vient mettre le spectateur dans une position de spectateur de spectacles GRINDHOUSE et d série B pure et dure. On sait pertinemment ce qui se passe dans cette partie (Hague accorde enfin sa confiance à Wray lorsqu'il apprend qui il est réellement, le décor prend feu suite à l'erreur de quelques imbéciles, les personnages se retrouvent et se barricadent en un seul gros groupe), Rodriguez ne s'empêche d'ailleurs pas de faire des blagues sur ce décalage (Tolo qui tire sur le shérif, ce qui n'est pas montré, jusqu'à ce qu'il s'excuse), ne voulant pas comme Tarantino rallongé son récit avec ce manque bel et bien assumé dans les interviews. Cela va avec l'expérience PLANET TERROR, à nous de l'accepter comme tel et d'en rire à gorges déployées puisque Rodriguez simule un incident en cabine. Le seul ajout dans cette version diffusée seule ? Une séquence devant l'hôpital lors de l'arrivée de la police et de Wray, qui tenait à coeur au cinéaste car elle possède une petite erreur tordante de notre cher Tolo (une de plus...). La pellicule est toujours aussi crade et bruyante, les plans sont toujours aussi granuleux, et c'est toujours aussi bon.
Il faut aussi préciser, ce qui n'a jamais été fait pratiquement, que PLANET TERROR n'est pas qu'un simple film sanglant. En toute sincérité, je n'avais pas vu un déballage de tripailles et de sang dans un film d'horreur depuis au moins une dizaine d'années, avec un ton aussi jouissif qui dévoile tout ce que l'on peut demander au niveau entailles et morsures. Oubliez les SAW, les HOSTEL, les SHAUN OF THE DEAD, car PLANET TERROR se rapproche plus d'une expérience comme ZOMBIE en plus "esthétique", n'oubliant jamais de le moindre plan de rendre hommages aux fans de genre que nous sommes. Rodriguez se permet donc tout ce qui est crasseux, saignant et hilarant: arrachages de couilles d'entrée de jeu, visages fondus par le gaz toxique, pustules sur le visage et la langue (éclatés en gros plan), pénis qui fondent sur le sol, impacts de balles qui font des trous gros comme des ballons de football (chaque explosion de sang est tellement graphique que l'on ne s'en lasse jamais), transformations de pauvres militaires en monstres géants, découpage de corps façon UNE NUIT EN ENFER, étalage de crasses sur la peau, explosion de crâne des personnages principaux (le pauvre scientifique/militaire qui jette un coup d'oeil à travers un mur), magnifique hommage à la version longue de ZOMBIE avec un hélicoptère trancheur de tête, suicide involontaire de petits garçons censés être importants, et même humour noir totalement décalé (un chien se fait écraser par un camion, le sang gicle sur une pauvre rescapée à côté, tandis que Wray roule sur une moto minuscule pour enfants). Rodriguez est dans son élément, fait ce qu'il a envie de faire, et nous ravie. Il n'y a pas d'autres mots: on n'avait pas vu autant de tripes au cinéma récemment. Et ce n'est qu'interdit aux moins de 12 ans...
L'univers B (voir très Z assumée par moment) est même respecté dans les choix de casting du réalisateur, qui se fait une nouvelle fois plaisir en mêlant nouvelle génértion talentueuses, vieux de la vieille pour rendre hommage, et des "on l'a déjà vu où lui déjà ?" comme il est rare d'en voir. Les 4 personnages principaux sont ainsi incarnés par 3 nouveaux venus de la bande de Rodriguez, à commencer par la somptueuse Rose McGowan qui est devenu la muse de Rodriguez sur le tournage (et qui va sûrement lui coûter un mariage, mais on s'en tamponne). Fan de la première heure de ses rôes de cruches dans SCREAM et CHARMED, Rodriguez a écrit le script pour elle lorsqu'ils se sont rencontrés à Cannes voilà déjà 2 ans de cela, lui offrant l'occasion d'incarner la première femme unijambiste capable de tirer à la mitraillette par la force de sa pensée. Son joyeux copain n'est ni plus ni moins que le génial Freddy Rodriguez, toujours aussi bon après LADY IN THE WATER et BAD TIMES, son dernier vrai rôle au cinéma (si l'on occulte son rôle insipide dans le tout aussi médiocre POSEIDON). Si pour certain il est resté seulement "la révélation de SIX FEET UNDER", il faut vraiment le voir au cinéma pour se rendre compte qu'il est déjà passé à l'étape supérieur, et qu'il ne nous a pas attendu., alternant blockbusters et films d'auteur (BOBBY, un chef d'oeuvre). Dans le rôle de Block, si Marley Shelton (la cliente de l'ouverture de SIN CITY, THE LAST KISS) fait bonne impression en torturée qui se casse la main une bonne dizaine de fois, c'est surtout le retour de Josh Brolin qui nous fait grand plaisir. N'ayant quasiment pas changé depuis son rôle de Brand dans LES GOONIES, il a enchaîné les seconds rôles plus ou moins mémorables (MIMIC, HOLLOW MAN, MELINDA ET MELINDA) pour finalement finir en salopard total et méconnaissable dans PLANET TERROR, en attendant un rôle très attendu dans le futur chef d'oeuvre des frères Coen NO COUNTRY FOR OLD MEN et un peu plus tôt dans AMERICAN GANGSTER de Ridley Scott. Le reste des seconds rôles laisse place en majorité à des contre-emplois étonnants ou des retours pour le moins attendu: le trio de flic est composé ni plus ni moins de Michael Biehn (TERMINATOR), l'hilarant Tom Savini (bon dieu qu'il est toujours aussi bon en tant qu'acteur – voir LAND OF THE DEAD ou UNE NUIT EN ENFER) et Carlos Gallardo (EL MARIACHI himself), tandis que le shérif est l'éternel Michael Parks, épaulé de temps à autre par cette bonne tronche de Jeff Fahey (SILVERADO, WYATT EARP) en cuistot crasseux. Les militaires sont tout aussi importants que le reste: Naveen Andrews met une déculotté à son rôle merdique dans LOST (et quel accent !), Bruce Willis fait un bon vieux patriote tournant en dérision ses rôles de COUVRE-FEU et cie (que je t'aime Bruce !), et l'on appréciera surtout le caméo traumatisant de Tarantino himself en violeur au sexe dégoulinant. Guettez aussi le déculotté volontairement exagéré de la chanteuse Stacy Ferguson, qui finit déchiquetée au milieu de la route. Que du bon !
Le plaisir de voir PLANET TERROR sur un écran de cinéma est donc sans limite, même si l'on pourra se délecter de la fainéantise et de la crétinerie des distributeurs qui ont osé garder l'hilarante fausse bande-annonce MACHETE on ne sait pas trop pourquoi (annoncer un film qui ne sortira jamais chez nous ? Flemme de couper 2 minutes de pellicule ?), alors que les bandes-annonces sublimes de Roth, Wright et Zombie étaient juste après ce segment. En attendant le dvd, le film remplit à nouveau son contrat, pour le meilleu et pour le gore, et on en redemande encore. Car encore une fois, niveau film d'horreur, Rodriguez arrive de passer à une histoire d'amour stéréotypée à des explosions de cervelles par les hélices d'un énorme hélicoptère, avant une scène finale rappelant furieusement l'ultime plan d'UNE NUIT EN ENFER. Et dans les deux cas, ce sont des futurs classiques, tout simplement.
Note: 10/10

Renier l'impact de la saga Jason Bourne sur le cinéma d'action de nos jours relèverait tout simplement de la mauvaise foi, ni plus ni moins. Que l'on adhère ou non (et ils sont peu nombreux, les réfractaires) aux qualités indéniables des films en eux-mêmes, ne pas se rendre compte à quel point les règles des héros modernes ont été transcendés en 2002 par une production venue de nulle part, c'est se mettre un voile devant les yeux. Adapté d'un roman aux tendances politiques quelque peu vieillotes par l'auteur Robert Ludlum (dont la seule adaptation cinéma fut OSTERMAN WEEKEND de Peckinpah, étant donné que le premier BOURNE IDENTITY était un téléfilm tout pourri), et scénarisé par le très éclectique Tony Gilroy (ARMAGEDDON, L'AVOCAT DU DIABLE). LA MEMOIRE DANS LA PEAU avait tout du petit film à succès qui allait se rentabiliser grâce à l'aura que provoque les agents secrets, mais pas du carton international et du phénomène immédiat qui pris un peu par surprise Universal et le réalisateur Doug Liman, habitués jusque là aux petites productions comme les géniaux SWINGERS et GO (la suite de sa filmo sera MR & MRS SMITH, un autre niveau). Un carton entièrement mérité qui bouscula un peu le visage du héros espion à tout faire: pas de gadgets, une mémoire défaillante, un refus de retourner vers sa vie de tueur, et des découvertes de capacités physiques qui se font au détriment de sa volonté. Matt Damon devenait véritablement une star, et la saga littéraire de Ludlum allait devenir réalité au cinéma. Affichant fièrement sa politique de renouvellement, Universal engage alors avec étonnement le génie Paul Greengrass, connu pour ses films qui frappent au coeur et au cerveau à la fois, et qui favorise surtout une vision documentaire de ses sujets plutôt qu'un tournage classique de blockbuster. BLOODY SUNDAY en sera les prémices, LA MORT DANS LA PEAU la confirmation, et VOL 93 plus tard l'assurance de voir un sacré réalisateur capable d'échanger ses héros taciturnes pour des faits divers touchants. Plus jubilatoire, plus obscur (une héroïne est abattue dans les 10 premières minutes du film) et avec un réalisme ahurissant, LA MORT DANS LA PEAU enterrait son modèle et allait enfoncer encore le clou aux adversaires de Bourne. Lesquels ? Un certain Jack Bauer de plus en plus vieillissant à force de méthodes identiques, James Bond qui nous est revenu métamorphosé dans le génial CASINO ROYALE, John McClane devant une caméra plus "branché" dans DIE HARD 4, ou encore MISSION IMPOSSIBLE 3, mix improbable entre un épisode de ALIAS et une réalisation "à la Bourne". 2004 fut donc l'année du bonheur, et c'est pas moins de 3 ans plus tard que l'on retrouve exactement la même équipe (avec le bonheur de ne plus changer de réal à chaque volet) pour un métrage encore plus gros. On ne pensait pas le dire un jour, mais LA VENGEANCE DANS LA PEAU fait passer les deux premiers volets comme des ébauches tant le film paraît abouti, concluant parfaitement une (première ?) trilogie instantanément culte et référence absolu en matière de cinéma d'espionnage qui ne prend pas le public pour un demeuré. Et putain que c'est bon !
Après avoir vu sa fiancée tuée sous ses yeux alors qu'il pensait enfin être retiré des affaires, Jason Bourne a été poussé par ses anciens dirigeants pour revenir sur le devant de la scène et mettre un point final à l'affaire Treadstone. Alors qu'il revient de Moscou où il a enfin pu s'excuser de ses actes passés à la rescapé de son premier massacre, Bourne est alors étonné de voir qu'une opération dont il n'avait jamais entendu parler est directement centré sur lui. Toujours poursuivi par la CIA et voyant son entourage détruit de bout en bout, il décide de retrouver son identité une bonne fois pour toute et de mettre un terme à cette chasse à l'homme mortel. Il ne lui reste qu'un seul but, qu'une seule raison de vivre, qu'une seule chance pour enfin découvrir comment il est devenu un tueur sans morale. Et il ne va pas la laisser filer.
L'avantage d'être un fan absolu de Jason Bourne et en particulier du second volet, c'est que l'on retrouve dans une continuité cinématographique parfaite l'ambiance qui nous faisait adorer les précédents volets, sans que l'on sente un écart de 3 ans entre la réalisation de chacun d'entre eux. Visuellement identique à la caméra réaliste de LA MORT DANS LA PEAU, Greengrass choisit donc l'effet d'unité la plus totale et s'en sort admirablement bien, créant une sorte de mythologie qui ne diffère en rien de son précédent Bourne mais qui pourtant le dépasse et le transcende en quelques minutes à peine. Démarrant in medias res avec un effet de style assuré, le film ne s'embourbe pas d'explications pompeuses ou de résumés, l'histoire étant bien entendu destiner à ceux qui ont vu et aimé les précédents films. Et c'est là la grosse nouveauté et l'un des risques de faire des suites aussi mêlées aux précédents volets: on n'emporte pas forcément tout les publics, mais on sait au moins que le public visé va répondre présent. Rien ne pourra aider les plus stupides d'entre nous qui vont voir les suites sans avoir vu les précédents (même dans la saga OCEAN'S, la moindre vanne marche mieux grâce aux autres volets), puisqu'ils seront perdus dès la séquence d'ouverture. Le plaisir de voir un produit pour nous, nous mettant ainsi sur un piédestal plutôt agréable de spectateur type, nous fait apprécier encore plus tout les moyens mis en oeuvre par Greengrass pour répéter en tout point le schéma des précédents films en faisant avancer l'intrigue comme personne, et en ne s'embourbant jamais d'erreurs stéréotypées qui auraient pu être impardonnables. Les méthodes sont donc simples: reprendre les survivants essentiels des précédents volets, les mélanger avec un tueur spécialisé sniper officiant dans un pays particulier, et faire débarquer un tout nouveau dirigeant de la cellule pour rendre le tout plus palpitant et moins répétitif. On retrouve donc heureusement Pamela Landy, obligée de reprendre l'enquête malgré son départ (du moins c'est ce que l'on croit jusqu'à la révélation la plus étonnante du métrage), qui officie cette fois sous les ordres d'un nouveau traître, l'autoritaire et exécrable Noah Vosen inévitablement lié à une organisation extérieure qui dirige cette mystérieuse opération Blackbird. Et au fur et à mesure de l'intrigue, d'autres personnages se mettent en place et d'autres reviennent, comme la très impliquée et toujours aussi bien étoffée Nicky, cette fois au service d'un commanditaire qui finira par prendre la fuite avec des documents précieux. L'univers de Bourne grandit encore plus au fil des minutes, faisant apparaître de nouvelles têtes étranges qui pourtant semblent déjà bien développées, comme ci une seule apparition suffisait à cerner leurs psychologies et leurs implications dans la transformation de David Webb en Jason Bourne (comme le Docteur Hirsch).
Avec un sens de la déroute inévitable, les 3 scénaristes (Tony Gilroy qui supervise les travaux de Scott Burns – producteur de UNE VERITE QUI DERANGE – et George Nolfi – OCEAN'S TWELVE mais aussi THE SENTINEL et TIMELINE...) aidé par la vision d'un réalisateur sans compromis arrivent à transformer la moindre règle convenue des films d'espionnage pour en faire une référence inévitable en la matière, comme ci même la situation la plus débile qui soit devienne touchante ou inévitable, justifiant ainsi pleinement sa mise en scène. L'inévitable chef de service salaud qui cache son jeu est certes encore là, mais sa classe et son envie pressante de mettre un terme immédiat à la menace Bourne fait que l'on oublie les 2 précédents chefs pour se concentrer sur son caractère, ses actions et ses petits secrets encore plus terribles que les autres (on a vraiment peur lorsqu'il s'approche de Pamela lors de la dernière séquence), liés à une nouvelle opération aperçue dans un fameux flash-back. Mais là encore, notre héros ne va pas avoir des flash-back pompeux tout le long du métrage, il n'en aura d'ailleurs qu'un exploité sous tout les angles pour faire comprendre comment tout a démarré pour Jason Bourne, comment un militaire patriotique comme Webb a pu devenir une machine à tuer patriotique ne se rendant pas compte de ses actions jusqu'à ce qu'il devienne condescendant et reprenne sa vie à zéro. Seul donc un retour en arrière à la photographie éclatante et à l'ambiance glauque à souhait sera de la partie, Bourne ne devenant pas sujet dès qu'il s'endort à des visions de sa petite amie morte. Greengrass évite même de faire une scène romantique totalement déplacée entre Nicky et Bourne, visiblement attirée l'un par l'autre mais qui en finiront même pas par se tenir la main, la première préférant laisser à l'autre la chance de recommencer totalement sa vie sans aucun lien avec la CIA. Autre figure importante: le fameux tueur immoral, qui agira par pure inconscience au départ pour finir finalement un peu plus "humain" (mais pas niais, attention) lorsqu'il s'aperçoit qu'il n'est qu'une arme du gouvernement qui fonce dans ses ennemis sans aucun remord, abattant n'importe qui à porter de son viseur. Tout ceci bien sûr avant la révélation du film qui donne à ce troisième volet une sorte d'aura particulière, puisque le film ne se situe pas dans la lignée du second volet mais reprend l'intrigue avant la séquence de fin de LA MORT, tout se passant en faites avant le coup de téléphone de Bourne à Landy où il apprend son vrai nom, reprise ici à la fin du métrage. Non seulement on se rend compte que tout s'encadre parfaitement et apporte une sorte de piqué intelligent et subtil, mais en plus la trilogie Bourne apparaît volontairement comme un cycle interminable entre le premier et le dernier volet, qui tout les deux commencent et se terminent dans l'eau. Une analogie évidente de la vie de la nouvelle vie de Bourne, entre calme et violence, qui commence lors de son réveil en mer et qui se termine lorsqu'il nage à nouveau vers le rivage, disparaissant pour toujours de New York.
Film d'action avant tout, LA VENGEANCE DANS LA PEAU fait le choix de ne partir réellement en vrille que pendant 3 séquences, mais tellement anthologiques et sublimes que l'on se demande réellement si une séquence mouvementée en plus aurait donné un excès de trop. La grande force de ses séquences est qu'elles ne contiennent pas forcément des dizaines d'affrontements à la minute, mais que le suspens monte à chaque fois crescendo pour finir en apothéose total. Un même schéma répété à trois endroits différents qui sera propice à l'émerveillement le plus total du spectateur envers les chorégraphies carrément hallucinantes. La première est la poursuite d'un pauvre journaliste d'un quotidien anglais qui va finir poursuivit par des tueurs lorsqu'il prononce le mot Blackbird au téléphone, mettant en avant le climat paranoïaque le plus total dans lequel l'Amérique vit depuis 6 ans maintenant, surveillant les moindres conversations pour déceler des réseaux terroristes. Malheureusement pour eux, Jason Bourne se met sur leur chemin et guide le journaliste à travers la gare de Londres au téléphone, éliminant peu à peu ses ennemis en les laissant sur un banc avec un couteau dans le ventre (Bourne n'hésite plus et apparaît clairement comme résigné à survivre), avant de voir son jeune ami abattu d'une balle en plein milieu de la gare par le fameux sniper qui fait bien son boulot. Une première scène vite surpassée par LA séquence de poursuite à pied qui met l'ouverture de CASINO ROYALE au second plan, débutant par une explosion proprement déboussolant et continuant par la poursuite d'un tueur aux trousses de Nicky à travers les appartements de Tanger, tandis que Jason doit éviter la police locale en moto (effectuant des bonds superbes) avant de sauter d'immeubles en immeubles (guettez le saut sans aucun trucage d'un toit à une fenêtre brisée, réellement filmée par un cameraman accroché à des filons) pour un affrontement face à face qui mérite d'être éclairer. On ne s'attendait pas à avoir une nouvelle fois un combat à main nue, même si Greengrass a prouvé qu'il savait parfaitement les faire (voir l'assassinat très rude d'un autre agent dans sa petite maison), mais là il s'agit tout bonnement de la plus éprouvante, glaçante et somptueuse séquence de combat que l'on ait vu sur grand écran. Bruitages, mise en scène , utilisant du décor et des objets, tout rend le combat ahurissant, lorsque la musique s'arrête et laisse place à de coups qui font aussi mal qu'une fusillade de MIAMI VICE by Michael Mann, et qui finissent encore une fois par un étouffement en gros plan de Bourne qui n'hésite pas à frapper son ennemi grâce à une livre utilisé à bon escient. C'est tout simplement une claque visuelle. Mais si les combats à main nue sont aussi beaux, que pensez de la poursuite finale s'ouvrant sur une chute en arrière de Bourne et s'achevant par une destruction massive en plein New York qui s'inscrit en pure opposition à la poursuite culte de LA MORT DANS LA PEAU, l'enterrant de toute pièce par son côté bordélique (Bourne est totalement hors de contrôle et fonce dans n'importe quel véhicule), se situant en plus dans des embouteillages à New York et se concluant sur un carambolage saignant. Avec DEATH PROOF cette année, les courses poursuites en voiture n'ont jamais eu un tel impact pour le spectateur. La belle époque serait-elle de retour ?
Qui dit même saga dit aussi mêmes acteurs, et c'est sans surprise que l'on retrouve une partie du casting des précédents films dynamisés par l'arrivée de 5 nouveaux personnages à la fois étranges mais bel et bien fascinants. De plus en plus subtil dans son rôle, Matt Damon n'attend plus la fin du film (comme dans le précédent) pour se livrer aux autres, annonçant au frère de Marie sa mort dans un accident dans les premières séquences du film, et se sentant de plus en plus dépassé par les évènements. Même s'il contrôle encore très bien ses méthodes de meurtres et ses petites idées pour rentrer en douce dans le bureau de ses ennemis, il apparaît clairement sans aucune raison de vivre si ce n'est découvrir la vérité et se venger de tout ses crimes, non pas par la revanche physiques mais bel et bien par la purification de son âme (d'où le saut à l'eau final). C'est tout simplement le meilleur acteur de sa génération, sans aucune hésitation. Il n'y a qu'à voir ses rôles aussi complexes dans THE DEPARTED que THE GOOD SHEPERD pour s'en persuader. A ses côtés, c'est un grand plaisir de revoir apparaître la belle Julia Stiles en pauvre Nicky qui subit les conséquences de son aide à Bourne sans jamais le trahir (serait-ce finalement le seul personnage de confiance dans cet univers) et surtout Joan Allen, qui continue avec classe et conviction à interpréter une Pamela Landy de première ordre, ici beaucoup plus convaincue d'une mise en scène des évènements par les membres de la CIA. Au rayon des nouveaux venus, deux acteurs aussi mythiques que différents prennent la relève chacun de leurs côtés d'acteurs tout aussi compétentes. Après Chris Cooper et Brian Cox, c'est au tour du magistral David Strathairn (de mieux en mieux depuis GOOD NIGHT AND GOOD LUCK – le film qui a enfin boosté sa filmographie) d'imposer sa patte en chef de crise caustique, peu amusé et vite énervé par ce petit grain de sable que représente Bourne pour lui et ses patrons. Son absence évidente de remord (il va même faire tuer ses propres agents) l'entraîne à engager un Edgar Ramirez classe à souhait, digne descendant de Clive Owen et Karl Urban, qui a en plus quelques scènes plus dialoguées que les autres. Son rôle n'arrivera pas à la cheville du Choco de DOMINO, mais il est au moins utilisé à bon escient. Quant aux deux autres acteurs mythiques qui arrivent dans l'intrigue, il s'agit ni plus ni moins des méconnaissables Albert Finney (impossible de reconnaître l'acteur de BIG FISH avant la scène finale) et Scott Glenn (SILVERADO, VERTICAL LIMIT, TRAINING DAY) en dirigeants respectifs du conditionnement des volontaires comme David Webb et de la CIA. Enfin, pour finir, petit coup de coeur envers le rôle génial de Paddy Considine, hilarant dans HOT FUZZ qui commence à s'imposer aux US. Tant mieux !
LA VENGEANCE DANS LA PEAU n'est pas seulement le troisième épisode le plus jouissif et le plus jubilatoire d'une trilogie mythique, mais c'est aussi une conclusion mûrement réfléchie et très subtile sur l'aventure de Bourne, héros malgré lui que l'on est vraiment heureux de retrouver à chaque épisode. Plus qu'un épisode choc, ce dernier volet est l'occasion de montrer à quel point les Jason Bourne se sont imposés comme des références en matière d'action, de réalisme visuelle et de dynamiques, avec des rebondissements tenant plus du thriller que de l'espionnage caricatural, le tout ponctué par des séquences d'action tout bonnement hallucinantes. Plus qu'une note pour un sacré film qui deviendra bientôt sûrement "culte" dans un sens, il s'agit d'un sentiment. Celui d'avoir été au coeur d'une enquête riche en émotions, en suspens et en dynamite que l'on est pas prête d'oublier. Qui est prêt à sortir de sa mémoire le générique final sur le EXTREME WAYS génial de Moby et tout ce qui le précède Cela mérite juste un énorme 10. Un 10 pour Jason Bourne.
Note: 10/10

Pourquoi une comédie aussi improbable que KNOCKED UP devient d'un coup une énorme attente de la part des fans de la comédie US totalement sous-exploitée dans nos contrées ? Sous cette question d'une bêtise que j'assume pleinement, on trouve la réponse dès les premières images du film: le Frat Pack a bel et bien trouvé sa "nouvelle génération", d'où un plaisir immense lorsque l'on retrouve à la barre d'un projet Judd Apatow. Au même titre que Adam McKay qui a su s'imposer comme un pro du genre dès son premier film, Judd Apatow s'est tout de suite familiarisé avec cet univers sans pour autant renier le sien, en exploitant tout le potentiel de son casting et de ses pitchs sans jamais de baisse de régime. Cependant, Apatow n'est pas seulement l'homme derrière 40 ANS TOUJOURS PUCEAU, sûrement l'un des seuls films traitant du sexe avec un second degré permanent et une réelle envie d'élever le niveau mental du genre (il s'adresse aux cinéphiles avant tout, et cela se ressent) totalement réhabilité pour ma part depuis la sortie dvd (de film médiocre mais sympathique au cinéma, je suis passé de petit bijou hilarant en à peine 3 visions). Il s'agit en effet de son premier film en tant que réalisateur, mais le bonhomme a déjà la particularité d'être un producteur qui a du flair: il a explorer tout le potentiel "geek" avant les autres dans l'hilarante série FREAKS AND GEEKS, il est derrière un show tout aussi recommandable UNDECLARED, il a produit des films du Frat Pack en pagaille (DISJONCTE, le légendaire ANCHORMAN, TALLADEGA NIGHTS, KICKING AND SCREAMING et bientôt en France SUPERBAD, qui s'annonce comme LE teen-movie le plus jouissif jamais fait). En attendant ses projets qui se multiplient de jour en jour (surtout niveau écriture et production), il retrouve son ami de toujours Seth Rogen (l'anti-héros par excellence) pour une comédie sur une grossesse inattendue. Soit KNOCKED UP (EN CLOQUE MODE D'EMPLOI, fait-on encore plus débile comme titre français ?). Abandonnant ainsi les problèmes sexuels de Andy qui se transformaient en vision castratrice de nos pulsions quotidiennes, il transcende totalement les règles du gras et du vulgaire pour un film bien entendu hilarant, qui met réellement le spectateur a genoux devant tant de génies (le succès américain est donc entièrement mérité), mais aussi bien plus social et réaliste que ce que l'on attendait. On trouve non seulement notre compte en fous rires et en blagues plus ou moins graveleuses, mais on se prend en plus de sympathie pour cette galerie de personnages étonnantes. C'est ça la marque des grands.
Ben est un glandeur né qui passe ses journées à fumer et boire, Alison une présentatrice qui commence enfin à grimper les échelons. Ils n'avaient pas décidé d'aller fêter leurs carrières respectives dans la même boîte de nuit, et surtout pas ensemble. Et pourtant, ils couchent ensemble le soir-même avant de se séparer au petit matin, comme n'importe quelle histoire sans lendemain. 8 semaines plus tard, le mal est déjà fait: Alison se rend compte qu'elle est enceinte, et que Ben n'est ni plus ni moins que le père du bébé.
Tout le film étant résumé dans le titre (comme sur le précédent métrage d'Apatow), le réalisateur sait pertinemment que le spectateur connaît tout de ses personnages depuis le pitch, et ne prend aucun risque de l'ennuyer puisqu'il montre leur quotidien sans aucune continuité fixe, juste pour faire rapidement avancer les choses et expliquer comment deux êtres si différents peuvent arriver dans le même lit, coucher ensemble et avoir un bébé par la même occasion. Mais plus qu'une présentation habituelle ou d'un quotidien exposer dans une séquence de générique de pure folie, Apatow renforce la notion de "portrait" qui sera bel et bien présente tout le long du métrage. L'identification, ou du moins la sympathie porté envers les deux personnages doit se faire immédiatement, étant donné que Ben et Alison sont tout les deux une réunion de plusieurs détails (voir stéréotypes) que l'on connaît pertinemment sans pour autant les trouver stupides. D'un côté, nous avons donc Ben dont la préoccupation principale réside à faire des paris stupides avec sa bande de potes débiles et de créer un site internet sur les apparitions nues des stars au cinéma. Entre deux plongeons dans une piscine très sale, une danse totalement ridicule dans un jardin délabré, trois petits joints et une bataille de gants enflammés, ils sont surtout résignés à être seuls entre eux, personne n'ayant réellement de relation stable avec une fille (sauf une junkie qui reste plantée sur le canapé la plupart du temps). Leur principale sortie ? Aller s'éclater en boîte pour rester tous entre mecs et à la limite chercher des visages féminins capables de coucher avec eux. Parallèlement, nous découvrons Alison à travers une toute nouvelle méthode: la promotion. Le quotidien de cette jeune assistante rêvant de devenir présentatrice ne se voit ainsi même pas répété puisque dès sa première scène, elle est promu officiellement animatrice de l'émission E ! Entertainment, véritable phénomène aux USA. Encouragée par sa soeur, mariée avec 2 enfants et un mari de plus en plus transparent, elle décide alors de fêter cela en allant dans une boîte de nuit locale...Vous voyez donc la suite: en 10 minutes, toutes les situations possibles et inimaginables ont été évincés au profit d'une intrigue bien plus intéressante, complexe et subtile.
La grosse qualité de KNOCKED UP vient du fait que, avec un sens du rythme assez rare de nos jours, le réalisateur arrive aisément à faire passer les 2h de métrage en un rien de temps, et à l'aide de méthodes aussi classiques que le montage alterné, les séquences musicales (jamais pompeuses) ou les énormes ellipses. Après la fameuse nuit et le réveil difficile pour Alison, nous passons directement 8 semaines plus tard lors de la découverte de la nouvelle qui ébranle son quotidien devenu stressant et envahissant. Vomissant au milieu d'une émission, et vite mise devant le fait accompli (c'est à dire en testant une quarantaine de test de grossesse), elle se décide alors à rappeler Ben pour qu'il comprenne son rôle à venir au deuxième rendez-vous. Les deux personnalités se confrontent, mais veulent tout les deux avoir cet enfant et lui donner l'amour qu'il mérite, même s'ils ne s'aiment pas. Pas de discussions nécessaires, pas de grosses prises de tête: Ben va être père et Alison ensemble, et ils doivent passer cette étape ensemble. Les séquences convenues laissent vite place à de problèmes existentiels bien réels, abordés tour à tour avec un sérieux ou un humour toujours bienvenue: l'achat du berceau mis sur le compte de la soeur, l'emménagement partiel d'Alison dans le foutoir de Ben où tout le monde fume et regarde des pubs détournés pour le Big Mac, les discussions entre hommes où le beau-frère d'Alison se révèle particulièrement dérangé par le fait d'être père, la visite chez une dizaine de gynécologues qui vont du chinois pervers au médecin dragueur, un tremblement de terre qui révèle la personnalité de Ben inchangée, ou un demande en mariage très touchante qui vire au drame en quelques secondes à peine.
Car il faut reconnaître que jamais le film ne devient une parodie du style "comédie gras du bide" comme on voudrait bien nous le faire croire, KNOCKED UP se révélant être par moment aussi bien tordante que touchante, au point de réellement toucher du doigt des problèmes actuels qui passent sous nos yeux. Entre l'acceptation de la paternité, devenir mature pour Ben, retourner vers l'enfance et les mensonges pour Pete , suivre son instinct sur l'adultère supposée de son mari ou devenir enfin un papa modèle, les problèmes de couple sont réellement bien amenés, traités de manière frontale sans aucun artifice. Il en sera de même pour les séquences sexy d'une part, et les coups de gueule de l'autre, les deux se rapprochant par une steady-cam magnifique bien exploitée faisant presque état d'un documentaire typique sur la visite chez un gynécologue (entre autre). Le spectateur étant venu pour voir de réels problèmes de couple, l'équipe du film se pose les vraies questions, entre deux scènes de sexe particulièrement explicites sans pour autant montrer une seule partie intime des acteurs. La première étant la fameuse "nuit" où tout bascule et où le port du préservatif devient enfin quelque chose de difficile pour les hommes, la seconde se présente en faites comme un malaise du personnage de Ben à faire l'amour à Alison enceinte de plusieurs mois, de peur de faire mal au bébé (imitations à l'appui). Plusieurs positions plus tard, ils se rendent alors compte qu'ils ne pourront probablement plus le faire avant que le bébé ne naisse. Une séquence d'accouchement qui sera d'ailleurs, dans un respect de réalisme, montrée sur tout les angles. Pourquoi mentir sur une chose que les femmes font depuis la nuit des temps ? Au détour de 3 plans, Apatow filme donc clairement la naissance du bébé en gros plan, avec un montage tout aussi efficace que essentiel, puisque cela montre enfin un père devant son bébé totalement dégoûté (et il est vrai qu'un accouchement est rarement esthétique). Parallèlement à cela s'oppose des crises de nerf accentuées par une hausse du niveau sonore particulièrement la bienvenue lorsque la voix de Ben s'élève dans les airs et fait réellement du mal. Avant de se rendre compte qu'il a agit de travers avec elle, il ne peut s'empêcher de venir une dernière fois chez le gynécologue pour une explication qui met les larmes aux yeux tant elle semble vraie, se déroulant sous nos yeux la déchirure vulgaire et efficace entre un couple qui visiblement ne marchait pas. Les routes se séparent donc, jusqu'à ce que Ben prenne les bonnes décisions et se décide enfin à assumer son amour évident pour Alison sans pour autant la presser. S'ensuivra une séquence mémorable et attendrissante d'une gueulante au téléphone suite à l'absence du gynécologue choisis pour l'accouchement (parti à une bar-mitsvah), et la gestation de sa "chambre d'hôpital" où il ose enfin parler sur un ton outrancier à une Debbie particulièrement gonflante. KNOCKED UP devient ainsi une sorte de comédie sociale qui se pose les bonnes questions, et c'est ce qui reste le plus merveilleux dans le film.
Cependant, tout n'est pas triste loin de là, puisque comme toute bonne comédie qui se respecte, on peut compter sur la venue de personnages bizarres ou tordants de stupidité tout le long du métrage, à commencer par l'entourage respectif de Ben et Alison. Le premier est en effet suivi perpétuellement par 4 autres attardés mentaux (dont les noms sont ceux qui acteurs qui les interprètent) qui ont au départ les mêmes préoccupations que lui mais suivent un chemin différent: Jason et sa volonté de coucher avec Debbie à la moindre occasion, Jay qui provoque une irritation des yeux à tout ses amis à force de péter dans son oreiller (culte, tout simplement), Jonah qui n'hésite pas à donner son point de vue douloureux sur l'avortement, et le pauvre Martin qui s'en prend plein la gueule tout le long du métrage. Son pari stupide de garder sa barbe ou non va l'entraîner dans les pires recoins de son âme, là où il peut dans une même séquence franchement hilarante se faire insulter de Chewbacca, de Sonny Crockett et de tête de vagin en quelques minutes à peine par ceux qui se disent amis. Ce n'est rien face à l'entourage purement professionnel de Alison qui subit les pressions de tout le monde: entre son patron qui lui demande de maigrir sans employer ce mot là (avant de découvrir sa grossesse après 8 mois) et l'assistante caustique qui ne fait qu des commentaires agressifs envers elle, le must reste le monteur moqueur qui se charge de ses reportages qui sera le premier à lui soumettre indirectement l'idée de sa grossesse...au téléphone avec un ami. Il faut le voir pour le croire. Heureusement, dans tout ce joyeux monde caustique ou fêtard, seul un couple arrive apparemment au dessus des autres: celui de Debbie et de Pete, qui est en faites totalement dégradé à l'intérieur. De plus en plus distant avec sa famille, Pete va alors être sujet à des interrogations bizarres avant que sa femme ne découvre qu'il participe à des faux-matchs de baseball réservés aux hommes du quartier, cédant ainsi à sa passion la plus chère qu'il ne peut pratiquer dans son mariage. Sans relation sexuelle saine (où l'on apprend comment dégoûter un mari très excité...ou à le faire craquer encore plus), le tout prendra une toute autre ampleur lors d'un trip sous champignon hallucinogène à Las Vegas en pur hommage au LAS VEGAS PARANO de Terry Gilliam, avec un cirque du soleil qui se transforme en cauchemar géant pour Ben qui s'enfuit en courant. On n'avait pas vu ça depuis bien longtemps au cinéma: un bon vieux trip qui ne vire pas à la BLUEBERRY.
Pour enfoncer ainsi définitivement le clou, l'équipe d'acteurs tous plus exemplaires les uns que les autres ont décidés pour le coup de venir une troupe de comédiens parfaite, transcendant totalement leurs rôles pour les premiers et arrivant aisément à faire des petits clins d'oeil pour les autres. Pour une fois en tête d'affiche, Seth Rogen est un habitué des petits rôles du Frat Pack (caméraman dans ANCHORMAN, conseillé bizarre dans 40 ANS TOUJOURS PUCEAU), il redevient héros après les deux séries de Apatow pour totalement nous transporter de bout en bout. En toute sincérité, je ne m'attendais pas à un tel niveau de perfection lors des engueulades entre Ben et Alison, jouée à la perfection par la sexy Katherine Heigl, bien plus recommandable que dans la pathétique série GREY'S ANATOMY. Les deux forment un couple certes improbable mais qui gagne de l'assurance au fil des minutes, le tout étant bien aidé par les ellipses qui retracent la grossesse de Alison. Rogen ne sera d'ailleurs pas le seul de 40 ANS TOUJOURS PUCEAU à revenir, puisque Debbie et Pete sont incarnés par la délirante Leslie Mann (la conductrice foldingue qui finissait par vomir sur Andy) et le génial Paul Rudd qui enchaîne les rôles comiques géniaux (Brian Fantana dans ANCHORMAN) et les films plus sérieux qu'il a fait dans le passé (L'OEUVRE DE DIEU, LA PART DU DIABLE, P.S, ROMEO + JULIETTE). Il reste aujourd'hui une sacré gueule dans la comédie US (voir le nombre de projets où il passe dire bonjour), et je me demande bien quand un premier rôle lui sera enfin confié. Le reste est tout aussi drôle, ni plus ni moins, puisqu'il s'agit à de véritables amis de la bande qui s'amusent comme personne: Jason Segel (11:14), Jay Baruchel (Danger dans MILLION DOLLAR BABY), le tordant Jonah Hill (héros de SUPERBAD et acheteur de chaussures bizarres dans le précédent Apatow), Martin Starr (KICKING & SCREAMKING), le grand cinéaste Harold Ramis dans un petit rôle de père/conseiller (n'oublions pas son UN JOUR SANS FIN et THE ICE HARVEST), Kristen Wig en sale petite peste (bientôt dans WALK HARD et THE BROTHERS SALOMON), Alan Tudyk en directeur de chaîne de totale mauvaise foi (il avait déjà transcendé son rôle de Steve le pirate dans DODGEBALL) et Bill Hader en monteur hilare (le meilleur élément masculin du SNL actuellement avec Andy Samberg). Et en bonus, deux acteurs sont venus jouer de véritables enfoirés dans leur propre rôle par amitié à Apatow: James Franco en invité spécial critiquant totalement le show (qui était sur FREAKS AND GEEKS) et surtout Steve Carrell qui fait semblant d'avoir la grosse tête pour ne pas répondre aux interviews. C'est court mais bon dieu que c'est bon !
KNOCKED UP n'est donc ni un film vulgaire et graveleux, ni un drame sur les relations entre homme et femme. Il s'agit juste d'une sacré vision de notre monde traité de façon aussi bien comique dans la trame que profonde dans le fond, donnant à chaque vision un peu plus de raison d'adorer ce film. Un véritable coup de coeur que je vous invite à découvrir absolument en Octobre prochain: j'irai impérativement le revoir !
Note: 9/10

Chaque nouveau film de Will Ferrell est désormais un évènement. Que ce soit pour moi, pour les quelques fans du Frat Pack en France, ou tout simplement pour le public américain. En faites, tout est un peu trop beau pour que ce génie soit toujours reconnu par le grand public, soit mangé par la masse et ressorte enfin comme il devrait l'être en France: l'absence absolue du soutien des distributeurs qui font absolument n'importe quoi avec ses films. On se demande où est passée l'audace de sortir DUMB & DUMBER en France, si l'on est cette année obligé d'aller voir les interviews américains de STRANGER THAN FICTION pour se délecter de sa nouvelle performance sortie incognito au cinéma (c'est un bijou, il sort le 22 août en dvd, et vous devez l'acheter !), d'acheter directement TALLEDEGA NIGHTS dans les bacs sans sortie ciné (après des mois d'attentes et de reports), et en Octobre de trouver les 8 salles en France qui vont sortir ce BLADES OF GLORY pourtant sacrément jubilatoire. Comme c'était le cas pour un SUPER NACHO l'année dernière, ou pour un futur HOT ROD des jeunes talents du SNL, obligation d'attendre 6 mois après une sortie impossible à planifier pour voir encore et encore ce deuxième volet de la "trilogie" sur le sport en tout genre, commencé avec TALLEDEGA NIGHTS et qui sera achevée l'année prochaine avec le déjà-culte SEMI-PRO. On ne demande pourtant pas grand chose: juste le respect du spectateur qui n'a pas envie de se taper pendant 4 mois un PERSEPOLIS encore à l'affiche, mais juste voir une comédie américaine qui ne se prend jamais au sérieux et où un acteur de génie laisse libre court à tout ses travers habituels. Et on va encore nous dire que c'est encore trop !
Chazz Michael Michaels et Jimmy MacElroy incarnent à eux-seuls la diversité du patinage artistique. Le premier est symbole de décadence, de sex-symbol, effectuant des chauds sans cesse dégradants. Le second est un petit oiseau efféminé que tout le monde prend pour un homosexuel. Mais lorsqu'ils sont tout les deux renvoyés de la ligue suite à une bagarre générale humiliante, ils se voient dans l'obligation quelques années plus tard de créer le premier couple homme de la profession, pour retrouver le plaisir du patinage et une place sur le podium.
Le terrain de jeu de BLADES OF GLORY est certes très original pour une comédie sportive, plus encore lorsqu'elle est drôle, mais ce n'est pas le principal reproche que l'on fera au métrage. Les deux réalisateurs étant nouveaux venus dans le cinéma populaire et le Frat Pack (c'est leur premier gros budget), ils ont parfois tendance à ne prendre aucun risque, faisant ressembler leur film à un mélange de plusieurs autres films antérieurs de la bande. La première partie est ainsi un ZOOLANDER sur glace, puisque l'on assiste au combat inattendu entre les deux professionnels du métier, tout deux particulièrement à l'aise sur la glace, et à la présentation vidéo des deux personnages avec des montages énormes mais dont l'idée date déjà de la cérémonie d'ouverture du film de Ben Stiller sur les modèles hommes. Nous avons donc une classique opposition entre deux styles, deux modes de vie, deux personnages totalement débiles. D'un côté le bouboule Chazz, qui ne respecte aucune règle et laisse place à l'improvisation sur la glace: il embrasse les femmes de son public, fait sortir des flammes de ses manches, effectue des déhanchées outrageants, et récupère en toute bonne foi les soutiens gorges de ses fans lancés sur la piste. Face à lui, Jimmy est le petit rejeté d'un milliardaire qui adopte les enfants doués dans des sports particuliers pour augmenter sa richesses et le prestige de sa famille. Arborant un style d'une fille de 17 ans, une voix et une attitude quasiment asexuée et poursuivi par un fan dantesque (l'un des personnages hilarants du film), il est totalement indigné par la conduite de son ennemi juré, qu'il traite sans cesse de gros repoussant. Après cet incident malencontreux où les deux se battent comme des animaux en pleine remise des médailles, mettant ainsi feu à la mascotte de la compétition, 3 ans et des poussières passent avant que chacun ne reviennent sur le haut de la scène. Chazz est devenu un patineur alcoolique officiant dans un spectacle de marionnette débile, où il se permet de coucher avec la scripte puis les deux lutins, tandis que Jimmy travaille dans un magasin de sport d'hiver et se fait toujours poursuivre par son fan numéro 1, qui a trouver la combinaison idéale pour qu'il patine à nouveau. Suite à une bagarre qui tourne mal une nouvelle fois où son ancien coach repère dans un élan de second degré délicieux les prises effectuées par les deux hommes très similaires à celles du patinage mixte, il décide de former la première paire mâle de l'histoire des Jeux Olympiques d'Hiver.
Commence alors une sorte de deuxième partie plus rapide et plus plaisante, celle qui ressemble énormément à un certain DODGEBALL, puisque les deux ahuris vont devoir subir une série d'entraînement éprouvante à la recherche de la figure parfaite pour ne pas devenir ridicule sur la glace. Les deux hommes étant toujours brouillés l'un contre l'autre, ils tentent tout pour ne pas éveiller les soupçons et continuer à faire du patinage malgré leurs désaccords: Jimmy ne veut pas être la fille du groupe à l'unanimité et tombe enfin amoureux, Chazz doit maigrir et choisit l'incompréhensible MY HUMPS des Black Eyed Peas comme chanson alors qu'il ne sait même pas ce que ça veut dire, jusqu'à ce qu'ils trouvent enfin un terrain d'entente qui les mène alors à un autre affrontement: celui avec les Van Waldenberg, Stranz et Fierchild suivis par leur petite soeur Katie amoureuse de Jimmy. Les deux partis vont alors se bousculer tout le reste du film, comme pouvait le faire Ben Stiller et Vince Vaughn dans DODGEBALL, allant même jusqu'à utiliser des méthodes obscures pour y arriver. Outre le kidnapping dans les toilettes de Jimmy et la noyade dans l'eau glaciale du Canada de Chazz, c'est à travers le personnage de Katie que tout va se jouer. D'abord utilisée pour briser le coeur de Jimmy, elle va finalement être obligée de se faire passer pour une accroc au sexe comme l'est Chazz durant une réunion de pure folie où les gens viennent pour draguer et non pour avouer leur fautes. C'est ce qui remettra en question l'amitié entre Chazz, qui se sent obligé de toucher la poitrine de la sublime Katie même s'ils avouent ne rien vouloir faire, et Jimmy, qui croit avoir vu la pire tromperie qui soit. La dimension homosexuelle de l'histoire atteint un autre seuil: si les discours durant l'entraînement laissaient suggérer une certaine affinité entre les deux patineurs, cette scène a double tranchant prouve que Jimmy est plus choqué par le geste de Chazz que de Katie, comme-ci ce dernier le trompait et non l'inverse. Tout ce petit monde finira bien sûr à s'expliquer juste avant le numéro final, d'où une impression d'inachevé lors de l'explosion finale où les deux patineurs s'envolent dans le ciel comme des anges et explosent l'écran. Visiblement, ni les scénaristes ni les réalisateurs n'ont su finir ce film comme il le fallait, et c'est bien dommage.
Si TALLADEGA NIGHTS valait aussi le coup pour ses courses de voitures très réalistes, le mélange de BLADES OF GLORY est tout aussi impressionnant. Combinant l'incrustation d'acteurs qui tournaient sur fond vert, les vraies figures de professionnels et autres astuces impossibles à deviner à l'écran, le spectacle offert est à la hauteur des attentes. Les chorégraphies sont très bien mises en scène, très personnalisés sans pour autant laissé place à l'amateurisme (même si le style de Chazz est impossible à expliquer), jusqu'à l'arrivée du couple mâle qui va non seulement effectuer des figures réservées aux couples mixtes (quand ce ne sont pas d'immenses rétames hilarantes), mais aussi raviver la flamme gay chez le public lors du clos de leur première apparition (ils finissent tout les deux dans l'entre-jambe de l'autre avec un choc violent) puis finir sur n hilarante numéro impossible à faire, dévoiler par le coach qui avait tenter de l'enseigner en Chine avant que la patineuse ne se fasse trancher la tête. Ce sera d'ailleurs l'un des impératifs de la séquence finale: réussir à tout prix ce numéro ultra dangereux, même si c'est finalement Chazz qui est envoyé dans les airs suite à une course poursuite fatiguante sur le lac gelé, même si Jimmy ne s'est jamais entraîné à faire cette partie du numéro, et même si la moindre erreur peut coûter la vie à l'un des deux. Et le résultat est bluffant.
Même si ce n'est toujours pas une surprise après quelques années de bons et joyeux services rendus à la comédie américaine, Will Ferrell est toujours aussi génial dans ce rôle extraordinaire de balourd vulgaire à mi chemin entre l'alcoolisme temporaire de Ron Burgundy et la prétention initiale de Ricky Bobby, avec des cheveux parfaits comme le seront ceux dans SEMI PRO (un indice: il enseigne le basket et se prend pour un noir). L'acteur nous livre une performance toujours aussi drôle, comme pouvait l'être son Harold Crick à ses heures perdues, sans le côté touchant. Ce côté là est en effet réservé au jeune Jon Heder, totalement inconnu ici puisque le film qui l'a révélé est un object culte aux US et non ici: il s'agit de NAPOLEON DYNAMITE, premier film du réalisateur de SUPER NACHO qui a su créer sa marque outre-Atlantique. Vu dans le décevant SCHOOL FOR SCOUNDRELS et le pathétique THE BENCHWARMERS, il n'est pas prêt d'être reconnu pour son talent de comique involontaire et totalement largué, vu qu'il prêtera sa voix dans un seul film qui va cartonner: SURF'S UP et ses pingouins pros du surf. L'amour de sa vie est incarnée par la belle Jenna Fischer, habituée du groupe depuis qu'elle a été vu en Pam dans THE OFFICE, et qu'elle a tourné 40 ANS TOUJOURS PUCEAU et WALK HARD avec l'équipe. Face à ce petit monde, on retrouve l'excellent Will Arnett (ARRESTED DEVELOPMENT, Horst dans RATATOUILLE, et futur frère dans le lourdingue THE BROTHERS SOLOMON) et la démoniaque Amy Poehler qui s'en donne en coeur joie depuis que le cinéma lui ouvre ses portes (SHREK 3, FAST TRACK, TENACIOUS D et autres SOUTHLAND TALES). Niveau seconds rôles, le spectateur prend un plaisir à revoir l'hilarant Nick Swardson (le chanteur homosexuel en roller dans RENO 911), le grand Craig T. Nelson (Monsieur Indestructible tout de même) et l'éternel enfoiré William Fichtner (habitué des productions Bruckheimer et des seconds rôles pas gentils). Un joli casting, qui manque cependant de vrais caméos digne de ce nom, puisque l'on retrouvera uniquement Luke Wilson en dirigeant de la convention des accrocs du sexe dépassés par les évènements.
Au final, si l'on ne pourra pas se délecter en salles d'une bonne comédie classique mais très efficace, on pourra toujours se dire que le dvd arrivera dans les bacs et sera vite disponible à prix réduit, une façon de dire qu'il ne faut pas nous prendre pour des cons tout ça parce que l'on aime quelque chose soi disant "ancré" dans la culture américaine. L'excuse pour les circuits Nascar de Ricky Bobby est la même pour le patinage artistique ?
Note: 8/10

Michael Bay est le cinéaste actuel qui incarne à la perfection la figure du yes-man hollywoodien capable de déchaîner les haines et les passions sans le moindre problème, puisqu'il suffit qu'il annonce un nouveau film en chantier pour se faire arracher les tripes par les cinéphiles du monde entier, traînant sur les forums pour insulter un vrai "faiseur" controversé. Tout porte à croire, si l'on en juge sur son début de filmo en tant que réalisateur, que l'homme n'a en effet pas le talent de porter un film sur ses épaules, et emballe des produits aussi fades que l'interminable ROCK, le mauvais buddy-movie BAD BOYS, le sympathique mais pas trop ARMAGEDDON, qui ont tous la particularité d'être des produits mises en scène de façons plus que académiques, avec des castings alléchants mais vite relégués au profit de scènes d'action où seule la destruction massive est un facteur de qualité. Chose que l'on retrouvera dans le "film" qui déchira à tout jamais le lien entre Bay et son public habituel: PEARL HARBOR. Film long pour faire long, con pour faire romantique, chiant pour faire intelligent, Bay signe une attaque d'avion anthologique car réalisée à partir de concept débiles ("Tiens, si on suivait une bombe qui tombe sur un bateau américian au milieu de la bataille ?") qui sera sûrement la seule marque du réalisateur dans ce produit Bruckheimer d'un débilité effarante. C'est pourtant à partir de ce film de guerre franchement consternant que Bay commencera alors à exploser tout ce qu'il a essayé de faire auparavant, les moyens et le plaisir en plus: faire péter tout ce qui se passe dans l'écran (courses poursuites, bateaux, maisons, corps) et sur l'écran (la pellicule, les mouvements de caméra). Le processus de réalisation de Bay devient alors bien plus que celui d'un faiseur chouchou d'un producteur qui rapporte gros, mais celui d'un Tony Scott du blockbuster pur, celui d'un type qui a les moyens de faire enfin ce qui le branche pour se prendre au jeu des montages clippesques et des explosions non-stop afin de laisser une empreinte dans la mémoire. C'est alors qu'arrive l'année 2003, réellement décisive dans la carrière du cinéaste: son nouveau BAD BOYS 2 est une bombe lâchée en plein été, alors que sa première production personnelle prouve que le bonhomme a peut-être plus de cerveau qu'on ne le pensait (pour les retardataires, il s'agit du remake génial de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE par Marcus Nispel). La suite d'un film moyen devient alors un spectacle totalement jouissif, un film qui ne cesse de surprendre par son style sublime (quelle photo !) et son histoire suffisamment débile pour enchaîner une poursuite où l'on se balance des cadavres par la porte d'un camion, une scène d'action finale de 20 minutes inattendue et une intervention à une réunion du KKK dès le début du film. Je le crie d'ailleurs tout haut: BAD BOYS 2 est un putain de film totalement sous-estimé, adorer de la part des cinéphiles férus de blockbusters régressifs mais jouissifs, plaisir coupable des détracteurs (trop) nombreux de Bay.
Se rachetant donc petit à petit grâce à cette année 2003 de toute beauté, Bay prend alors le risque de dynamiter toute sa maison de production qui enchaîne les bouses (AMYTIVILLE, THE HITCHER) pour finalement changer de producteur et arrivé dans les bras du plus grand réalisateur de tout les temps...Steven Spielberg. En 2005, avec un script bien plus ambitieux que la moyenne des pitchs des films du réalisateur, Michael Bay se lance alors dans l'aventure THE ISLAND et en ressort anéanti...Echec public et critique, la seule occasion de Bay de prouver qu'il sait diriger des histoire intelligentes avec un film d'anticipation traitant des dangers du clonage et de la société de consommation (bien évidemment tournée en dérision par le placement de produit digne d'un I ROBOT) est finalement oubliée de tous, sauf d'une poignée de résistants dont je fais fièrement partis qui trouve que non seulement THE ISLAND est le meilleur film de Bay (avant de voir celui-ci évidemment), mais qu'en plus il fait la part belle aux effets pyrotechniques chers au cinéaste (la deuxième partie et sa poursuite absolument géniale) et à une ambiance beaucoup plus maîtrisée et intelligente (les 15 premières minutes, ahurissantes). Mais l'échec n'empêchera pas Michael Bay et Steven Spielberg de réunir leurs talents incontestables pour une adaptation qui a suscité le plus de ferveur et d'insultes de la part des geek du monde entier: TRANSFORMERS, d'après les jouets et les dessins-animés lancés par Hasbro il y a de ça plus d'une dizaine d'années. Toujours écrit par les scénaristes de THE ISLAND (Alex Kurtzman et Roberto Orci, également sur le MISSION IMPOSIBLE 3 entre temps), TRANSFORMERS fait le pari fou de mêler une intrigue débile où des robots se foutent sur la gueule sur notre bonne vieille Terre à un vrai blockbuster estival, qui sort en plein été dans les pays du monde entier. LE pari était risqué, le résultat n'en est que meilleur: TRANSFORMERS est tout simplement LE blockbuster pur et dur le plus fun, le plus jouissif et le plus rythmé de l'année, qui restera dans les mémoires comme une référence en matière de FX et comme le film le plus abouti de Michael Bay.
Depuis la nuit des temps, deux races de robots extraterrestres se livrent un combat sans merci depuis que les Decepticons ont décidé de créer un monde à leur image. Face à Megatron et son armée de robots cruels et sanguinaires, Optimus Prime et son équipe d'Autobots ont mené un combat des siècles durant pour éviter qu'une guerre ne touche des planètes innocentes. Jusqu'à ce que l'envoyé des Autobots sur Terre, Bumblebee, ne découvre qu'un certain Sam possède une information capitale qui pourrait sauver le sort de toute l'humanité et exterminer enfin Megatron et ses fidèles. Une guerre se lance sans merci entre les deux races, sur Terre, au milieu des préoccupations habituelles de Sam, un ado un peu crétin qui se retrouve aux commandes d'un robot protecteur.
D'entrée de jeu, TRANSFORMERS ne ment pas sur la marchandise et promet aux fans (et aux autres bien entendu) un spectacle jamais moqueur, jamais ironique, jamais second degré, toujours sincère. N'y allant pas par quatre chemin et absolument pas coincé le cul entre deux chaises, Bay prend son sujet visiblement très à coeur et commence par la sombre voix d'Optimus Prime pour plonger le spectateur dans la mythologie de ses robots extraterrestres toujours frontale. Nous présentant les enjeux de la guerre entre les deux races de robots survivantes suite au crash de ce mystérieux cube, le réalisateur assume totalement son côté SF et fantastique en nous dévoilant une guerre dépassant les frontières du temps et de l'espace, allant petit à petit avec le plus grand sérieux dans les mystères de notre Terre pour en dévoiler les secrets. Si la démarche peut parfois paraître hésitante voire risible (Bay ose tout, même un flash-back au pôle Nord lors du récit de Sam à l'ensemble de sa classe sur son ancêtre), elle a au moins le mérite d'être totalement justifiée (la scène sert en faites à introduire la découverte de Megatron dans la glace) et permet de remettre en question avec un certain amusement bon nombre de monuments américains, à commencer par le barrage Hoover connu pour GOLDENEYE, qui se révèle être une immense base militaire secrète. Autant donc avertir les moqueurs: si dès le début on n'accroche pas à l'intrigue, à la mythologie des Autobots, à leur sens de l'honneur impeccable, on ne pourra pas apprécier à sa juste valeur le film de Bay. Car en plus de posséder sa propre histoire et de créer une sorte d'introduction à des suites bien évidemment en chantier (la scène finale, magnifique, laisse présager le meilleur pour la suite), TRANSFORMERS met bien évidemment en évidence la force des Autobots, réellement magnifiés du début jusqu'à la fin à travers des transformations en contre-plongée dantesque (celles d'Optimus Prime pour commencer) et des courses-poursuites qui font plaisir à voir. Car au delà le taux de satisfaction de voir quelques voitures foncer à toute allure avant de se transformer en robots combattants les uns contre les autres, c'est aussi l'occasion de découvrir la psychologie de chacun et de son chef, Prime donc, clairement mis en avant par rapport au reste des personnages du film. Capable de comprendre la notion de sacrifice pour la race humaine sans cesse vue comme inférieure par les autres, Prime prône la paix dans le monde et sur Terre, n'intervenant que lorsqu'un conflit concerne les erreurs des Autobots et non celles des humains, comme le fait d'avoir laissé le cube sur Terre pendant trop longtemps sans rien faire. Très solennellement et dans le moindre recoin de ces discours, Prime incarne le chef capable de comprendre à la fois la cause qu'il défend (la paix sur Terre, les soldats qui se battent avec ferveur), le moral de ses troupes lorsqu'il touche le fond (Bumblebee se fait torturer par les humains mais il décide de les raisonner à travers Sam), la rapidité de l'enjeu pour lequel ils sont sur Terre (ils demandent sans plus attendre la clef pour retrouver le cube à Sam), le sacrifice nécessaire au bien de l'humanité, et surtout le sens du combat puisqu'il est le premier à sortir les poings lorsque ses ennemies menacent de tuer et de massacre les humains sans autre forme de représailles. Il est tout simplement le héros du film, le seul à posséder une voix-off, le seul à parler au non de tous, et le seul à ouvrir/conclure un métrage beaucoup plus ambitieux qu'il en a l'air.
Là où l'on attendait surtout le film au tournant, et là où l'empreinte de Steven Spielberg se fait encore plus ressentir que sur l'intrigue futuriste de THE ISLAND, c'est de le traitement de son intrigue "humaine", puisque TRANSFORMERS est certes un combat de robot, mais qui chamboule la vie d'un pauvre adolescent amateur de Porsche et de femmes fatales, le très geek Sam Witwicky. Pour une fois totalement en accord avec la génération internet qui drague sur internet avec des pseudos débiles, des photos hilarantes et des techniques de séduction minable, le réalisme du personnage en fait que conforter la puissance de l'arrivée des robots dans son quotidien, créant ainsi un lien inattendu entre les hommes et les robots, entre Sam et sa "voiture" Bumblebee déjà bien agitée auparavant. Prenant son temps comme il était judicieux de le faire, Bay se permet alors tout les excès humoristiques et émotionnelles en traitant tout le film du point de vue de Sam, de l'arrivée sur terre des Autobots (qui ne peut que faire bander, franchement !) jusqu'à la vision détonante de la bataille finale dans d'une immense métropole. Le film lorgne tout le long de ses 150 minutes avec la comédie teenager franchement excellente, où notre pauvre héros est un loser capable de tout les excès: il fait un speech culte à son professeur pour avoir un A ("Que ferait Jesus Christ ?"), il vend ses objets de famille sur eBay et au milieu d'un exposé pour s'acheter une voiture, il va côtoyer les rues brûlants de sa banlieue pour tenter d'arracher un sourire à la très hot Mikaela, il abandonne son meilleur ami pour courir dans les rues à la recherche du voleur de sa voiture, et il ment à ses parents pour cacher quelques robots gigantesques au milieu de son jardin totalement déchiquetée, tout ça pour finir sur une conversation familiale tout aussi hilarante sur la masturbation devant une Mikaela gênée de se cacher derrière une chaise. Le charme de l'oeuvre vient de ce contraste jamais forcé entre la reconstitution parfaite du quotidien d'un adolescent de 20 ans et d'un univers rempli de robots prêt à tout pour combattre les autres races de robots, peut importe le terrain ou la planète. Cette vision de Sam dénote peu à peu sur ce lien mystique et étrange qui lie Sam aux Autobots et plus particulièrement à son ange-gardien, Bumblebee, laissant place à une séquence cruelle à mi-chemin entre la fatalité de E.T. (Sam est écartée de son robot) et l'intervention du GEANT DE FER (les militaires interviennent et ne comprennent pas la race qu'ils attaquent), qui se répétera sous des formes plus ou moins similaires tout le long du métrage, comme lors du réveil de Bumblebee au milieu des militaires, vite calmé par un Sam attendrissant et compréhensif, ou même la sortie d'un Autobot d'une piscine tel un T-rex dans le final du MONDE PERDU.
Mais comme tout Michael Bay qui se respecte, TRANSFORMERS sait aussi déplacer son intrigue dans le cadre militaire, surtout en début de métrage puisque le réalisateur alterne avec rythme et dynamisme les découvertes de Sam sur son entourage robotique, et les premières attaques violentes et réalistes faites envers l'armée américaine et ses soldats, au centre d'une seconde éloge moins évidente et bien moins mise en relief que celle du grand Optimus Prime. Suivant un groupe de rescapés après une première attaque de nuit en plein milieu d'une conversation vidéo qui évite de près la niaiserie entre le sergent Lennox et sa femme, Bay fait une belle transition avec le désert afghan bien plus politique que l'on pourrait croire, puisque soldats et habitants du pays d'origine s'associent contre un ennemi commun, comme si Bay voulait dévoiler les faiblesses de l'organisation des guerres qui vient justement dans l'incompréhension entre la population locale et les soldats américains venus tout déchiqueter. C'est un peu moins subtil dans le film, puisque tout passe par l'arrivée dans un village d'un robot scorpion enfoui dans le sable qui s'attaque violemment aux soldats et aux familles, mais l'idée est belle et bien là, que l'on aime ou non la psychologie pas franchement compliquée de Bay. Mais il rend au moins hommage aux réels soldats qui suivent les conflits Bush pas franchement très crédibles, ajoutant même une part d'ironie croustillante lorsque l'on s'aperçoit que le président est réduit à une apparition de chaussettes rouges (il ne bouge pas le petit doigt du film), que les soldats se battent réellement pour leur survie (ils se cloîtrent dans un petit magasin au coin d'une avenue dans la séquence finale) et que les armées secrètes sont en faites constituées de psychopathes douteux, à l'image de ce dirigeant de la section 7 effarant de bêtise du début jusqu'à la fin. Suivant un script simple sans devenir barbant, le réalisateur arrive même à rendre ses scènes "de bureau" passionnantes, puisque l'on assiste en direct à des piratages et des interrogatoires drôles (l'arrivée d'un hacker et sa philosophie sur les donuts offerts par les policiers) ou musclés, qui ne plombent jamais l'intrigue et se retrouvent bien plus crédibles que celles d'un DIE HARD 4 étrangement similaire dans certains décors.
Et comme il est capable de le faire dans son intrigue militaire, Bay conserve aussi tout ses petits tics qui font de lui un cinéaste controversé dans le cinéma hollywoodien. Amateur de quelques plans héroïques où les soldats marchent pendant quelques secondes à peine au ralenti sous un soleil couchant ou sur d'immenses portes avion, Bay se calme néanmoins sur certains point sauf sur la grossièreté et la démarche éléphantesque de son film, qui carbure comme BAD BOYS 2 à un humour bas de plancher, réjouissant pour les amateurs de DUMB & DUMBER et consternant pour les autres. Pas franchement fin, l'humour Bay ? C'est vrai: dès l'arrivée d'un vendeur de voitures black qui insulte son employé hispanique (ils s'en prennent plein la gueule d'ailleurs dans le film) alors que sa mère lui fait un joli doigt d'honneur, on sait qu'on ne va pas assister à la finesse habituelle d'un Woody Allen, et c'est franchement tant mieux. Car le spectacle s'assume comme il est, c'est à dire un gros blockbuster bourrin et tout con qui est fait pour en mettre plein la vue et détendre pendant 2h30. Tout est acceptable donc, et ça marche du tonnerre: les dragues vaseuses de Sam et de son ami qui se pend aux arbres pour attirer l'attention, l'utilisation de musiques clichés par Bumblebee pour rattraper Mikaela, les parents abordant n'importe quel sujet sans gêne, le hacker de service qui traîne avec un énorme cousin black et une mère allergique aux policiers, et l'éternel petit copain musclé qui n'a rien dans le cerveau. Bay va même dans la gratuité pure et dure dantesque puisque, après les rats obsédés de BAD BOYS 2, il va jusqu'à mettre un robot à la vessie poisseuse au milieu d'un dialogue entre agents du gouvernement énervants et robots excités, laissant place à une belle scène de comédie graveleuse. Les fans apprécieront.
Mais bien entendu, si l'on va voir TRANSFORMERS, c'est surtout pour s'en mettre plein les yeux au niveau des scènes d'action et des effets-spéciaux, vendus comme les plus efficaces et les plus convaincants jamais vus sur grand écran. Et c'est franchement effectivement le cas, puisque plsu encore qu'un KING KONG de Jackson, TRANSFORMERS construit son univers avec des FX d'une beauté stupéfiante provoquant la même impression lorsque l'on regarde STARSHIP TROOPERS à l'heure d'aujourd'hui: la sensation que ces FX ne vont jamais vieillir, même dans une vingtaine d'années. Avec une précision ahurissante, une intégration au décor parfaite et des transformations intenses, le film met tout les amateurs de grand spectacle de son côté avec des séquences d'actions non-stop aussi jouissives que inventives: une attaque de nuit quasiment invisible mais qui provoque une destruction totale d'une base militaire, une infiltration du ôté de Air Force One avec un robot tout droit sorti de GREMLINS, quelques poursuites en voitures vite transformés en massacre de ferraille par un Decepticon hockeyeur en herbe, les transformations toute simple d'un portable en petit robot teigneux entre autres, et une séquence de fight finale impressionnante qui multiplie les points de vue (Sam face à Megatron rejoint par Prime, les soldats face à Blackout rejoint par Bumblebee) pendant un énorme quart d'heure qui enchaîne les "money shot" sans pour autant paraître factice ou exagérer. C'est tout simplement du grand spectacle, d'où la seule impression néfaste qui en découle: un score réellement mauvais de Steve Jablonsky, pourtant en grande forme sur THE ISLAND. Il dort tout simplement pendant la première heure, n'arrivant pas à créer un thème digne de ce nom ou à imprégner les premières scènes d'action de son style (la seule bonne musique sera cette parodie du BATTLE WITHOUT HONOR OR HUMANITY de KILL BILL), avant de se réveiller lors de la seconde partie du film beaucoup plus dense, qui finit même par des reprises de notes de son précédent score sans aucun génie. Une réelle déception de ce point de vue, surtout que les séquences d'action sont traitées avec la même intensité que les séquences d'émotion. Autre "truc" agaçant qui revient à 2 reprises de façon totalement isolée qui ne sert totalement à rien: la présence d'un flash blanc ultra clippesque qui ne découle pourtant sur aucun montage du genre, ni aucun délire à la DOMINO. Juste deux petits flashs qui apparaissent comme des transitions entre deux plans, sans aucune autre justification.
Finissons en beauté en parlant de la faculté qu'à Bay de ramener tout un tas d'acteurs qui n'ont souvent aucun rapport avec le blockbuster (on se souvient de Ben Affleck ou plus récemment Scarlett Johansson), concoctant une nouvelle fois un casting aussi amusant qu'impressionnant. Mélangeant les codes sans vergognes, il passe ainsi de la comédie black US (Bernie Mac de BAD SANTA, Anthony Anderson de KANGOUROU JACK) aux éternels seconds rôles (Zack Ward de TITUS, Glenn Morshower, vu en garde du corps présidentiel increvable dans 24 HEURES CHRONO et la moitié des blockbuster sortis depuis 1995) en passant par les grands du cinéma indépendant (John Turturro énorme en agent gouvernemental pathétique, Jon Voight) et les belles gueules du cinéma d'action (Josh Duhamel plus consistant que dans TURISTAS, Tyrese Gibson moins lamentable que dans 2 FAST 2 FURIOUS, la toute mignonne Rachael Taylor enfin dirigée après le lamentable SEE NO EVIL). Mais c'est surtout dans son casting des têtes d'affiches que Bay fait les bons choix, puisque outre la bombe Megan Fox et le génial John Robinson (ELEPHANT), c'est Shia LaBeouf qui emporte tout les suffrages après son premier rôle beaucoup trop méconnu dans le sidérant A GUIDE TO RECOGNIZING YOUR SAINTS. Bien loin de ses apparitions agaçantes dans CONSTANTINE ou I ROBOT, LaBeouf s'inscrit dans la lignée des acteurs plus intelligents que la moyenne et que son âge, qui en fait une sorte de jeune espoir de 20 ans depuis qu'il sera dans les bras d'Harrisson Ford dans INDIANA JONES 4 (de Maître Spielberg again), et qu'il suivra la route des salles françaises cet été avec le probablement très bon DISTURBIA. Le potentiel d'une star ? Probable, surtout si l'acteur continue les bons choix et devient aussi transcendant qu'un certain Emile Hirsch à l'avenir !
Finalement sans faute de goût attendu (dieu que Linkin Park fait du bien au générique final), aussi fun que puissant, aussi intense que sublime, aussi drôle que jouissif, TRANSFORMERS est bien loin de SPIDER-MAN 3 (l'autre gros film de l'année) pour s'inscrire dans la pure tradition des blockbusters purs et durs, de ceux qui s'affirment et s'assument comme ils sont, et ceux qui vous en mettent plein les mirettes pendant 2h30 de pure folie. Personne n'en demandait autant, et on en redemande ! Car dans 10 ans, assurément, TRANSFORMERS sera encore un modèle du genre pour bon nombre d'autres faiseurs aussi controversés mais talentueux que Michael Bay !
Note: 9/10
Aujourd'hui c'est officiel: les blogs de la lamentable nouvelle version "In Dvdrama" viennent d'être lancés officiellement sur le site. Si je ne peux que m'esclaffer devant les méthodes pathétiques que la rédac a pour attirer du monde (plus on a de copain, plus on gagne des cadeaux: génial !), je suis encore plus indigner de voir que les blogs ne sont plus accessibles à partir du site ! Il faut donc taper www.dvdrama.com/blog/ pour pouvoir accéder à notre vraie page d'accueil préférée, et à nos vrais blogs ! Super !
Une question me tarraude: suis-je le seul à me sentir totalement lésé, laisser pour compte au bord de la route, comme ci ces 2 ans de travail n'étaient qu'inutilité ?

Je vais commencer une critique par une phrase pompeuse que j'adore réciter par coeur lorsque je vois un film comme THE EX: le sort s'acharne parfois sur des films qui ne l'ont pas mérités. Tandis que des acteurs comme Usher ou Mo'Nique arrivent aisément à sortir leurs petites bouses au cinéma qui attirent quand même des spectateurs pour la plupart du temps noirs, alors les comédies américaines graveleuses et vraiment pas subtiles remplissent les salles sans conviction (je ne comprendrai jamais l'engouement pour le pathétique RENO 911), un petit bijou sort sur les écrans américains dans la plus grande indiscrétion, après avoir subi moult tumultes durant la pré-production. Initialement prévu en Février sous le titre FAST TRACK, le nouveau film avec mon Zach Braff adoré a été repoussé aux Etats-Unis à une date indéterminée, tandis que la distribution française gérée par SND (également responsable du massacre en salles du très bon THE LAST KISS) n'avait pas bougé d'un poil, toujours annoncée début Juin. Seulement voilà: les producteurs n'était pas réellement convaincus par le film, le réalisateur foncièrement différent Jesse Peretz, qui aime faire les choses différemment (on se souvient de THE CHATEAU, petite pièce d'improvisation sacrément sympathique) change radicalement de perspective pour nous offrir THE EX, le nouveau titre de ce film encore assimilée comme FAST TRACK un peu partout sur le net. Un changement de titre qui convient à toute l'équipe mais fait vite oublier l'affiche et la bande-annonce original, plongeant la sortie du film dans un anonymat absolument pas mérité. Les fans de Braff sont au rendez-vous, l'acteur étant sacrément fier du résultat final, tout comme les amateurs du cinéma décalé de Peretz. Sauf que voilà, une erreur en enchaînant une autre, les 3 millions de dollars remportés en salles US ne semblent pas convaincre le SND qui a tout simplement retiré le film de son catalogue, ne changeant même pas l'ancien titre. Voilà donc un comble de l'ignorance qui ne pourra être rétabli que par une pratique obligatoire pour voir ce film dans des conditions décentes en France: le téléchargement...
Concocté par le duo de scénariste David Guion & Michael Handelman, très en vogue aux Etats-Unis puisqu'ils sont responsables du remake du DINER DE CONS, THE EX nous plonge dans la vie mouvementée de Tom Reilly. Marié et père d'un enfant qui vient tout juste de naître, il se retrouve au chômage alors que sa femme Sofia décide de partir à la retraire pour élever leur enfant. Choisissant la voix de la facilité (la "fast track"), Tom se retrouve propulser en tant qu'assistant marketing dans l'entreprise totalement délirante de son beau-père. Il fait alors la connaissance de Chip, un cadre dynamique paralysé pratiquement de tout le bas du corps, trop parfait pour être honnête. Et justement, Tom découvre alors la vérité: Chip est en faites l'ancien fiancé de Sofia, et il a encore beaucoup de choses à lui montrer. Commence un combat sans merci entre un homme totalement perdu et un psychopathe en chaise roulante.
Le plus impressionnant de maîtrise dans THE EX est sa capacité à changer de registre comme de chemise sans pour autant perdre de sa verve ou de sa capacité, sans plomber le rythme ni le rendre totalement insipide. Cela a d'ailleurs toujours été la qualité principale de Jesse Peretz en tant qu'auteur plus que réalisateur (le film est bien mis en scène mais demeure classique évidemment), et il le montre dès le début du film. La première séquence pourrait en effet laisser penser que l'on assiste à une énième comédie romantique, puisque la conversation de nos deux amoureux tourne autour de la naissance imminente de leur bébé et du nom à choisir pour ce dernier. Mais très vite, on se rend compte que le cinéaste ne fait pas comme les autres, puisqu'il glisse quelques éléments bien timbrées dans une simple discussion de couple: entre Tom qui compare le prénom Charles à un petit Chucky terrifiant avant de choisir "Nichons" comme premier choix lorsqu'il regarde sa fiancée, et une Sofia qui hésite entre Rufus et Leonard, on tombe très vite dans une répartie flamboyante qui sera le maître mot de ces 90 minutes jamais romantiques ou niaises. C'est justement la très grande force de THE EX lorsque le générique du film défile sous nos yeux: l'impression de ne pas avoir été pris pour des cons, l'impression de ne pas avoir vu des situations vues et revues milles fois, et surtout le plaisir de se prendre un MON BEAU-PERE ET MOI arrangé entre un ex totalement psychotique et n personnage principal très vite largué au milieu d'une famille encore plus timbrée.
Car évidemment, le film prend très vite la tournure d'un duel verbale et physique entre un gentil homme compatissant en fauteuil roulant, le terrifiant Chip qui dès sa première réplique massacre le pauvre Tom, et ce petit mari tranquille qui tombe au milieu d'un quartier bizarre où les plus jeunes regardent la télévision chez leurs voisins sans permission, où les femmes se réunissent entre elles pour se soutenir mutuellement suite à leur accouchement, et où les tétons doivent être entretenus avec une crème hydratante spéciale. Au milieu de toutes ces gentilles pratiques, le duel de l'ex et du nouveau se fait de plus en plus agressif et de plus en plus important, prenant des proportions totalement inattendues. Ne dépassant pas le cadre du travail, Tom est très vite dans le collimateur de Chip puisqu'après avoir mangé son yaourt préféré qu'il se réservait, Tom arrive à lui piquer "sa" copine du collège (il n'a d'ailleurs pas oublier sa chorégraphie de pom-pom boy), un tout nouveau client avec une vidéo dérisoire (le pauvre avait proposé un concours de cornichon) et n'arrête pas de gaffer sur ses (in)capacités physiques. Mais s'il n'y avait que ça...Car Chip Sanders n'aime pas se faire marcher dessus, et compte bien reprendre Sofia pour lui. Après avoir planté Tom au milieu d'une bande de suisse à l'accent bien prononcé, puis lui avoir installé des vidéos gay sur son écran de veille, il décide de s'approprier son projet avant de l'emmener sur un terrain de basket...pour handicapé. Commence alors l'une des séquences les plus hilarantes du film, où Tom est réellement pris pour un handicapé jusqu'à ce qu'il se relève à la fin du match et que Chip simule l'étonnement. Notre héros finira tabasser par des pauvres unijambistes dans un gymnase. Mais ce n'est rien face à la crampe d'estomac du spectateur lorsque Tom prend son ennemi pour un simulateur et lui fait dévaler les escaliers de sa maison dans un moment de solitude irrésistible.
Au-delà de ça, sans jamais tomber dans une sorte de satire ou de parodie, THE EX nous dévoile surtout une galerie de personnages carrément timbrés, tous plus étonnants et déconcertants les uns que les autres. A commencer par Chip, qui alterne entre le vrai nigaud sympathique (on se demande parfois s'il n'est pas sincère, jusqu'à ce que l'on aperçoit son regard de psychopathe en coin) et le salaud de service puisqu'en plus d'être un joli pervers avec un sexe de taille inimaginable (les préservatifs gold sont là pour le prouver) qui va jusqu'à louer une vidéo où un handicapé couche avec une brune pour faire comprendre à son ex qu'il a toujours envie d'elle, il se révèle être un menteur et un simulateur, se préparant pour un nouveau job en se relevant de sa chaise (annonçant qu'il a simulé tout ses orgasmes avec Sofia...). Ironie du sort totalement inattendu, il finira non seulement paralysé avec un accent de voiture déjanté, et sera visible dans une corrida en Espagne. A côté de lui, Tom apparaît aussi comme un héros très contrasté, tout comme sa femme, puisqu'il est tout de même responsable du renvoi de son beau-père et de la perte de bons nombres de clients au bout de quelques heures à peine. Justement, parlons en de ses beaux-parents, puisqu'ils sont tout aussi spéciaux que les autres personnages du film. Entre le père qui dirige son entreprise comme un club de vacances tout en tombant peu à peu dans l'alcool et la vulgarité délirante (il insulte de merde une lampe brûlante) et la mère qui ne fait que supporter le petit bébé en lui faisant de drôles de grimaces et de jeux de mots (choses répétées par sa fille durant sa première journée de maternité), on assiste à un véritable balai de "cas", qui vont jusqu'au plus gros client de la boîte, un surfer à la coiffure absolument dantesque qui met des coups de snowboard à notre Tom. Aux rangs des curiosités, notons aussi l'exécrable maître-cuisiner qui se prend une bonne douzaine de sauce dès sa seule apparition, et le pauvre Doug, qui se lance en tant que conseiller matrimonial à tendance SM pour une séquence franchement culte. Mais ce serait aussi oublier le petit Wesley, un voisin envahissant qui n'a qu'un seul talent: avaler un hamburger en une seule bouchée. Le trucage est bluffant...
Encore une fois, je me dois de revenir sur le casting du film puisque la star est bel et bien le magnifique, l'incroyable, le rocambolesque Zach Braff. Entre deux saisons de SCRUBS (la septième et dernière arrive bientôt, malheureusement) et avant la réalisation tant attendue du remake de OPEN HEARTS, il nous livre une prestation pure et dure qui ressemble réellement à son style sans jamais se livrer à la répétition. Tout ce qu'on adore chez Zach Braff est là, et c'est ce qui le rend aussi sympathique dès sa première apparition: ses petits gestes totalement incontrôlables, ses petits airs maniérés, et surtout son côté totalement irrésistible lorsqu'il se lance dans un burlesque aussi déstabilisant que hilarant. Il ose par exemple se prendre une rétame en vélo monumentale alors qu'il vient de quitter sa fiancée pour la dernière fois, à la manière d'une chute de JD mais en moins accentuée (SCRUBS étant quand même un show décomplexé). A ses ôtés, on retrouve surtout l'incroyable Jason Bateman. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore ce génie comique improbable, il est connu pour avoir tenu pendant 3 saisons le rôle principal de la géniale série ARRESTED DEVELOPMENT, four commercial en France où Zach Braff est apparu pendant 2 épisodes. Après des petits rôles impressionnants dans SMOKIN' ACES et LA RUPTURE (le frère gay chanteur, c'est lui), il interprète un diabolique second rôle bien plus important qu'il n'y paraît. Tout le potentiel du personnage est très bien exploité par l'acteur, qui devrait vite trouver chaussure à son pied (c'est à dire le premier rôle qu'il mérite). Enfin, l'objet de sa conquête ne s'arrête pas à une simple brunette sexy puisqu'il s'agit tout de même d'Amanda Peet, qui joue peu mais qui impressionne à chaque fois. Au cinéma, on a pu la voir il y a déjà quelques années dans SYRIANA et MELINDA & MELINDA, mais c'est surtout en tant que productrice délurée dans la série satirique STUDIO 60 qu'elle excelle, aux côtés d'un certain Matthew Perry. Sympathique jusqu'au bout, THE EX se réserve aussi quelques seconds rôles de choix: Charles Grodin (le fameux George des BEETHOVEN), Mia Farrow (ROSEMARY'S BABY forever), l'hilarant Donald Logue (ZODIAC, GHOST RIDER), le rafraîchissante Amy Poehler (venue tout droit du SNL) et le tout aussi recommandable Fred Armisen (qui vient du même show et que l'on a pu voir dans le cultissime ANCHORMAN).
Toujours drôle, jamais agaçant ni niais, sans tomber dans le happy-end mielleux que l'on connaît, THE EX est juste une sacrée bonne comédie étonnante, qui ne sortira probablement jamais de son anonymat mais qui sera un régal pour tout ceux qui oseront s'y aventurer. Lorgnant du côté du burlesque et du second degré, Peretz dynamique ses moindres émotions à grand coup de répliques cultes et de séquences improbables, où les handicapés osent se frapper entre eux et où les jeunes maris sont totalement paranoïaques, harcelant des petits jeunes aux talents spéciaux qui réclament leur avocat. Il n'y a que chez le créateur de THE CHATEAU que l'on peut voir ça !
Note: 8/10

"Vacancy" de Nimrod Antal
Note: 3/10
Face aux centaines de films qui se ressemblent en moins d'un an, suivant plus ou moins une vague de cartons colossaux au box-office, on a parfois du mal à tomber sur un véritable concept. Un film qui repose entièrement su son pitch, généralement inspiré des grands maîtres du suspens, et qui en plus ne soit ni un remake ni une adaptation ni un film totalement commercial. Autant demander l'impossible, même si on adore le cinéma hollywoodien et la production américaine. Pourtant, au vue des premières lignes du scénario de VACANCY (désolé, mais je renie le ridicule MOTEL en titre français, merci de votre compréhension), on se dit que le miracle est enfin arriver. Simpliste au possible, concis et précis à la fois, on avait pas vu un thriller aussi sympathique depuis un bon vieux PHONE GAME (pour faire réducteur), qui lui aussi avait traîné de nombreuses années sur les bureaux des producteurs (c'est même Hitchcock qui avait commandé le script original). Malheureusement, le résultat n'est pas à la hauteur des espérances. Loin des ambitions volontairement minimalistes de Joel Schumacher (qui avait fait en deux semaines un superbe film plein de tension avec comme décor principal une rue et une cabine téléphonique), le nouveau yes-man qu'est Nimrod Antal (de retour en Amérique après son passage en Hongrie avec KONTROLL dans les poches) nous livre un film en tout point opposé à nos attentes. Ultra-calibré, très stéréotypé, et parfois même effleurant le ridicule des situations dans lequel les personnages se fourrent, VACANCY est un film moyen qui revoit toutes ses ambitions à la baisse dès sa première séquence. On appelle ça une vraie déception.
Alors qu'ils roulent tranquillement vers une fête de famille, David (Luke Wilson, toujours aussi sympathique) et Amy (charmante Kate Beckinsale), un couple en instance de divorce, ont un accident de voiture inattendu qui les oblige à se réfugier dans un motel miteux qu'ils avaient repérés quelques minutes plus tôt. Louant une chambre pour la nuit afin de repartir le plus tôt possible au petit matin, le couple ne tarde pas à découvrir l'insoupçonnable en visionnant quelques vieilles VHS posés sur la télévision: ils sont les stars du dernier snuff-movie tourné par une équipe de barjos qui tiennent l'établissement. Ils ont une seule nuit pour échapper au sort qui leur ait réservé, ou bien ils mourront sous l'oeil des caméras dissimulés partout dans le petit motel de bord de route.
Passé un générique absolument extraordinaire, à la fois très subtile et pourtant impressionnant de maîtrise, et loin de quelques clichés que l'on aurait pu retrouver en début de métrage (genre: le départ du couple, la réaction des amis, ou même l'appel aux parents attendrissants), le réalisateur se base sur une relation non-dite pour permettre au spectateur de découvrir petit à petit ce qui ne va pas dans ce couple en apparence si tranquille. Malheureusement, cette note d'intention est surtout le moyen pour torcher la présentation de nos deux héros en une dizaine de minutes avant de faire intervenir le premier personnage extérieur au couple, un garagiste tout tranquille mais bien plus sadique lorsqu'il se délecte de ses snuff-movie personnels. Très vite, on retrouve tout un tas d'erreurs dont la subtilité est à peine rechercher: quelques engueulades volontairement vulgaires qui mettent directement en conflit le pauvre couple, le divorce esquissé à travers l'évocation des papiers à signer, la photo de leur petit suivi des larmes d'Amy (oui, il est mort), que de moments de cinéma franchement passables, surtout avec la fausse sincérité de toute cette équipe qui fait semblant de passer outre les clichés pour se concentrer sur l'histoire. Si ces petits détails ne gênent pas tout le métrage bien entendu, elle prouve néanmoins à quel point VACANCY ne sera pas le thriller glauque quasi hard-boiled qu'il était sur le papier. Et cela se confirmera par la suite, pour le meilleur d'abord. Car si il y a une qualité à reconnaître au métrage, c'est qu'il s'efforce de garder un univers cohérente, presque une mythologie plausible, avec l'apparition des acheteurs des snuff-movies qui expliquent très vite non seulement pourquoi les couples n'ont jamais été l'objet d'enquêtes, mais en plus pourquoi les pauvres tueurs continuent leur métier ingrat. Pour la simple et bonne raison que ces vidéos servent à acheter les flics de la région qui visiblement adorent les meurtres glauques dans les chambres d'hôtel, mais aussi les habitués qui achètent très chers des collections complètent pour leur plaisir personnel. Un univers sacrément bâtard qui aurait gagner en cohésion si les véritables bad-guys et leurs tronches méfiantes (faut voir la tête de Frank Whaley une nouvelle fois) étaient un peu plus étoffés. On a même l'impression que le scénariste s'efforce de les mettre dans le récit pour faire durer l'intrigue un peu plus longtemps.
Car le but du film est très clair, et est finalement plutôt bien trouvé: rester au plus près de nos deux anciens-amoureux pour mettre le couple dans des situations où ils doivent survivre ensemble, s'efforçant ainsi de les enfermer quelque part pour créer une tension et un malaise puisqu'ils sont prêt à se séparer et se re-découvrent mutuellement dans un excès de violence inattendu. D'abord situé entièrement dans une voiture, le film prend alors un autre tournant lors de l'arrivée au motel qui tourne au cauchemar après la découverte des vidéos et les bruits alentours qui laissent présumer qu'ils sont maintenant traqués par des détraqués sexuels qui vont les assassiner devant les caméras. Toujours collé à cette femme qui ne prend jamais des airs de Sarah Connor (même lorsqu'elle conduit une voiture à toute allure ou tire avec un énorme calibre sur ses ennemis) et à cet homme qui semble prendre les bonnes décisions maintenant qu'il doit protéger l'amour de sa vie, toutes les étapes du récit tournent autour de la réaction du couple face aux rebondissements vains qui les entraînent à chaque fois dans un nouveau décor: la chambre menacée de l'extérieur, la poursuite à l'intérieur du motel, la poursuite dans les souterrains, l'attente dans une pièce retirée, et le final qui n'en est pas un puisque jamais ils n'affronteront tout les méchants sadiques ensemble. Et enfin, avec une subtilité qui sauve un peu la fin et son manque d'ambition certain, on découvre ce couple pas forcément très uni mais au moins en accord, sur un très bon plan large au lever du soleil. S'il n'y avait que ça...
Le problème est qu'entre temps, ce film vendu par Luke Wilson comme "le plus physique jamais fait" (c'est pas dans un Wes Anderson qu'il va piquer un sprint dans un tunnel rempli de rats) est une suite de scènes d'action mis en scène de façon totalement insipide, ni trop clippesque ni trop prononcée, sans aucun parti pris. On suit l'histoire sans pour autant avoir un point de vue, puisqu'on passe du coq à l'âne en un rien de temps: les héros sont cachés et pouf, les méchants sont enfin placés au centre de la caméra pour développer un peu l'organisation de ces réalisateurs de snuff-movie. D'ailleurs, niveau snuff-movie hardcore, on est loin des attentes puisque le film n'est jamais glauque ou osé, la seule scène susceptible de choquer les spectateurs (une femme est battue par terre) est cachée paru n mur au premier plan. Véritablement sans ambiance, probablement aussi à cause d'une photographie naze pourtant signée par Andrzej Sekula (RESERVOIR DOGS et PULP FICTON quand même), VACANCY peut alors être résumé à des incohérences ridicules et des séquences sans saveur, où les personnages arrivent à courir devant des professionnels du meurtre sans se faire attraper alors qu'ils sont probablement à deux mètres devant eux, où l'héroïne fait un petit somme pendant la nuit alors qu'un tueur est encore en liberté (elle en a écrasé deux autres la veille), et où le manque d'organisation totale des tueurs semble à peine crédible (ils ont assassinés déjà des dizaines de couples mais pensent encore qu'une voiture permet une meilleure approche pour massacrer une victime trop fuyarde). Tout ces défauts ressortent encore plus du métrage puisqu'il ne dure pas longtemps, qu'il est écrit de manière concise, et que la mise en scène permet de se concentrer uniquement sur les personnages (et ce n'est pas un avantage). C'est autrement dit la débandade progressive au vue des attentes, mais on pouvait s'y attendre dès la bande-annonce calibrée et le PG-13 américain.
Longuet mais trop court, "easy watching" mais sans aucune identité cinématographique, VACANCY est un thriller absolument pas recommandable, jamais sympathique, qui laisse entrevoir par-ci par-là ce qu'il aurait été entre les mains d'un vrai scénariste (Mark L. Smith, l'homme qui croyait en son concept) et d'un vrai réalisateur. Quelqu'un qui a un point de vue sur la chose, et non une envie de mettre son nom sur sa première bobine américaine. Allez Nimrod, repart en Hongrie faire tes films indépendants et ne revient pas au pays pour faire ce genre de bouse ! On a déjà assez de Brett Ratner comme ça !

"Ratatouille" de Brad Bird
Note: 9/10
Oubliez tout ce que vous savez sur Pixar. Si le studio ne cesse de nous émerveiller d'année en année, il n'aura jamais été sur une aussi bonne lancée depuis 2004: LES INDESTRUCTIBLES, CARS, RATATOUILLE et bientôt ce qui s'annonce comme étonnement réjouissant, le robotique WALL-E. Oubliez tout ce que vous savez sur Brad Bird. On pouvait croire que LES INDESTRUCTIBLES était juste un coup du hasard, un chef d'oeuvre venu de nul part, mais le bonhomme sait de quoi il parle. Après le touchant GEANT DE FER, sa participation active sous la houlette de Matt Groening pour LES SIMPSON, son boulot d'animateur chez Disney, le bonhomme prouve encore une fois qu'il en connaît plus du point de vue mise en scène animée et personnages que bien d'autres de la même écurie. On peut reprocher à Lasseter un côté plan-plan rassurant (quoi que CARS était quand même sacrément bien réalisé), mais Brad Bird éclate tout les stéréotypes qui visent à dire qu'un dessin-animé n'est jamais mûrement réfléchi par son réalisateur. Oubliez enfin ce que vous savez de RATATOUILLE, des rats et de la cuisine. Non seulement les images vues dans le teaser n'étaient qu'un aperçu non finalisé du projet final (aucune d'elles ne se retrouvent d'ailleurs dans le film, chose plutôt agréable), mais en plus l'unes des espèces les plus détestées du monde devient le centre d'un film culinaire dont la passion des saveurs et de la comédie n'ont pas de limites. Que demander de plus à Pixar quand on voit un film comme RATATOUILLE ? On ne trouve tout simplement rien à dire, à redire, même après y avoir réfléchi. Sans défaut, instantanément classique et déjà culte pour les journalistes qui ont eu la chance de le découvrir, RATATOUILLE est la concrétisation que Pixar enterre définitivement tout ses concurrents (BEE MOVIE et SHREK 3 ?) et que Brad Bird est un sacré génie.
Rémy est un rat pas vraiment comme les autres. Doté d'un réel don pour l'odorat, il se sent très vite pousser des ailes de cuisinier. Aidé par un livre concocté par un grand restaurateur, Auguste Gusteau, il entreprend après avoir perdu sa famille de profiter de son sens de la cuisine quand il découvre qu'il a atterri au beau milieu de pari. S'infiltrant dans une cuisine de "Chez Gusteau", il est recueilli par Linguini, un pauvre petit qui ne crois pas du tout en lui. Le talent de Rémy associé au corps de Linguini donne alors la solution à tout leurs problèmes respectifs: devenir le plus grand cuisinier de Paris.
Commençant sur des thèmes plutôt classiques dans l'univers Pixar, Brad Bird s'efforce dès la première scène de son histoire à nous transporter dans un monde différent, pas forcément réaliste dans ses dessins (on retrouve un style très cartoon, tout comme le dessin très précis régnait sur LES INDESTRUCTIBLES), mais plus que crédible et féerique aux yeux des spectateurs friand de spectacles visuels et scénaristiques aussi abouti. La première chose qui surprend dans l'histoire est la rapidité avec laquelle les scènes s'enchaînent, développant au travers d'un petit retour en arrière commenté par Rémy lui-même toutes les caractéristiques des personnages, pour bien évidemment mettre en avant le héros et sa particularité. C'est ici un rat raffiné, aimant les bonnes choses et ne supportant pas les ordures, au milieu d'une colonie impressionnante (les rats remplissent chaque contour du cadre) et massive, infestant la maison d'une pauvre vieille dame qui passe son temps cloîtré devant l'émission du regretté cuisiné Gusteau, qui va être le guide spirituel hilarant de Rémy durant toute l'intrigue. Passant en revue les avantages et les inconvénients d'un tel don, Bird en profite aussi pour assurer la première séquence mouvementée du film, une magnifique poursuite entre les rats et la vieille dame armé d'un fusil tonitruant, qui va alors assuré le déchirement entre Rémy et le reste de sa famille, particulièrement étonnant après seulement un petit quart d'heure de film. A peine a t'on vu le père trop protecteur pour laisser la place au véritable rêve de son fils (il l'utilise seulement pour vérifier si un produit est contaminé ou non) et le frère totalement à la ramasse mais moins idiot qu'il en a l'air (façon de parler) qu'ils sont déjà évincés du script pour laisser la place à la grandeur de Paris, puisque Rémy dérive dans les égouts jusqu'au restaurant de Gusteau où il ne tarde pas à entrer lorsqu'il aperçoit le massacre d'un jeune abruti, Linguini, visiblement fils de ce bon vieux Gusteau. Commence alors une chose dont on ne pouvait se douter d'après le pitch d'origine: une histoire d'amitié et d'acceptation beaucoup plus ambitieuse qu'il n'y paraît.
Suite aux réactions faites à la soupe de Rémy, Linguini (chargé de le tuer) décide alors de lui proposer un marché. Ne sachant absolument pas cuisiner et n'ayant aucune confiance en soi, il propose à un petit rat de devenir son chef et de le diriger à travers plusieurs techniques totalement hilarantes et déjantés. Entre la séquence déjà culte où Rémy se glisse dans la chemise du jeune cuistot et le mord à tout va, l'entraînement les yeux bandés de la technique prive par le duo (un rat dans une toque de cuisiner qui tire les cheveux d'un humain) et l'intrigue secondaire privilégiant les manigances humaines ou même le respect des traditions familiales, le réalisateur ne cesse de privilégier des séquences d'une complexité ahurissante, assurant à tout les niveaux. Magnifique à regarder, détaillé le plus possible (la cuisine est riche en petites anecdotes) et surtout réfléchi au niveau de la mise en scène, RATATOUILLE ne tarde pas à convaincre le spectateur de sa capacité à créer des séquences d'une drôlerie sans nom, où un pauvre petit rat (créature la plus hideuse au monde) devient un chef de cuisine organisé, dirigeant sa colonie comme un Joël Robuchon du pauvre. Privilégiant aussi bien les petits "montage" pour passer en revue tout l'apprentissage de Rémy ou de Linguini, qui se liera avec sa chef cuisinière par le plus grand des hasards, Bird choisit surtout de présenter les humains comme des êtres bien plus complexes et contrastés qu'il n'y paraît. Car il ne faut pas oublier que pendant la plus grande partie du récit, Linguini se sert de Rémy comme de son petit chef sur patte, ne s'intéressant finalement à lui seulement car il peut lui apporter un job et une fiancée, l'amenant même au top des cuisiniers lorsqu'il prend la place du petit teigneux qui lui servait de grand chef. Les hommes ne sont pas les plus beaux de l'histoire, comme s'en rendra compte à de multiples reprises Rémy, qui pourtant croit en la race humaine et en l'amitié entre les deux, délaissant pour la première fois le cocon familiale pour devenir ce qu'il est vraiment: le plus petit chef du monde. C'est d'ailleurs lorsque Linguini avoue ses faiblesses et ses fautes qu'il sera l'homme le plus pardonnable au monde, capable de s'excuser à un rat alors qu'il aurait pu le laisser tomber sur le bord de la route sans remord. Finalement, c'est au fil du récit que l'on apprend à connaître Linguini, qui a première vue n'est qu'un simple manipulateur. Mais sa naïveté le rend tellement attachant et hilarant qu'on le lui pardonne aisément, sans en faire tout un plat avec une musique stéréotypée. Bird est un auteur sincère et sobre, ne l'oublions pas.
RATATOUILLE arrive même en pas moins de 2 heures à recréer un univers que beaucoup de réalisateurs n'arrivent pas à retranscrire. Bird s'efforce à nouveau comme sur ces précédents films, non pas à tout expliquer, mais à rendre son récit encore meilleur en créant une unité dans le ton et les explications, trouvant le juste milieu entre les thèmes abordés (notamment le royaume des sens, fidèle transcription des réactions de passionnés) et les personnages utilisés pour faire évoluer nos deux héros. En plaçant son récit uniquement dans une cuisine et faisant très peu de scènes d'extérieures, le cinéaste se rend bien compte qu'il va devoir capter toute l'attention du monde sur les personnages entourant Linguini/Rémy, et pour se faire, ne tarde pas à dépeindre des cuisiniers tous plus barrés les uns que les autres, et finalement irrésistibles. Entre Colette, femme qui est prête à tout pour conserver sa crédibilité au sein de sa cuisine (elle en a bavé et ne tarde pas à le faire savoir au bout de ses couteaux), l'ex taulard Horst (capable de tuer avec son pouce), le maître en arts martiaux Mustafa, le ronchon Larousse, on a surtout droit à un défilé de vannes hilarantes sur le comportement teigneux et pathétique du chef cuistot Emile, à mi chemin entre le paranoïaque complexé et le chef frustré. Mais ce n'est rien face à la plus grande surprise du film: une réflexion sincère et vraiment émouvante sur le statut des critiques, bien loin des fameux "frustrés" cinématographiques. A travers le personnage d'Anton Ego tout droit sorti des NOCES FUNEBRES (et doublé par Peter O'Toole, bonjour la classe) et de sa verve totalement destructrice qui a coûté plusieurs étoiles au restaurant de Gusteau, Brad Bird nous livre une vraie thèse sur les critiques, notamment dans le monologue intérieur du personnage lorsqu'il rédige son papier extraordinaire sur la ratatouille de Rémy, après une scène à pleurer de beauté où le petit Rémy rencontre le grand critique à la fermeture du restaurant. Avouant qu'une critique méchante est beaucoup plus facile et amusante à rédiger, il sème des graines de réflexion pour le spectateur et les critiques de cinéma eux-mêmes, qui sortent de la salle avec une nouvelle perspective. Le plus significatif sera cette phrase de Ego dissimulée dans son texte: les critiques ne sont-ils pas trop blaser de leur statut privilégier ?
Pas la peine de faire plus long: il faut impérativement aller voir RATATOUILLE. Pour Brad Bird, pour la mise en scène audacieuse et rocambolesque, pour ses personnages hilarantes, pour l'émotion qui se dégage de l'animation, et pour le premier rat véritablement attachant dans l'histoire du cinéma. Une pensée nous vient alors en quittant la salle, celle d'avoir vu un futur classique du cinéma d'animation, d'un vrai chef d'oeuvre Pixar, et la concrétisation du génie absolu de Brad Bird, l'homme qui n'a plus rien à prouver à ses fans. Il pourrait faire le pire sujet du monde avec une animation catastrophique, il arriverait à soutirer des sourires et des pleurs de son public. Et c'est le plus magnifique dans ce film.

"Behind the Mask: The Rise of Leslie Vernon" de Scott Glosserman
23h, nuit noire pluvieuse, ambiance glauque et glaciale. Une jeune femme sort les poubelles d'un restaurant où elle officie en tant que serveuse, toute seule, au beau milieu d'un parking désert. Les vêtements et l'ambiance sont propices à une bonne vieille poursuite de serial-killer: jupe rouge, jambes à l'air, joli petit minois, vêtements moulants. Une ombre masquée apparaît au loin tandis que la pauvre jeune fille se retrouve effrayée par un claquement de porte inattendu. Elle s'enfuit...puis rien. Pas de meurtres, pas de sang, juste une fille qui s'en va au loin, totalement apeurée. Voilà comment débute BEHIND THE MASK, film totalement déconcertant dès ses premières minutes. Si on a l'impression de vivre un slasher totalement classique et stéréotypée (musique pompeuse au rabais en plus), c'est justement pour mieux nous étonner sur le sujet réel du film. Car si en apparence, ce génial faux film d'horreur conserve toutes les empreintes des Michael Myers et autres Jason Voorhees, c'est justement parce que c'est l'influence principale du vrai tueur, qui se livre face caméra à une équipe de journalistes trop curieux. Un sacré concept, déjà entre-aperçu dans C'EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS et parodié dans SCARY MOVIE (entre autres), qui va au bout des choses et nous propre non seulement une réflexion sur ce qui marche dans les slashers, mais aussi en quoi les tueurs peuvent se rapprocher de leurs victimes avec un faux-documentaire tout aussi réjouissant que le film entier lui-même. On appelle ça un tour de force, sans aucun budget apparent, mais avec une passion qui transforme le film en petit bijou.
Une équipe de jeunes journalistes un peu trop intrépides enquêtent sur les méthodes de meurtres des plus grands tueurs de tout les temps. Approché par l'un des leurs, ils décident de centrer tout leur reportage sur la figure de Leslie Vernon (extraordinaire Nathan Baesel) et son travail de sang. Vivant dans une vieille bâtisse, Leslie est pris pour mort pour toute la population locale depuis qu'on l'a jeté dans des cours d'eaux dans son enfance. Pour faire son come-back sanglant, il se confie aux caméras pour dévoiler son plan machiavélique destiner à découvrir l'élue, celle qui pourra échapper à sa faucille destructrice.
Vous l'aurez compris: BEHIND THE MASK joue justement sur ce décalage savoureux entre documentaire très sérieux (beaucoup moins amateur que BLAIR WITCH) et vrai slasher, alternant sans cesse les deux formats pour mieux déranger et mieux amuser le spectateur friand de ce genre de spectacle. L'impression de voir les coulisses d'une nuit sanglante est bel et bien le sujet choisi par les auteurs pour nous livrer leurs réflexions morbides autour des tueurs, sur un ton presque didactique et toujours audacieux. Se basant sur le témoignage d'un homme qui agit sans problème sous les caméras, on passe en revue tout son plan d'action et sa méthode pour choisir ses victimes, les intéresser, les effrayer avant de les tuer dans un bain de sang jouissif, pas forcément gore mais carrément détonnant. En partant du fait que Jason, Freddy, Chucky, Michael et Leatherface ont réellement exister, BEHIND THE MASK affiche sa différence par son sujet très pris au sérieux par les journalistes envoyés au coeur de l'action et qui vont participer activement aux élaborations des différents plans pour effrayer la victime principale de Leslie, et son ton traité comme de la déconnade par le personnage du tueur justement, qui s'amuse comme un fou pour nous dévoiler les coulisses de son oeuvre. Inventant sa propre mythologie, créant de faux tueurs pour mettre en doute sa victime (il invente le viol de sa mère et l'autoportrait de son agresseur en CGI), s'entraînant pour virevolter comme personne dans des séquences plus musclés que d'autres, Leslie est avant tout un homme passionné par le meurtre qui nous montre avec plaisir toutes les roublardises du métier. Entre les armes utilisés, sa méthode de tuer, son espoir de voir un jour une vierge le tuer (il serait alors l'homme le plus heureux du monde), le tueur devient non seulement sympathique, mais le spectateur est mis dans la position de complice de sa grande fête gothique, puisqu'on voit cette histoire à travers les caméras de l'équipe qui ne s'arrêtent jamais de filmer. Avec un petit côté sadique et pervers façon FENETRE SUR COUR, on se passionne à voir comment la séquence d'ouverture a été orchestrée par Leslie, comme ci non seulement on voulait voir de vraies victimes, mais qu'en plus on imagine les autres tueurs utilisés ces méthodes. Ce parfait petit guide du tueur en série est applicable à tous, et c'est ce qui le rend encore plus essentiel dans sa construction: on peut mettre n'importe quelle figure de l'horreur à la place de Leslie, et l'imaginer en train de nous expliquer ses trucs et ses astuces.
Au fur et à mesure de ces explications, c'est aussi l'occasion de rencontrer un paquet de personnages totalement barges ou justement totalement stéréotypés, qui renforce le côté "tuer pour les nuls" expliciter par le personnage qui se rend bien compte qu'il est en train de révéler toutes les méthodes de tout les tueurs en série du monde (il établit même plusieurs règles à respecter impérativement). Il est d'abord épaulé par n couple sacrément hilarant et tout aussi dérangeant que lui, mais l'ambiance est telle entre eux qu'on ne peut pas leur en vouloir de supporter Leslie et son entreprise de vengeance. Entre une magnifique femme cordon bleu qui est fier de son meilleur ami, et son mari qui s'entraîne à avoir le teint mort en s'enfermant sous terre pendant 3 jours (la découverte du cercueil métallique est hilarante), on se demande réellement s'ils sont réels ou s'ils sortent d'un imaginaire où le meurtre est totalement toléré et même encouragé, puisque c'est la seule chose à laquelle Leslie aspire. Ils s'extasient même tous ensemble lorsque apparaît la figure indémodable du traqueur de psychopathe, celui qui connaît toute l'histoire du personnage et toutes ses motivations, ici incarné par l'impérial Robert Englund (FREDDY himself !). En digne descendant du Docteur Loomis de HALLOWEEN, il incarne lui aussi le stéréotype même du type incarnant le bien et pensant qu'il peut sauver l'humanité en tuant le mal incarné, à savoir Leslie. Et cela réjouit le trio infernal au plus haut point, car ils attendaient ça depuis pas mal de temps ! C'est aussi un moyen de dériver sur les réelles victimes, le documentaire présentant de manière très frontale les faons de choisir les bandes et de les attirer dans une maison inhabitée: la supposée vierge de service qui est selon Leslie la seule à mériter de survivre (ce qui sera toujours le cas, mais qui dérivera sur un autre personnage lors d'un coup de théâtre superbe), les défoncés au crack qui sont juste là pour apporter un peu de délire dans l'entreprise, ou le docteur himself qui sera sacrifié au bout de sa première intervention.
Seulement voilà: malgré les simplicités du récit et la façon très rapide qu'à le film pour enchaîner les différentes étapes du massacre parfait, BEHIND THE MASK alterne sans cesse son récit entre le documentaire filmé qui a une place essentielle dans la première partie du film (soit la première heure), et véritable slasher qui détourne les règles du genre pour apporter un peu plus de saveur à son final dignement inspiré de tout les films d'horreur existants. Le fait est que chaque attaque de Leslie est filmée de façon a ce que l'on ressente la scène comme un vrai spectateur de film d'horreur (comme l'attaque de la bibliothèque) pour mieux dévoiler les coulisses et les réactions de Leslie juste après ses actions, lorsque ce dernier décide de virer l'équipe pour son final, les 3 joyeux journalistes décident de sauver toute la bande de jeunes sans se rendre compte que non seulement Leslie avait déjà tout prévu avant qu'ils n'interviennent, mais qu'en plus ils sont pris à un piège sadique où ils doivent faire confiance en leur instinct de tueur et non plus aux plans classiques des films d'horreur. Sachant parfaitement comment Leslie risque d'agir puisqu'il a déterminé avec eux l'ordre des meurtres et les différents lieux où ils auront lieu, ils ont l'occasion de dérouter le spectateur en échappant aux stéréotypes mais en se faisant tuer quand même, preuve que le tueur est un véritable génie du meurtre. Jusqu'au final renversant où la fameuse vierge prend le dessus (ce qui a toujours été prévu dans son plan), on assiste alors à un final très classique où les réactions des journalistes et des jeunes changent considérablement, puisqu'ils pensent savoir où et quand ils vont être tués. Plus dynamique que la moyenne, un peu plus réaliste et surtout plus cruel (Leslie tue froidement le cameraman qui l'a accompagné pendant toute sa préparation), BEHIND THE MASK devient alors ce qu'il a toujours aspiré à être: un bon gros slasher plus original que les autres. Et c'est totalement réussi.
Tourné avec les moyens du bord sans véritable moyen, le réalisateur Scott Glosserman comble son budget par un sens total de la répartie et de l'utilisation extraordinaire du documentaire. Il arrive à crée une ambiance originale, parfois glaçante, tout en laissant une place prépondérante à l'humour noir de Leslie, personnage sacrément bien barré, digne d'un bon vieux Dexter Morgan. Pour moi, BEHIND THE MASK est non seulement un superbe film d'horreur, un condensé de jolis références (on a même droit au sublime PSYCHO KILLER des Talking Heads en générique de fin), mais aussi une enquête déjà culte sur les coulisses de nos psychopathes préférés. On appelle ça un classique instantané !
Note: 10/10

Séquence flash-back pour les retardataires: en 1996, un jeune duo de comiques revendiquant totalement la débilité de leurs sketchs et de leurs idées théâtrales se lancent dans un premier show, qui sera un succès phénoménal étonnant. A l'époque, les noms d'Eric Judor et de Ramzy Bedia ne disait rien à personne, et pourtant, ils ont su s'imposer grâce à une première tournée hilarante au Palais des Glaces. Une première face à un public qui clame haut et fort le génie du duo, qui ne tarde pas à élargir son impact. D'abord avec H à partir de 1998, sitcom français détonnant où ils incarnent deux médecins au sein d'un hôpital haut en couleur, où ils croiseront la route du grand Jean-Luc Bideau et surtout de Jamel Debbouze déjà lourdingue. Mais c'est bel et bien à partir de 1999 que leur premier succès va être le plus représentatif des courants de pensées autour du duo. Avec LA TOUR MONTPARNASSE INFERNALE, ils commencent déjà à diviser: les critiques massacrent le film, alors que le public répond présent et porte le film à plusieurs millions d'entrées. Déjà à l'époque, le travail cinématographique d'Eric & Ramzy est grandement contesté. Lorsqu'ils se lancent alors à fond dans le cinéma, c'est la débandade: DOUBLE ZERO cartonne mais le public est mitigé (comédie pas trop mal pour les uns, merde pour les autres), jusqu'à ce qu'arrive le cas des DALTON. Les critiques ayant tendance à attribuer au duo toutes les fantaisies des films depuis leurs débuts, les deux comiques sont rendus responsables des échecs artistiques de ces deux films, qui semblent enterrer tout espoir...Jusqu'à ce que surgisse Quentin Dupieux, alias Mr. Oizo dans le monde très fermé de la musique électro. Une rencontre est organisée avec le touche-à-tout qui vient de finir un film qui ne verra jamais le jour dans les salles (NON-FILM) et le duo, par le maestro Michel Gondry qui voit en cette collaboration l'occasion de faire le mieux avec le talent évident d'Eric & Ramzy. Et effectivement, Quentin Dupieux se décide à écrire STEAK, sans pour autant le dédier au duo de comique. Le scénariste/réalisateur/compositeur y met ce qui le fait marrer, et c'est ce qui fait marrer aussi notre duo: quoi de mieux pour faire un film ? Malgré tout ce que vous avez pu entendre sur cette expérience totalement virtuose, je vais me placer en totale contradiction avec les acteurs eux-mêmes: le film est bel et bien une comédie, où j'ai vraiment eu de gros fous rires, où j'ai éclaté de bonheur à plusieurs moment, tout en gardant un savoureux mélange totalement barré qui le rend différent des autres. Et contrairement à ce que les gens disent, qu'ils aiment ou non: c'est bel et bien un pur show d'Eric & Ramzy parfaitement bien orchestré par les qualités insoupçonnables à la mise en scène de Quentin Dupieux. Que demander de plus ?
Arrêté au milieu d'une route pour un meurtre qu'il n'a pas commis, le pauvre Blaise est enfermée dans un hôpital psychiatrique pendant de longues années. En 2016, lorsqu'il est enfin libéré, il constate alors que le monde a changé: la mode est aux liftings, aux beuvrages laitiers et aux Chivers, une bande de jeunes régnants en maîtres sur le campus où ils officient. Liftés jusqu'à l'extrême, refusant la cigarette et roulant dans des camions grotesques, ils sont l'incarnation même de cette nouvelle société décadente. Dans ce monde décalé et différent, Blaise n'a alors qu'une solution: se rattacher à son ancien ami Georges, qui veut lui-aussi devenir un pur Chivers.
Le concept même du film et de l'humour de STEAK repose sur la première séquence, qui peut décider à elle-seule si vous allez accrocher à cet univers hilarant et décadent, ou vous serez "out" comme toute la population de la région selon les règles de bien-être façon Chivers. Apparemment, aucun rapport avec le reste du film, comme pas mal de détails au cours de ces 1h30 qui passent à une vitesse ahurissante: un militaire dans son camion, sous une musique tonitruante et volontairement décalée, a un accident de camion implicite suggérée par la perte de sa perruque. On rit sans trop savoir pourquoi avant de comprendre que ce sera l'élément faussement déclencheur de toute la première partie du film, dopée à l'humour noir et cruel. On suit en effet d'abord le quotidien totalement désenchanté du pauvre Georges, traité comme un sous-homme par ses camarades de classe. On le bouscule, on lui fait tomber ses livres, on l'énerve. Forcément, ce petit ELEPHANT situé dans une banlieue pavillonnaire au milieu de nulle part (Paris ? New Jersey ? Londres ?) vire au cauchemar lorsque Georges tue trois de ses bourreaux au milieu de la rue. Par la suite et paru ne malencontreuse suite de situations, c'est Blaise qui se retrouve avec l'arme en main lorsque arrive la police. Forcément, le situation d'énonciation est clairement dévoilé: Georges est celui qui profite, qui ment et qui n'assume pas ses actes, tandis que Blaise se retrouve accusé de tout et n'importe quoi, et passe plus de 7 ans en internement à côtoyer de vrais fous. Une situation qui d'ailleurs changera dans la fin du film, savoureusement cruelle, puisque le meurtre du début est répété par le meurtre d'un Chivers par Blaise lui-même, tandis que Georges se retrouvera en prison pour ce meurtre qu'il n'a pas commis.
Après cet épilogue pas forcément hilarant mais qui a au moins le mérite de placer le film dans un contexte (l'amitié bafouée entre deux êtres), STEAK se concentre sur la libération de Blaise dans la nature et la découverte de ce nouveau monde aux coutumes bien différentes de celles de l'époque. Devenu totalement paranoïaque, il est à nouveau une victime de tout ce qui l'entoure: il prend peur lorsque Georges (totalement bandé) l'interpelle dans son camion, il commence à pédaler sur son vieux vélo lorsqu'une voiture de police apparaît sur le lieu de son ancienne arrestation, et il est surtout rattaché à un homme qui ne veut plus de lui. Cette amitié totalement bafouée, qui rompt totalement les liens que l'on aurait pu dessiner entre Eric & Ramzy, englobe ainsi tout le métrage, et la question réellement de mise au bout d'une petite demi-heure saute alors aux yeux des spectateurs: lequel de Blaise ou de Georges deviendra un vrai Chivers ? Si c'est Georges qui en a la volonté car il veut enfin se faire accepter des autres et a passé le cap du lifting total de visage (il ressemble d'ailleurs plus à un têtard qu'à un homme), Blaise va vouloir le faire juste pour prouver à son "ami" qu'il peut lui aussi devenir "in". Chose plutôt dure, puisque Blaise accumule les anachronismes par rapport à cette époque: il porte de vieux vêtements, roule sur un BMX usagé et rouillé, utilise des phrases qui ne se disent plus (mais reste persuadé que "Bottine" a remplacé le bonjour actuel), et se révèle être surtout un personnage délaissé et balayé de toute part. D'où une constatation tragique au début du métrage: Blaise subit plus qu'il n'apporte aux autres. C'est à travers deux séquences particulièrement tristes et "choquantes" pour le contexte d'une comédie déjantée que cette facette du personnage nous sera révélé. La première est la découverte teintée d'humour d'une lettre de sa mère, qui explicite très clairement les intentions de sa famille: refaire sa vie loin de lui, loin des problèmes qu'il leur a apporté, et ne plus jamais le revoir pour vivre tranquille. Toujours avec sa niaiserie touchante et sa naïveté habituelle, le personnage se retrouve non seulement renié par son ami Georges, mais aussi par ses parents. Seulement, pas une larme ne lui viendra: le personnage a perdu toute part d'humanité et de tristesse lors de son séjour douloureux dans cet asile bizarroïde, comme le montre sa cassette de "souvenirs" donné par le directeur. On le voit maltraité, presque délaissé et déshumanisé au rang de monstre, de tueur, alors qu'il n'a finalement rien fait. Cette deuxième scène tragique renforce surtout le côté totalement incorrect de ce monde particulier, puisque c'est Georges lui-même qui regarde la cassette sans que rien ne le touche.
Au fur et à mesure de sa prise de conscience et de son envie d'intégration qui le poussera dans les pires retranchements de la maltraitance humaine (à savoir se faire exploser la peau à l'aide d'une agrafeuse, adulée par tout les Chivers à la fin du film), STEAK sème une série de personnages hauts en couleur et sacrément barrés qui ramènent à l'idée que le film n'est pas uniquement basé sur une simple amitié bafouée. Sans aucune satire ni critique de notre société (quoi que, ce monde qui se sent obligé de se refaire faire quelque chose ressemble beaucoup à notre mode de pensée actuelle, tout pays confondu), c'est l'occasion d'exploser tout les clichés qu'on aurait pu trouver pour mieux présenter de véritables tarés de bout en bout. A commencer par les Chivers eux-mêmes. Leur description est simple: bouteille de lait dans une main, femme liftée de l'autre, ils vivent une vie de débauche faite d'agressions ratés (ils se font ridiculisés par un gros barbu), de piqûres de botox (la meilleure idée du film) et de haine envers les fumeurs. Un quotidien peu enviable sauf pour Georges et donc pour Blaise, qui deviendra Chuck parce que son nom est littéralement à chier selon le chef de la bande. Autre passe temps de cette bande: un jeu absolument épouvantable à suivre, digne du jeu de dés dans PIRATES DES CARAIBES 2. On assiste ainsi à des règles totalement invraisemblables dans une séquence hilarante où un batteur lance un objet, attend la réponse d'un autre pour mieux le frapper dans le ventre si elle est correcte. On avait pas toucher le fond du second degré aussi bas, et le réalisateur l'assume totalement, rendant même quelques ralentis pour mieux sensibiliser le spectateur à ce sport de 2016. Sur sa route, Blaise ne rencontrera pas que les Chivers, loin de là: un professeur de gymnastique qui compte quelque chose dans le vide, des médecins traitants aux accents belges, un serveur en admiration devant le côté tueur psychopate de Blaise, un handicapé en fauteuil roulant absolument énorme (interprété par Sebastien Tellier, également compositeur de la BOF), un professeur de piano dont la plus grande consigne sera un "non", une mère de famille excitée par les kidnappeurs de sa fille, un barbu qui prend peur lorsqu'on menace de se suicider, des jeunes femmes qui ne peuvent répéter qu'un "Chivers" en admiration devant la bande, et bien entendu le psychopathe Georges, qui arriver tronçonneuse à la main lors de la partie campagne à la fin du film.
Si STEAK divise principalement ses détracteurs beaucoup plus nombreux une nouvelle fois que les admirateurs, il arrive aussi que les fans et amateurs de cet OFNI ne soient pas d'accord. Par exemple, moi. Je me prend pour la première fois en exemple dans unes de mes critiques pour bien expliquer mon point de vue réel sur le film. Lorsqu'on entend par exemple que Eric & Ramzy n'ont pas vraiment amener leur humour habituel, que ce n'est pas un "pur" film du duo, je ne peux que m'offusquer de cette remarque. Non seulement Dupieux sait parfaitement diriger l'humour particulièrement loufoque des deux humoristiques, mais en plus il s'en sert pour construire son film sur les épaules de Blaise. STEAK est certes une expérience totalement orchestrée par un auteur, Quentin Dupieux, mais Eric & Ramzy ne font pas que mettre leurs visages et réciter des répliques. Ils hantent véritablement chaque scène de comédie, amenant un ton particulier lors des séquences dignes du duo et de leurs spectacles détonants: la séquence du "tais-toi" lors de la sortie d'hôpital n'aurait jamais pu être aussi hilarante sans la présence d'Eric et son air totalement abattu durant toute la scène. De la même façon, les dialogues agressifs entre les personnages ou la découverte de ce nouveau monde n'aurait jamais pu atteindre un tel niveau de crétinerie assumer sans que le duo apporte leurs quelques touches, leurs voix, leur humour en phase avec l'histoire de Dupieux. C'est tout simplement un trio qui se complète, et je ne vois pas en quoi les fans du duo ne peuvent pas trouver leur compte tant STEAK recèle de petits moments digne de leurs travaux habituels. Il s'agit juste d'une autre dimension de leur humour: il ne tombe plus à plat comme dans LES DALTON, mais rend l'ensemble encore plus savoureux. D'autant plus que l'ensemble des comédiens s'en donnent à coeur joie, surtout les pauvres Chivers où l'on peut reconnaître Jonathan Lambert (hilarant dans la meilleure émission de TV français, SAMEDI SOIR EN DIRECT, disparue après 4 shows), exécrable en petit teigneux que la cigarette et les seins naturels insupportent.
En plus de cela, Quentin Dupieux prouve qu'il a un savoir faire à toute épreuve, amenant d'autant plus de qualités à ce film d'auteur bien barré. Avec un vrai point de vue de réalisateur, il apporte une touche de mise en scène inhabituelle dans les comédies françaises. Favorisant à chaque fois les longs-plans pour mettre en valeur la composition des plans (comme lors des plans larges), il prouve surtout que les plans de coupe sont totalement inutiles dans ce genre de film, là où des Patrice Leconte ou Francis Veber les utilisent à mauvais escient. Dupieux prend le parti prix de ne jamais se déplacer, de ne pas utiliser de mauvaise coupe lorsqu'un personnage attrape un vélo ou ramasse un objet par terre. C'est à travers cette mise en scène souvent simpliste, comblant un budget pas vraiment confortable, que Dupieux crée vraiment la notion de réalisation et de mise en scène, et nous transmet sa vision de ce monde loin de tout ce à quoi il nous avait préparé. De la même façon, mon énorme coup de coeur pour le film va essentiellement à la bande-originale composé par le cinéaste (sous le nom Mr. Oizo) et l'acteur Sebastien Tellier, aidés par un autre Sebastien. Une bande originale à l'image du réalisateur: troublante (LETRABLAISE, ARRIVAL), ridicule mais assumée (CHIVERS AS A FEMALE, morceau écoutée par les membres du groupe), et surtout qui part dans tout les sens. Ainsi, les deux meilleurs morceaux restent ceux utiliser dans la bande-annonce du film: le thème militaire CONSTRUCTION, et l'extraordinaire HASHIS VERS, dont je suis littéralement sous le charme depuis ma première écoute. Malgré sa pochette trop référentiel inutilement à GREASE (chose jamais explicite ni même implicite dans le film, malgré les blousons et le côté "in/out" du groupe), il faut absolument écouter cette petite merveille !
STEAK a donc tout pour devenir un sacré film culte, étant donné qu'il l'est déjàç pour les quelques chanceux qui voient en ce nouveau Eric & Ramzy se dont ils ont toujours rêvés: un film d'auteur qui rend honneur à ses acteurs principaux tout en prenant soin de raconter une histoire non pas cohérente mais qui respecte les intentions déroutantes du réalisateur. Contrairement à ce qu'ils peuvent aussi dire, le film n'est pas agréable seulement à la seconde vision: je me suis littéralement éclaté dès la première minute de la première vision, et ça ne va pas me gâcher les autres. Serait-ce là le prétendant au titre du meilleur film français de l'année ? Au moins, il s'agira du plus original, en attendant au moins le prochain FLORENT EMILIO SIRI ! Non mais !
Note: 8/10
"Ocean's Thirteen" de Steven Soderbergh
Note: 9/10
La saga OCEAN fait partie de ces petits moments de cinéma qu'on attend avec impatience dès la première bande-annonce, même dès la première image, ou juste avec la promesse de faire un film encore plus jubilatoire que ceux qui l'ont précédé. Cette promesse a été visiblement au centre de OCEAN'S THIRTEEN, après la déception générale pour un second volet que personnellement je trouve absolument hilarant, aussi amusant que le premier volet, avec un peu moins de recherche scénaristique c'est vrai, mais un second degré tellement énorme et assumé pour ce genre d'entreprise qu'il en devient instantanément culte. Les reproches ont pourtant fusé, Soderbergh étant devenu un réalisateur "commercial" aux yeux de ces fans, les acteurs étant considérant comme des "prétentieux" car ils ne faisaient que s'éclater pendant 2h devant la caméra, et surtout parce que OCEAN'S ELEVEN s'était révéler l'une des plus belles surprises de l'année 2002. Un film dont on ne se lasse jamais, avec une formidable intrigue, un côté déconne déjà bien assumé, et un casting qui faisait oublier le charme désuète du film original. OCEAN'S TWELVE ayant bien divisé le public et la critique, la joyeuse équipe a décidé de redonner du peps au troisième et dernier volet avant quelques années de la saga, qui conclue avec brio ce que Soderbergh et ses acteurs ont commencé. Après Ted Griffin (LA RUMEUR COURT) et George Nolfi (THE SENTINEL), c'est cette fois au tour du duo de scénaristes David Levien & Brian Koppelman, auteurs entre autres de l'excellent LES HOMMES DE MAIN et TOLERANCE ZERO (ainsi que du futur INCORRUPTIBLES), d'injecter leur style à cette nouvelle histoire encore plus délirante et poussive que les deux premiers volets. Et c'est une immense qualité: OCEAN'S THIRTEEN est un spectacle éblouissant, hilarant et intelligent sur les coulisses d'une arnaque toujours aussi croustillante.
L'équipe de Danny Ocean ne pensait pas se revoir un jour pour un dernier casse, mais la raison de cette nouvelle réunion du groupe est exceptionnel: Reuben, malgré les avertissements de ses proches, avait décidé de s'associer au gérant de casino Willie Bank pour l'ouverture de son nouvel établissement à Las Vegas, mais a été trahi et se retrouve à l'hôpital. La vengeance dans la tête, les 10 membres restants décident alors de tout faire pour gâcher la soirée d'inauguration du casino en faisant perdre un maximum dans 3 minutes à Bank et son équipe.
Jamais Soderbergh n'aura fait une entrée en matière aussi complexe que impressionante, aussi déstabilisante que jouissive. Passé un plan-séquence étonnant et magnifique de simplicité (l'allez-retour de Rusty en plan casse dans un grand magasin) et une arrivée en avion qui place quelques private-joke sur l'absence des personnages de Julia Roberts et Catherine Zeta-Jones dans le film ("Ce n'est pas leur combat !"), le film nous plonge dans un descriptif volontairement incompréhensible et bordélique du plan échafaudé par l'équipe pour faire perdre un maximum d'argent à Willie Bank, quitte à ne pas en gagner énormément de leur côté. Animés par la vengeance, la perspective du casse est à nouveau remise au goût du jour pour le plus grand plaisir du spectateur: ce n'est plus l'occasion de se remettre en main, ni de tenir un pari avec un français prétentieux pour rendre des comptes à un ancien ennemi, c'est cette fois ci l'idée de tout faire pour que l'autre perde de l'argent, juste pour le voir souffrir le long d'une soirée éprouvante pour le pauvre Bank. Une fois cette longue séquence très dialogué où un revenant du second opus hante à nouveau la pellicule (le concepteur Roman Nagel), on entre réellement dans le vive du sujet, le script éclatant toutes les pistes narratives pour avoir un récit encore plus dense et encore plus passionnant que les précédents. Moins de romantisme, moins de gueules d'anges en gros plan, juste le plaisir de revoir une équipe au grand complet. Et c'est ce qui fait très vite plaisir à voir: le fait que tout les personnages sont sur un même piédestal, une même longueur d'ondes, chacun ayant droit à quelques scènes plus drôles ou plus touchantes que d'autres. C'est ce qui rend OCEAN'S THIRTEEN encore meilleur que les précédents: cette capacité à rendre des secondes rôles catalogués et stéréotypés (les vieux, les frères chamailleurs, les étrangers) plus consistants avec le même temps d'apparition que les autres. L'arnaque paraît alors encore plus croustillante, car tout le monde y met son grain de sable.
Le récit s'axe au départ sur la possibilité de truquer les jeux de table et les machines à sou au long de la soirée d'inauguration, pour ainsi faire partir les gros joueurs qui pour une fois s'en vont très tôt, d'où la nécessité de plonger les inconnus à Willie Bank au sein de son équipe: Frank invente son propre jeu de domino et doit convaincre Bank d'être au milieu de la salle dans la soirée, Yen doit se faire passer pour un flambeur avec l'aide d'un Linus métamorphosé avec son nez gigantesque et ses faux airs asiatiques, Saul obtient enfin un grand rôle puisqu'il doit faire semblant d'être un jugé du casino pour décerner le collier de diamants très convoité, et Livingston doit à la fois truqué le jeu de cartes (mais finira très vite repéré) et aussi les dés. Au fur et à mesure u le récit avance, les rôles s'enchaînent et d'autres personnages interviennent, augmentant ainsi le nombre de THIRTEEN qui désigne tout simplement les seconds rôles ayant participé à cette aventure: le vrai juge du casino totalement malmené de bout en bout du film, l'assistante Abigail Sponder qui doit être trompée pour pouvoir détourner la sécurité, et évidemment le retour tant attendu de Terry Benedict, qui ici s'associe au groupe pour exiger le vol des diamants en échange de sa participation massive au projet. Parallèlement, Reuben semble aller de mieux en mieux grâce aux lettres hilarantes de Basher que Linus s'oblige à lui lire durant son sommeil, la réceptionniste de l'hôtel est séduite par Rusty dès leur premier échange, et Yen doit finalement sauter d'ascenseurs en ascenseurs dans une séquence d'une tension extrême (pas loin de PIEGE DE CRISTAL) pour placer des charges sous la vitrine de diamants dans le bureau richissime de Bank. Tout ceci au cours d'une unique soirée où le spectateur va enfin comprendre le plan de départ et analyser toutes les étapes du film qui l'ont mené jusqu'ici: les pertes du casino, l'envol des flambeurs et la simulation d'un tremblement de terre qui coûte à Bank la plus belle soirée de sa vie.
Mais rien n'est meilleur dans les OCEAN'S que les petits touches d'humour et de merveille placé au milieu d'un film à gros budget comme celui-ci, rappelant à quel point l'équipe ne se prend pas au sérieux et veut livrer le spectacle le plus décontracté possible (comme le 12) tout en conservant une intrigue nette et intelligente (comme le 11). Et très vite, grâce à la mise en scène explosive de Soderbergh et des détails parsemés au cours de l'intrigue, ce THIRTEEN devient le meilleur moment passé en leur compagnie. Entre la séquence de drague entre Abigail sous le charme du parfum ridicule mis par un Linus transformé (ralenti et arrêt sur image à l'appui), la venue du père de de Linus en vrai agent du FBI agacé par le nez de son fils (voir l'hilarante scène du "the nose plays"), la séquence d'Oprah où Rusty et Danny se mettent à pleurer ensemble devant l'animatrice TV, l'apparition surprise de François Toulour qui met à nouveau la main sur la fausse marchandise, on a surtout le droit à LA meilleure idée du film: l'envoi des frères Malloy au Mexique, pour truquer la fabrication des dés en plastique dans une usine où travaille des clandestins. Cet petit arc totalement jouissif démarre par la présentation du job de Virgil qui place une réplique grotesque en espagnol ("Danger est mon prénom"), avant de commencer une révolution totale en hommage au général Zapatta (nom d'un alcool local), puis vite rejoint par son frère envoyé pour le rappartier aux USA mais qui se plie à la révolution et lance des cocktails Molotov un peu partout. Franchement, on a jamais vu un truc aussi second degré et burlesque dans un film Warner depuis bien longtemps, et c'est ce qui rend le film plus attachant encore qu'il ne l'est au départ. OCEAN'S THIRTEEN fait rire et détend: l'objectif principal est rempli à merveille.
Mais bien sûr, le nom OCEAN rime surtout avec "acteurs qui ont la classe pendant 2 heures entre potes", et c'est une nouvelle fois une grande réussite dans le genre. Les 11 de départ sont toujours aussi cool, toujours aussi sûrs (ou non) d'eux, et toujours aussi explosifs dans le domaine où ils évoluent: George Clooney (petite moustache lors d'un passage au casino), Brad Pitt (qui se prend pour un geek le temps d'une scène croustillante), Matt Damon (et son nez géant), Don Cheadle (qui trouve le temps de s'habiller en motard de l'extrême rebelle), Bernie Mac, Eddie Jemison, Casey Affleck (le meilleur de la bande), Scott Cann (classé bête sauvage dans 30...24...22 états), Elliot Gould (moins grand-guignolesque que d'habitude), Carl Reiner (impérial) et Shaobo Qin (qui se fait maintenant comprendre de tout le groupe). Les seconds rôles pouvant être assimilés au treizième ou même douzième (qui était Julia Roberts) affluent, et sont tous aussi excellents les uns que les autres: Andy Garcia est un Terry Benedict qui s'auto-parodie avec des phrases pompeuses (il passe même chez Oprah à la fin), Eddie Izzard (MA SUPER EX), Michael Mantell en docteur très cher payé (THANK YOU FOR SMOKING), Ray Xifo (THE ISLAND) en serviteur italien, le producteur Jerry Weintraub dans un petit caméo amusant, David Payner malgré lui (EN BONNE COMPAGNIE), ainsi que Bob Eistein (ARRESTED DEVELOPMENT) et son énorme voix. Au rayon ennemis, la liste contient surtout 3 noms qui sortent du lot: une Ellen Barkin électrisante (aussi sensuelle que dans SHE HATE ME), un Julian Sands cabotin (mais moins que son bad guy dans la saison 5 de 24) et l'immense Al Pacino au meilleur de sa forme, aussi bien hilarant lorsqu'il se met à rire aux dépends des héros, que exécrable lorsqu'il pense détenir le pouvoir absolu sur les autres. Après 88 MINUTES, voilà le film de la dernière chance qui prouve heureusement que l'acteur de HEAT et L'ENFER DU DIMANCHE peut-être un immense second rôle. Alors attendons les prochains pour voir s'il peut toujours faire un héros crédible.
Frais et rafraîchissant pendant cette période propice au soleil, OCEAN'S THIRTEEN nous conforte dans l'idée que cette bande là n'a pas fini de nous surprendre, même si certains avouent être lassés par l'expérience. Imaginez un peu une bande vieillissante dans 10 ans, sans les vieux d'aujourd'hui, mais toujours avec la même note d'intention: faire plaisir au spectateur, le passionner, et lui montrer que des stars hollywoodiennes peuvent se marrer entre eux, avec des private-joke et des petites piques lancées au fil de dialogues percutants. Après SPIDER-MAN 3, un troisième volet qui finit en beauté une trilogie supposée. C'est parfait comme ça, hein Mr. Sparrow (non là je fais exprès pour énerver) !
"Hostel: Part 2" d'Eli Roth
Note: 9/10
Eli Roth est un type que j'admire. C'est sûr qu'aujourd'hui, il est facile de l'avouer, étant donné que c'est devenu un des jeunes réalisateurs à la mode comme seuls Hollywood peut les faire devenir, alors qu'il n'a finalement jamais rien demandé d'autre que de faire des films d'horreur avec ses tripes pour tirer le meilleur de lui même et de son équipe. Depuis le succès exceptionnel du génial CABIN FEVER et le carton phénoménal de HOSTEL, on s'attendait à ce que Roth passe à THE BOX avec Richard Kelly (trop pris par le recut interminable de SOUTHLAND TALES) ou même l'adaptation très attendue de CELLULAR, roman de Stephen King. Mais c'est finalement vers une optique en apparence plus commerciale et agaçante que le réalisateur s'est tourné avec le studio Lionsgate, pro des franchises gores interminables (voir les SAW). Très vite cependant, Roth rassure ses véritables fans qui ne le dénigrent pas lorsqu'il fait un film mi-beauf assumé mi-traumatisant, en apportant un éclairage sur HOSTEL PART 2: il s'agit là non pas d'une simple suite reprenant une nouvelle fois les règles du premier volet (pas uniquement en tout cas), mais d'un approfondissement général de HOSTEL PART 1 qui apportera un éclairage nouveau sur les méthodes de capture de cette société dangereuse et de tout ses membres. Une note d'intention ambitieuse, tout comme le concept de reprendre le film là où le premier s'était arrêté, tel LE PARRAIN 2. A la vision du film, une vérité s'impose vite: ce second volet est mature, noir et vicieux, loin du premier volet déconnant qui tournait vers l'horreur pure et dure sans prévenir. Eli Roth grandit et devient alors ce qu'il a toujours rêvé de devenir: un Masters of Horror, pour le plus grand plaisir du spectateur.
Alors que Paxton croit avoir enfin échappé aux hommes de l'usine de la mort dont il s'était échappé, le passé le rattrape et lui tranche la tête. Visiblement mal organisé depuis la fuite du jeune homme, l'entreprise jette à nouveau son dévolu sur des américains. Cette fois-ci, ce sont les deux amies Beth et Whitney, rejointe par l'exécrable Lorna, qui se retrouvent pris au piège en Slovaquie lorsqu'elles décident de suivre la sublime Axelle.
Le plus drôle dans les remarques faites autour du film concernent l'intervention du personnage de Paxton, seul rescapé du précédent film, qui partait dans un train après avoir achevé l'homme d'affaires coupable de la mort de Josh. Certains pensaient qu'il allait rencontrer les jeunes héroïnes de ce second volet, d'autres qu'il allait intervenir à la fin comme gentil héros, mais très vite, la réalité prend le dessus: Roth en fait un personnage à la limite de l'antipathique, plaçant des stéréotypes pour mieux les détourner dès sa première apparition (une scène d'interrogatoire rêvée où il se remémore son massacre dans un hilarant retour en arrière brutal parmi d'autres plus classiques), et surtout le transformant en simple point de départ de son histoire. Très vite décapité au petit déjeuner sous les yeux de sa petite amie (on imagine son sort vu le jardinier à la tronçonneuse dehors), le réalisateur rentre alors dans le vif du sujet en dévoilant ses intentions: dresser 3 histoires parallèles pour mieux compléter le premier volet d'une part, et pour donner plus de maturité et d'intérêt à son script calqué sur le voyage initiatique en Slovaquie, à quelques détails prêt. En effet, on retrouve une nouvelle fois le même schéma d'amitié et de rencontres autour des personnages: il s'agit au départ d'un couple, ici deux amies beaucoup plus attachantes que les fêtards du premier volet, qui sont rejointes en cours de route avec une étudiante agaçante et totalement niaise, vivant dans les nuages et dans son petit monde, et qui sera malheureusement la première capturé. Elle rencontre alors un complice de l'agence, ici la magnifique Axelle, qui décide de les amener en Slovaquie pour leur faire connaître les SPA et les bienfaits de la nature. Après un voyage en train mouvementé (entre autres: vol de mp3 qui sert à Axelle de les approcher, vente de drogue qui tourne à l'agression perverse, et insultes en tout genre), les filles se mêlent à la communauté et le cauchemar peu enfin commencé: une à une, elles vont disparaître sans pour autant s'en aller le plus loin possible de l'usine désaffectée, et vont se retrouver au centre de tortures encore plus sadiques et plus gratuites que auparavant, donnant une morale toujours aussi ambiguë sur la violence et la défense.
Cette intrigue, profondément sincère et très déstabilisante lorsque arrive la violence quand on l'attend le moins (on commence à s'attacher à la pauvre Lorna qui se fait capturer quelques minutes après), est surtout vu au fur et à mesure du film comme le point de vue des victimes, puisque Eli Roth a choisi dans cette suite de se mettre non seulement du point de vue de l'organisation secrète en dévoilant ses secrets, mais aussi de deux bourreaux inexorablement liés à Beth et Lorna. En effet, très tôt dans le film, le père de famille Stuart et son ami plutôt riche Todd apparaissent dans une sous-intrigue croustillante qui va vite se mêler au chaos général de ce monde perverti par la violence et le sexe. De leurs points de vue, ils vont faire la meilleure expérience qui soit, comme celle de la première nuit avec une fille: quelque chose dont ils se souviendront toutes leur vie, quelque chose que les gens vont sentir immédiatement lorsqu'ils les verront, quelque chose qu'ils ne vont tout simplement jamais oublier. Mais ce n'est pas aussi innocent qu'une partie de jambe en l'air: ils ont décidé de se "payer" 2 jeunes américaines et partent en Slovaquie. Cet arc scénaristique absolument incroyable et extraordinairement bien exécuté, permet alors une meilleure compréhension de ceux qui veulent faire l'expérience, comme l'homme d'affaires précédemment, qui avouait faire cela pour exercer enfin le métier de chirurgien, chose qu'il n'avait jamais faite à cause de ses tremblements. Ici, les deux hommes ont deux consciences bien distinctes, et des raisons tout aussi contrastées pour tenter l'expérience. D'un point de vue externe, on pense que c'est Stuart qui est traîné par son ami Todd pour l faire: il refuse dans un premier temps le tatouage, rencontre sa future victime et se lie d'amitié rapidement avec elle, et refuse dans n premier temps de la tuer. Tout est fait pour que l'on pense que Stuart va aider Beth à s'en sortir, jusqu'à ce qu'on comprenne qu'en faites, c'est un moyen de l'amadouer et de la trahir, conservant ainsi l'image qu'il a de sa femme. Stuart est le pire de tous: un Américain moyen marié, avec des enfants, plutôt heureux, qui pourtant haï sa vie et sa femme qui l'a sûrement trompée ou trahie (lui aussi d'ailleurs), et veut ainsi prendre Beth pour la figure féminine de sa vie et lui faire subir les pires vices possibles. C'est le plus sadique des bourreaux, puisqu'en plus de faire subir à une innocente ses problèmes familiaux, il va jusqu'à lui faire croire qu'il l'aide lors de la première partie de sa séquence, avant de la frapper à nouveau et l'enchaîner de plus belle. De la même façon, le vrai visage de Todd est dévoilé lorsqu'il taillade le visage de Lorna, se rendant compte de l'horreur qu'il est en train de commettre. Non seulement il a pousser son ami à le faire et paraissait le plus motivé pour torturer quelqu'un totalement froidement, mais il se révèle non seulement "lâche" dans un sens, et profondément troublé. La preuve: il quittera la salle immédiatement, toute l'usine se trouvant à ses trousses. Il finira comme il se doit: tuer dans l'ascenseur qui le remontait à la vie paisible qu'il menait.
Enfin, dernier enjeu de taille pour Eli Roth: rendre compte à nouveau de son univers si particulier (les couloirs de l'usine du premier volet avaient immédiatement instaurer une ambiance glauque et un étalage de violence) pour dévoiler les rouages importants de l'usine et de l'organisation, afin d'expliquer comment de telles horreurs peuvent arriver sans que personne ne s'en rende réellement compte. L'ambiance est immédiatement dérangeante et passionnante lorsqu'elle concerne l'organisation de cette usine de la mort. Nous découvrons donc au fur et à mesure du film quelques figures importantes: Sasha, grand manitou qui collectionne les têtes des victimes les plus téméraires dans son sublime appartement, traînant toujours avec ses deux chiens (symbole des tatouages); Axelle, modèle féminin servant de caution aux victimes qui ne pensent pas une seule seconde arriver dans un tel endroit; la gérante de l'usine qui accompagne les plus offrants dans les hôtels prestigieux de la région et s'assure du bon fonctionnement des tortures; le fameux réceptionniste de l'hôtel qui utilise les passeports pour mettre aux enchères les victimes sur le net; et d'autres gardes surveillant avec plus ou moins d'attention les vidéo-surveillance (quand ils ne s'éclatent pas à torturer les filles qui s'échappent à l'aide de grilles mécaniques). Mais ce n'est rien lorsqu'on découvre comment les gens s'informent des prix, avec la séquence politiquement incorrecte de la mise aux enchères de Beth, qui voit les pires bourreaux (chefs d'entreprises, pères de famille, professeurs) combattre pour obtenir la pauvre fille à un prix imbattable, chose de Todd arrive aisément à faire en plein milieu d'une partie de golf. De la même façon, on découvre une toute nouvelle usine qui suit une organisation bien précise des salles et des tortures: les victimes sont enfermées dans une salle, amenées au maquillage, placées dans les salles fermées par un code correspondant à leur date de naissance, puis les bourreaux se préparent en choisissant tout leur équipement au préalable, font leurs petits tours sanglants avant que les corps déchiquetées ne soit amener au sous-sol pour être brûlés par le boucher de l'usine. Eli Roth a plus d'ambition, et choisit délibérément de ne pas montrer l'usine comme on l'a connue: elle est ici totalement mécanique, très bien organisée, possédant des caméras un peu partout, loin du lieu très austère dans le premier film. Les fuites paraissent impossibles (et elles le sont, comme pourra le témoigner les restes de Todd), comme ci l'escapade de Paxton avait obligé Sasha et son équipe à tout repenser pour ne pas avoir à faire à ce genre de petits imprévus à l'avenir. En tout cas, l'entreprise ne semble pas prête à fermer ses portes: même Beth se plie aux règles et paye pour partir, après avoir tué et s'être fait tatouer la tête de chien dans le dos.
Si HOSTEL poussait assez loin le malaise dans les scènes de tortures grâce à un gore parfois suggéré ou peu montré pour laisser place à l'imagination sadique du spectateur, il récidive ici en transformant HOSTEL PART 2 comme un film d'horreur presque jamais gratuit, mais suffisamment saignant et cruel pour attirer l'oeil du plus curieux. Entre les multiples passages à tabac du film, on a le droit à plusieurs sentences plus ou moins cruelles, mais toutes parfaitement bien exécutées par l'équipe de KNB (les génies du gore !) qui révolutionne une nouvelle fois les effets crades mais crédibles: un Paxton dont la tête part en rondelles dès les premières minutes du film (après un rêve où il se fait éviscérer par l'organisation à l'hôpital), une Lorna tête à l'envers au dessus d'une piscine où une vieille femme lui découpe le dos et la gorge pour recevoir des litres de sang sur le corps (les bruitages sont particulièrement réussis), un jeune homme dont les jambes ont été ouvertes par un cannibale de renom qui coupe des morceaux de chair comme du bacon, Todd qui explose le visage de la pauvre Lorna avant de se faire déchiqueter par les chiens des gardes, et surtout (le pire de tous), Stuart qui se fait couper son engin sexuel par une Beth diabolique à coup de cisaille, avant de donner son sexe à manger aux chiens. Sans oublier bien entendu le fameux Bubble Boy Gang, qui après avoir massacré des gardes à coup de pierres dans le crâne dans l'épisode précédent, osent ici passé à tabac l'héroïne en pleine fuite (que c'est cruel !), choisissent un enfant comme sacrifice pour obtenir la vie sauve face à Sasha (séquence particulièrement amorale et osée), et finissent par jouer au foot avec la tête tranchée en gros plan d'Axelle, sur une musique diaboliquement ironique. C'est clair, de ce point de vue: on en a largement pour son argent.
En plus d'être un formidable réalisateur, un conseiller exemplaire (la photographie chaude est parfaite lors des plans larges plus posés et plus réussis, notamment lors des scènes au SPA) et un jeune maître du gore, Eli Roth est aussi un directeur de casting extraordinaire, trouvant toujours le bon acteur pour jouer la bonne émotion au bon moment. Le choix des trois héroïnes est d'ailleurs révélateur: Lauren German (l'auto-stoppeuse suicidaire impressionnante dans le remake de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE) joue profil bas malgré la richesse de son personnage avant d'utiliser cet atout pour sortir vivante de l'aventure, Bijou Phillips (BULLY, VENOM) drague à tout va avant que l'on s'en prenne à son joli visage vite tranché en deux, tandis que Heather Matarazzo (le génial SAVED, SCREAM 3, THE PRINCESSE DIARIES) joue sur le décalage entre sa naïveté et son sort plus que cruel. Mais la meilleure idée du film ne se fait pas dans le recrutement impeccable de la communauté locale et étrangère à Hollywood pour des rôles aussi bien essentiels (Sasha est interprété par un grand acteur russe par exemple) que anecdotiques (le Bubble Boy Gang est toujours joué par les petits rigolos slovaques), mais bel et bien dans le choix délibéré de prendre deux des meilleurs acteurs de DESPERATE HOUSEWIVES, Richard Burgi (l'ex-mari de Susan, vu dans CELLULAR et BRAQUEURS AMATEURS) et l'incroyablement sadique Roger Bart (déjà joliment barré dans le rôle de pharmacien amoureux de Bree et responsable de la mort de son mari), et de les faire converser joliment sur tout un tas de sujet tabou comme le sexe, les femmes et la violence, pour mieux détourner le spectateur qui s'attendait à des héros sympa car connus. Un parti pris qui aide: ce sont tout simplement les deux meilleurs acteurs du film. Les seconds rôles sont aussi plutôt bien trouvés: Jay Henandez reprend le rôle de Paxton le temps d'une courte séquence, Jordan Ladd (héroïne de CABIN FEVER que Roth retrouvait dans DEATH PROOF et son faux-trailer THANKSGIVING), Stanislav Ianevski (HARRY POTTER 4), la revenante Edwige Fenech (qui s'était juré de ne plus faire du cinéma depuis sa carrière B en Italie). Et au rayon des caméos, outre la tête de Roth utilisée au détour d'un plan, c'est surtout l'apparition hilarante de Ruggero Deodato (réalisateur de CANNIBAL HOLOCAUSTE, qui succède à Takashi Miike) qui sème le trouble, puisqu'il incarne un aristocrate italien cannibale qui savoure la chair d'un pauvre petit slovaque sous une musique classique. "Que du bon" comme on dit vulgairement !
Après CABIN FEVER, HOSTEL, la production de 2001 MANIACS, sa participation active à GRINDHOUSE et son caméo dans SOUTHLAND TALES, HOSTEL PART 2 confirme tout le bien que l'on peut avoir d'Eli Roth dans le cinéma américain actuel. Signant un film beaucoup plus maîtrisé et beaucoup plus obscur que le premier volet, il arrive à rendre en deux films l'un des plus beaux travails sur la violence et la notion de torture à notre époque, tout en conservant une part de gamin lorsqu'il se lance dans des séquences gores totalement jouissives. En attendant ses futurs projets, et malgré le bide du film aux USA (enfin, un "bide" tout relatif face au budget de 10 millions largement remboursés), je ne pourrai que vous recommander ce film d'horreur bien loin de la gratuité d'un SAW 3 (qu'est ce que c'est gore et qu'est ce que c'est con). Sauf si vous êtes allergiques à Roth: vous allez dans ce cas passer un bien mauvais moment, puisqu'il explose tout ce qu'il a déjà tenté précédemment.

"Shrek le Troisième" de Chris Miller & Raman Hui
Note: 5/10
SHREK est un cas à part dans le cinéma d'animation, et ce depuis le premier volet de cette trilogie en instance de venir une tétralogie (et plus encore si on regarde seulement les chiffres de plus en plus astronomiques de par le monde). Parce que c'est l'un des premiers en 2001 à avoir osé parodier toutes les règles très strictes du conte et du film d'animation avec son héros pétomane et laid, son héroïne de plus en plus masculine pour finir elle aussi ogresse, ses personnages secondaires croustillants et ses moqueries des figures éternelles de Disney (de ROBIN DES BOIS aux princesses), SHREK est devenu instantanément culte et n'a rien perdu de son charme, si ce n'est avec la venue d'un second épisode encore plus délirant, intitulé sobrement SHREK 2. Un épisode qui était surtout important pour montrer non seulement l''évolution d'un pauvre ogre des marais jusqu'à la cour du roi, mais aussi la création de toute une mythologie avec l'arrivée de personnages encore plus sévères (Charmant et sa mère la Bonne Fée) et d'un monde parodiant ouvertement la mode actuelle et la consommation des américains, avec tout un tas de références péjoratives parsemées dans le métrage. Un deuxième opus encore meilleur qui aurait pu donner l'apothéose avec le potentiel de SHREK LE TROISIEME, qui s'inspire des légendes de héros plus importantes que les contes de fées toujours aussi présents, mais aussi des romans épiques et de la chevalerie médiévale. Du moins, c'est ce qu'on voyait sur le papier jusqu'aux premières images du film qui en montraient trop sur les intentions purement commerciales du film, beaucoup moins drôle à raconter que les précédents. Et c'est en effet le cas: SHREK LE TROISIEME est une déception dans la mesure où il est beaucoup moins travaillé que les deux premiers, et qu'il s'inscrit dans la pure optique des filons qui s'exploitent jusqu'à la moelle. Comme la saga SAW qui n'en finit plus, on se demande jusqu'où SHREK va bien pouvoir aller. Du moins, jusqu'au DreamWorks pourra imaginer les aventures d'un ogre verdâtre qui pète et rote avec un âne bavard et un chat intrépide.
Au pays de Far Far Away, Shrek et Fiona s'apprêtent à repartir vers leur bon vieux marais jusqu'à ce que le Roi Harold meurt sur son nénuphar en désignant l'ogre comme son digne successeur. Refusant de devenir roi, et apprenant par la même occasion qu'il va être père de plusieurs petits ogres agités, Shrek se lance alors avec ses compagnons à la recherche d'Arthur, l'autre descendant qui pourrait devenir le nouveau roi. Alors qu'il se trouve avec un adolescent mal dans sa peau loin de chez lui, Shrek ne sait pas qu'au château, Charmant et ses amis bad-guys se préparent à une invasion pour récupérer leur happy-end tant attendu durant des années.
Sur le papier, SHREK LE TROISIEME a tout pour devenir la grande fresque tant attendue, là où le premier volet était une "longue" introduction aux personnages, et là où le second posait les bases de la royauté et des imprévus crée par le couple improbable entre Fiona devenue ogresse et Shrek, toujours aussi vulgaire, mais qui tente d'avoir l'accord de la famille royale pour épouser leur fille. Il fallait donc cette fois une vraie bonne idée, quelque chose qui pouvait réellement donner envie de se bouger les fesses pour revoir nos personnages pas forcément indispensables, mais surtout pour découvrir d'autres horizons attendues. En cela, le début du film représente parfaitement le potentiel de l'oeuvre, que ce soit d'un point de vue comique ou scénaristique. D'un côté, nous avons Charmant, qui erre de bar en bar pour tenter de convaincre son peuple qu'il est le réel hériter du trône, en vain. Il trouve alors une idée géniale: convoquer tout les grands méchants des contes de notre enfance pour faire un coup d'état et obtenir la couronne royale tant convoitée auparavant. Une idée plutôt originale qui donne l'occasion de revenir au bar où nous avions pu voir une sacrée bande de sacripants assis entre le comptoir et le piano: Crochet et son âme de Mozart, quelques arbres ennemis de Sylvebarbe, les belles-mères qui s'éclatent au billard, Geppeto mécontent de sa marionnette, quelques sorcières bien laides, ou encore le cavalier en tête de SLEEPY HOLLOW. Cependant, les ambitions sont déjà moins impressionnantes sur cette intrigue: aucun grand nouveau personnage, puisque Charmant est déjà bien connu du public, et qu'on a déjà aperçu les autres dans SHREK 2. Parallèlement à cela, au milieu de Far Far Away et son univers mondain moins référentiel donc moins croustillant (une boîte Foot Locker pour cercueil brille parmi la banalité des magasins), le roi Harold se meurt dans une séquence qui reste immédiatement comme la plus grande séquence du film, comme tout le monde semble l'accorder, dont moi bien entendu. Une scène d'une pure inventivité et qui ne fait jamais dans le léger, toujours dans la démesure et l'exagération. C'est d'ailleurs ce qu'on pense au départ de la quête offerte à Shrek, qui a du mal à s'habituer en tant que nouvel héritier (il explose des bateaux à coup de bouteille de champagne, il crée un massacre total lors d'une réception): il doit aller chercher Artie, nouveau surnom de ce cher futur roi Arthur, transformé en jeune cabot incapable de gouverner un royaume vu son âge encore bien bas et son immaturité. Un nouvel héros de SHREK en somme !
Seulement, très vite, on se rend compte qu les aventures de Shrek tourneront autour de la même chose, et iront surtout tellement vite qu'on a l'impression de voir quelque chose de totalement vain et d'inutile, voir de peu original. La faute peut-être à un univers moins "pompé" qui montre ses limites lorsqu'il nage en eaux troubles, notamment lors des scènes d'émotion totalement déplacées entre Shrek et Arthur. Les quelques curiosités du film qui provoquent l'hilarité sont celles qui touchent aux figures connus et aux poncifs, et sont plutôt peu présentes dans le voyage de Shrek: une parodie hilarante de campus américain où Lancelot joue le sportif de service agaçant, une reprise du personnage de Merlin encore plus vulgaire et outrageant que chez Disney (et il était déjà culte là-bas), et surtout le rêve de Shrek façon ROSEMARY'S BABY et LES MONSTRES SONT VIVANTS (le bijou B de Larry Cohen) où les petits ogres font tout et n'importe quoi en sortant de leurs landaus. Seulement, cela ne suffit pas à relever le peu d'intérêt que l'on porte aux héros et aux compagnons, qui après la transformation dans l'épisode précédent, ne sont que l'ombre d'eux-même: les gaffes de l'Âne et de Potté concernant le boulot de roi, le changement inattendu entre eux qui sert de simple blagounette le temps de 2 combats au cours du film (avant une farce finale façon Merlin bien vu), le retour à Far Far Away et la fin un peu plus niaise que d'habitude, qui prône encore une fois l'acceptation de soi...Heureusement qu'il y a un épilogue sacrément chaleureux et réjouissant, qui laisse espérer le meilleur pour SHREK 4. Il ne pourra en tout cas pas autant tourner en rond que celui-là, du moins autour de Shrek.
Car s'il y a bien une qualité indéniable au récit et aux idées des scénaristes, c'est l'effort fait pour traiter du coup d'état de Charmant et des méchants en quête de bonheur (Crochet qui prend un petit garçon pour Peter, c'est culte), et surtout de la réaction de Fiona et des personnages secondaires toujours sous-exploités, mais toujours aussi impressionnants dans leurs scènes. D'un côté de la rébellion, nous avons donc les princesses, sont des pimbêches inutiles qui reprendront les armes façon KILL BILL, sans la musique sublime de Tarantino reprises à toutes les sauces (même dans le trailer du film). Entre une Rapunzel aussi traître que chauve, une Cendrillon qui attend dans son coin en faisant le ménage, une Belle au bois dormant hilarante de stupidité, et une Blanche-Neige qui ne trouve rien de mieux que d'offrir un nain à Fiona pour s'occuper de ses enfants, on assiste à un spectacle de crétinerie assumée et rafraîchissant, d'autant plus que la stupidité de Charmant et de ses gardes (les arbres qui philosophent sur leur état de monstre à branches dans le final) rajoute un peu plus de second degré à l'intrigue. Une intrigue qui verra les rôles inversés lorsque les princesses vont se rebeller avec les dons qu'on leur a donné dans leurs versions Disney respectives: lancer de chaussure en verre, chants attirant tout les animaux de la forêt qui deviennent dangereux, coups de têtes destructeurs, sommeil renversant les gardes et autres petites trésoreries qui donnent un réel rythme à cette sous-intrigue beaucoup plus intéressante que celle de Shrek. Mais c'est sans compter l'aider de tout nos personnages préférés, pas seulement les blagueurs aux côtés de Shrek, mais bel et bien les petites bestioles si amusantes: les trois cochons allemands gagnent une repartie destructrice, les souris aveugles sont toujours aussi aveugles, le grand méchant loup traîne dans le château habillée en mère grand et se plaignant de sa grande voix, Pinnochio se réserve une joute verbale jouissive avec Charmant où il détourne les questions comme personne, mais le must reste ce flash-back totalement incroyable où Pain d'Epice se remémore tout les meilleurs moments de sa vie, de sa création jusqu'à la torture de Lord Farquad. Que de jolis moments bien plus drôles que le discours final d'Arthur ou que quelques vannes lourdingues sur Potté ou l'Âne, qui avait tout le potentiel pour devenir le père déjanté des enfants mi-ânes mi-dragons qu'il vient d'avoir. Dommage !
Par contre, grande nouveauté dans l'univers Shrek: l'omniprésence de guest-star de luxes qui apportent bien plus qu'un simple nom au générique. Bien entendu, le trio infernal est toujours réuni: Mike Myers a son accent bizarre et amusant du début jusqu'à la fin (on est loin de Chabat quand même...), Cameron Diaz est délirante mais peut être pas assez pour emporter le lot, et Eddie Murphy assure toujours son lot de chansons et de blagues malgré sa grosse tête de DREAMGIRLS (faut pas: le film est une merde). Les ajouts de SHREK 2 aussi, on est donc entourés de guests reconnaissables aisément qui s'approprient leurs textes avec aisance: Antonio Banderas est le Chat Potté avec une classe encore meilleure (la scène où on voit toutes ses conquêtes avancées est hilarante), Rupert Evertt est un Charmant plus agaçant encore (qui se prend de sacrés taules au cours du film il faut bien le dire), John Cleese dit au revoir à son personnage dans LA scène à ne pas manquer, Larry King dans l'hilarant rôle de Doris (la princesse masculine) & Julie Andrews est un peu plus intéressante que la simple mère qui donne plein de conseils. Parmi les nouveautés, quelques choix intéressants: Justin Timberlake plutôt convaincant en tant que doubleur capable de pleurer sur commande (c'est moins bien que ses rôles géniaux dans ALPHA DOG et BLACK SNAKE MOAN), Seth Rogen (40 ANS TOUJOURS PUCEAU, KNOCKED UP) en commandant de bateau légèrement boulet, le grand Eric Idle (ex-Monty Python of course) et son Merlin déjà dans les annales, John Krasinski (THE OFFICE) en Lancelot prétentieux, le ténébreux Ian McShane (SCOOP) en Capitaine Crochet sur le retour. Mais c'est surtout les performances vocales des princesses venues du Saturday Night Live qui donnent un peu plus de nuance à l'ensemble: Cheri Oteri (DUMB & DUMBERER), Amy Poehler (BLADES OF GLORY), la déjanté Maya Rudolph (IDIOCRACY, DUPLEX) et Amy Sedaris (SCHOOL OF ROCK). Une belle brochette de femmes bien dans leurs peaux en somme, qui transforment les princesses niaises en personnages irrésistibles. Qui aurait pu s'en douter ?
SHREK LE TROISIEME est une déception en soi, étant donné que la quête déjà décevante par rapport au reste (on va chercher Arthur et on le ramène vite fait bien fait) est l'occasion pour ressortir les bonnes vieilles leçons morales, pour remettre un peu de Shrek dans quelques stéréotypes sur l'Amérique (surtout la jeunesse et l'acceptation, bien qu'il s'agisse ici de celle d'un homme et non plus d'un ogre), mais arrive à décrocher quelques rires grâce à la présence de vrais comiques qui ont un vrais ens de la repartie derrière le micro. Cela s'en ressent: certains dialogues atteignent des sommets, sans compter Pinnochio et le petit pain d'épice, deux des meilleurs personnages jamais parodiés. Cette leçon servira peut-être de base pour SHREK 4, qui pourrait très bien être la reconquête du public adulte et cinéphile. Ou peut-être pas: le fillm bat des records tel quel, et a dépassé PIRATES DES CARAIBES 3 au box-office US. Mais pour une fois, c'est mérité (et vas-y que je te détruit Sparrow gratuitement !).

"The Hoax" de Lasse Hallström
Note: 8/10
Par déduction, Lasse Hallström n'est pas un réalisateur que l'on apprécie forcément lorsqu'on parle de cinéma indépendant un peu plus populaire et agréable que la moyenne, ayant même de fortes tendances à devenir un yes-man hollywoodien lorsqu'on le lui demande. Sont là pour le prouver quelques exercices de style hasardeux, comme le médiocre LE CHOCOLAT où Johnny Depp tombait amoureux des petits délices de Juliette Binoche dans un élan de niaiserie musicale sans précédent. Un film qui démontre aussi que le cinéaste a quelques qualités, comme le choix du casting même dans le pire de ses films: UNE VIE INACHEVEE, spectacle longuet aux influences de western contemplatif agaçant réunissait Robert Redford, Morgan Freeman, Jennifer Lopez et Josh Lucas; l'adaptation pathétique de CASANOVA était amusante grâce au choix improbable de Heath Ledger dans le rôle titre plus que gentillet; ou le mélo TERRE NEUVE était l'occasion d'observer Kevin Spacey, Julianne Moore, Juli Dench et Cate Blanchett sous une lumière blanchâtre. En faites, pourquoi peut-on encore miser sur le réalisateur quand on est un producteur influent ? Essentiellement grâce à GILBERT GRAPE, le drame qui a lancé DiCaprio, et surtout l'extraordinaire L'OEUVRE DE DIEU, LA PART DU DIABLE, magnifique réflexion sur l'orphelinat et la passion amoureuse sans fin avec Tobey Maguire et Michael Caine en grandes formes. Deux films oscarisables et oscarisés, qui ont su influencer les critiques et permettent à Hallström que gagner quelques échelons à Hollywood. Alors, quand un projet comme THE HOAX avec un casting tout aussi alléchant et une intrigue tout aussi passionnante que certains de ses métrages voit le bout de son nez, on peut se poser une question légitime: va t'il gâcher sa bonne histoire par excès de niaiserie et de contemplation inutile, ou va t'il saisir le concept clé qui conduira à l'extase du spectateur ? A la vue des 10 premières minutes, on sait déjà que la deuxième réponse est la bonne: le réalisateur vise juste, et nous livre une étonnante surprise, percutante et passionnante, à mi-chemin entre la fable idéaliste et le canular jouissif. Un petit bijou d'humour et de sensibilité que l'on espérait plus.
Clifford Irving est un auteur maudit. Alors qu'il pensait avoir conclu un deal intéressant pour la parution de son prochain livre chez McGraw-Hill, société de publication gigantesque à New-York, il voit son rêve refusé à la dernière minute. Pour lui, une seule solution: vendre le meilleur livre possible pour récupérer tout ses rêves et une somme d'argent impressionnante. Et, au fur et à mesure, il se prend au jeu et vend alors son projet à sa maison d'édition: il va écrire la biographie officielle du milliardaire Howard Hughes, avec l'aide de son meilleur ami et des heures d'entretiens réalisés par téléphone. Seule problème pour Clifford: il n'a jamais rencontré Hughes et n'a jamais eu un quelconque accord avec ses avocats pour le faire. Commence alors le plus gros canular de l'histoire de la littérature.
L'avantage d'une telle histoire tient de sa construction et de sa démesure elle-même: là où des hommes comme Ray Charles ont besoin d'un paquet de rythme pour faire tenir une vie pas forcément foisonnante de détail (il aimait les femmes, la soul et se droguait...), celle d'un Clifford Irving comme celle d'un Howard Hughes (les deux hommes sont d'ailleurs très semblables) n'ont pas besoin d'être exagérées pour être à la fois totalement crédibles, mais aussi passionnantes et riches en détail croustillants. Directement adapté du roman de Irving par le scénariste banal de COUP MONTE (nanar avec Vince Vaughn et Ed Harris), THE HOAX cherche à la fois la complicité du spectateur dès les premières minutes qui nous emmène sur la (fausse) rencontre publique entre Hughes et Iriving sur le toi de l'éditeur McGraw-Hill, avant de revenir en arrière pour susciter sa curiosité et son admiration, après l'avoir aguiché avec la promesse d'une rencontre détonante. En retour en arrière crucial puisqu'il raconte en faites comme le livre a été récrit, jusqu'à sa présentation à l'éditeur et à un ancien proche de Hughes durant cette fameuse fausse-rencontre qui tourne au désastre total (en apparence) et à la réussite miraculeuse pour Irving. Un retour en arrière qui permet de voir à que point Irving est un pion au niveau de la chaîne de publication, un malheureux auteur cantonné aux romans intimistes sur une chaîne nationale de production alors qu'il aspire à devenir un grand écrivain reconnu. Son seul moyen pour retrouver la confiance d'une femme trahie et trompée (chose jamais vraiment dite mais totalement suggérée), l'admiration d'un ami historien écrivant une histoire sur Richard coeur de Lion entre sodomie et bataille glorifiante, et l'estime du public est de menti pour la bonne cause. Seulement, il en rajoute et en rajoute, et il semble maintenant lié à Howard Hughes: il promet d'écrire sa biographie officielle après un accord passé au téléphone et une lettre parfaitement bien copiée sur son écriture. Le tout est bien sûr inventé de toute pièce: Irving a juste trouvé l'homme avec qui il était inexorablement lié depuis longtemps (à travers le rachat d'un hôtel notamment), et l'a choisi pour son manque de communication autour de son entourage et la confidentialité totale du projet, baptisé Projet Octavio. Commenc alors un film parfaitement rythmé, passionnant de bout en bout, sans aucune redondance et aucun temps mort, qui fait la part belle aux escapades de nos deux héros pour finir dans un ton plus dramatique, où l'on découvre l'homme derrière le visage d'Irving.
La première partie du film, et la plus dure à suivre pour Irving et son ami Susking, concerne la récupération de documents pouvant faire croire à l'éditeur que Irving est bien en contact avec Hughes à travers des interviews téléphoniques et des entretiens répétés bien à l'avance, sans pour autant alerter les avocats de Hughes qui peuvent intervenir et démentir à tout moment. La longue quête commence et sera parsemée d'embûches dans un ton léger bienvenue, et une mise en scène moins académique que d'habitude pour Hallström: recopie minutieuse de l'écriture de Hughes, photos volées dans une bibliothèque sur les secrets de son entreprise, pavé exemplaire d'un de ses anciens collègues entièrement photocopié après une visite très mouvementée, faux entretiens où Irving prend la voix et le ton très détaché de Hughes pour paraître crédible (sans compter les hilarantes histoires racontées aux éditeurs par Irving et Susking) et plonger les deux écrivains dans l'ambiance d'une vraie biographie, le tout s'achevant par un plan parfaitement minutieux où la somme astronomique versé à Hughes est encaissée en Suisse par la femme d'Irving déguisée en Madame Hughes (elle sera la première arrêtée dans cet accoutrement). Mais les doutes ne sont pas de tout repos, et les ennemis comment à se faire connaître: des avocats qui démentent dans les journaux prestigieux, le directeur de la maison d'édition qui peut rompre le contact à tout moment, jusqu'au plus dangereux des témoins, le dernier à avoir parlé à Hughes, qui reconnaît la voix de ce dernier lorsque le milliardaire téléphone au sujet de la biographie sur sa personne, démentant totalement. Le plus incroyable n'est d'ailleurs pas le nombre d'inventions qu'Irving a faites le long de sa longue écriture et de la publication jamais vraiment officielle de son roman immédiatement brûlé après impression, dans un épilogue extraordinaire sous le magnifique YOU CAN'T ALWAYS HAVE WHAT YOU WANT des Rolling Stones.
Cependant, une seule chose se dégage durant l'heure cinquante du film: il ne s'agit pas de l'invention en elle-même, mais bien de l'homme à son origine, le fameux Clifford Irving. Au fil du film et de l'intrigue, Hallström fait le portrait d'un homme tout aussi obscur que celui à qui il se mesure, dressant ainsi le visage d'un écrivain un peu raté sur les bords qui pense pouvoir tout régler par le mensonge, surtout au niveau de ses relations. Entre une femme peu confiante et totalement trahie lorsque Clifford lui avoue la reprise de sa liaison avec une amante elle-aussi mariée (heureusement, une intrigue suggérée et jamais gonflante), un ami de plus en plus maltraité dans l'histoire qui va jusqu'à tromper sa femme à cause de lui (il a engagé une prostituée un soir de débauche alors que Richard n'en avait aucunement besoin), et sa fascination progressive pour Hughes qu'il ne connaîtra jamais, il tente de se créer une légitimité en devant le milliardaire dont il a toujours rêvé. Blouson d'aviation, tics d'élocutions, conversations sans queue ni tête, moustache, Clifford devient la part de rêve d'Howard, non pas celle dont les gens envient (l'argent) mais celle dont il a besoin, celle d'un homme sûr de lui et dont tout le monde s'intéresse. Au fond, le canular apparaît alors pour Irving le seul moyen de sortir de ses romans bouseux sur des romances de pacotille, et il s'en sert au maximum pour se prouver à lui-même qu'il vaut le coup d'une biographie, voir d'une autobiographie: THE HOAX, qu'il écrira plus tard dans la même optique, mais sans la prétention d'antan. D'autant plus que Irving cède lui aussi à une paranoïa et une folie destructrice, aussi inattendue que bluffante, élargissant l'impact de sa biographie à la légitimité du poste de Richard Nixon (l'affaire Watergate en sortira encore plus médiatisé), et imaginant une visite irréaliste et sublime de noirceur (on se croirait dans un polar des frères Cohen) des sbires de Hughes voulant à tout prix qu'il publie le chapitre sur Nixon. Le film n'ira que jusqu'à la supposition pour ne pas tomber dans la politique vaine, mais touche finalement à tout les sujets: la célébrité, l'amour, l'alcool, la déchéance, la paranoïa, la tromperie, la politique et la richesse. D'où l'impression de vivre toute une galerie d'évènements marquants en à peine 2 heures.
Si le scénario et la réalisation d'Hallström assurent leur part de rêve et d'authenticité, il en va aussi de même des acteurs, à commencer par Richard Gere. Perruque et permanente sur la tête, faux nez sur le visage, un peu de ventre pour la route, le play-boy vieilli de PRETTY WOMAN et JUST MARRIED devient pour la première fois de sa carrière un acteur exceptionnel et irréprochable, qui règle à sa manière les problèmes de ressemblance entre lui et Clifford, en rajoutant un peu de piquant et de déjanté dans son interprétation. On n'avait jamais vu l'acteur aussi déchaîné et sûr de lui, enchaînant les séquences mouvementées à tour de bras. A ses côtés, le meilleur est contenu évidemment dans la carrure de l'immense Alfred Molina, qui se réserve les répliques les plus hilarantes du film. En Richard Susking, écrivain et biographe de talent, l'acteur de FRIDA et SPIDER-MAN 2 nous emmène dans les problèmes de ce genre de tromperie: l'incapacité de mentir. Forcément, c'est problématique lorsqu'on écrit un roman sur Howard Hughes sans jamais l'avoir rencontré. Face à eux deux se tiennent une galerie de personnages tout aussi bien interprétées: Marcia Gay Harden (MYSTIC RIVER) en femme réaliste et peu à l'aise avec son homme (elle ne lui pardonnera jamais, chose rare dans un film où le happy-end aurait tout gâché), Stanley Tucci (LE TERMINAL) en patron d'édition véreux, Julie Delpy en amante de passage qui ne plombe jamais le film (bien au contraire), David Aaron Baker (MELINDA ET MELINDA), Hope Davis (PROOF, INFAMOUS) en femme d'affaires véreuse qui a cependant confiance en Irving, sans oublier le petit rôle bien sympathique du grand Eli Wallach (les Sergio Leone, mais aussi MYSTIC RIVER et THE HOLIDAY). Un casting franchement quatre étoiles, sans oublier la musique ahurissante de maîtrise des sonorités signée Carter Burwell (FUR, KINSEY, beaucoup de film des Cohen, sans oublier VELVET GOLDMINE).
Dans l'étonnement général, THE HOAX impose son style, son casting et son histoire ahurissante en l'espace de quelques minutes, pour ne pas finir d'étonner et de surprendre dans les bons sens du terme. Un film qui sent bon la sincérité, avec un petit prestige "à Oscar" et une carrière qui ne fait que commencer. D'avance, on sait que Metropolitan fera tout pour soigner l'édition dvd que j'attends déjà avec impatience: il s'agit tout simplement du meilleur film de Lasse Hallström !

"Primeval" de Michael Katleman
On n'y croyait plus, et pourtant, on a envie de le crier sur tout les toits : le film de monstres hollywoodiens est de retour sur les grands écrans ! Amateurs de série B en tout genre, de GODZILLA et d'autres espèces crées à partir de gênes bizarroïdes, nous étions désespérés depuis que les studios US avaient désertés le genre depuis des films comme ANACONDA (bien fichu mais totalement stéréotypé) ou PEUR BLEUE (le nanar culte de Renny Harlin). La faute à un sérieux de plus en plus handicapant, à un surplus d'effets-spéciaux qui plombent chaque scène où les bestioles apparaissent (hein Renny !) et surtout le développement du direct-to-dvd de genre, qui a su révélé des talents infiniment supérieur aux réalisateurs de bouses animales que nous réservaient la Fox, Warner ou Universal. Il n'y a qu'à voir l'excellent LAKE PLACID de Steve Miner pour se prouver que le B indépendant peut-être moins frustrant que le gros blockbuster à FX dégoulinant. Mais aujourd'hui, en cette année 2007, les grosses bestioles semblent enfin montrer le bout de leur nez, tandis qu'on avait l'espoir de revoir quelques araignées géantes avec ARAC ATTACK, seule énorme surprise du genre depuis les années 2000. Deux films en 2007, tout les deux sur les crocodiles géants, et tout les deux aussi réjouissants l'un que l'autre: le-dit PRIMEVAL, et surtout ROGUE, le totalement jouissif projet écrit et réalisé par Greg McLean (WOLF CREEK) avec Rhona Mitra. En attendant octobre et ce futur bijou du genre, on doit se contenter du premier film de Michael Katleman, jusqu'alors cantonné aux séries TV (de TRU CALLING à SMALLVILLE en passant par DARK ANGEL, GILMORE GIRLS et DISPARITIONS). La grande surprise est surtout la présence à la production du studio Hollywood Pictures, ancienne gloire des films de genre (UN CRI DANS L'OCEAN, LE LOUP-GAROU DE PARIS) et qui refait surface après 6 ans d'absence (avec aussi THE INVISIBLE et STAY ALIVE), et du duo de scénaristes Michael Ferris & John D. Brancato, responsable de plusieurs bouses comme CATWOMAN ou TERMINATOR 3, en attendant leur version de T4. Si on pouvait s'attendre à un film purement et simplement pompeux aux vues des phrases d'accroches choisies et des premières images du film (type "le premier serial-killer de l'Histoire"), le résultat est beaucoup plus mature et surprenant à l'arrivée. Un film pas parfait, mais qui fait franchement plaisir à voir, et qui laisse un constat sans appel aux cinéphiles: si les studios commencent de nouveau à produire des films de monstres plus ambitieux et plus osés qu'avant, ce sera alors la victoire de toute une génération de passionnés. La victoire des geek !
Afrique du Sud, de nos jours. Un crocodile géant directement sorti de la préhistoire légendaire sème la terreur dans les tribus locales, déjà déchirés par la guerre civile opposant le gouvernement à des résistants sanguinaires. Au milieu de ce contexte défavorisant, une équipe de journalistes est envoyé sur les lieux pour filmer et attraper la bête avant qu'elle ne continue ses massacres le long de sa rivière. Mais en plus d'avoir à affronter un animal dangereux et plus intelligent encore que les autres, ils vont devoir survivre aux menaces humaines autour d'eux.
Le début du film ne laisse pas penser que l'on peut assister à un spectacle réussi et assez sanglant pour satisfaire nos envies de voir des crocodiles géants dévorés des pauvres hommes sans scrupules. PRIMEVAL commence en effet comme tout les films du genre sillonnant un peu dans la tradition des DENTS DE LA MER, qui a inauguré la règle de dévoiler une attaque légèrement suggérée en ouverture pour planter le décor et la force de l'animal dont il est question. On a donc le droit à une fouille archéologique qui vire au massacre de scientifiques lorsqu'une pauvre femme réveille une étrange bête qui leur fonce dessus à la première personne épileptique. Passé le prologue et surtout le fameux "Inspiré de faits réels" totalement pompeux (mais un peu justifié au cours de son intrigue), on assiste alors à un générique de toute beauté qui remet au goût du jour la note d'intention du réalisateur. Plus que le film de Spielberg, Katleman semble surtout s'intéresser au slasher puisqu'il ose au cours des crédits d'ouverture montrer Gustave, nom donné au crocodile amateur de chair, comme un serial-killer. A travers des articles de journaux mélangeant guerre locale et massacres inexpliqués, on se croit tout droit arriver dans une intrigue policière à la recherche d'un tueur sévissant autour d'une zone bien spécifique, ici l'immense rivière traversant l'Afrique du Sud et la région qui nous intéresse. Un générique qui met la barre plutôt haute, d'où une certaine déception lorsqu'on se rend compte que le film repart sur des pistes déjà déterrés auparavant avec une galerie de personnages pas nouveaux. Nous trouvons donc dans l'équipe de bras-cassés envoyés pour récupérer des images et la bête en question: Tim, le reporter sur le terrain qui doit sauver sa peau au sein de sa chaîne suite à de trop grosses erreurs (Dominic Purcell, aussi insipide que dans PRISON BREAK ou BLADE TRINITY, mais moins bavard inutilement); Steven, le caméraman black & blagueur qui pour une fois ne meurt pas en premier et trouve une place de choix jusqu'à la dernière attaque (Orlando Jones, aussi hilarant que dans EVOLUTION); la bimbo de service qui veut s'incruster dans le groupe et prouver qu'elle est digne de confiance (Brooke Langton, FRIDAY NIGHT LIGHTS); le scientifique bizarre qui veut tout régler à gros coups de grenades et de fusils (impérial Jurgen Prochnow, vu dans BEERFEST et DA VINCI CODE); et le pro en reptile digne successeur de CROCODILE DUNDEE (la tête à claque Gideon Emery, doubleur de jeux-vidéos aussi variés que nombreux, de STAR WARS à MATRIX).
Cependant, il faut vite s'avouer que non, PRIMEVAL n'a rien d'un spectacle typique d'ANACONDA où les héros sont des petits cons imbéciles qui s'amusent avec les communautés autour d'eux et s'habituent vite à bouter l'ennemi hors de leurs chemins, loin de là. La grosse surprise vient justement du fait que les héros n'en sont pas vraiment, ce sont de simples journalistes que ne veulent pas avoir de problèmes avec les villageois ni les autorités locales, et qui ne se mettent pas à faire amis-amis immédiatement avec les tribus qui les hébergent, excepté le seul survivant du premier massacre vite relégué au rang d'appât géant et un peu stupide (il s'enferme tout seul dans la cage géante du crocodile en glissant). Même l'inexorable scène de dîner autour du feu est réduite à un bide total des américaines qui tentent de chanter une chanson bien de chez eux sans obtenir aucune réactions de leurs interlocuteurs. De la même façon, les personnages principaux ne se mettent pas à prendre des armes pour affronter les rebelles sanguinaires, et se mettent vite à l'écart en courant, en criant ou en les filmant. En aucun cas ils se mettent à tirer partout, excepté lors de l'une des dernières séquences du film où ce n'est pas le héros mais bien l'héroïne qui sauve Tim de la décapitation en explosant le crâne de son adversaire à bout portant, provoquant de façon totalement brute et inattendue des pertes d'ouïe et des vertiges au héros, chose très rare dans les films où ça pète de partout (et où il y a un crocodile gigantesque qui arrache des têtes). Enfin, dernière surprise et pas des moindres: tout les personnages sont traités en égalité quasi-parfaite, le black de service ayant même droit à une séquence d'émotion et de sentence fatale (il doit observer un massacre) bien plus profonde que toutes les paroles de Tim au cours du film. Il n'y a donc pas vraiment de gros clichés puisqu'aucun personnage n'est traité avec un plus qu'un autre, chacun ayant droit à sa séquence d'action/émotion (le militaire qui se suicide dans la gueule du monstre, la bimbo qui va se faire violer et qui assiste au démembrement de son agresseur, le scientifique qui meurt brutalement), et chacun ne plombant pas le film par sa présence insipide (heureusement, sinon Tim serait le pire héros qu'on puisse imaginer). PRIMEVAL trouve vite le juste milieu pour raconter son histoire, chose qu'il fait de manière encore plus originale.
Car au fond, il y a dans le film plus important pour les personnages que la chasse d'un crocodile mangeur d'hommes, quelque chose fait qui que PRIMEVAL peut-être conçu comme un BLOOD DIAMOND du film de monstres, un film qui a un contexte réellement troublant qu'il utilise jusqu'à épuisement pour mieux détourner l'attention du spectateur. Au delà de cette traque sanglante, c'est surtout le climat local qui pèse très vite sur les protagonistes et qui prend une place importante: l'intrigue privilégie à la fois l'attente de Gustave la nuit, mais aussi les attaques des rebelles et des militaires, puisque le film se passe clairement en pleine guerre civile, justifiant ainsi l'accroche "faites réelles" citées plus haut. Très vite, on voit bien que les scénaristes ont envie de donner de l'ampleur à leur récit, dès lors que le premier danger survenant à Tim et son équipe sur un bateau est une fusillade entre la sécurité du bateau et les rebelles cachées dans les hautes herbes. Un nouvel ennemi qui gagne de l'importance, qui n'oublie pas tout une série de clichés et de retournements de situation (le gentil guide du départ est en faites un militaire voulant lui-aussi la peau de Gustave pour s'enrichir et fournir des armes), jusqu'à devenir alors le déclencheur de l'une des scènes les plus horribles du film, celle où le pauvre Steven assiste derrière sa caméra au massacre du gourou du village décapité (ça passe encore, c'était un fou qui fumait de l'herbe bizarre), de sa femme (quasiment en gros plan) et de sa fille. Tout ceci sans gros ralentis, sans musique tonitruante, sans gros effets pompeux. Et on ne peut que se réjouir de la profondeur de la scène, car même si les méchants restent des méchants qu'il faut exterminer à tout prix, on a l'impression que l'histoire ne se fiche pas de nous, même si l'arrivée des rebelles après la première heure fait traîner un peu le film avant son quart d'heure final plus réjouissant. Car il ne faut pas se leurrer: malgré son sérieux parfois très déstabilisant (les films de bestioles sont généralement ironiques, voir ARAC ATTACK encore une fois), PRIMEVAL est surtout un film de crocodile géant.
Que vaut alors le film de ce point de vue, de celui des vrais amateurs de chair qui cherchent dans ce retour au source la moindre parcelle de gore ? Déjà, le fait que le film a été classé R malgré l'absence de vrai gore qui tâche tout le long du métrage (le film est sanglant, mais on est loin d'un Raimi ou d'un Jackson de l'époque) monstre que le studio accepte entièrement le rapprochement entre le film et un public cible, celui qui cherche des sensations fortes. Le résultat marche à l'écran, même si certaines scènes bénéficient d'effets spéciaux hasardeux (surtout quand le monstre bouge dans tout les sens, comme dans l'attaque de la tente): le spectacle est régressif, le crocodile attaque férocement, et surtout le réalisateur n'hésite pas à aller plus loin encore dans la cruauté et la sentence finale. Ainsi, les personnes attaqués ne sont pas forcément des hommes forts et méchants, trop sûr d'eux pour faire attention: ce sont aussi des villageois qui ne pensent pas se faire encore attaquer (les pêcheurs de l'épilogue bien saignant), et même une pauvre petite fille qui va à la mer pour récupérer un jouet, avant de se faire gober vivante dans un sursaut de violence suggérée. PRIMEVAL mise haut et y arrive, grâce aussi à des attaques de crocodiles de plus en plus sanguinolentes: têtes arrachés ou tout simplement écrasées sous la pression, poursuites dans les hautes herbes faisant ouvertement référence à JURASSIC PARK, corps déchiquetés où l'on peut s'amuser à regarder les membres volés au fur et à mesure, et surtout une séquence exemplaire de mise en scène et de FX, celle de l'attaque de la cage au beau milieu de la nuit, parfaitement bien rythmée et plutôt flippante pour un simple "va et vient" de la bête qui s'amuse avec sa victime enfermée dans le piège censé se refermer sur Gustave. C'est aussi sans compter la mise en scène plutôt pas mal de Katleman, qui va par moment un peu trop dans le "clippesque" (voir le prologue) pour ne pas trop montrer sa bestiole jusqu'à la fin du film (pourtant, le crocodile est superbement bien fait dans certains plans, bien loin du CROCODILE de Hooper), et essentiellement la photographie chaude et jaunâtre d'Edward J. Pei (habitué aux téléfilms miteux), qui a visiblement tout pigé à la façon de représenter le désert de façon hostile et pourtant inexorablement chaleureuse. Des qualités qui remettent un peu de passion dans PRIMEVAL, spectacle finalement plus agréable qu'il n'y paraît.
Alors bien sûr, le film reste ultra régressif dans sa construction, la personnification de ses personnages tout simples ou les attaques de crocodiles jamais vraiment dantesques. Mais il reste tout de même un sacré paquet de qualités qui font passer le film de simple bouse (la bande-annonce allait dans ce sens) au bon petit blockbuster avec un crocodile géant qui bouffe tout plein de gens au milieu d'une guerre civile jamais traitée par dessus la jambe. C'est d'ailleurs un reproche que l'on peut faire au film: un excès de sérieux qui trompe un peu sur la marchandise. Car PRIMEVAL n'est quasiment jamais agaçant, et est surtout le film idéal pour tout ceux qui attendent la résurrection de ce type de films sans aller chercher dans les imports navrants type DINOCROC. Allez, juste pour le plaisir: VIVEMENT ROGUE !!!!!!
Note: 7/10

Avant de commencer l'état des lieux des Double-Features lancés voilà un mois, je tiens juste à m'excuser à tout ceux qui ont donné leurs accords pour participer à l'aventure: à cause du Bac, des révisions et d'un emploi du temps totalement surchargé (entre le ciné, les cours et tout le tralala), je n'ai pas pu faire cet été des lieux quand je le voulais. Milles excuses donc aux membres officiels du BLOGORAMA DOUBLE-FEATURES, mais ne vous inquiétez pas: les exams étant finis, on peut enfin commencer notre projet délirant !
Suite au taux de participation suffisant, nous avons décidé, moi et Budd, de lancé donc cette aventure officiellement à travers notre premier projet: ZOMBIE ATTACK. Un film d'horreur en deux-parties bien gore pour débuter en terrain connu, qui est actuellement en cours d'écriture et qui sera sûrement réalisé Août/Septembre pour une mise en ligne au mois de la rentrée, qui sera la cloche pour les autres groupes qui devront alors commencer la rédaction ou la réalisation de leurs double-features.
Concernant les équipes, voilà celles établis avec un ordre qui dépend essentiellement des examens de fin d'année et des possibilités de chacun:
1- Tib / Budd
2- Jeremie / Whiteman
3- Sky / Pacboy
4- Gabnec / Ivan Le Jan
5- Ohm / Zeke
6- Howie / Nicolas Huver
Comme prévu, les deux derniers groupes constitués seront un peu à part par rapport au projet puisqu'ils n'auront aucun impératif si ce n'est faire deux parties bien accordées et respectant certaines contraintes de durée notamment, étant donné que Ohm & Zeke ont tout les deux pas mal de boulot pour le reste de l'année, et que Howie & Nicolas partent aux Etats-Unis pour faire leurs études. Mais on compte tout de même grandement sur eux pour les double-features !
Maintenant, pour éclaircir un peu le projet, voilà comment nous allons procéder. Courant Août, nous allons faire une première réunion avec tout les membres des double-features sur msn pour annoncer l'avancement de ZOMBIE ATTACK, et surtout donner le thème que devront suivre Sky & Pacboy pour leurs double-features respectifs. Le but étant que, pendant que nous réalisons ZOMBIE ATTACK (ou qu'un groupe réalise un autre film), le suivant ait déjà bien entamé le script du suivant pour que tout cela s'enchaîne sans problème. Les délais de livraison suivront sûrement les mois de Septembre, Octobre, Décembre, Février et Avril au plus tard pour le dernier groupe, pour éviter tout conflit au niveau des examens pour les Terminales. C'est donc le schéma à respecter pour toute la première partie du projet, qui devra être au plus tard achevé en Juin pour laisser place à l'anthologie de Juillet 2008 !
Maintenant messieurs, à vous de jouer ! Dites-nous si les dates ne pourront pas coordonner, si vous voulez quelques changements tout en respectant les groupes qui suivent ou précèdent, et surtout donnez vos adresses msn !

Qui n'a jamais saliver devant le simple concept de GRINDHOUSE, au delà de ses deux géniteurs prestigieux ? Le simple fait d'envisager un double programme avec deux films pour le prix d'un pour rendre hommage à ce sous-genre des années folles d'Amérique où traînaient les barjos devant des salles de plus en plus remplies pour assister à des spectacles totalement jouissifs (comprenez sexe, violence, gore, délires, drogues et flingues) tient de la promesse de cinéphile importante. Mais en plus, lorsque la promesse vient de deux des plus grands cinéastes "cool" actuels dont la collaboration à démarrer immédiatement après leur rencontre avec UNE NUIT EN ENFER, on ne peut qu'attendre le produit avec impatience. Le projet de Quentin Tarantino et de Robert Rodriguez était donc simple: faire un film de 3 heures où ils laissaient libre cours à leurs pires envies et vices hors du système formaté Hollywoodien pour faire une immense branlette au spectateur, avec en prime des fausses bandes-annonces réalisées par tout un tas de génies du cinéma de genre (de Eli Roth à Rob Zombie). Rajoutez à cela la promesse de rendre hommage aux techniques d'antan (pellicules froissées, bobines manquantes) et vous obtenez le produit final, GRINDHOUSE, bide aux USA inexpliqué vu le chef d'oeuvre de 3h15 auquel on peut assister. Tant pis: en France, le concept étant totalement inconnu, TFM fait le choix de sortir les deux segments de GRINDHOUSE séparément, profitant ainsi du bide US pour repenser totalement le film de Tarantino dans une version allongée d'une vingtaine de minutes et présentée à Cannes (ahhh Cannes...). On pouvait craindre que le film perde de son efficacité et de son côté série B inattendue (surtout qu'il suivait le segment zombiesque de Rodriguez), mais c'est tout autre: DEATH PROOF en ressort encore meilleur et encore plus jouissif que auparavant. Une claque peut-être pas aussi puissante que PULP FICTION ou KILL BILL, mais une claque quand même. Car oui, Tarantino est véritablement un Dieu.
Austin, Texas. Jungle Julia, la DJ locale, et ses amies dont la très sexy Butterfly décident de passer la soirée dans un bar réputé pour son juke-box exemplaire et pour son entourage exceptionnel. Au cours de la soirée, ils font la rencontre d'un personnage dont personne n'a jamais entendu parler: Stuntman Mike, un cascadeur balafré conduisant un voiture "à l'épreuve de la mort". Ce qu'elles ne savent pas, c'est qu'il adore prouver à ses passagers en quoi cette voiture peut être totalement démoniaque sans qu'il n'ait une seule égratignure...
Le cinéaste l'a affirmé haut et fort durant toute la promo de son film gigantesque (il a enchaîné la sortie/l'échec aux USA, Cannes et la promo française durant 3 mois non-stop): DEATH PROOF est un slasher dans la pure tradition du genre, où la voiture remplace la couteau. Rien de plus simple pour définir son sujet, mais le résultat à l'écran apparaît alors comme un condensé des petites révolutions des maîtres du suspense qui ont inspiré Tarantino. On pense essentiellement à PSYCHOSE d'Hitchcock pour la construction du récit, voyez-plus tôt. Après avoir planté le décor et les trois personnages principaux lors d'un dialogue en voiture parsemé de petites folies féminines, et après avoir surtout dévoilé l'étonnante voiture de Stuntman Mike qui les suit nuit et jour dans toute la ville d'Austin (avec un plan directement emprunté à HALLOWEEN de Carpenter lorsque Myers regarde ses victimes sur le trottoir d'en face au loin), le cinéaste s'amuse à détourner l'attention du spectateur en augmentant la tension au fur et à mesure d'une petite soirée dans un bar miteux, le Texas Chili Parlor, et tout ses résidents haut en couleur. Du barman Warren totalement déjanté jusqu'à la blondinette de passage à la recherche d'un conducteur, on se prête très vite au jeu de Tarantino qui est de ne plus penser au côté horrifique de DEATH PROOF et de le voir comme une immersion totale dans l'Amérique profonde et fêtard. Dans ce cas là, le tueur apparaît alors que un pur Anthony Perkins: il est sympathique, un peu timide, sacrément drôle et surtout très touchant, sa cicatrice au visage attendrissant plus qu'elle n'effraie (contrairement à sa voiture à l'épreuve de la mort). Cette première partie du film, qui rempli bel et bien au moins 50 minutes de métrage, est l'occasion de faire un film de "nuit" et d'ambiance, bien plus dégradant que la seconde qui suit. Le but étant de faire passer Stuntman Mike comme un autre individu qui complète bien une suite de "freaks" déjantés, Tarantino y arrive aisément en succédant les dialogues diaboliquement cultes et instantanément hilarants: les cris dans la voitures, les engueulades magnifiquement bien reconstituées entre les filles, la drague des garçons au bar qui tentant de leur mettre un coup dans le nez, l'évocation d'une virée dans une cabane façon EVIL DEAD (ou CABIN FEVER selon les points de vue), l'imitation du show TV de Julia avec la délirante Marcy qui incarne un beauf de service pas du tout charmeur, les danses répétées de la bande (Julia qui fait la folle avec ses cheveux, Butterfly qui bouge ses fesses et en vient à faire son fameux lap-dance évoqué plus tôt), ou l'amitié qui se lie entre Mike et toutes ses futures victimes, Tarantino sait parfaitement où il veut en venir. Car dans tout ses dialogues, toutes ces scènes étourdissantes et toutes ces folies, le cinéaste ne perd pas de vue une chose: Stuntman Mike est un psychopathe qui ne va pas tarder à exploser le crâne de sa première victime avant de foncer droit dans la voiture des 4 autres filles pour mieux se retrouver à l'hôpital avec quelques blessures superficielles.
Avant de passer à une deuxième partie beaucoup plus "calme" et qui respecte d'autres règles du slasher, le constat est là: les héroïnes supposées sont mortes au bout de la moitié du film, soit l'équivalent de la pauvre femme victime de Perkins dans PSYCHOSE au bout de 40 minutes de métrage. On n'a pas vu plus bel hommage à ce style de construction depuis bien longtemps. Le temps de passer sur l'enquête policière comme d'habitude totalement larguée dans cette histoire (le pauvre McGraw préfère une course de Nascar plutôt que perdre son temps à enquêter sur Mike) et nous voilà reparti sur la route, où cette fois-ci, Tarantino explose totalement sa réalisation et sa mise en tension pour faire plus dans le dialogue, comme pour nous faire oublier petit à petit le premier accident dantesque que l'on a vu quelques minutes plus tôt. Au lieu d'établir une présence de Mike derrière elle façon "grand méchant" loup, il repart dans une direction toute autre puisque les filles sont beaucoup plus matures et responsables que précédemment: elles ont tous des jobs respectables dans l'univers cinématographique, elles sont amusantes entre elles et ne se dénigrent pas, et sont surtout fans de voitures et de cascades. La meilleure qualité possible chez une femme ? Probablement, étant donné que les femmes s'intéressant au cinéma d'action et de poursuites seront les seules à combattre Mike, de retour sur les routes lors de la fameuse épreuve du dôme organisée par Zoé Bell sur le capot de la Challenger façon POINT LIMITE ZERO.
Car ne mâchons pas nos mots: DEATH PROOF explose tout les records de cinéma jouissif et populaire dans ces accidents de voiture (pour la première partie) et sa poursuite finale d'une vingtaine de minutes non stop, qui change peu peu les rôles pour dévoiler un Mike totalement soumis et hilarant lorsqu'il se met à pleurer sur sa blessure par balle. Tarantino explore des horizons inconnus là où il se "contente" de faire ses méthodes habituelles parsemées d'hommage dans le reste du métrage, dont le morceau de choix reste ce plan-séquence dont on ne se remet toujours pas de 7 minutes, qui tourne autour des 4 filles de la seconde partie en train de manger, et qui donne la version beaucoup plus travaillée et très éloignée de la séquence de déjeuner dans RESERVOIR DOGS, l'un des modèles du genre (la conversation sur Madonna, qui dit mieux ?). Un plan séquence qui s'ajoute déjà à la première séquence de carambolage d'une violence extrême, qui donne un sacré coup d'accélérateur en plein milieu de la tranquillité et de la fête en pleine nuit: d'abord la torture de la belle Pam dans la boîte à caméra vitrée de la voiture de Mike, puis l'accident ultra-violent où la voiture diabolique percute de plein fouet celle de nos donzelles adorées. Mais là où Tarantino privilégie avant tout le plaisir régressif du spectateur, c'est dans sa mise en scène de l'accident: étant donné la présence de 4 points de vues dans la voiture, autant remettre à 4 reprises l'accident pour montrer le sort de chacune des filles. L'une se fait éjecter, l'autre arracher sa jambe qui tombe en miette sur la route, la troisième se fait écrasé le torse par le siège arrière, tandis que la belle Butterfly se fait rouler sur la tête qui implose littéralement sous la roue. De la bouillie étonnante et surtout inattendue, là où on pensait que le côté slasher (on montre peu mais on montre le plus flippant) aurait pû être décourageant. Mais ce n'est rien à côté de cette phénoménal, que dis-je, de cette sublime séquence de course-poursuite finale qui, pendant 20 minutes, emmène le spectateur au 7ème ciel. On ressent non seulement un plaisir immense à voir cette course-poursuite incroyablement bien scénariste (attaque de Mike, petit décrochage, revanche des filles, baston finale hilarante), mais aussi à comprendre que Tarantino a voulu réellement rendre hommage aux poursuites old-school façon BULLIT ou FRENCH CONNECTION, en réalisant toute la poursuite sur 6 semaines de tournage sans aucun FX, avec la participation active de Zoé Bell qui se fait traîner sur le capot pendant toute la première partie. Le résultat à l'écran est tout simplement un modèle immédiat du genre, dans les 5 plus grandes poursuites de voitures de tout les temps.
Ceux qui ont vu la version allégée de DEATH PROOF dans GRINDHOUSE peuvent alors se demander quel intérêt ils ont de voir le film au cinéma, outre le fait qu c'est toujours génial de voir un Tarantino sur grand écran en version longue. Justement, car le film est considérée comme la version complète et "longue" du scénario original du cinéaste, qui a toujours assumé le fait d'avoir coupé son film pour les besoins de GRINDHOUSE, mais qu'il avait besoin de montrer sa véritable version tournée au monde entier. En quoi consistent les ajouts ? Il s'agit en faites de quelques lignes de dialogues en plus qui rajoutent beaucoup moins de supposition et de non-dits aux références à certains personnages du film, comme l'enfoiré Chris Simonson, le père de Shanna, l'enquête inexistante d'Earl McGraw à l'hôpital, ou les trois dragueurs au bar qui tentant de s'incruster chez Shanna le soir même. Une version beaucoup plus claire et franchement infiniment plus travaillée d'un point de vue scénaristique, sans compter l'apport de deux grandes séquences au sein du métrage. La première correspondait en faites aux fameuses "Bobines manquants" placées dans GRINDHOUSE, et se trouve être un vibrant hommage de Tarantino à Rodriguez à travers ce lap-dance promis par Butterfly sur une musique éclectraisante et une ambiance sexy à souhait. Certes, le résultat est volontairement moins classe que dans UNE NUIT EN ENFER (Salma...) et SIN CITY (Jessica...), mais c'est tout de même suffisamment aguicheur pour faire tomber le film dans une sorte de débauche sexuelle totalement assumée. Le second ajout, et sûrement celui qui paraît le plus "vain" dans le résultat final, concerne en faites la présentation de Kim, Abernathy et Lee dans une station-service, où Stuntman Mike choisit enfin ses victimes dans une hilarante scène où l'obsession des pieds du cinéaste est transmise à son "héros" (qui n'hésite pas à les lécher en toute indiscrétion), et où l'on peut apercevoir des hommages amusants à KILL BILL (encore une voiture Pussy Wagon, encore le sifflement en sonnerie de portable). Une séquence pas forcément essentielle, mais qui fait comprendre pourquoi Mike les a pris en chasse au beau milieu de nul part. Mais le plus réjouissant reste de voir que non seulement toute la séquence est en noir & blanc quasiment, mais qu'en plus Tarantino ne se laisse pas influencer par le côté "version améliorée" en assumant toujours le côté cradingue de son film: faux-raccords, mauvais bruitages, sautes d'images et générique finale totalement explosé par la présence de portraits féminins kitschs à souhait. DEATH PROOF reste une présentation GRINDHOUSE, plus longue mais pas plus "cheap" ou moins outrageante que le reste: Tarantino reste sincère de bout en bout.
Évidemment, il est quasiment inutile de répéter que Tarantino sait toujours aussi bien choisir ses musiques. Mais il faut préciser que, contrairement à KILL BILL qui respectait ne certaine linéarité (musiques entraînantes aux influences nippones ou western), on pouvait justement craindre que le cinéaste allait tomber dans le "cliché tarantinesque" comme aiment l'appeler certains, à savoir prendre des chansons sans grand rapport mais qui complètement une bande-originale pour la vendre au prix fort. Ce n'est pas le cas, et les musiques de DEATH PROOF prouvent toute l'admiration de Tarantino pour les années 70, puisqu'à travers le juke-box du Texas Chili Parlor (qu'on voit en gros plan pendant 5 bonnes minutes en tout), il glisse des musiques inconnues et des groupes estampillés "kitsch" pour mieux étonner le spectateur. Et c'est effectivement le cas. Au rayon des petites merveilles inédites, on est servi avec 3 morceaux de choix tirés de trois compositeurs de renom: le titre d'ouverture THE LAST RACE par Jack Nitzsche (CRUISING, STARMAN), Pinno Donnagio (la piste romantique SALLY AND JACK reprise sur un échange de SMS torride – attention scène culte) et Ennio Morriconne, qui livre un morceau qui aurait pu figurer dans la B.O. De son précédent film, intitulé PARANOIA TIME. Outre ces deux morceaux de choix, Tarantino puise son inspiration dans des groupes géniaux qui permettent aux fans de se réjouir de la présence hommage à Dave Dee, Dozy, Beaky, Mick & Titch, groupe phénoménal qui mérite largement sa place dans les rayons de disque pour leur cultissime HOLD TIGHT. C'est aussi le cas avec un paquet de morceux qui font remuer à l'écoute de la bande-originale ou à la vision du film: BABY IT'S YOU de Smith, JEEPSTER de T-Rex (qui fait penser à PULP FICTION), le génial STAGOLEE de Pacific Gas & Electric, DOWN IN MEXICO de The Coasters (attention scène hot !), le démentiel RIOT IN THUNDER ALLEY sur la poursuite finale, et pour finir la reprise extraordinaire de France Galle par April March, CHICK HABIT (qui succède à sa version française de la même chanteuse, LAISSE TOMBER LES FILLES, au générique final). Un morceau purement jouissif et une ode aux Femmes avec un grand F.
Si pendant tout le métrage on assiste ainsi à l'explosion du féminisme déjà perceptible dans JACKIE BROWN (le film le plus "sincère" du cinéaste en apparence), c'est avant tout dans son casting que le réalisateur met le plus de fétichisme et d'adoration pour la gent féminine. Car en faites, face aux "filles" qui se succèdent à l'écran en deux groupes distincts, seul Kurt Russell parcourt le métrage pour nous livrer une prestation totalement démoniaque et jouissive, au même titre que le Stuntman Mike qu'il incarne. Véritable condensé des rôles précédents de l'acteur chez John Carpenter (le dynamisme de Jack Burton qui mangeait des sandwichs au volant, la noirceur de Snake Plissken), Stuntman Mike est un personnage à prendre avec des pincettes, l'acteur rajoutant un peu de sympathie à ce bourreau que l'on pourrait assimiler au départ comme un monstre mais qui semble tellement humain et apprécié par Tarantino qu'il devient amical et chaleureux. Le fait est que le cinéaste a choisi de montrer à travers le personnage de son tueur le Hollywood de la belle époque qu'il vénère, critiquant ainsi l'inutilité des films d'aujourd'hui fait de simples effets-spéciaux sans passion, et le cinéma bis puisque Mike a été cascadeur sur un paquet de séries totalement inconnues du grand public actuel (les femmes qui l'écoutent au bar). Une ode à la belle époque très vite transgressée puisque Russell se révèle démoniaque d'un coup, voir carrément dérangeant lors de la séquence du bar où il assiste à un lap-dance sensuel, harcèle la bande de Jungle Julia et dévore un plat de Nachos Grande avec enthousiasme. Cicatrice sur le front, sourire aux lèvres, l'acteur prend un malin plaisir à nous montrer sa part d'ombre lorsqu'il s'extasie devant les prouesses malsaines qu'il exerce sur ses petits amies, jusqu'à la poursuite finale où il pleure comme un bambin et se prend une raclée par des femmes que rien n'arrêtent, encore plus cruelles et méchantes lorsqu'elles le veulent que les hommes eux-même. La chanson finale représente fièrement cette attitude vengeresse aussi de mise dans KILL BILL: il ne faut jamais se jouer des filles ou le coup de poing en retour sera encore plus destructeur. Et effectivement, le contraste est surprenant: les mâles étant des bouseux profonds (du policier au patron de bar), il faut compter sur les femmes pour relever le niveau. Et pas n'importe quelles femmes: pas de bimbos anorexiques, pas de stars (le seul personnage reconnu dans un magazine est laissé au bord de la route), juste des femmes qui tchatchent comme des hommes à grand coup de "cocksuckers", faisant de DEATH PROOF le penchant féminin de RESERVOIR DOGS. La première partie du film dévoile des jolis bouts de femmes aux caractères bien trempés, qui crachent sur les hommes et rêvent de beuveries féminines. On retrouve dans la peau de Jungle Julia la grande Sydney Tamiia Poitier (NINE LIVES), fille de, qui incarne parfaitement les paroles sarcastiques adorées par le cinéaste (de longues répliques assassines parsèment les discussions, vu que Jungle Julia est considérée comme le leader de sa bande). A ses côtés, c'est aussi l'occasion de revoir la magnifique Vanessa Ferlito (SPIDER-MAN 2) qui se trémousse sur le juke-box local comme personne, Jordan Ladd (CABIN FEVER) qui déteste que l'on prononce son prénom Shanna en Shauna, la bimbo Rose McGowan qui s'inscrit en totale opposition avec son personnage dans PLANET TERROR (elle est blonde, naïve et particulièrement émouvante dans la séquence de torture sur route)et la très masculine Monica Staggs. Mais ce n'est pas le seul intérêt de cette première partie située à Austin. Car en effet, voir DEATH PROOF sans PLANET TERROR enlève n peu de saveurs aux clins d'oeil que fait Tarantino au segment de Rodriguez. Car finalement, outre voir le cinéaste lui-même dans la peau du délirant Warren (qui se réserve un hommage amusant à Johnny Cash au détour d'un plan), Eli Roth en jeune dragueur totalement sexiste et Michael Bacall (L'AUTRE RIVE) en tocard total qui n'a aucune chance avec les femmes, on peut aussi se délecter d'une scène d'affrontement géniale entre l'héroïne Dakota Block du segment de Rodriguez (Marley Shelton, parfaite même dans un petit rôle) et l'éternel shérif Earl McGraw (Michael Parks of course), qui se révèle être son père (on peut le comprendre mais c'est quand même moins drôle sans la partie où cela est véritablement développé), le premier blessé chez Rodriguez que l'on aperçoit maintenant dans le magasin évoqué dans l'hôpital (il tente même de fourguer un Vogue italien) ou même l'apparition des deux jumelles délirantes (les Crazy Babysitter Twins) qui n'arrêtent pas de danser et se trémousser chez Warren.
Une fois passée cette première partie haute en personnages secondaires, Tarantino ressert un peu les liens sur quatre héroïnes seulement qui seront les véritables femmes du métrages, peu (ou pas) soumises et très fortes. C'est tout simplement aussi l'éloge des femmes comme Zoe Bell, célèbre doublure de Thurman sur KILL BILL, qui incarne l'amusement du métier et la folie des productions de ce type. Fan de voiture, elle sera sans cesse accompagné par Tracie Thoms (COLD CASE) et son rire diabolique, qui en agacera plus d'un. Mais c'est aussi l'occasion de voir la merveilleuse Rosario Dawson (SIN CITY, CLERKS 2), véritable icône du cinéma de genre maintenant grâce à des chois de carrières vraiment exemplaires, et la toute mignonne Mary Elizabeth Winstead (DESTINATION FINALE 3, BLACK CHRISTMAS) qui sera finalement la plus connue du groupe (son personnage est une actrice dans un film de pomp-pom girl avec Lindsay Lohan) donc la naïve de service (elle pense que Kim fait partie du FBI et que Zoe tue lorsque quelqu'un confond Australie et Nouvelle-Zélande). Un casting 100 pour 100 sexy, qui sera complété en dernière partie par l'hilarant Jonathan Loughran (il se faisait arracher la langue dans KILL BILL VOLUME 1) dans la peau de Jepster, ce fermier obsédé sexuel au rire si doux...
Alors oui, DEATH PROOF n'est pas aussi jouissif que KILL BILL et pas aussi culte que PULP FICTON. Mais ce n'est pas une raison pour se priver d'un cinéma aussi ahurissant de bonne volonté, de maîtrise (Tarantino a le pouvoir, tout simplement) et de branlette cinématographique qui fait vraiment du bien à l'esprit. Musicalement encore plus parfait que JACKIE BROWN, encore plus soigné au niveau de la réalisation que l'on aurait pu le croire, Tarantino nous livre un spectacle de 2 heures garantis en émotions fortes, où le rire lié à des engueulades typiquement hormonales laisse place à l'effroi des poursuites de voiture déjà modèles du genre. DEATH PROOF prend une place immédiate au panthéon des meilleures séries B assumées jamais faites, là où il était un simple autre atout à GRINDHOUSE. Manque plus que le tout aussi jouissif mais pas aussi chef d'oeuvresque PLANET TERROR, et le GRINDHOUSE version longue révélera son potentiel d'exploitation maximal ! Yeah Baby, Yeah !
Note: 10/10