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"88 minutes" de Jon Avnet
Note: 1/10
Pourquoi avoir réellement envie de se poser dans un fauteuil pendant 1h45 pour somnoler devant une intrigue déjà bien laminée par l'ensemble de la critique ? Pas par esprit de contradiction, pas non plus pour se faire une idée d'un film qui aurait pu être bon (on se souvient de SLEVIN, excellent polar qui s'est fait totalement charcuté par la critique française), et encore moins pour voir ce qu'un avatar de 24 HEURES CHRONO peut donner sur grand écran (comme pour 16 BLOCKS, le récit ne respecte aucuns enjeux temporels contrairement à ce que l'on peut croire, sauf qu'ici c'est encore plus décevant). Finalement, la seule raison qui peut à la limite justifier l'envie de se poser devant ce polar magnifiquement nul est de voir ce que la collaboration entre le réalisateur Jon Avnet (l'interminable RED CORNER, le vivifiant BEIGNETS DE TOMATES VERTES, sans oublier des épisodes sacrément étonnants de la géniale série BOOMTOWN) et le vieillissant Al Pacino peut donner sous la coupe du scénariste Gary Scott Thompson (HOLLOW MAN oui, les deux premiers FAST AND FURIOUS et HOLLOW MAN 2, non). Pourquoi ? Parce qu'en faites, le duo est déjà en train de nous concocter ce qui s'annonce comme le meilleur polar de ces dix dernières années: RIGHTEOUS KILL, soient Jon Avnet qui suit l'auteur de INSIDE MAN pour mettre à l'écran un affrontement entre Robert De Niro et Al Pacino. En attendant, on doit quand même se taper une bouse infernale qui attire la pitié totale et compatissante du spectateur, exténuée de voir à quel point toute cette joyeuse équipe en profite pour mettre leur intrigue dans un n'importe quoi irréaliste et ridicule.
A Seattle, l'expert en criminologie Jack Gramm doit faire face à une manipulation horrible qui vise à le descendre, lui et sa carrière parfaite. Après être suspecté d'avoir assassiné l'unes de ses élèves avec qui il entretenait une relation bizarre suite à l'envoi d'une cassette où elle se livre à la caméra sous la torture, il reçoit un étrange appel qui lui annonce qu'il ne lui reste seulement 88 minutes à vivre. Attendant le twist final avec impatience, Gram va devoir mettre la main sur le véritable coupable de ce complot, qui pourrait aussi bien être un de ses élèves en criminologie ou bien un étrange meurtrier qui lui voue une haine sans fin depuis qu'il a été envoyé en prison.
Première partie du film dans le catalogue du scénariste visiblement très peu inspiré pour changer les codes du polar: présenter toute la galerie de personnages rapidement avec quelques vannes et blagues, tout en faisant un peu avancer la tension au détour de séquences où le héros prouve à quel point c'est un génie. Après un générique tout simplement hilarante qui rentre dans les annales du "je fais branché alors je met de la musique et des ralentis partout" (Gramm chante et danse avec ses élèves dans une boîte de Seattle), on assiste donc au réveil de ce bon vieux pervers, directement intéressé par sa petite amie totalement nue qui lui prépare son déjeuner. Plongé dans une nouvelle enquête, il doit alors faire face à l'inévitable: quelqu'un reproduit le schéma d'un tueur clamant son innocence à quelques heures de la sentence ultime pour jouer avec les nerfs de Jack, qui doit en plus affronter les suspicions de ses collègues et supérieurs suite à l'envoi d'une mystérieuse cassette qui pourrait très bien le désigner comme le coupable idéal d'un meurtre sadique pratiquement en direct. Hop, 20 minutes plus tard, l'appel tant promis retentit: il reste à Jack 88 minutes à vivre. 88 minutes pour deviner qui est le coupable, qui dans son entourage l'a trahi, et qui tente de reproduire les mêmes meurtres que l'homme que tout accuse qui pourri en prison depuis plusieurs mois, et qui ne se cache pas pour mépriser Jack en public.
Là commence maintenant la réelle "poursuite" du coupable, où Jack va se trimballer tout un paquet de seconds rôles de plus en plus étranges et suspicieux (ses élèves savent que Jack leur a menti au sujet de la mort de leur copine) tout en tentant de comprendre pourquoi il est au cœur d'une manipulation faisant ouvertement référence à sa sœur morte des années plus tôt. Et attention, 88 MINUTES ne rigole plus: Jack court à toute allure dans un parking, Jack entraîne dans sa course une élève très proche qui va se trouver elle aussi agresser par le mystérieux tueur, ils courent tout les deux dans des appartements vides où des corps sont pendus, ils regardent la TV pour voir ce que dit l'autre imbécile en prison, ils évitent des explosions en sautant dans un petit parc pour enfants à 100 mètres de l'impact, ils téléphonent et contactent tout un tas de personnages qui n'avaient finalement pas disparus de la circulation (la secrétaire réapparaît à la surface pour ne plus nous lâcher dès le troisième quart d'heure), et surtout ils se replongent dans la même séquence interminable (la fête du générique de début) pour trouver au ralenti et avec tout un tas de zoom affligeants (ce n'est pas la seule séquence qui les aligne ridiculement) qui pourrait bien être le coupable dans l'histoire. Mais c'est bien sûr sans compter LE moment tant attendu: le twist final, passage obligatoire de 7 polars sur 10 qui tentent de se prendre au sérieux. La révélation finale apparaît alors comme plus stupide que jamais: le tueur était…la fille du tueur qui croupit en prison et qui s'associe avec lui pour se venger de Jack malgré le fait qu'elle ait été très proche de son professeur (à dire d'une traite si possible). Comment ça c'est ridicule ?
Le plus triste dans cette histoire n'est pas de voir à quel point Jon Avnet a du mal pour comprendre ses propres tics de réalisation, vu le niveau de n'importe quoi auquel nous assistons au niveau de la mise en scène (ce n'est même pas académique…c'est du Joel Schumacher), mais c'est bien de se dire que l'immense Al Pacino a accepté de jouer dans une telle merde pour payer son loyer. Mais finalement, lorsque l'on regarde le reste de sa filmographie depuis le magnifique INSOMNIA de Christopher Nolan, on se dit que c'est finalement la suite parfaite à une série de films mineurs et décevants, qui s'étalent de LA RECRUE au MARCHAND DE VENISE en passant par SIMONE, INFLUENCES et TWO FOR THE MONEY. Cela fait peur, mais croisons les doigts: son caméo dans OCEAN'S THIRTEEN a l'air savoureux, sa future interprétation de Salvadore Dali, et sa nouvelle collaboration avec De Niro dans RIGHTEOUS KILL peut redonner un nouveau souffle à un acteur qui a bien vieilli depuis SERPICO et UN APRES-MIDI DE CHIEN, depuis LE PARRAIN et même L'ENFER DU DIMANCHE. En tout cas, l'acteur en a profité pour s'attirer les faveurs d'un tas de petites pouliches bien maquillées qui plongent encore le film dans un néant absolu et finalement interminable, laissant la part belle à un concours de beauté ridicule: Alicia Witt (LES BIENFAITS DE LA COLERE), Leelee Sobieski (LA PRISON DE VERRE), Amy Brenneman (HEAT), Deborah Kara Unger (SILENT HILL), la bimbo Melinda Clark (SPAWN) ou encore la grande Leah Cairns (BATTLESTAR GALLATICA). Autant le dire de suite: c'est joli à regarder (surtout quand elles sont cul-nus pour faire le petit déjeuner à un pauvre Pacino et son regard de chien battu pathétique) mais ça n'apporte strictement rien. Et surtout, ça met dans une position hasardeuse les seconds rôles masculins, soient terriblement mauvais (Benjamin McKenzie, pauvre rescapé de NEWPORT BEACH), soient totalement oubliés (Neal McDonough, le seul à ne pas se prendre au sérieux). Le désespoir prend le spectateur à sa gorge pour en plus le quitter jusqu'aux premières lignes du générique final après une vanne finale étonnante (ah ah Al qui lance son portable au loin pour maudire son ami en prison…oh oh).
Trop long, trop mauvais, trop pathétique, 88 MINUTES peut se targuer d'être l'un des films les plus mauvais de l'année, doublé d'un des polars les plus stéréotypés qui respecte totalement le schéma du "comment prendre le spectateur pour un con" pendant 1h50. 1h50 où Al Pacino ouvre la bouche comme une carpe, court comme Derrick et résolve des mysteres inutiles en baisant avec des jeunettes. Franchement, on aurait mieux fait de rester chez soi !

"Pirates des Caraïbes: Jusqu'au bout du monde" de Gore Verbinski
Note: 3/10
C'est très difficile de se taper deux PIRATES DES CARAIBES en moins d'un an. Plus que difficile d'ailleurs: insoutenable et dégradant. Tandis qu'en août dernier, les joyeux bambins allaient manger des pop-corn devant l'unes des suites les plus attendues de ces dernières années depuis le carton du premier épisode, qui a étonné tout le monde rappelons-le, et que les cinéphiles étaient pour la plupart répugnés de voir tant d'hypocrisie contenue dans 2h20 de cinéma souvent ridicule, mal rythmé et insipide, on savait d'ores et déjà que l'on allait avoir droit à un troisième (mais pas dernier attention !) PIRATES DES CARAIBES, tout simplement car Jerry Bruckheimer a lancé avec conviction et argent le projet de réaliser les deux séquelles en même temps, tentant vainement de créer sa propre mythologie. En tentant de faire plus fort que la trilogie SEIGNEUR DES ANNEAUX qui a pris plus de 6 ans de la vie de Peter Jackson pour livrer chaque Noël durant 3 ans qui paraissent bien loin maintenant les chefs d'œuvre que l'on connaît, Bruckheimer et son réalisateur Gore Verbinski ont surtout dépassé les limites de la crétinerie marketing en nous vendant un épisode plus fort, plus long et plus dense, tout ça avec de gros moyens de promotions et des acteurs encore plus omniprésents, et la promesse de "conclure une énorme trilogie". En faites, mis à part la promesse, il ne reste rien que dans PIRATES DES CARAIBES qui fasse penser que la boucle est bouclée: mêmes intrigues, mêmes personnages très mal décrits, même séquences interminables, même scènes post-générique pour montrer que oui, Bruckheimer est maintenant chez Disney ! Et franchement, aucune recette au monde ne pourra sauver le naufrage artistique que représente pour moi de PIRATES DES CARAIBES 3: JUSQU'AU BOUT DU MONDE. L'un des blockbusters les plus interminables jamais vu sur grand écran !
Reprenons donc toutes nos intrigues jamais conclues de l'épisode précédent pour tenter d'éclaircir le point de départ vite oublier de ce troisième épisode plus que dispensable et totalement vain de bout en bout, rien n'avançant durant 2h50, pas même avec les scènes d'action limités à des affrontements comiques et à une bataille finale sacrément hypocrite. Jack Sparrow est retenu prisonnier seul de l'Antre de Davy Jones depuis l'attaque du Kraken dans l'épisode précédent. Pour le retrouver, l'équipage du Black Pearl mené par un Barbossa bel et bien vivant doit faire appel à l'étrange Tia Dalma, une sorcière aux pouvoirs obscurs, et doit compter sur la présence à son bord du couple maintenant détruit que forme Will et Elizabeth, bien loin l'un de l'autre depuis que cette dernière a délivré un baiser passionné à Jack avant son sacrifice. Se rendant à Saigon pour retrouver les cartes d'un pirate chinois sanguinaire qui va les mener jusqu'aux confins du monde (et au-delà), l'équipage va alors se rendre compte qu'ils vont devoir faire face à l'attaque de Lord Beckett, maintenant associé à Davy Jones et son Hollandais Volant, qui détruit sans remords tout les pirates, navire par navire. Seul la réunion d'un conseil des plus grands pirates venus des 4 coins du monde décidera de leurs sorts et de leur ultime bataille qui va bouleverser la vie de chacun.
Pourtant, j'avais de l'espoir en commençant le film. L'espoir de voir renaître une certaine noirceur perceptible au détour de quelques plans seulement dans LE SECRET DU COFFRE MAUDIT (comme le passage chez les cannibales). L'espoir d'avoir un vrai épisode épique avec de vrais batailles de pirates. L'espoir surtout que la conclusion à cette trilogie ne se fera pas comme dans X-MEN 3, c'est-à-dire un reniement total de conclure les intrigues pour lancer en grande pompe une rumeur concernant un quatrième épisode (car il faut se l'avouer: il y aura des suites encore et encore). Malheureusement, il suffit de quelques minutes d'une première séquence pour se rendre compte que Jerry Bruckheimer et Gore Verbinski nous ont menti, et que nous allons assister à un divertissement tout simplement hypocrite et orgueilleux, à la limite de la prétention hautaine puisque la saga n'a plus rien à prouver au jeune public qui va voir l'épisode en masse car ils sont habitués maintenant à cet univers désenchanté et faussement sincère. Ce manque total de recul sur l'entreprise saute aux yeux dès la première séquence, dès ce montage trop rapide et intense pour qu'il soit laissé là au hasard. Comment Disney a pu laisser cette séquence où des pauvres se font pendre à la chaîne, et pourquoi un tel revirement de bord ? En faites, al réponse à cette question n'est pas que Verbinski tente d'aller plus loin dans la noirceur. C'est tout simplement pour faire croire que la saga évolue, alors que quelques secondes plus tard arrive l'unes des scènes les plus hilarantes du film: la chanson d'un petit bambin qui va être pendu, reprise par des dizaines de paysans devant lui qui commencent à chanter avant que le petit ne meurt comme les autres. Ridicule et surtout tellement exagérée que l'on se demande vraiment sur le réalisateur n'a pas voulu nous prouver qu'il pouvait foirer toutes les attentes des vrais cinéphiles dès la première apparition d'un élément "obscur" dans un film Disney. Mais c'était tellement beau, ce montage qui ne s'intéressait pas aux victimes et montrait vraiment la mort comme elle l'était à cette époque (froide et percutante), qu'il fallait bien évidemment exagéré pour bien montrer que OUI, on ose maintenant tuer les enfants. Et ce sera la même chose lors de la ridicule séquence à Singapour, où ni vu ni connu le réalisateur nous fait croire qu'il a tué "normalement" une femme chinoise d'une balle dans la tête, pour finalement juste attirer la haine du spectateur envers un sbire de Lord Beckett. C'est tellement gros comme manipulation de l'esprit que n'importe qui peut le voir arriver. En ça, et en ne respectant pas la confiance que l'on mettait dans les bras de l'auteur pour nous livrer un vrai spectacle qui ne se prend plus la tête et ne réfléchis plus à ses propres limites, Verbinski gâche toutes les chances de son côté.
Car la suite n'est pas de tout repos, puisque JUSQU'AU BOUT DU MONDE respecte en faites sont schéma initial pendant une petite heure avant de partir dans toutes les directions de manière totalement stupide, à l'image d'un épisode de DALLAS ou des FEUX DE L'AMOUR. Ici, tout est donc dans la parole et non plus dans le geste, puisque nous n'avons le droit qu'à quelques scènes d'action à peine pendant 2h30, avant une bataille finale totalement inutile et qui ne s'assume jamais en tant que foutoir général. C'est d'ailleurs le même reproche que l'on peut faire aux deux précédents épisodes: tout miser sur les intrigues entre les personnages pour laisser une place tellement maigre aux séquences d'action qu'elles deviennent vite gonflantes, tant elles sont dynamitées par des petites blagounettes déplacées (un nain qui vole, par exemple). Première scène d'action qui conclura un passage à Singapour faramineux: une bataille générale où les chinois s'associent à l'équipage du Black Pearl pour retrouver Jack au bout du monde justement. Le titre est respecté seulement dans la première partie du film, puisque Jack réapparaît comme par magie très vite et que le bout du monde n'est montré qu'au détour d'un plan où le Black Pearl dirigé par un Barbossa totalement fou allié tombe dans des chutes d'eau impressionnantes. Ce sera le seul moment où ce troisième volet justifiera son sous-titre, contrairement aux autres qui respectaient plus ou moins le défi qu'il prenait (raconter l'histoire d'un bateau, se lancer à la poursuite d'un coffre mystérieux). Ainsi, l'équipage étant au complet et tout les personnages étant revenus (même les deux gardiens du port du premier épisode sont de retour…), on assiste alors à un film ultra dialogué, un peu à l'image de la séquence du jeu de dés toujours aussi hilarante d'incompréhension dans l'épisode précédent: on ne comprend pas pourquoi on assiste à ça, on sait pertinemment où cela va mener mais c'est terriblement long et barbant. La règle est simple: tout le monde trahi tout le monde. D'où un Will Turner prêt à guider Beckett pour récupérer le Black Pearl et sauver son père, un Jack Sparrow tantôt du côté de Lord Beckett (du moins il fait semblant) tantôt du côté de Barbossa, un Davy Jones pour roule pour la police des mères mais qui veut à nouveau s'associer avec Calypso (l'unes des plus grosses arnaques du film), une Elizabeth qui suit la foule en se prenant pour un grand capitaine (attention au discours final d'avant-guerre), et même un amoureux transit récupéré en cours de route (vous savez, Norrington) qui tente de convaincre son entourage qu'il est toujours digne de confiance. Mais le massacre ne s'arrête pas là, à ce côté ultra bavard et prévisible. On aurait même préféré que le film soit plongé dans un excès de FX et de séquences d'action plutôt que de voir défiler sans conviction des séquences au potentiel jouissif (on aperçoit 1/10ème de ce qu'aurait pu être la réunion des pirates, grâce notamment à l'apparition du père de Jack Sparrow et à quelques personnages haut en couleur), et c'est ce qui dégoûte le plus: JUSQU'AU BOUT DU MONDE n'a rien d'épique.
Car arrivé à la dernière demi-heure, un premier constat arrive aux yeux du spectateur: celui d'avoir assisté à une arnaque, celle concernant le pauvre personnage de Calypso, cette déesse enfouie dans la prêtresse bizarroïde Tia Dalma. Non seulement on a eu droit à une séquence de dialogues tout aussi incompréhensible entre Sao Feng (qui meurt au bout de 40 minutes soit dit en passant) et Elizabeth, mais aussi à la promesse de voir débarquer sur grand écran la grande entité des océans. Finalement, à quoi on a le droit ? A un ensorcellement faussement drôle, à la vision d'un Gulliver géant sur un bateau qui fait des signes vaudous et qui raconte des choses dans un langage obscur devant un équipe traumatisé, et une transformation en crabes qui bannit l'espoir de voir vraiment le potentiel d'un tel personnage, quasi demi-Dieu pour les pirates. Au lieu de ça, il sert à quoi ? A créer une tempête et un trou à toilettes dans l'océan pour un affrontement faussement dantesque entre le Black Pearl et le Hollandais Volant, qui ne s'assume jamais comme il faut. Pourquoi ? Parce que le combat n'excède pas les 5 minutes à l'écran avant que l'on aperçoive une blague ou un élément extérieur pour dynamiter la séquence. Quitte à faire une vraie et longue bataille, pourquoi ne pas faire dans l'épique et le dantesque ? Faut-il obligatoirement que l'on assiste à un jeu du chat et de la souris entre Davy Jones et Jack, à l'arrivée de personnage extérieurs, à la demande en mariage interminable entre Will et Elizabeth ? Pourquoi PIRATES DES CARAIBES est il incapable de s'assumer, comme le font tout les Disney jugés plus adultes (ah LE MONDE DE NARNIA et ses personnages qui ne meurent jamais) ? Nous n'aurons aucune réponse dans cet épisode, puisque non seulement encore une fois personne ne meurt (même Will est épargné grâce à une malédiction rabâché 5 fois dans le film), mais en plus la fin laisse en suspens toutes nos attentes: Jack est encore dans la nature, le Black Pearl est à nouveau pour Barbossa et son équipage, et surtout (le pire de tout) Will revient après 10 ans pour découvrir un petit enfant tout beau tout propre. Franchement, on n'a pas vu pire comme séquence post-générique. Même celle de X-MEN 3 contenait plus de tension !
Heureusement, il reste une seule chose sur laquelle tout le monde est d'accord. On avait beau le trouver agaçant dans LE SECRET DU COFFRE MAUDIT (où il était quand même sacrément limité en terme d'action et de développement), il retrouve ici toute sa force et son impact: il s'agit bien évidemment de Jack Sparrow, le seul véritable personnage assumé de bout en bout qui ne trahit jamais la confiance que l'on a en lui. Et il sauve quasiment tout les scènes où il apparaît puisqu'on lui offre sur un plateau d'argent les séquences les plus délirantes et osés de la saga: un rêve de quelques minutes où il s'imagine en équipage de bateau (ce qui comprend le capitaine, le cuistot, les matelots, la poule qui pond des œufs et le dragueur de chèvre), un affrontement permanent entre lui et Barbossa pour décider du capitaine (d'où l'hilarité générée lorsque les deux ne font que répéter les paroles de chacun comme deux enfants se chamaillant en permanence), l'arrivée du Black Pearl prise comme un rêve où il ose insulter et maudire tout ceux qui sont venus le sauver, la captivité dans le Hollandais Volant où il s'imagine une nouvelle fois en squelette jouant avec son cerveau (il en vient même à le perdre), un affrontement très Sam Peckinpah ridicule dans la forme (ralenti, musique rock, premier degré) dans hilarante dans le rendu de Jack, et quelques courses où il apparaît comme un trouillard ou un lâche, ou tout simplement un peu des deux. Franchement, rien que sa présence et le jeu de Johnny Depp arrive à sauver une bonne partie du film, surtout lorsqu'il doit s'approcher de son père, le capitaine Teague (incarné par…Keith Richards of course !), et de la tête pétrifiée de sa mère qu'il trimballe sur sa ceinture. Jack Sparrow, respect absolu.
Si seulement tout pouvait être au niveau de Johnny Depp, on serait moins obligé de dire que les acteurs du film sont pour la plupart pitoyables ou inexistants, à l'image d'un Orlando Bloom qui repousse les limites du haussement de sourcils et du manque d'ironie dans ses actions pour nous montrer un Will Turner non seulement agaçant (voir tête à claque quand il tente de faire son rigolo), mais en plus qui prend des décisions sur un ton grave en fronçant les sourcils. Car Will pas content ! Donc Will fronce sourcils quand Will pas content. Un résumé qui peut aussi s'appliquer à la magnifique Keira Knightley, au fond du trou dès qu'elle ne s'amuse plus avec ses armes lors de la seule séquence potable à Singapour où elle retire tout un attirail étonnant et bruyant. Verbinski arrive même à rendre Geoffrey Rush parfois agaçant dans la première partie du film où il ne restitue pas le côté démentiel du personnage devenu un argument pour des blagues de Jack (ça marche bien mais c'est dommage), un Bill Nighy à nouveau vivant pour une séquence terrible (heureusement, le maquillage de Davy Jones est toujours aussi somptueux), tandis qu'on se demande réellement pourquoi le nom de Chow Yun-Fat apparaît sur l'affiche vu qu'il n'excède pas les 20 minutes d'apparition en tout à l'écran. Niveau second rôle, même constat: on lorgne entre le faussement terrible Tom Hollander (A GOOD YEAR) en Lord Beckett, le désormais dépassé Jonathan Pryce qui meurt enfin (dans un pillage du SEIGNEUR DES ANNEAUX ahurissant), la belle Naomi Harris dont le potentiel est totalement expédié, et surtout l'insipide Stellan Skarsgard qui est franchement affligeant en Bill Turner. La beauté des maquillages ne fera pas oublier le niveau désastreux du film, pas à la hauteur de son seul interprète digne de confiance: Johnny Depp of course.
A scénario insipide et vain, à réalisateur de plus en plus académique (un plan épique – un dialogue – un plan épique), à producteurs attirés par les masses astronomiques qu'une telle arnaque peut rapporter, JUSQU'AU BOUT DU MONDE est donc dénué de sens et de vraies qualités, sauvés par ci et par là essentiellement par le désormais cultissime Jack Sparrow, bien plus à l'aise en roue libre comme dans le premier qu'en personnage trop utile dans le second. Ici, il est d'ailleurs totalement absent de l'intrigue principale qui va dans tout les sens pour finir dans un trou de toilettes interminable, et montrer qu'en tuant Lord Beckett, toute la guerre envisagée est terminée. Alors pitié messieurs, attendez au moins 3 bonnes années de tranquillité pour nous refiler un produit que l'on espère aussi rigolo mais pas aussi chiant (interminable même), parce qu'on aimerait bien rester tranquille avec les vrais blockbusters dignes de confiance. Vivement THE DARK KNIGHT tiens !

"Une Vieille Maîtresse" de Catherine Breillat
Note: 4/10
Rares sont les auteurs comme Catherine Breillat. Non pas que la réalisatrice accomplisse monts et merveilles à chaque réalisation, mais le simple fait de pouvoir passer dans une production française trop frileuse de films érotiques aux tendances malsaines et pornographiques à une adaptation d'un roman d'un classicisme étonnant et direct successeur des LIAISONS DANGEREUSES de Laclos révèle du pari osé, mais pas forcément tenu. On retiendra en effet surtout la possibilité pour un tel auteur de passer d'un extrême à l'autre (le film contemplatif aux romances passionnelles) tout en conservant sa patte et ses personnages féminins toujours haut en couleur, pour faire d'UNE VIEILLE MAITRESSE un film très Breillat plus qu'une simple transposition du roman de Barbey D'Aurevilly. Il aura fallu beaucoup d'encre et de courage pour arriver à Cannes pour la présentation en compétition de ce nouveau film beaucoup plus accessible et "propret" en apparence qu'un ANATOMIE DE L'ENFER ou ROMANCE X. Mais si l'affiche ne promet pas les dérives sexuelles chères à la cinéaste, il conserve en revanche une partie de ses défauts et de ses tendances à faire beaucoup pour peu de scénario. Le résultat est mitigé.
Paris, 1835. Le jeune libertin Ryno de Marigny est promis à la belle Hermangarde, petite fille de la Marquise de Flers qui lui cherche depuis des lustres un homme avec qui elle pourrait être heureuse. Si elle voit en Ryno le gendre parfait, elle ignore encore tout du secret de ce dernier. En effet, depuis 10 ans maintenant, il voue une passion étrange et charnelle à Vellini, une espagnole de six ans son aîné, dont la beauté repoussante et le charme électrisant l'ont emmené dans les pires moments de débauche et d'amour. Une courtisane scandaleuse qui pourrait bien créer des tourments dans l'union sacrée entre Ryno et Hermangarde.
En faites, le plus étonnant dans cette œuvre pourtant très contrastée, c'est qu'elle arrive à créer une sorte de fascination et d'intérêt subit dans sa première partie, maîtrise totale de construction et de rythme, où Breillat prouve qu'elle peut s'éloigner de ses moments interminables qu'elle aime tant pour se concentrer sur une intrigue réellement intéressante, suffisamment poignante et fascinante pour créer une mise en abyme osée et inattendue. Après avoir présenté succinctement ses personnages petit à petit, dans un ordre totalement contraire aux conventions habituelles (on part d'un petit couple bourgeois agaçant pour arriver à Vellini avant de découvrir le véritable héros, Ryno), Breillat tente l'impossible en créant un dialogue amical entre la Marquise de Flers et Ryno, tout deux aux courants des intentions et des sentiments de chacun des deux partis. D'un côté, un libertin trop courtisan pour être honnête (c'est ce que tout le monde pense avant le mariage bien entendu), digne successeur de Valmont des LIAISONS DANGEREUSES auquel Breillat fait subitement référence de manière amusante dans un dialogue entre le Vicomte et la Comtesse, qui est accablé par les préjugés que les gens lui collent à la peau depuis que sa liaison avec Vellini a été révélé à Paris tout entier. De l'autre, une vieille dame naïve qui pense réellement que sa fille a trouvé l'homme de sa vie, et qui veut réellement que cette union débouche sur quelque chose de concret. Le mariage est unique et ne doit pas être gaspillé, d'où la tentative de la Marquise de connaître les intentions de Ryno. Et voilà qu'il se lance dans le récit en flash-back de sa relation tumultueuse avec Vellini, qui gagne en intensité au fur et à mesure de ses paroles et de sa voix-off peu présente (tant mieux, cela fait moins gonflant et plan-plan).
Mise à part quelques allers-retours académiques temporels pour rappeler au spectateur qu'il est en train de regarder le récit de Ryno face à sa future belle-mère, il est réellement plongé dans l'intensité de cette relation qui part d'abord d'une rencontre, développée du premier au dernier moment par la cinéaste qui visiblement s'intéresse beaucoup au jeu de séducteur sans fin que mène Ryno pour séduire Vellini, ramenée en France par un vieux Comte richissime, et hébergé par l'un de ses seuls amis haut placé. Jouant de ses relations, il va ainsi s'inviter dans une petite fête costumée pour tenter une première approche de cette femme qu'il jugeait hideuse au premier abord, et qui lui voue visiblement une haine sans fin. Quelques cris et claques plus tard, Ryno se lance désespérément à sa recherche et se réserve le droit de frapper son mari le Comte, qui dans un affrontement digne de BARRY LYNDON (Ryno choisit de ne pas tirer sur son adversaire mais est cruellement blessé) va réussir en apparence à tuer le courtisan. Mais c'est sans compter l'amour naissant de Vellini pour cet homme, qui après une scène très crue et étonnement bien faite d'opération chirurgicale où on lui enlève en gros plan la balle dans son épaule, se retrouve donc projeté dans une relation saine. A partir de là commence la deuxième étape de son récit, un peu moins intéressante mais bien menée si l'on prend en compte la fascination décroissante de la réalisatrice pour ses personnages. On commence donc sur les chapeaux de roue avant de continuer sur les étapes importants de cet amour qui se dissipe: un voyage en Afrique qui se conclue par la mort de leur petite fille (où l'on peut voir une scène ridicule où Vellini fait l'amour à Ryno en pleurs devant le corps brûlé de leur fille en plein milieu du désert), l'amour qui se dissipe petit à petit chez le couple mais qui continue à se voir à cause de leur attirance sexuelle mutuelle, l'intérêt que porte Vellini pour Ryno et qui contre toute attente tient finalement à ce libertin trop jeune pour elle, et enfin la rupture qui n'en est pas une puisqu'ils continueront à se voir jusqu'au mariage de Ryno.
De retour dans le présent, on aurait pu penser que l'intrigue allait éclipser bon nombre de détails prévisibles, mais Breillat fait l'erreur de raconter la fin d'une relation déjà bien stéréotypée pour l'époque de fond en comble, développant sans passion les détails de l'après mariage, soit l'installation du nouveau couple au bord de la mère, suivi de près par la maîtresse de Ryno qui continue à croire en leur relation alors qu'elle était la première à vouloir arrêter leurs ébats sexuels. On entre ici dans la dernière partie du film, pratiquement toujours interminable et trop longue, qui ne sais jamais où en venir: le couple se balade, Hermangarde est enceinte, le couple est de plus en plus proche, Vellini réapparaît, la relation avec la maîtresse reprend, et le film se conclue sur les mêmes bourgeois qui ouvraient le film, qui font l'état du gâchis qu'a constitué le mariage entre Ryno et la petite-fille de la Marquise. Breillat allonge ses scènes, fait dans la contemplation inutile et reprend tout ses tics que l'on pouvait reprocher, surtout dans ANATOMIE DE L'ENFER. Ainsi, on a donc le droit à des scènes de sexe interminables et étalés sur des minutes précieuses, qui finalement racontent toutes la même chose (les amants sont liés par le sexe, qu'ils le veulent ou non), des dialogues minimalistes et peu attachés à l'intrigue (la rupture entre les amoureux se fait à grand coup de cinq répliques maximum), et des situations plus que prévisibles qui plongent le spectateur dans un état de somnolence inattendu. Ce qui avait si bien commencé malgré l'académisme de la mise en scène théâtrale et des dialogues parfois totalement faux de Breillat se transforme en une énorme farce qui prend de plus en plus d'ampleur et de temps pour finir sur une note faussement optimiste et attendue déjà 30 minutes plus tôt. Le pauvre public sait pertinemment où le couple va, comment les amants vont finir, mais Breillat ne veut pas le reconnaître et continue de faire son film comme ci de rien n'était, et c'est le reproche principal qui plongera UNE VIEILLE MAITRESSE dans une débauche de style et de sentiments absents auparavant. On finit endormi, se levant de son siège avec de la fatigue jusqu'au bout des ongles, et déçus de ne pas avoir pu sortir quelques dizaines de minutes plus tôt avec un récit plus condensé et moins vain. Ce ne sera donc pas le film de la reconquête du public: Breillat est toujours une cinéaste incompris et inaccessible pour les ¾ des spectateurs et cinéphiles.
Il y a cependant quelque chose à sauver dans ce film, et il s'agit d'une femme. D'une très grande femme doublée d'une actrice merveilleuse et sensuelle. Il s'agit bien entendu d'Asia Argento, fille de, de plus en plus présente cette année avec pas moins de 3 films à Cannes et plusieurs projets en route: THE THIRD MOTHER de son père Dario, le génial BOARDING GATE d'Olivier Assayas qui sortira à la fin de l'été (et où elle fait un tête à tête violent avec Michael Madsen), GO GO TALES d'Abel Ferrara, DE LA GUERRE et son casting excellent (Laurent Lucas, Mathieu Amalric, Clotide Hesme). La réalisatrice de SCARLET DIVA (bouh bouh) et du LIVRE DE JEREMIE (très bon) met du piment dans le film de Breillat pour devenir une femme gracieuse, enivrante, parfois laide ou parfois sublime, alternant les séquences d'émotions bizarroïdes (elle couche et pleure en même temps) et d'érotisme pur et dur, se donnant corps et âme pour un rôle pas toujours compréhensible, accent italien à l'appui. Face à elle, la révélation du film ne sera pas aussi tonitruante qu'annoncé mais mérite d'être annoncé: le jeune Fu'Ad Ait Aattou (ça ne s'invente pas) arrive à être très crédible malgré son rôle convenu et son manque de finesse dans ses relations amoureuses pourtant très complexes. Au niveau des seconds rôles, franchement rien de bien transcendant: Roxane Mesquida (SHEITAN) est relégué au cinquième plan malgré sa grâce évidente et sa beauté fascinante, Yolande Morreau n'assure pas tant que ça dans le film d'époque (pourtant qu'elle est drôle dans ENFERMES DEHORS !), Claude Sarraute nous fait une composition régressive de la belle-mère attendrie qui s'allonge ne buvant son petit Porto (mon dieu que c'est ridicule !), Michael Lonsdale conserve son prestige comme d'habitude, tandis que l'on aperçoit au détour de quelques plans la magnifique Amira Casar (ANATOMIE DE L'ENFER, TRANSYLVANIA), la chanteuse Lio faire n'importe quoi en Allemand, et Anne Parrilaud (SEX IS COMEDY) joue les comtesses meurtries au détour d'un petit plan hilarant. Rien de bien transcendant dans l'univers du cinéma français donc, surtout après LES CHANSONS D'AMOUR et LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON, les deux autres films sélectionnés à Cannes.
Etonnant en première partie, agaçant et inutile en deuxième, UNE VIEILLE MAITRESSE n'apportera finalement pas sa pierre à l'immense édifice que constituent les reconstituions historiques et les passions amoureuses. Loin de son modèle signé Stephen Frears tout de même, Catherine Breillat ne cède pourtant pas à la volonté de faire un film plus accessible, et c'est ce qui donne un charme à son nouvel opus. Elle aime le sexe, elle aime les femmes, elle aime les complications amoureuses, et elle ne cède à aucune forme de censure pour adapter un roman forcément moins percutant que dans l'imagination de la réalisatrice. Ce sera déjà ça de prouver.

"Le Scaphandre et le Papillon" de Julian Schnabel
Note: 8/10
Américain, peintre, réalisateur de deux longs-métrages (BASQUIAT et AVANT LA NUIT), photographe à ses heures, Julain Schnabel est un artiste simple et enthousiaste qui a pris le parti pris de faire une chose que personne n'aurait osé faire dans une production hollywoodienne: retourner aux sources de son matériau d'origine. Car il faut dire que le projet d'adapter sur grand écran LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON était carrément casse-gueule sur le papier. Regardez plutôt: Jean-Dominique Bauby, rédacteur en chef de ELLE dans les années 90, se retrouve paralysé à la suite d'un accident vasculaire inattendu. Atteint d'un "locked-in syndrome" qui transforme son corps en scaphandre impossible à enlever, Bauby communique avec le monde extérieur grâce à son œil gauche, seul élément de son corps fonctionnant encore parfaitement. Il entreprend alors d'écrire ses mémoires avec l'aide de son entourage, avec une patience et une détermination inattendue: le livre devient un best-seller émouvant, LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON. Les années 2000 laissant la part belle aux adaptations de romans en tout genre, c'est donc sans stupéfaction que DreamWorks et Kathleen Kennedy (grande collaboratrice de Spielberg, comme Frank Marshall justement) s'intéressent au cas de Bauby, en privilégiant les émotions plutôt que les démonstrations de style, d'où le choix inattendu d'un auteur comme Schnabel. Mais le réalisateur prend tout le monde a dépourvu: bien que le film soit une production américaine, écrite par un scénariste anglais (Ronald Harwood, scénariste déchu d'OLIVER TWIST et multi récompensé du somptueux LE PIANISTE) et produit par des grands pontes d'Hollywood, le cinéaste choisit de tourner son film uniquement en français avec des acteurs pour la plupart français, exception faite d'un immense acteur américaine qui s'expérimente au cinéma mondial (on verra en effet Max Von Sydow en français dans RUSH HOUR 3). Au final, ce choix ne peut que paraître judicieux lorsque l'on découvre le film sélectionné à Cannes en compétition officielle tant LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON apparaît comme une vision sincère, pas forcément parfaite mais menée à bien par une équipe qui rend hommage à un homme coincé dans son propre corps, supportant sa douleur et sa tristesse pour son attachement à la vie et à l'humain qui est en lui.
Le film suit donc l'hospitalisation douloureuse et triste (mais absolument pas pathos, comme dirait les journalistes à la mode) de Jean-Dominique Bauby, en se plaçant directement à l'intérieur de l'homme, porté par un monologue intérieur judicieux. Regardant le monde extérieur avec son œil gauche et communiquant grâce à sa paupière et un alphabet reconstitué pour l'occasion, il décide alors de laisser place à son imagination et ses souvenirs pour retracer sa vie et retrouver la mémoire, afin de laisser une trace dans la littérature à travers un roman autobiographique douloureux.
LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON apparaît vite comme une véritable expérience cinématographique plutôt qu'une simple adaptation d'un roman à succès, certes horrible mais qui a quand même cartonné et reçu des critiques exemplaires. Julian Schnabel sait qu'il s'attaque à un livre lu, mais surtout à un personnage, à un humain, à un homme ayant réellement exister, d'où le besoin essentiel de se placer dans sa tête. Choix judicieux puisque pendant une demi-heure et ensuite pendant une bonne partie du film, nous suivons Jean-Dominique Bauby dans sa tête. Porté par un monologue intérieur que personne n'entend et par des clignements de l'œil interrompant les visages perçus à la première personne, cette caméra subjective donne à la première partie du film un impact beaucoup plus exemplaire que prévu. Schnabel sait ce qu'il fait, et cela se voit: il ne veut pas donner à ses cadres des dimensions épiques, il veut filmer de façon contre artistique (tout les visages et conversations sont coupés par les allez retours de l'œil et les clignements de paupières) et se donne tout les moyens pour développer son concept pour mieux emmener le spectateur dans la peau de cet homme. Nous sommes inviter à devenir des prisonniers, des "locked-in" de nos corps, comme Bauby, pour comprendre sa douleur et sa tristesse, mais sans jamais chercher à nous faire pleurer de pitié. Le but non avoué est de dresser le portrait d'un homme extraordinaire qui ne sera jamais montré comme tel, car ce n'est pas un héros ordinaire: il est soumis, il est une loque humaine terrassée par la maladie et la paralysie, et nous subissons comme lui les aléas de son été.
Passé cette première partie particulièrement saisissante et passionnante dès les premières images, le récit s'ouvre sur l'extérieur pour ne pas virer à l'expérimentation. Car si Schnabel décide à quelques moments de revenir à la narration subjective, c'est surtout la voix-off et les pensées de Bauby qui l'intéressent, quitte à montrer clairement le corps défiguré et à la limite du repoussant du rédacteur en chef, mais pas pour simplement nous dire "regarder comme il est hideux, il faut pleurer". En fait, Schnabel ne cherche jamais cela, il cherche juste à dépeindre une histoire qui donne libre court aux pensées, aux rêves et à l'imagination débordante de Bauby. C'est là que son éloge intervient: Bauby n'est pas un héros pour avoir survécu tout ce temps et avoir écrit un livre, mais juste parce qu'il s'est rattaché à une chose que les artistes oublient parfois dans leur recherche de vérité. Il s'agit simplement de l'invention et du souvenir, de l'imagination et de la mémoire. C'est là que le film se lance alors, puisque Bauby annonce clairement qu'il veut retrouver tout ce qu'il a perdu dans son accident. Il peut imaginer n'importe quoi, n'importe où et n'importe quand, et s'en sert à la fois pour fantasmer sur des choses qu'il ne peut avoir (les femmes qui l'entourent tout au long de sa paralysie) mais aussi pour retrouver les amours qui ont bercé son existence. Recevant les visites de ses amis, de vieilles connaissances inattendus (un journaliste pris en otage un peu à cause de lui sur un vol pour Beyrouth), de sa femme trahie qui tient encore à lui, de ses enfants, et attendant avec impatience la venue de sa maîtresse, il se remémore des moments clés où ses doutes ou ses envies ont décidé de son sort. On revit donc avec lui un voyage pour Lourdes déclenché par la visite d'un prêtre un peu trop condescendant, une visite chez son père déjà vu comme une figure d'autorité bafouée et triste (son appel à la fin du film est déchirant), sa liaison avec une femme étrange que l'on aperçoit seulement dans ces retours en arrière parfois longuets (le plan interminable sur la nuque de la dame est désarçonnant), tout en conservant une part d'imagination amusante, puisqu'il tente de revivre certains moments ou d'imaginer des choses amusantes pour s'en sortir.
La démonstration est donc parfois exemplaire mais se perd par moment dans la suite du film, à force de contemplation inutile et de répétitions pesantes. L'alphabet utilisé spécialement pour l'écriture du roman se retrouve donc mis à toute les sauces: il sert de lien entre Bauby et la femme à son chevet, de rupture entre lui et sa femme lors de l'appel de sa maîtresse, et d'impossibilité de communiquer avec son père, horrifié par la situation. Mais par moment, on s'ennuie tellement devant tant de banalité (recherchée par Schnabel justement) que l'on se demande où le cinéaste veut en venir, car on a très vite compris ce qu'il veut dire. Il en va de même pour des répétitions fortement déconcertantes: Schnabel tente l'irréaliste et l'humour en utilisant un retour en arrière délirant où intervient une jeune noble ayant fondé l'hôpital où se trouve Bauby, qui s'imagine en train de l'embrasser ou de guérir à ses côtés. Des petits trips vus à l'intérieur du crâne de Bauby, comme cette scène longuette faisant penser à un film d'horreur expressionniste, avec un décor déstructurée et un lit de mort où se trouve le cadavre désarticulée de notre héros, horrifié par tant de silence et de compassion. Heureusement que techniquement, le film se révèle bien plus passionnant que son récit qui s'embrouille un peu dans la deuxième heure avant de finir avec un retour en arrière absolument somptueux de mélancolie, où l'on découvre le jour de l'accident de Bauby après une visite longuette de Paris. Schnabel filme de façon innovante et très spéciale, privilégiant la subjectivité pour déconstruire ses plans (les acteurs ne sont jamais totalement au centre) ou même l'imagination de Bauby pour tenter quelques plans osés, souvent des panoramiques qui tournent sur eux-mêmes ou de nouvelles façons de filmer Paris par en bas (l'anti-plan zénithal par excellence). Mais le tout est surtout porté par la photographie absolument sublime de l'immense (que dis-je, du génie) Janusz Kaminski, le directeur de la photo attitré de Spielberg, qui charge l'image du film de grains et de couleurs spéciales afin de participer à la création de plans tenant plus de la peinture que du cinéma, comme la chute des rochers de glace ouvrant et fermant le film. Gros coup de cœur aussi pour les quelques musiques utilisées dans le film, allant de la balade à la voix ténébreuse (ALL THE WORLD IS GREEN de Tom Waits) à la musique rock délibérément amusante lors d'une scène de contemplation de Lourdes étonnante, tirée justement de l'album d'Emmanuelle Seigner (DON'T KISS ME GOODBYE d'Ultra Orange).
Rien à redire sur la partie artistique et technique du film, ni non plus sur le casting franchement parfait du film. En faites, les américains ont le don pour réunir les meilleurs talents français, ce que peu de cinéastes de ce pays arrivent à faire à quelques exceptions prêtes (NE LE DIS A PERSONNE par exemple). Schnabel s'entoure uniquement d'acteurs capables de parler français et de déchirer le cœur du spectateur, et il y arrive aisément grâce à une direction d'acteurs qui tient plus de la passion que de la technique. On sent réellement derrière les images et les jeux que Schnabel a déconcerté ses comédiens pour mieux les faire entrer dans son récit sensoriel et son trip imaginatif débordant de sincérité. D'où la passion mise par le toujours parfait Mathieu Amalric, qui bien loin d'incarner une performance typique du biopic (même si les scènes sur son visage ont été grimés au maximum), arrive à transcender le film par ses allez retours entre sa dynamique dans ses rêves et flash-back, et sa voix-off tonitruante lors de sa paralysie. Il nous emmène loin dans l'esprit de Bauby, n'hésitant pas à faire de l'humour (la scène avec la prêtre est hilarante de cruauté), du fantasme (il rêve beaucoup de femmes) ou de la tristesse à l'état pur (ses regrets sont déchirants). Une bien belle interprétation bien loin de ce que l'on pouvait imaginer. Niveau féminin, Schnabel sait aussi choisir de très belles femmes et de très belles comédiennes: Emmanuelle Seigner est bouleversante (comme dans son premier album à mi-chemin entre Air et Feist, que je recommande chaudement), Anne Consigny (36 QUAI DES ORFEVRES, ANNA M, LE BISONest étonnante de simplicité et de sincérité, Marie-Josée Croze (NE LE DIS A PERSONNE justement) déborde d'enthousiasme avec son sourire aguicheur, Olatz Lopez Garmendi (AVANT LA NUIT) use de son accent agaçant et de sa plastique attirante pour séduire implicitement Bauby et le torturer, Patrick Chesnais (JE NE SUIS PAS LA POUR ETRE AIME) et Niels Arestrup (DE BATTRE MON CŒUR S'EST ARRETE) sont étonnant de simplicité, Marina Hands (LADY CHATTERLEY) incarne la figure rêvée et absente, Emma De Caunes fait une apparition gonflante mais mignonne en impératrice, tandis que Isaach de Bankolé (immense dans CASINO ROYALE) révèle une part d'humour insoupçonnable. Mention spéciale à l'immense Max von Sydow (DUNE, MINORITY REPORT, L'EXORCISTE) dans un rôle à la française où il excelle et déchire le cœur, et à l'incroyable dernier rôle de Jean-Pierre Cassel. Définitivement deux grands acteurs de la même génération.
Simple, efficace et parfois même trop expérimental et longuet pour être apprécié à sa juste valeur, LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON est une histoire déchirante qui ne cherche pas à l'être. C'est juste le monologue intérieur d'un homme blessé et bloqué, qui utilise son imagination pour sortie de la monotonie et de son envie de mourir. Une œuvre suffisamment bouleversante pour plaire à Cannes et peut-être récompensé la performance assez exceptionnelle d'un Mathieu Amalric en grande "forme". La vision de Julian Schnabel fait en tout cas plaisir à voir: c'est l'unes des premières adaptations hollywoodiennes à transcender totalement son roman d'origine. Et ce ne sera pas la dernière !

"Les Chansons d'Amour" de Christophe Honoré
Note: 9/10
LES CHANSONS D'AMOUR, c'est le projet rêvé que toute une génération de cinéphiles attendait, mais encore plus fantasmé par les critiques et les producteurs du cinéma français. Le pari était au départ assez osé de la part de Christophe Honoré, qui enchaîne les films de manière étonnante: adapter son style si particulier et crépusculaire pour faire un film en apparence plus "grand public" à cause de son thème, l'amour à travers les chansons. Film plus populaire ? A la surface oui, puisqu'en plus d'être une sorte de comédie romantique autour d'un trio amoureux cocasse (en première partie uniquement), Honoré prend le parti pris de faire une vraie comédie musicale, genre qui ne doit compter aujourd'hui uniquement sur le patrimoine laissé par Jacques Demy et ses œuvres cultes plutôt que les tentatives vaines apparues depuis quelques années (qui se souvient des autres si ce n'est de LOLA, LES PARAPLUIES DE CHERBOURG ou LES DEMOISELLES DE ROCHEFORD ?). EN plus de cela, la promotion de ses CHANSONS D'AMOUR colle parfaitement au 60ème festival de Cannes où il est pour l'instant grand favori de la sélection. Alors, est ce que l'auteur de l'étrange DANS PARIS, hommage pompeux à la Nouvelle Vague mais parfait dans sa direction d'acteur, est-il arrivé à dépasser ce simple statut initial pour transcender les codes du genre imposé et faire de son film un drame musical surprenant ? Oui et mille fois oui: LES CHANSONS D'AMOUR est un des seuls films français que l'on retiendra d'ici une dizaine d'années voir plus, à la fois totalement brillant et déchirant. La palme d'Or ne serait pas volée !
La vie d'Ismaël est compliquée en ce moment. Il vit une relation passionnelle et étrange avec Julie, qui ne cesse de lui dire "je t'aime" à travers ses crises de jalousie de plus en plus fréquentes. Face à cela, son couple s'élargit puisque les deux amoureux entament un ménage à trois avec Alice, collègue d'Ismaël particulièrement aguicheuse et faussement lesbienne. Mais lorsque Julie meurt d'une crise cardiaque au beau milieu d'un trottoir de Paris, la vie de ce jeune homme amusant est totalement bouleversée et chamboulé. C'est un véritable cataclysme qui entraîne tout sur son passage: ses certitudes, sa volonté de vivre, ses sentiments. Mais peut on vivre éternellement dans le chagrin ?
Découpé en trois parties complémentaires et pourtant bien différentes dans leur traitement des émotions qui évoluent constamment, LES CHANSONS D'AMOUR commence sur un titre énigmatique: Le Départ. Malheureusement souvent révélé dans les talk-show français, la résolution de cette première partie apparaît clairement comme la première expérimentation de Christophe Honoré, qui prend à contre-pied toutes les attentes possibles de son film, allant même à l'encontre de son affiche populaire et "branchouille" pour livrer un vrai film d'auteur exceptionnellement riche, à mi-chemin entre l'amusement et les situations de plus en plus grave. Le film s'ouvre donc clairement sur l'ouverture d'un couple, celui formé par Ismaël et Julie. Deux personnages hautement amusantes et sympathiques, qui ne cessent de se réconcilier avant de se séparer, pour mieux se remettre ensemble à la fin de chaque petite broutille qui les agace. Toujours obsédé par ses décors parisiens étonnants (la première partie utilise avec sagesse les rues parisiennes), Honoré prend le parti pris de commencer son film sur un ton léger, presque burlesque, faisant clairement penser à Jacques Demy, son inspiration principale. Il prend le temps de créer un trio amoureux clairement différent de la moyenne, puisque Alice se situe à mi-chemin entre la maîtresse adorée d'Ismaël capable de détruire le couple, mais aussi la bonne amie servant de transition entre les deux personnages. Finalement, elle sert surtout à reprocher les deux autres autour d'elles au détriment de sa propre attirance pour Ismaël, dévoilée au détour d'une scène de concert où elle tente de le rendre jaloux, en vain. C'est d'ailleurs dans cette scène qu'on assiste au départ en question: la mort totalement inattendue et déchirante de Julie, subissant une attaque cardio-vasculaire en pleine rue. Une mort portée par une expérimentation sublime des photographies sépia et du son off (les dialogues des policiers et pompiers sont souvent hors champs et prennent peu de place sur la bande-son envahie par les sirènes et les pleurs d'Ismaël). Honoré fait mourir son héroïne pour s'intéresser à autre chose dans les relations amoureuses: le pardon et la redécouverte de ses propres sentiments, de ses propres sensations.
Mais pour cela, le couple restant formé par Ismaël et Alice de plus en plus éloignés l'un de l'autre doit subir une deuxième partie plus grave et plus glauque: L'Absence. Honoré se pose alors des questions judicieuses auquel il répond grâce à une galerie de personnages secondaires. La première est: comment se placer par rapport à la famille de la défunte ? Considéré comme un membre unique de la famille de Julie, Ismaël doit alors faire face à l'envahissement progressif et agaçant de Jeanne, qui est chargée de remettre en ordre son appartement, alors qu'il ne peut pas lui-même s'empêcher de repenser à Julie et de se torturer l'esprit à cause de sa part de culpabilité envahissante. Comment combler le vide laisser par un être aimé ? Alice et Ismaël tentent justement de remplir ce vide par des liaisons sans importance. La première passe quelques temps avec un petit ami rencontré le soir de l'accident, mais le quitte rapidement, ne pouvant s'empêcher de revenir sur Ismaël et son côté séducteur indéniable. Ce dernier tente lui-même d'abord de chercher la femme ressemblant le plus à Julie (une serveuse en face de chez lui) pour finalement se rendre compte qu'il est dans la mauvaise direction, même lorsqu'il entame une liaison étrange et implicite avec le jeune Erwann, homosexuel recherchant l'amour d'un être mur. Bien évidemment, avec leur culpabilité et leurs relations avec leur entourage (Ismaël doit tenir la même place aux côtés des parents de Julie mais n'en a plus le cœur ni l'envie), personne ne peut avancer. Le seul moyen pour continuer de vivre est d'accepter d'être aimé à nouveau.
D'où la troisième partie, Le Retour. Si Alice se lie peu à peu d'amitié avec une autre femme, l'unes des sœurs de Julie justement qui semble la moins touchée par la mort de sa sœur mais qui finalement se révèle très vite dépassée par les évènements (elle refoule ses sentiments sur ses examens et la littérature), Ismaël va très vite se rendre compte que le seul moyen de dépasser les évènements est de faire une fois pour toute son deuil (une dernière visite sur la tombe de Julie), de ne pas écouter les autres et leurs agressions verbales (Jeanne semble choquer de son comportement mais ne comprend rien à ce qu'il cherche réellement) et surtout d'accepter l'amour d'un autre être, homme ou femme. Cet autre être sera incarné par l'étrange Erwann, un breton bien dans ses baskets qui incarne à la perfection la figure de l'amoureux transit et obsédé, jeune et insouciant, mais qui finalement sera la seule porte de sortie pour le héros blessé dans son orgueil et sa rencontre. Et une fois accepté, leur amour ne pourra qu'explosé de plus bel: Ismaël et Erwann sont faits l'un pour l'autre, que Julie ait existé ou non. Et la dernière séquence chantée du film le prouve, tout comme les derniers mots d'Ismaël: il vaut mieux aimer rapidement durant une période trop courte, mais aimer passionnément et avec tout son cœur. C'est comme ça que l'on avance dans la vie, pas en s'obligeant à supporter des reproches ou en vivant avec l'impression que le deuil sera permanent dans son cœur. C'est finalement la plus belle leçon du film.
Mais parler uniquement des thèmes des CHANSONS D'AMOUR est comme oublié de parler de la chose la plus essentielle d'une satire ou d'un film au message puissant. Car c'est avant une comédie musicale, du moins un film chanté bien différent des autres tentatives du genre. Bien loin des mises en abyme gonflantes de CHICAGO ou DREAMGIRLS (tout les personnages sont des chanteurs ou chanteuses et subissent des intrigues parallèles peu réconfortantes), LES CHANSONS D'AMOUR privilégie les chansons passionnés et entraînantes pour faire avancer l'histoire et ne pas reposer uniquement sur des expérimentations et sur une histoire d'amour bafouée. Sans ces moments musicaux servant parfaitement de transition entre les histoires ou entre les séquences différentes, le film de Christophe Honoré perdrait de son dynamisme et de son côté tragédie chantée si particulier. Ecrite par le spécialiste Alex Beaupain (déjà auteur de quelques chansons sur DANS PARIS), toutes les chansons ont surtout été interprétées avec mæstria par un quator d'acteurs exceptionnel. Côté masculin, Louis Garrel (acteur fétiche de Christophe Honoré, qui a joué dans tout ses films sauf un, "qu'il a immédiatement regretté" dixit l'acteur dans ses interviews hilarantes) étonne son monde grâce à une voix sans cesse troublante, bien loin de son air nonchalant et ténébreux, tandis que le jeune mais tout aussi talentueux Grégoire Leprince-Rinquet (LES EGARES) entame quelques airs amoureux sacrément bien trouvés, peuplé de rimes sympathiques et vivifiantes (voir le "breton" associé à une "crêpe au citron"). Côté féminin, les deux magnifiques actrices à embellir le film sont la mignonne Ludivine Sagnier qui profite de son statut de star pour mourir au bout d'une demi-heure et laisser planer son absence sur le reste du métrage, tandis que Clotide Hesme (LES AMANTS REGULIERS, LES LIENS DU SANG) emporte tout sur son passage. Belle, brune, grande et magnifique, elle entame quelques refrains par-ci par-là et justifie amplement sa position de troisième femme dans un trio bien mouvementé. On comprend sans aucun doute pourquoi Ismaël hésite sans cesse entre ces deux belles femmes, et surtout pourquoi ils entament en chanson l'un des plus beaux airs jamais entonnés dans les rues de Paris: le meilleur morceau du film, JE N'AIME QUE TOI. Sans compter les mélodies radieuses de LA BEAUTE DU GESTE et de J'AI CRU ENTENDRE, hymnes à l'amour et à la passion, quelque soit les genres.
Si LES CHANSONS D'AMOUR reçoivent en tout cas un prix à Cannes, ce sera totalement mérité. Bouffée d'air frais dans la production française qui se cantonne aux suites ou aux comédies gonflantes, le film de Christophe Honoré étonne par son engouement, par ses comédiens bluffant et par son scénario totalement maîtrisé de bout en bout. Quelques moments de longueurs n'empêchent pas le spectateur d'assister à un film magnifique, qui restera dans les annales dans les années à venir. Une référence immédiate, encore plus passionnants que les films de Jacques Demy, et pour cause: les chansons sont d'une profondeur qu'elles impliquent les acteurs jusqu'au bout. Merci Monsieur Honoré !

Il suffit que l'actualité cinématographique réunisse deux esprits du cinéma amateur de Blogorama pour donner lieu à un projet aussi jouissif que casse-gueule sur le papier. Après maintes tentatives de collaboration cinématographique, Budd et moi-même avons maintenant trouver une idée dont nous sommes plutôt fier pour améliorer l'impact des films sur les blogs de Dvdrama, et pour surtout laisser libre cours à l'imagination débordante de nos réalisateurs en herbe dont nous sommes tous fiers tout en conservant des limites budgétaires et créatives décentes. Fans de GRINDHOUSE (qui n'a jamais entendu parler de ce chef d'œuvre jouissif ?) et de la collaboration entre Rodriguez/Tarantino, nous avons eu l'idée il y a quelques jours du BLOGORAMA DOUBLE-FEATURES. Explications.
Sous ce nom anglais pompeux et énigmatique se cache en faites une collaboration. Celle de deux réalisateurs des blogs, qui s'associent pour livrer un double-feature dans la pur tradition des GRINDHOUSE, ou alors qui justement se complètement au niveau du style ou de l'histoire. L'idée est de donner la chance à 2 réalisateurs de livrer leur propre vision des double-features en s'associant par groupe selon les proximités, les envies ou le hasard, livrant ainsi un bon gros film qui pourrait même atteindre les 40 minutes (20 minutes par segment semble judicieux) qui sera présenter sur les blogs. Nous voudrions en faites demander à tout les réalisateurs disponibles, capables de mettre en scène et de profiter d'un thème imposé (chaque groupe donne un thème à l'autre, et ainsi de suite), de s'associer en plusieurs groupes 2 par 2 afin que, tout les deux ou trois mois, nous pouvions présenter un double-features estampillé BLOGORAMA. Le but non avoué est de créer une anthologie de 5 films comme ceux-là au moins qui sera disponible dès Juillet 2008 en version complète, réunissant tout ceux qui ont profité du projet pour laisser libre court à leurs envies. Bien évidemment, le projet ne se fera pas sans votre aide: il nous faut une dizaine de réalisateurs amateurs officiant sur les blogs pour arriver à donner de la consistance aux double-features, et surtout à créer une dynamique dans les sorties, sans périodes trop chiches en films amateurs. Budd et moi allons commencer l'écriture d'un double film pour montrer l'exemple (sûrement l'avant et l'après d'une contamination qui transforme la population en zombies) et surtout commencer une longue période de films comme ceux-là.
Vous l'avez compris: nous avons besoin de vous ! Pour l'instant, nous sommes 4 possibles réalisateurs sur le projet. En effet, Budd et moi avons convié à l'aventure l'acteur Ivan Le Jan pour réaliser un segment s'il manquait de réalisateurs, et le grand Nicolas Vert (Gabnec) pour réaliser lui aussi une partie d'un double-features. Mais il nous en manque au moins 6 voir plus, donc c'est un appel à témoin que nous demandes. Vous, réalisateurs amateurs en herbe et talentueux, voulez vous nous aider à mener à bien cette aventure enrichissante et qui pourrait bien être la concrétisation des projets que nous menons tous dans notre coin ? Si oui, veillez nous le dire, car BLOGORAMA DOUBLE-FEATURES ne pourra exister sans votre aide ! Merci à tous !

Aujourd’hui sur mon blog, le lancement exclusif (sic) d’une toute nouvelle rubrique. Pourquoi maintenant, lancez une rubrique qui ne fera pas partie des débiles WAIT AND, après deux ans d’existence alors que j’ai déjà prévu l’arrêt de mon blog après le bac l’année prochaine ? Parce que justement, j’ai envie de marquer un peu plus mon blog de ma passion. Les critiques, c’est génial à écrire, mais à la longue on a l’impression de rester dans le même registre, de faire partie des meubles. On a envie de se diversifier, d’où cette rubrique très simple : retracer une rencontre avec un professionnel intimement lié au cinéma et au 7ème art. Etant donné que je suis un privilégié pouvant accéder facilement aux gens du cinéma, et que depuis 1 mois je ne fais que de belles rencontres dans ce milieu, autant faire profiter les autres et me tester à un nouveau jeu. Le jeu des interviews et des longs entretiens.
Première tentative à Cannes 2007. Grâce à un accès illimité au plateau du Grand Journal et aux hôtels gérés par Canal +, et après avoir rencontré mes plus grands idoles et ne m’en être toujours pas remis (je tremble encore devant la poignée de main de Tarantino), j’ai décidé de profiter des présentateurs de Canal et en particulier Didier Allouch himself. Surbooké par le marché du film (c’est le seul journaliste français là-bas), il a cependant bien voulu m’ accorder une longue interview de 3 pages de questions mûrement réfléchies. Voilà le récit de cette belle rencontre.
16h45, Palais des Festivals, porte principale. Armé d’un sac à dos et toujours tremblant (je n’ai jamais arrêté en faites), j’attend avec impatience la venue du plus geek des animateurs ciné TV : Didier Allouch. Entraperçu au carré VIP du Grand Journal quelques jours plus tôt, je suis prêt cette fois-ci à passer quelques dizaines de minutes avec le journaliste qui officie à la TV (rubriques au Grand Journal et à l’Hebdo Ciné) mais surtout à Mad Movies depuis pas mal d’années. Comme d’habitude, Allouch revient en France pour Cannes, mais surtout pour faire le reporter sans frontière et sans peur du ridicule au Marché du Film où il semble s’éclater chaque année. Comme pour les Oscars et les autres festivals américains (Tribeca, Sundance, …), Didier est là pour interroger les stars et pour rendre compte de l’ambiance d’un tel événement. Sourire sans cesse sur le visage, sueur dégoulinant par son hyperactivité hebdomadaire, il entame la quinzaine comme personne, multipliant les escapades sur le tapis rouge des marches mais aussi en salle de montage et dans le Grand Journal. Des activités qui en font un homme très occupé mais qui n’a rien perdu de son humour, de sa geek-attitude et de sa passion infinie pour le cinéma. Tant mieux : l’homme est abordable et hilarant. Début de l'entretien dans un café, après qu'Allouch ait tenté de me faire entrer en vain dans le palais (merci à l'hôtesse trop stricte).
Concrètement, à l'heure d'aujourd'hui, pour quels magazines et chaînes de TV travaillez vous ?
J'ai une pastille quotidienne dans le Grand Journal du Festival située obligatoirement au marché du film, j'ai mon journal d'Hollywood quotidien dans l'Hebdo Ciné le samedi après-midi, et quelques annotations dans les rubriques critiques de Mad Movies.
On sait que vous êtes le représentant officiel de Canal + aux Etats-Unis. Vous travaillez aussi pour des chaînes locales ou internationales ?
A part quelques coups de mains à des potes sur des chaînes concurrentes, seulement sur Canal.
Et sur les marches, lorsque vous êtes aux côtés de Laurent Weil ?
Je suis en direct pas moins de 3 fois par jour en bas des marches pour TV Festival, qui est reprise par tout les hôtels et toute la Croisette. Je couvre chaque montée pendant 30 minutes, de A à Z, dans un long direct entièrement retransmis.
Et au marché du film, que représente votre travail ?
Je reste environ deux heures par jour là-bas, essentiellement pour le petit journal diffusé dans le Grand Journal sur Canal. J'essaye de présenter de manière amusante les séries B et les trouvailles que l'on peut voir là-bas. Sans une dose d'humour, c'est totalement impossible. Mais ça crée un contraste amusant entre la montée stricte et très posée, et le marché totalement délirant et décomplexé.
Vous n'êtes pas un peu limité dans la présentation des films justement ?
Le problème c'est quand sans humour et sans originalité, ça ne passe pas du tout en France, sur une chaîne comme Canal. Donc autant faire ça de manière détendue et un peu relachée.
Concernant les press-junket, ça ne vous ennuie pas qu'on vous considère un peu comme le petit frenchy à Hollywood ?
Pas du tout, au contraire. Ca fait plus de 10 ans que je fais ça là-bas, et on commence réellement à me connaître. Surtout que je pose souvent des questions débiles en plein milieu d'une promotion stricte niveau timing. Je m'éclate vraiment.
Vous ne voulez pas parfois élargir vos émissions ou votre temps de parole ?
Justement, on va se lancer cet été dans un journal hollywoodien d'une demi-heure à la même tranche horarire que l'Hebdo Ciné qui s'arrête fin Juin pour reprendre début Septembre. Ca va nous permettre d'étoffer nos rubriques, et on va pouvoir parler de tout: des blockbusters aux productions indépendantes. On va même se rendre au Comic-Con de l'été.
Et on aura droit à de nouveaux reportages comme vous l'avez fait pour "Les nouveaux visages de la peur" ou "Hollywood monte au front" ?
On en a fini un sur l'influence mutuelle entre les séries TV, que j'adore aussi, et le cinéma, qui sera diffusé d'ici la fin de l'été sur Canal. Sinon, j'en fais généralement 2/3 fois par an, selon les besoins de la chaîne.
Chez Mad Movies, toujours autant de passion et d'implication ou quelques regrets ?
Malheureusement, je n'ai plus le temps pour m'y consacrer totalement, mais je continue d'écrire quelques lignes chaque mois. J'adore l'équipe et l'ambiance qui s'en dégage. L'ancien rédacteur en chef Damien Granger est l'un de mes meilleurs amis, je m'entends aussi super bien avec des types comme Fausto, c'est vraiment des proches essentiels pour moi.
Je suis sûr et certain de vous avoir aperçu dans la visite de la maison de OTAGE que fait Florent Siri sur les bonus de l'édition collector. Comment ça s'est réellement passé ?
Je devais faire un petit truc sur le film pour la France et j'ai appelé Florent Siri, qui est d'ailleurs adorable. Il m'a fait venir un jour où Willis était pris pour une petite visite, pour ne pas retarder le tournage ni la production. Il m'a ensuite rappelé quelques mois après la sortie du film pour savoir s'il pouvait utiliser la visite filmée sur le dvd avec l'accord de Seven 7 et Métro. Je leur ai donné les droits et ça c'est fait très rapidement.
Vous aimeriez vous impliquez un peu plus dans la conception de bonus ou de petits modules dans cette veine ?
J'ai déjà beaucoup de chance d'être sur tous les plateaux des énormes blockbusters américains de ces dernières années. Le mois dernier, j'ai été interviewé Cyril Raffaeli sur le plateau de DIE HARD 4, et j'ai assisté au tournage d'une séquence démentielle où une énorme voiture taille réelle rentrait dans un immense ascenseur totalement reconstruit à l'occasion. C'était incroyable de voir cette scène totalement reproduite alors que Willis tournait à l'autre bout du plateau et qu'une autre scène se préparait. Le film va être une merde mais c'était génial.
Comment se passe Cannes cette année ?
A merveille, même si je suis totalement surbooké avec les directs, les montages et le marché du film.
Vous avez le temps de visionner tout les films là-bas ?
Je n'ai le temps que de regarder un film et demi à peine en compétition officielle, donc avec les 6000 films au marché, c'est impossible. Mais j'en ai vu pas mal quand même, car je reçois des dvd directement envoyés par les producteurs et les distributeurs tout au long de l'année, avant ou après Cannes. Ca permet de zapper et de trouver une vingtaine de films potables ou sympas.
Dernier coup de cœur ?
Au festival, le film des Frères Coen, NO COUNTRY FOR OLD MEN. Je suis fan de leur travail depuis longtemps, j'aime pratiquement tout leur film, et ça m'a totalement bluffé. Je croise les doigts au palmarès. Sinon, le dernier cru de Quentin Tarantino, que j'ai vu et revu depuis Avril à Los Angeles.
Questions plus globales pour finir: qu'est ce qui a déclenché votre passion pour le cinéma et le journalisme ?
Comme tout le monde, je suis cinéphile depuis longtemps, dès mon plus jeune âge. Au début, je faisais ça pour voir un maximum de films. J'ai crée tout seul un fanzine et je pouvais comme ça entrer n'importe où, dans toutes les projections presses. Puis je me suis associé à un ami qui l'est toujours et j'ai pris ça un peu plus au sérieux. C'était l'explosion d'EVIL DEAD et de ce genre de phénomène, on était pratiquement tous en communautés, on se rassemblait. J'ai rejoins petit à petit Mad et Ciné Live. J'étais lancé. Aujourd'hui, ça me permet surtout d'évoluer dans un milieu que j'adore, et de faire découvrir des films géniaux que je vois avant tout le monde, comme le dernier Tarantino que j'ai envie de conseiller à tout les fans de RESERVOIR DOGS.
Vos films préférés ?
J'en ai deux en faites: ZOMBIE de Romero et L'EXORCISTE de Friendkin. A l'époque, c'était d'abord de très grands chos, au sens terrifiant pour un gamin de 12 ans, puis c'est devenu surtout des chocs artisitiques et politiques avec toutes les idées qui s'en dégagent. C'est incroyable la force de ces deux films.
Finissons en beauté: seriez vous tenter, comme votre compatriote Alexandre Bustillo (ancien rédacteur de Mad qui s'est lancé dans la réalisation avec A L'INTERIEUR, bientôt dans les salles), de réaliser ou d'écrire un film vous-même ?
(Rires) Ouh la la. Impossible je pense. C'est pour ça que je respecte des gars comme Bustillo ou Maury. Ce sont des gars qui pensent pendant 5 ans à un film qu'ils vont porter sur leurs épaules, et ils font ça avec beaucoup de passion. Moi, au bout de 2 semaines ça me gonfle déjà.
Merci beaucoup à Didier Allouch pour cet entretien particulièrement agréable, et à la prochaine j'espère pour ces nouvelles interviews "cinéphiles". J'espère qu'elles vous plairont, car moi j'adore !

« Je pars à CANNESSSSSSSSSSSSSS ». Voilà la première réaction que j’ai eu au milieu du mois d’Avril, lorsque la sélection cannoise a été annoncé. Lorsque le nom de Quentin Tarantino a fait partie des réalisateurs sélectionnés, je n’ai pas hésité une seule seconde : pourquoi ne pas profiter de la venue de ma mère sur la croisette comme chaque année pour y aller ? On s’en fout royalement des cours, des leçons de français, des contrôles : ce n’est pas ça qui forge une vie. Une vie se forge avec des rencontres et des initiatives. C’est totalement débile à dire, mais c’est pourtant vrai. Me voilà donc à écrire mon récit sur Cannes, commencé dans le hall du Martinez que j’ai squatté pendant de nombreuses heures, à me demander ce que je retiendrai le plus de ce voyage. Finalement, je sais : ma rencontre avec mon dieu vivant, avec le plus grand de tout les réalisateurs de la nouvelle génération, Quentin Tarantino (ex-aequo avec Spielberg of course). Même si ce voyage a été plein de désillusions le premier jour, même si finalement je n’ai pas fait grand chose qu’attendre et marcher, je retiens quand même l’un des plus grands moments de ma vie. Comment cette chance a pu m’arriver ? comment le destin m’a joué les pires tours pour finalement révéler un instant magique et extraordinaire ? Je n’arrive toujours pas à l’expliquer, mais autant vous raconter ces 4 jours de bonheur.
Vendredi, 10 heures du matin. Au lieu de débarquer comme les stars à l’aéroport de Cannes, j’arrive plein d’espoir et de courage avec ma mère à Nice, dans la chaleur étouffante du Sud. Il pleut à Paris (idem pour le reste du séjour : chaleur, soleil et maillot de bain sur la croisette, pluie glaciale en France…euh à Paris), et le réflexe est bien entendu d’enlever son pull ou son manteau, mots totalement inconnus là-bas. Après un voyage en voiture longuet où le chauffeur nous annonce que le festival est du "pipi de chat" par rapport au grand prix de Monaco, et que la croisette se situe au moins à 30 minutes de notre hôtel, nous pouvons découvrir une première vérité : les Cannois ne savent pas marcher. Durant toute la durée du séjour, nous allons de surprises en surprises puisque tout les lieux jugés lointains et à 20 minutes pour eux sont en faites à 10 minutes à pied, et encore, la croisette se situant à 5 bonnes minutes de notre hôtel. Mais ce n’est pas le plus surprenant et amusant. En faites, le plus extraordinaire réside dans le fait que le Festival de Cannes amène surtout des jeunes incultes, des faux cinéphiles et des vieux personnes qui pensent faire branchés et groovy en criant le nom des stars à la sortie de l’hôtel (des stars françaises : les autres passent inaperçues). Je savais que le festival était très porté sur le glamour avec la montée des marches que tout le monde veut mais qui finalement intéresse peu de monde (les gens montent et redescendent une dizaine de minutes après le film) mais de là à voir que finalement les privilégiés allaient voir n’importe quoi pour enfiler un costume quitte à repartir quelques minutes après, que les habitantes de Cannes n’y connaissent strictement rien et s’amusent à compter le nombre de films qu’ils ont vu dans la sélection avec fierté ("Ouais super Martine, j’ai vu 7 films hier, mais je me suis endormi") et que Frank Dubosc attire plus l’attention que Pedro Almodovar, je reste assez ébahi.
C’est finalement la grande désillusion de Cannes au premier jour : je n’ai en faites vraiment rien à faire ici. Sans badge, avec un accès génial mais limité au niveau des horaires au Grand Journal (les plateaux s’agitent à 18 heures seulement), je me dis que finalement, j’aurais mieux du harceler Sophie Wittmer de Dvdrama pour accompagner les deux rédacteurs. Manque de bol, soit je me suis fait totalement ignoré malgré mon mail, soit il n’est pas parvenu à la rédactrice en chef d’Excessif. Donc en faites Cannes, sans les projections, il ne reste pratiquement plus rien pour les cinéphiles. Ou presque. Car malgré tout, j’ai de la chance d’être là, et j’ai envie de profiter de ce voyage initiaque. Je ne peux pas aller au Marché du Film ni aux projections (et encore) ? On s’en fout ! Seul devant l’inconnu, je décide durant mon voyage de prendre des initiatives. La première consistera à me rendre chaque matin au Martinez pour rencontrer pas mal de monde que je croise dans le hall. L’ambiance est coincée, les stars manquent parfois d’ouverture, et on se rend très vite compte qu’à part Dubosc, Alexandra Lamy et Michael Youn, le public dehors ne regarde personne à l’intérieur. Mais ce n’est pas grave, car je croise le regard de plusieurs caractères impressionnants : Jude Law à deux reprises (et c’est vrai qu’il est beau le sacripant), Norah Jones, Won Kar Wai, Sarah Polley (yeah !), Alejandro Gonzalez Inarritu, Gus Van Sant, Roman Polanski, Alain Attal, Philippe Lefevbre, les jeunes comédiens de « Paranoid Park », Andie McDowell, Christophe Honoré, Ludivine Saigner, Emmanuelle Seigner, Arnaud Henriet, l’immense Javier Bardem, Gong Li, Christophe Lambert, Sophie Marceau (que je retrouverai à l’espace VIP), le producteur Lawrence Bender au téléphone, Louis Garrell et d’autres comme Mathieu Amalric en pleine promo. Même lors de mon départ en avion, j'en profite pour féliciter Christophe Honoré pour sa direction d'acteurs extraordinaire (on croisera même les doigts ensemble pour LES CHANSONS D'AMOUR en face de PIRATES DES CARAIBES) et je courre derrière le grand Jim Jarmusch, totalement ignoré par les voyageurs en direction des USA.
Mais ce n’est pas tout, puisque Cannes n’est pas le rendez vous des stars qui ont réellement intérêt à être là, mais aussi des gens qui sont là un peu par hasard pour pas grand chose : Dubosc, Youn, Eric & Ramzy, Patrick Bruel, Alice Taglioni, Edouard Baer, Jean Claude Van Damme en personne et autres personnalités françaises qui s’éclatent à faire de la promo pour du vide. Etonné par le manque de compréhension du personnel de l’hôtel Martinez (dès que je prend un stylo dans la main, on me harcèle pour que je ne fasse pas signer d’autographe, mais après tout si les stars vont à Cannes, c’est pour rester dans leur chambre loin du public ?), un seul endroit me sera accessible de fond en comble : le plateau du Grand Journal de Canal, et son personnel très sympathique. Entre un Frédéric Begbeider sur le départ (sa dernière émission est samedi soir), un Laurent Weil étonnant (il se la joue rebelle et fume clope sur clope) et un Michel Denisot sobre et amical, c’est au quartier VIP que je ferais mes plus belles rencontres (enfin, façon de parler). En effet dès le premier jour, après une Sophie Marceau surexcitée, je vais de l’avant pour adresser la parole au réalisateur Jean Jacques Annaud, à Vincent Cassel un peu austère (et barbu et gros, syndrome Mesrine oblige) et à l’hilarant José Garcia qui enchaîne les vannes comme ci nous étions grand ami depuis plusieurs années. Malgré ma déception de ne pas voir l’équipe de ZODIAC passée dans l’émission 2 jours plus tôt, je reste très content de mes rencontres, surtout que Samedi sera pour moi l’occasion de rencontrer l’un des seuls acteurs français qui mérite le détour : Jean Dujardin, qui me dédicacera avec humour mon énorme coffret OSS 117. C’est aussi l’occasion de côtoyer ceux qui sont les dignes représentants du second degré et de l’ironie en France : la Bande à Fifi, et Thomas Njijol très détendu. Si le second passe me dire bonjour plusieurs fois, les premiers m’ont carrément invités à la répétition du sketch de Samedi soir avec Franck Dubosc, où la magnifique Rim invitait l’acteur à danser et se faisaient remplacer par des professionnels de danse. Une répétition passionnante où j’ai pu discuter avec les auteurs derrière les vannes, qui préparent tout un tas de jolis choses pour les fans (attention exclu !). Cependant, une seule question me vient à l’esprit quand je rencontre quelqu’un du Grand Journal : quand Tarantino va t’il venir sur le plateau ?
L’annonce est douloureuse : il vient Jeudi, je pars Mardi matin. Mais au moins, je sais qu’il est invité et surtout qu’il est présent dès Lundi puisque la projection de son film est Mardi. Je suis donc résigné : je ne pourrais pas parler longuement à Tarantino comme je l’ai fait avec Annaud. J’ai tout ses dvd dans mon sac en permanence, je ne sais pas dans quel hôtel il descend, mais je compte bien le trouver. Avant cela, réjouissance du Dimanche : grâce à mon œil affuté, j’ai pu trouver l’occasion de voir des films gratuitement (donc forcément, ça attire du monde) durant la journée pour certaines séances dans un cinéma de quartier paumé. Mon choix se porte directement sur BOARDING GATE, grosse attente de ma part en tant que fan total d’Olivier Assayas, d’Asia Argento et de Michael Madsen (qui présente pas moins de 6 séries B totalement hilarants au Marché du film). Résultat : un film superbe, porté par une interprétation sublime. Voilà donc le seul film que j’ai pu voir sans traficoter et sans flirter avec les vigiles. Sans accréditation, on peut donc voir des films : seuls les horaires et les diffusions m’ont empêché d’aller voir MY BLUEBERRY NIGHTS (pas envie surtout), NO COUNTRY FOR OLD MEN, PARANOID PARK ou L’ORPHELINAT en séance spéciale gore. Mais ce n’est pas grave, j’ai au moins pu profiter d’une séance exclusive d’un film hors compétition au festival de Cannes.
Lundi, dernière journée. Déjà très content de rencontrer Didier Allouch pour un entretien exclusif à 17 heures pendant une bonne demi-heure, le miracle se produit. Assis comme d’habitude dans le hall du Martinez, ne sachant toujours pas où le dieu Quentin est logé, j’aperçois un miracle dans le lobby. Quentin est là. Débardeur Batman noir, dégaine amusée et faussement agressive, le bonhomme marche justement devant moi pour aller chercher un magazine. Je n’en crois pas mes yeux. N’écoutant que mon cœur et pas ces enfoirés de vigiles, je me lève. Il revient alors vers le lobby, et je l’interpelle. Sourire aux lèvres et serrant la main de manière particulièrement amicale, je lui dévoile alors qu’il est un Dieu pour moi et je lui demande s’il peut me signer à ma table un film. Ce sera simplement RESERVOIR DOGS, l’homme ayant visiblement autre chose à faire. Finalement, je revois Quentin (je tremble déjà à ce moment) au restaurant, lisant passionnément les magazines distribués à l’entrée de l’hôtel. Je ne lui ai pas tout dit, mais je suis gêné : pourquoi aller le revoir ? Pourquoi le faire chier en allant lui demander à nouveau quelque chose et en le dérangeant alors qu’il commence sa bière devant un bon journal de cinoche ? Entre temps donc, je me rends à nouveau au lobby car je sais que je viens d’apercevoir une femme que je rêve aussi de rencontrer depuis que je l’ai aperçue en hésitant sur son identité le premier jour : il s’agit bel et bien de Sarah Polley, cette canadienne plus que charmante membre du jury cette année. Cette fois, je n’hésite plus : je l’interpelle dans le hall, à l’abri des regards, et je lui déclare ma flamme, en pensant fortement à Feel à ce moment là. Je lui parle de L’ARMEE DES MORTS, de ses rôles chez Isabelle Coixet et surtout de son film LOIN D’ELLE que j’ai beaucoup aimé. De la même façon, je lui demande alors si cela la gêne de me signer mon dvd de L’ARMEE DES MORTS, juste à côté de l’autographe démentiel de Zack Snyder datant de Novembre dernier. Elle me répond sans problème et s’en va comme elle est arrivée. Je suis tout ému : Tarantino, Polley, alors que Van Sant passait devant moi ce matin. Mais ce n’est rien à côté de ce qui suit.
Car finalement, plein de petits remords quand à ma rencontre avec l'un de mes réalisateurs préféré, je ressens le besoin de lui dire tout ce que j'ai sur le cœur. Je l'observe, le regarde, prend soin de ranger mes affaires, et je me lance. Je le regarde poser son portable et repartir à sa lecture, et je saute sur lui. Il me regarde avec indulgence et étonnement: il me reconnaît bien évidemment. Je lui demande si je le dérange, il a l'air un peu gêné, mais je continue, grâce à son regard brillant qui illumine mon âme (c'est beau comme métaphore). Et là, je me lance dans un long speech, où je lui dit vraiment ce que j'ai sur le cœur. Parce que c'est sûrement l'unes des seules fois où j'ai l'occasion de lui parler (avant longtemps en tout cas), parce qu'il est un génie parmi les lilliputiens, parce que je l'aime et que son travail a donné naissance à ma passion, je lui dévoile mon âme de cinéphile comme il le fait à travers ses films et ses hommages. Le plus touchant sera que Quentin, le grand Quentin, paraît ému. Pratiquement les larmes aux yeux, visiblement très à l'écoute, le fait que ce réalisateur branché qui peut avoir l'air d'un monstre à l'extérieur prend soin de m'écouter parler avec mon accent minable me déstabilise encore plus. Il me sert la main encore une fois, et j'en rajoute une couche dans l'agacement: je lui demande s'il peut signer mon collector de PULP FICTION. Là, j'ai malheureusement exagéré: il me répond non en me faisant comprendre qu'il signe déjà plein de merdes à Cannes et qu'il a pas vraiment envie de faire ça tout le temps. Je comprends, je lui dis au revoir, je repars. Ce n'est pas fini: Quentin m'interpelle, je me retourne et me baisse à son niveau, il s'approche de mon oreille et me glisse l'unes des plus belles phrases jamais entendues. Il me dit clairement: "I don't want you to take this too seriously. It's just that talking is more better than signing, no ?". En l'espace d'une phrase, je comprend pourquoi il m'a renvoyer gentiment dans mon Paris natal: parce qu'il sait combine c'est important de parler avec son idole plutôt que de lui faire signer un simple dvd qui trônera dans ma dvdthèque jusqu'à la fin de ma vie. Cet homme se rapproche et se met à ma place: parler à Tarantino, n'est ce pas l'essentiel ? Je le remercie mille fois encore, et lui glisse un "continue to do movies, I'll be there". Il me ressert la main. Je viens de passer l'un des plus beaux moment de ma vie. Je préfère finir brutalement là-dessus, la journée finissant sur un dernier grand journal et mon départ. C'est définitivement le moment qui m'a le plus ému, le plus touché, qui m'a même mis les larmes aux yeux lorsque je suis retourné dans l'hôtel Martinez. C'est l'un des meilleurs moments que j'ai jamais vécu, et je ne manquerai pas de le rappeler. Car oui, moi, Thibault Turcas, du haut de mes 17 ans et de ma prétention racoleuse, j'ai parler avec un homme que j'avais envie de serrer dans mes bras à cause de son excès de gentillesse. J'ai parlé à Quentin Tarantino, mon objectif, ma venue à Cannes.
David Fincher est ce qu'on appelle un génie cinématographiquement parlant, et ce grâce à un détail qui frappe à chaque fois que l'on découvre un de ses multiples travaux sur grand ou petit écran: quoi qu'il fasse et quoi qu'il dirige, il transforme ce qu'il touche en or, même lorsqu'il participe de loin ou se fait renvoyer par les studios. Donnez lui dans les mains les balbutiements du groupe hardcore de Trent Reznor, il fera des Nine Inch Nails (NIN pour les intimes) des légendes vivantes avec des clips ahurissants. Donnez lui en tant que jeune clippeur un scénario de SF imparfait et commercial, il en fera un ALIEN 3 dont la version du réalisateur n'a jamais pu voir le jour, mais qui reste encore aujourd'hui le plus noir et le plus déroutant des 4 films de la saga. Donnez lui un genre grandissant des années 80, le polar, et il fera la référence instantanée en matière de cinéma de genre et d'enquêtes policières glauques: SEVEN, et sa maîtrise inégalée du montage et du scénario. Faites ensuite augmentez le buzz autour de ces projets avant de lui donner le tout aussi étrange THE GAME, long film à twist qui brille par sa mise en scène radicale. Et au creux de la vague, rendez honneur à un brillant écrivain (Chuck Panhulik) en confiant au cher David Fincher la mise en scène de FIGHT CLUB, autre référence immédiate, à mi chemin entre le chef d'œuvre générationnel et le film culte instantané. Avec sa puissance dans sa mise en scène et sa direction des séquences ahurissantes à FX, portez le coup de grâce avec le magnifique PANIC ROOM, sommet de thriller Hithcockien booster par un exemple flagrant de la maîtrise de la post-production du cinéaste. Puis ensuite, rien, faites le marinez dans son propre succès sans pour autant aider le réalisateur à s'en sortir. Il veut monter LES SEIGNEURS DE DOGTOWN pour en faire un film radical sur l'adolescence californienne ? Refusez la construction entière d'un décor sous-exploitée dans le scénario et acceptez qu'il soit par politesse un simple "producteur exécutif". Il veut faire un film d'action classique, MISSION IMPOSSIBLE 3, pour contrôler totalement la promotion et le montage du film ? Invoquez des divergences artistiques et essuyez un nouveau refus qui fait aussi mal que ceux de Matthew Vaughn ou Joe Carnahan. Et enfin, donnez lui la chance d'expérimenter sa nouvelle caméra HD pour une utilisation sans frontières et sans limites. Même s'il passera plus d'un an en salle de montage pour devenir aussi perfectionniste que Michael Mann, même si les projection test annonçait un film trop long ne le préoccupent pas du tout car il a le sens du détail, même si le film est retardé sans cesse (de Septembre à Novembre à Mars puis à Avril puis enfin à Mai pour Cannes 2007), vous saurez au moins une chose: David Fincher est un pur génie.
Voilà donc le chemin de croix du cinéaste, qui n'avait pas fait parler de lui su grand écran depuis le fameux PANIC ROOM en 2004. Trois ans sans un cinéaste essentiel qui se fait longuement désirer, et qui reprend sans hésitation le flambeau du thriller policier pour livrer une variante au très technique et tout aussi ébouriffant SEVEN. On parle d'anti-SEVEN comme ci respecter le polar culte du réalisateur était une tare, une maladie impossible et inenvisageable. Fincher veut juste aller de l'avant et ne pas vivre dans l'ombre de ce film qui fait un carton chez les jeunes en dépit des cinéphiles qui l'apprécient sûrement encore plus. Car ZODIAC leur ait destiné: à ceux qui aiment les vrais polars, les vrais enquêtes, les vraies recherches sur un sujet passionnant ayant réellement existé. Basé sur les ouvrages impressionnants de l'ancien reporter improbable Robert Graysmith, ZODIAC n'étant pourtant pas le sujet idéal pour tester un tas de nouveau support et de nouvelles techniques, tout en s'éloignant d'un modèle original pomper un peu partout (encore plus par Morgan Freeman que par les autres scénaristes) pour étonner à nouveau un public prévisible dans ses réactions (le jeune lambda voit SEVEN et FIGHT CLUB sur l'affiche – c'est trop cool alors) avec l'aide d'un scénariste qui n'a pas vraiment su faire ses preuves au fil des années, puisque l'on doit autant à James Vanderbilt le script de BASIC (McTiernan Rules) que ceux de BIENVENUE DANS LA JUNGLE et NUITS DE TERREUR (scénario intelligent, résultat médiocre: feuilletez la novélisation chez Fleuve Noir). Pour autant, produit par deux majors régnant en maître sur le box-office (Warner et Paramount), ZODIAC s'est fait beaucoup désirer, peut-être trop: il fait une contre réussite en Amérique où tout le monde est déçu par le côté documentaire du film, alors qu'il gagne en estime dans ses sorties européennes où Fincher est considéré comme l'inventeur de son propre genre. Forcément, avec une participation active au festival de Cannes en sélection officielle (mon choix est déjà fait avec ZODIAC et DEATH PROOF), le film allait être encore mieux reçu sur nos contrées. Et effectivement, le film est bien reçu, mais à sa juste valeur tout simplement: ZODIAC est l'unes des expériences les plus étonnants que j'ai pu observer au cinéma depuis 10 ans, soit le moment où j'ai commencé à m'intéresser à cet univers du 7ème art. Encore une fois, Fincher signe un film qui devient instantanément culte et classique. Mais qui ne sera cette fois pas recommandé au grand public: ZODIAC est un film d'auteur puissant.
"This is the Zodiac speaking". Le 4 juillet 1769, alors que la fête nationale bat son plein, deux adolescents se font tirer dessus par un homme énigmatique qui les surveille depuis leur arrivée en voiture dans un terrain vague abandonné. L'agresseur ne tarde pas à se faire connaître: il informe la police de son geste la nuit du crime avant d'envoyer à plusieurs journaux locaux une lettre présentant toutes ses agressions qu'il s'attribue, menaçant ainsi la vie de plusieurs autres personnes et envoyant avec un cryptogramme à déchiffrer. Ces lettres sont le commencement d'une longue enquête où trois hommes vont se casser les dents à force de retournements de situation et d'énigmes impossibles à résoudre: Robert Graysmith, dessinateur au San Fransisco Chronicle, son collègue prestigieux Paul Avery qui rédige la chronique des meurtres à sensation, et l'enquêteur David Toschi. Trois hommes qui vont perdre leurs raisons sur l'enquête la plus inconcevable des Etats-Unis, encore aujourd'hui irrésolue.
Conscient de s'attaquer à l'unes des enquêtes les plus traumatisants que l'Amérique n'ait jamais connu, David Fincher nourrit son film et son style de sa propre expérience pour en tirer ce que l'on peut assimiler à une réelle plongée en arrière d'une affaire criminelle immense et prenante, fascinante mais tellement destructrice qu'elle engrange un processus de destruction dès que l'on s'y intéresse de trop près. Traumatisé par le Zodiac, assimilé à un croquemitaine barbare dans les années 70, Fincher veut tout simplement faire de son film la meilleure base possible à l'enquête, rendant à la fois un hommage implicite à Robert Graysmith et les vrais inspecteurs qui ont tenté jusqu'au dernier souffle de rendre justice à cette affaire, tout en décortiquant une enquête judiciaire et journalistique dans ses moindres détails grâce à un sens du rythme et de la reconstruction minutieux. Le timing doit être parfait: Fincher le sait, et nous gratifie donc de 2h30 impressionnantes, possédant tour à tour un rythme effréné et amusant avant de devenir plus grave et plus lent, pour finir dans une apothéose de schizophrénie totale, tout en sachant parfaitement respecter sa note d'intention et sa volonté de traiter chaque partie de manière claire et concise.
Si l'on pouvait croire ou espérer une longue exposition des principaux participants à l'enquête avant d'entrer sur le vif du sujet, ou un classique et agaçant narrateur (Graysmith lui-même aurait fait l'affaire) qui aurait fait l'état des lieux au spectateur durant des minutes interminables avant de laisser place au récit, ZODIAC prend à contre-pied toutes les attentes pour se révéler fascinant et flamboyant dès la séquence d'ouverture, dès le premier plan, dès la première touche de couleur. Conscient de créer immédiatement un climat réaliste et une reconstitution de plus en plus minutieuse au fil du récit (que ce soit dans les tenues, les décors ou les musiques), la première séquence du film sera révélatrice des choix et des intentions du metteur en scène: le premier véritable assassinat du Zodiac, le premier véritablement sanglant et le premier déclencheur de la ruée des journalistes sur son cas, celui du 4 juillet sur ce terrain vague très glauque en pleine nuit, au milieu des feux d'artifices. Terriblement radical et bluffant, on aperçoit alors les premières constantes chez Fincher: une caméra esthétiquement parfaite, des plans très travaillés, un traitement de la lumière inédite et anti-cinématographique qui frappe aux yeux, et surtout le choix de ne jamais dévoiler le visage du Zodiac, utilisant tantôt les silhouettes des principaux suspects (surtout Leigh, le coupable selon Graysmith et les principaux enquêteurs) ou tantôt de vagues personnes au loin. Un meurtre sanglant et saignant suivi du fameux appel du Zodiac, qui sera répéter lors de ses trois meurtres "officiels".
Voilà comment s'ouvre la première œuvre de ZODIAC que l'on peut assimiler à une première partie absolument dantesque, qui se base sur une première chose précise: la relation entre le Zodiac et les journalistes, plus particulièrement au sein du San Fransisco Chronicle où officient le timide Robert Graysmith, simple petit dessinateur qui se fait toujours renvoyer par ses collègues à cause de son statut enfantin, et l'exubérant Paul Avery, qui succombe à l'alcool au fur et à ma sure que l'enquête avance et se corse. Deux reporters qui seront au centre des intérêts durant cette première partie magnifiquement bien rythmée, et essentiellement ponctuée par premiers meurtres du Zodiac mis en image: le 4 juillet, l'incident au lac et le meurtre du taxi. 3 étapes importantes du métrage qui laissent cour à une mise en place immédiate des protagonistes et des victimes. On les aperçoit au détour de quelques plans, le tueur intervient, les corps tombent à terre: le Zodiac assassine froidement une jeune femme au bord du lac dans le dos à coup de couteau avant de réserver la même sentence à son petit ami qui survivra à ses coups & blessures, comme l'adolescent du 4 juillet qui fuira très vite les journalistes. Au sein des journalistes et des journaux de San Fransisco, le chaos de la situation laisse place à la fascination pour le tueur, de plus en plus admiré des médias et des présentateurs, lui réservant même une émission entière pour s'exprimer. Menés en bateau par des cryptogrammes référentiels (à des films, à des écritures, à des symboles), Robert Graysmith se sent pousser des ailes lorsqu'il arrive à trouver les solutions du code en parti résolu par des historiens, tandis qu'Avery prend le tueur pour un pauvre homosexuel refoulé et incapable de maîtriser ses pulsions, se plaçant maintenant en tant que victime potentiel du tueur. Le film bascule alors de manière inattendue dans une seconde partie, après cette première heure se déroulant à toute allure grâce à la multiplication des pistes et des bonds dans le temps judicieux, puisque l'on entre ensuite dans la partie policière à proprement parler avec l'intervention de David Toschi sur le meurtre du taxi.
Plus faible et moins bien organisé, le tueur se rapproche ainsi de ses propres proies et de son climat de terreur organisé (il se moque de la police depuis le début de l'enquête en menaçant les écoliers – créant une paranoïa générale glaçante) pour être enfin identifié par quelques hommes. Première indice: l'homme est blanc, plutôt enrobé et marche d'un pas lourd. Voilà commence cette deuxième partie du film, s'étendant essentiellement sur la relation entre Toschi et l'enquête au lieu du simple déroulement des évènements dans la première partie journalistique. Il s'agit bien ici de l'enquête d'un inspecteur prêt à tour pour mettre la min sur le coupable idéal, voulant à tout prix croire qu'un simple suspect dont le physique correspond vaguement à la description du Zodiac donné peut être lui aussi l'auteur de ces crimes plus ou moins véritables (le tueur ment et s'attribue des meurtres qu'il n'a pas commis). Plus classique dans sa présentation des faits, l'enquête sert en faites à Fincher de refaire une séquence qu'il aime particulièrement: l'interpellation d'un suspect idéal, ici le fameux Arthur Leigh Allan. Malmenés depuis le début par les lettres, les difficultés à trouver les accords entre les commissariats de chaque région et les suspects affluant par centaines et s'attribuant eux-mêmes les meurtres pour être célèbres et récompensés, les inspecteurs n'ont qu'une envie: croire en l'histoire d'un ancien collègue de Leigh qui révèle les pulsions destructrices de ce professeur renvoyé de son école primaire à cause d'attouchements sur les enfants. Eloigné de sa famille et de sa passion, Leigh a très vite dégénéré selon son ancien ami et est devenu fou. L'occasion se vérifie lors de l'impressionnante séquence de témoignage de Leigh, à la fois glaçante (on sait que Leigh est le suspect présumé de l'enquête aujourd'hui) et amusante, jouant sur différents tableaux à la fois. Car au fond, on a aussi envie de croire que ce gros balourd improbable, avec sa montre Zodiac, ses bottes noires et ses alibis douteux est le tueur, autant que Toschi qui veut absolument finir cette histoire une fois pour toute. C'est la véritable force de la scène, puisque face à ces trois inspecteurs persuadés d'avoir à faire à leur coupable idéal (la visite de sa caravane ne fait que le confirmer: il vit dans le chaos et la puanteur), il ne sera qu'un suspect de plus sur une liste déjà pleine de fouillis et d'improbabilités. La police ne peut rien faire de plus: l'écriture ne concorde pas, Leigh a certains alibis solides, et personne ne peut rien faire contre cet homme, pas mêmes les membres de sa famille qui sont persuades qu'il aurait pu commettre les crimes.
Si on peut penser que l'affaire s'arrête ici normalement, Fincher rebondit après moins d'une heure d'enquête sur le personnage de Robert Graysmith, véritable noyau de la dernière partie du film. Après l'enquête journalistique et l'enquête policière, Graysmith se lance dans une enquête privée et purement personnelle, pour découvrir lui-même qui se cache derrière le masque du Zodiac. Personnage complexe et fascinant, Graysmith apporte une grande fraîcheur au film qui devient un peu plus intime mais surtout beaucoup plus désespérée, puisque la troisième partie du film fait le pont entre toutes les enquêtes possibles quelques années après la dernière lettre du Zodiac, montrant un Robert Graysmith délaissant ses enfants (ou les faisant participer activement à sa recherche) et sa femme (présentée dans la première partie – ce qui renforce le côté apothéose finale) pour trouver celui qui pourrait incarner le tueur dont il rêve. Prêt à imposer des noms aux suspects qu'il interroge, il répare sur des pistes en mêlant à son jeu Toschi, qui se prend petit à petit à l'enquête malgré son choix de rester en dehors de cela. La réalité rattrape le quotidien: le Zodiac est encore dehors, et il se pourrait finalement qu'il soit Rick Marshall, un ancien projectionniste glauque accusé par un étrange homme qui pourrait très bien être le Zodiac lui-même. Une nouvelle piste vite fermée après la rencontre avec un second "suspect" idéal, le gérant du cinéma où travaillait Rick, qui se révèle hautement effrayant lorsqu'il annonce que c'est son écriture qui concorde le plus avec celle du Zodiac, avant de dévoiler un tas de détails inconnu pour un simple lecteur du Chronicle (comme les références cinématographiques par exemple). Puis, rebondissement final, alors qu'il pensait une nouvelle fois être sur la bonne piste, une ancienne amie de la première victime commet l'irréparable: citez un certain Leigh. Ce sera finalement la dernière touche à l'enquête, qui se "conclue" (du moins le film) sur l'angoissante et minimaliste intervention du rescapé du 4 juillet, qui cite clairement Leigh comme étant le coupable idéal, tout en ayant des réserves sur son visage. Au fond, le Zodiac ne sera jamais arrêté, comme le prouve ce texte final glaçant de réalisme, qui fait réellement froid dans le dos: Arthur Leigh Allen est mort avant de se faire une nouvelle fois interpeller avec des preuves beaucoup plus exactes (il habitant en face de la première victime et l'a caché), faut-il pour autant penser que le Zodiac est mort lui aussi, ou s'il vit une vie parfaite dans un pavillon à San Fransisco avec un entourage qui ne se doute pas que de 66 à 75, cet homme s'est attribué une vingtaine de meurtres parmi lesquels 5 agressions confirmées. On pourrait appeler ça ironiquement un retour à la case départ, qui aura détruit les vies et passionné les foules.
Mais le plus prenant dans cette histoire et dans les faits, c'est bien évidemment la façon dont Fincher dépeint le quotidien des trois personnages bousculés par l'enquête et leurs métiers, de plus en plus impliqués et détruits à force de persévérance, de paranoïa pure et dure ou de curiosité maladive. Le premier à succomber à la tentation est le pauvre Paul Avery, qui ne peux plus continuer à se faire menacer et décide de prendre les choses en main, qui a faire retardé l'enquête de Toschi et a se faire virer de son job au Chronicle, voulant monter à tout prix son club professionnel autour du Zodiac, et se perdant dans l'alcool au fur et à mesure de la vie. On le retrouvera d'ailleurs trois ans après son départ, avec une dizaine de kilos en plus, de l'alcool dans le sang et le bordel autour de lui, totalement ruiné par cette vie de débauche et de vices poussés par des articles qui lui ont fait frôler la mort. A ses côtés, si Graysmith paraît le plus raisonnable, Toschi est de plus en plus remonté au fil de ses interrogatoires et de la reconnaissance de Leigh, qui est le dernier suspect auquel il croit dur comme fer. Perdant dans l'enquête son équipier William Amstrong qui se retire au bon moment dans l'enquête, Toschi ne pense plus jamais avoir à faire avec l'enquête lorsque revient à la charge ce cher Graysmith. La passion dans le cœur, l'amertume dans l'âme, le dessinateur amusant dont tout le monde se moquait veut sa revanche, quitte à faire plonger Toschi malgré lui, qui finira rétrogradé et suspecté d'avoir écrit quelques lettres du Zodiac suite à une fausse lettre ressemblant à son écriture. Mais pourtant, Toschi ne se débarrasse pas aussi facilement Graysmith et participe activement à la recherche du tueur: s'il ne se perd pas totalement comme Avery et ne se prend pas la tête comme Graysmith, Toschi va en revanche se révéler être le catalyseur de toutes les informations dont le journaliste à besoin, au même titre que ses collègues des contrées voisines qui détiennent d'autres fichiers. Et finalement, lui aussi a envie de voir Leigh derrière les barreaux après l'explication finale extraordinaire et plausible de Graysmith. Mails il n'y croit pas, et c'est là sa grande différence avec le dessinateur, qui se perd lui-même au fil de l'enquête, délaissant ses proches pour trouver la moindre preuve et la moindre information, étant à la proie de menaces téléphoniques glaçantes et de méchants revirement de situation de la part de ses informateurs. Graysmith est le plus passionné et le plus perdu d'entre tous: il veut la vérité dans son livre, et fera tout pour l'avoir. Il en écrira par la suite deux très précis, mais qui ne sont toujours pas des pièces à conviction pour suspecter un coupable précis. Tant de travail pour peu de récompense: c'est le métier.
Mais un Fincher qui se doit ne repose pas entièrement sur les personnages saisissants ou une simple construction du récit intelligente. Il faut savoir que David Fincher est un cinéaste qui aime expérimenter, qui aime tester et qui aime surtout voir son travail réussi sur grand écran, d'où un métrage réglé au centimètre près par l'auteur. Pour autant, ZODIAC n'est pas une expérience comme PANIC ROOM (moins de FX, mais présents quand même) ni un polar comme SEVEN: ZODIAC est tout simplement un tout nouveau film, qui puise dans l'âme des enquêteurs et la recherche des suspects pour trouver un côté artistique sublime. Chaque plan, chaque séquence, chaque mouvement de caméra donne lieu à l'extase d'un spectateur capable d'apprécier une caméra HD du plus bel effet, donnant à des séquences de vues aériennes sublimes (le meurtre dans le taxi magnifique, le pont de San Fransisco vu de haut tout aussi joli) une dimension quasiment épique et résolument jouissive. On ne peut qu'apprécier les séquences comme celle-ci, qui s'inscrivent clairement différemment que les précédents métrages du cinéaste. Masi Fincher ne refuse en rien les compromis: il se permet même des séquences hautement étonnantes, utilisant des FX inattendus. Ainsi, pour passer le temps, on assiste à l'arrivée d'une lettre du Zodiac de façon tonitruante dans la séquence du générique d'ouverture, mais aussi à un montage ahurissant de complexité où l'ensemble du Chronicle aperçoit les codes un peu partout dans leurs quotidiens (Graysmith repère les journalistes avec des lignes de dessins) ou à la construction accélérée d'un des plus bels immeubles de San Fransisco, tout ceci pour éviter les simples fondus ou les "quelques années plus tard" déjà très présents dans le métrage. Tout cela ne serait rien sans la partition sublime de David Shire (mélange entre LES HOMMES DU PRESIDENT et sa musique magique sur CONVERSATION SECRETE de Coppola), et surtout le plus beau morceau rétro du métrage, revenant à deux endroits dans le film: le magnifique HURDY GURDY MAN de Donovan, tout aussi magique que I'M LOSING YOU de Rod Stewart utilisé dans la bande-annonce originale.
Encore une fois, ne faisons pas la fine bouche: Fincher n'est pas Fincher s'il ne choisit pas avec précision l'ensemble de son casting, résolument jeune et particulièrement rétro durant l'ensemble du métrage, permettant encore une meilleure reconstitution et une crédibilité à toute épreuve. Bien entendu, c'est l'occasion de s'en mettre plein la vue avec les trois acteurs principaux du métrage, trois génies mis en avant dans chacune de leur apparition. Nous avons le droit à un numéro jouissif de Jake Gyllenhaal, décidemment l'un des mes acteurs préférés (DONNIE DARKO, BROKEBACK MOUNTAIN, JARHEAD et maintenant ZODIAC: ça calme), qui livre une finesse dans son interprétation et sa folie étonnante, tout en conservant son air de chien battu amusant durant une bonne partie du métrage, profitant de dialogues hilarants pour donner la réplique à l'immense Robert Downey Jr., incroyable dans certaines séquences époustouflantes. Le voir gesticuler comme un alcoolique rappelle le grand Robert de TUEUR SNES, mais l'acteur a définitivement changé et semble aujourd'hui beaucoup plus serein et apte à tout interpréter. Après KISS KISS BANG BANG, WONDER BOYS, LUCKY YOU et A SCANNER DARKLY, il prouve une nouvelle palette de son jeu amplifiée par sa pilosité amusante. Quoi de plus normal pour lui que de passer à un genre inattendu: le blockbuster estival sous les traits d'IRON MAN de Favreau. On attend ça avec impatience ! Quant à la troisième roue du film, il s'agit ni plus ni moins que du trop sous-estimé Mark Ruffalo. Second rôle génial dans COLLATERAL, ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND, LA RUMEUR COURT (lui, pas le film) et LES FOUS DU ROI, il reprend ici avec exactitude les tics de l'inspecteur qu'il incarne (il avale des Animal Crackers à tout bout de champ et adore la junk-food) tout en apportant un jeu fin et classe, digne des performances d'un certain Robert Redford dans les années 70. Au rang des seconds rôles indispensables, on se retrouve ni plus ni moins avec la très belle Chloe Sevigny (moins inutile que dans MELINDA ET MELINDA), Brian Cox (X-MEN 2), l'étonnant Anthony Edwards (Docteur Mark Greene dans URGENCES,), Philip Baker Hall (EN BONNE COMPAGNIE), l'imposant John Carroll Lynch (GOTHIKA), l'étonnement mature Donal Logue (bien loin de son rôle dans GHOST RIDER), Dermot Mulroney (LE MARIAGE DE MON MEILLEUR AMI) et le très sympathique Elias Koteas (LA LIGNE ROUGE, SHOOTER, SIMONE). Quelques guests viennent même faire des apparitions très remarquées: on a en effet l'apparition amusante de Clea DuVall (THE FACULTY, HEROES) en témoin clef de l'enquête finale et Adam Goldberg (génial dans DEJA VU) en remplaçant oisif de Paul Avery. Sans compter les quatres apparitions du Zodiac endossés avec brio par trois acteurs que l'on doit de remercier pour la crédibilité de l'histoire: Richmond Arquette (THE TRIPPER, FIGHT CLUB), Bob Stephenson (THE EX, FIGHT CLUB aussi) et John Lacy (second rôle de séries TV). Sans eux, la réussite de ZODIAC serait assez éphémère et moins étrange: 3 silhouettes différentes pour un même tueur.
Baigné dans une atmosphère faussement jazzy (aucune musique de ce type ne vient combler les trous dans le récit) et dans une vraie lumière réaliste (les visages sont parfois dans le noir et totalement sous éclairés: on est loin d'Hollywood et des stars à paillettes), ZODIAC se déroule comme un puzzle dont les 3 enquêtes se mettent en place et se complètent. 3 puzzles bercés par 3 acteurs extraordinaires, qui n'auront sûrement aucun prix mais méritent totalement d'être cités, au rythme d'une réalisation absolument sublime et d'une enquête éprouvante et fatigante, dans le bon sens du terme. En tout cas, Cannes n'aura pas empêcher Fincher d'enchaîner pour le plus grand plaisir de ses fans son tout nouveau film, qui devrait sortir enfin très rapidement: THE CURSE OF BENJAMIN BUTTON, où Brad Pitt rajeunit dangereusement au fil des mois. En attendant, nous allons tous attendre le 27 mai avec impatience: est ce que le jury va enfin remettre un prix au visionnaire David Fincher ? Que ce soit meilleur film, meilleure photographie ou meilleure réalisation, Fincher les mérite tous pour ZODIAC, qui devient immédiatement un classique qui hante longuement l'esprit à la sortie de la salle. Une claque, un chef d'œuvre, un classique, un évènement.
Note: 10/10

"La Faille" de Gregory Hoblit
Note: 7/10
Il est assez rare que la carrière d'un réalisateur fasse une sorte de cycle, un tournant qui part d'une première réalisation plutôt bonne et étonnante, pour revenir après plusieurs autres expériences à un film se rapprochant étonnement du premier, de part son sujet et son traitement du scénario. Gregory Hoblit a commencé avec un film de procès: PEUR PRIMALE, où l'avocat Richard Gere devait traiter un meurtre avec une grande précaution, puisque le suspect principal se pourrait être un schyzophrène dangereux. Un film plus qu'admirable, qui a révélé au grand public pour la première fois le grand Edward Norton. 2 ans après, on l'a retrouvé avec un nouveau thriller, LE TEMOIN DU MAL, où la force de Denzel Washington n'arrivait pas à faire oublier le script grandguignolesque. Une notion que l'on retrouvera dans son film suivant, FREQUENCE INTERDITE, un navet fantastique où Jim Cazievel arrive à sauver son père Dennis Quaid d'un incendie 20 ans plus tôt grâce à un émetteur étrange. Enfin, en 2002, Hoblit signait ce que l'on peut appeler son dernier film: MISSION EVASION, un film de guerre potable mais très vite agaçant (avec tout de même Bruce Willis et Colin Farrell dans les rôles principaux). Maintenant, 5 ans après son premier film historique, le cinéaste revient à ses premiers amours: le film de procès et le thriller psychologique, où les rôles sont totalement renversés. Le plus étonnant, c'est que LA FAILLE (FRACTURE en VO, on ne comprend pas trop pourquoi Metropolitan s'est ennuyé à le traduire) souffre des mêmes défauts de son prédécesseur, tout en conservant la magie du réalisateur qui fait que l'on se passionne pour un simple affrontement verbal entre un avocat et un suspect idéal, qui se révèle bien plus complexe qu'en apparence. Pas parfait, mais sacrément sympathique.
Willy Beachum est un jeune avocat solitaire, qui veut à tout prix gagner les échelons pour être en haut de la chaîne alimentaire. Comme un requin, il cherche avant tout les meilleures enquêtes et les plus faciles pour augmenter son taux de réussite, et finalement arriver à ses fins sans se soucier des autres. Enfin engager dans un nouveau cabinet prestigieux, il se voit confier une dernière affaire étrange qu'il pense finir en quelques heures à peine. Ted Crawford, vieux bonhomme ingénieur en aéronautique, apprend que sa femme plus jeune le trompe avec un policier et décide alors de s'en débarrasser. Du moins, c'est ce qu'il tente de faire, mais cette dernière n'est pas morte. Juger pour tentative de meurtre, Ted signe des aveux et plaide d'abord coupable. Mais lorsqu'il se retrouve enfin face à Beachum au tribunal, il prend lui-même sa défense et révèle le secret qu'il a découvert: le policier qui l'a arrêté était l'amant de sa femme. Commence un jeu de pistes et de faux-semblants étranges, où Beachum va se retrouver face à plus fort et plus tenace que lui, et risque de mettre en péril toute sa carrière.
Bon bien entendu, Hoblit sait parfaitement où le script va nous mener et s'amuse des poncifs du genre pour créer deux personnages parfaitement opposés et fascinants, que ce soit le pauvre tueur totalement psychotique mais finalement très intelligent et manipulateur, ou l'arriviste acharné qui se transforme en justicier malgré lui à la dernière minute. LA FAILLE ne cherche jamais à vendre autre chose que ce qu'il est réellement: un honnête thriller sans grand impact sur le cinéma, si ce n'est un joli twist final qui va révéler le fin mot de l'histoire et une enquête corsée qui se joue avant tout dans les dialogues et non les résolutions policières. Dans ce sens, le schéma de PEUR PRIMALE est parfaitement respecté, puisque le film se découpe en plusieurs parties distinctes souvent collées les unes aux autres grâce aux affrontements uniquement verbaux entre les deux personnages, entre le héros agaçant au départ et le méchant fascinant de bout en bout. Le problème est que si justement les deux personnages sont relativement intéressants, ils se retrouvent vite chacun aux centres d'intrigues secondaires parfois totalement inutiles ou peu dynamiques, grâce à une méthode totalement contre-productive: l'absence quasi-constante de bande originale si ce n'est dans quelques scènes à suspense (et encore).
Si cette technique marche parfois pour instaurer un climat naturel et donner au spectateur l'occasion d'être en stress sans une note de piano (chose rare de nos jours, où les compositeurs abusent de rebondissements orchestraux stupides pour nous faire peur), elle instaure une sorte d'ennui dans les scènes parallèles qui servent à construire essentiellement notre Willy Beachum, grande gueule sur le départ qui se retrouve balayé par une enquête mal résolue, et qui va vouloir à tout prix reprendre sa part du gateau, non pas pour l'argent cette fois mais pour sauver une femme qui n'est toujours pas morte mais qui le sera définitivement avant la fin du film, dans une séquence brutale et surprenante, qui plonge le pauvre Beauchum dans une sorte de chaos sentimental. Il faut dire que le bougre est bien servi au long du film: il a une liaison avec son nouveau boss qu'il laisse totalement tombé pour enquêter sur Ted Crawford, il ne parle jamais à son assistante si ce n'est pour demander son courrier et quelques détails croustillants, il sous-estime totalement l'équipe mise à son service (comme le pauvre policier chargé de récupérer l'arme du crime), il prend son ancien boss pour un vieux de la vieille, et surtout il ne prend pas le temps de s'intéresser à cette dernière enquête maudite qui clouera sa carrière sur le champ s'il ne réussit pas à fournir des preuves concrètes.
Pendant ce temps, l'autre personnage, Ted, se retrouve relégué au rang d'éternel second manipulateur et plutôt bien trouvé, avec quelques apparitions bien senties et une sorte de retenue noble dans sa prestation morbide. Le bonhomme multiplie en effet les apparitions au début du film (il roule dans une Porsche ridiculement flashy, il regarde des petits billes tombées, il espionne sa femme et il la tue) pour se faire de plus en plus rare, mais finalement de plus en plus intéressant voir amusant au tribunal. Il n'y connaît strictement rien en droit (du moins au premier abord) mais il prend sa défense car il connaît les failles, les petites fractures dont il est spécialiste. Il sait comment briser la loi: il interrompt le procès pour dévoiler la liaison entre l'un des témoins principaux responsables de son arrestation et sa femme, il se charge de lire ses droits en cas de manque de preuve, il va même réussir à tuer sa femme (ce sera sa seule erreur d'ailleurs) à travers l'euthanasie tant espérer, et il va finalement se faire enfin arrêter dans une seule finale pleine de retenue et d'humilité, avant de le découvrir au procès totalement vulnérable (et entouré cette fois de 5 avocats). La chute d'un grand esprit du crime se fait quasiment en temps réel, et c'est le plus prenant dans le film: découvrir le Mal dans toute sa grandeur et sa retenue symbolique.
Connaissant son sujet mieux que personne, le réalisateur sait aussi comment attirer l'attention du spectateur, et ce sera l'autre grande qualité du métrage: les véritables joutes verbales et petits piques lancées entre Beauchum et Crawford tout le long du film et du procès. Même si nous sommes encore bien loin d'un film comme PHILADELPHIA (qui rentre plus en détail sur l'univers juridique), LA FAILLE nous montre comment, par de simples rencontres et phrases lancées à l'égard l'un de l'autre, un véritable climat de tension peut se créer avec peu de moyen. Malgré une direction de lumière catastrophique et une photographie parfois délavée (et c'est très moche, comme dans la maison de Ted), les affrontements entre les deux personnages restent exemplaires, servies par une mise en scène franchement parfaite d'un réalisateur au meilleur de sa forme, qui nous livre de ce point de vue là sa réalisation la plus aboutie et la plus franche qui soit, ne cédant jamais à la facilité, même dans le twist final qui n'en est pas vraiment un (oui il y a des flashs, mais non il n'y a pas de musique tonitruante ni de grands mouvements de caméras dans les airs lors de l'arrestation finale). La grande scène reste cette rencontre inattendue dans l'univers carcéral, où chacun tente de dominer l'autre, et où le jeune élève cette fois-ci héros succombe encore au charisme d'un grand méchant loup plus intelligent qu'il n'y paraît.
Rien de serait arrivé si nous avions pas deux très grands acteurs l'un face à l'autre, tout les deux à deux âges différents de leur carrière. Alors qu'Anthony Hopkins séduit avec son rôle à mi-chemin entre INSTINCT (où il jouait un détenu psychotique obsédé par les pulsions animales), DRACULA (la folie de Van Helsing se retrouve dans le regard) et LE SILENCE DES AGNEAUX (les tics faciaux et les petits gestes amusants sont là, pour le plus grand plaisir du spectateur), le plus tout jeune Ryan Gosling convainc une nouvelle fois le royaume cinéphile grâce à ses airs de grand acteur un peu flemmard mais bien plus travailleur qu'un Chris Evans (c'est totalement gratuit: j'adore Chris Evans). Après la nomination aux Oscars pour HALF NELSON, son rôle de malade qui marche dans STAY, ses apparitions remarquées dans THE UNITED STATES OF LELAND et DANNY BALLINT, c'est un nouveau bon choix de rôle pour l'acteur qui n'a maintenant plus rien à prouver à ceux qui apprécient les acteurs sincères à la hauteur de leurs prestations. Et puis aussi, LA FAILLE est une occasion pour revoir un paquet de seconds rôles amusants et bien brossés, incarnés par des acteurs convaincants et séduisants: Rosamund Pike nous en met plein les yeux (comme elle l'avait fait dans ORGUEIL ET PREJUGES et MEURS UN AUTRE JOUR), David Strathairn se contente du minimum syndical mais est à la hauteur des espérances (toujours aussi sous-estimé malgré son rôle majestueux dans GOOD NIGHT AND GOOD LUCK), Embetz Davidtz (13 FANTOMES, SCRUBS) joue peu mais plutôt bien, tandis que l'on retrouve le génial Cliff Curtis (SUNSHINE) et Billy Burke (PIEGE DE FEU) en flics surchargés par cette enquête qui les mène en bateau et les fait passer pour des débiles.
LA FAILLE est donc un film foncièrement sympathique, avec un capital de qualités respecter grâce à l'affrontement ténébreux entre Hopkins et Gosling sous la caméra assez virtuose et géniale d'un Gregory Hoblit au meilleur de sa forme. On oublie maintenant les boulettes et LA FAILLE apparaît alors comme l'antithèse totale de PEUR PRIMALE: moins de twist, moins de héros agaçant et plus de libertés artistiques. Et c'est le principal: voir un réalisateur bouclé une boucle au sein de sa filmographie pour retrouver des qualités de cinéastes indéniables. Cela fait réellement plaisir à voir, malgré tout les tics agaçants du film.

"Irina Palm" de Sam Garbarski
Note: 8/10
Les films les plus étonnants et les plus vivifiants sont généralement ceux dont on entend le moins parler, cela va de soi. L'année dernière, la surprise de Mai provenait du festival de Cannes avec Nanni Moretti, et son brûlot politique extraordinaire LE CAIMAN. Presque un an plus tard, une nouvelle réalisation parvient sur nos écrans, mais bien éloigné du film de Moretti: d'origine anglaise, on doit ce petit film d'auteur indépendant à un réalisateur plus que méconnu, Sam Garbarski. Cinéaste à l'origine du film choral LE TANGO DES RASHEVSKI et de plusieurs courts-métrages, il signe ici son deuxième long-métrage au sujet plus qu'étonnant, voir repoussant en apparence. Scénarisé par Philippe Blasdand (NATHALIE, MARIEES MAIS PAS TROP) et Martin Herron, le film avait tout pour faire un scandale avec un sujet plus que tabou et politiquement incorrect, sentant fort la sexualité décomplexé et l'érotisme étalé sur grand écran. Il n'en est rien: Sam Garbarski est un auteur plus proche de Ken Loach que de Catherine Braillard. Il transforme une histoire cocasse et vulgaire en une fable totalement décomplexée, passionnante et sacrément réjouissante. Une très belle œuvre qui met un peu de piquant dans les producteurs "auteurs" très peu en vogue en ce début d'année.
Maggie est une vieille dame qui se renferme de plus en plus dans son quotidien, vivant dans un petit village miteux non loin de Soho. Les seules choses qui la font survivre sont les visites faites à son petit-fils Ozzy, qui se meurt peu à peu dans un hôpital, faute de traitement. L'espoir cependant se profile à l'horizon: un traitement à été trouvé en Australie, et Ozzy est accepté à la clinique locale pour y être soigner. Le seul impératif est qu'il faut payer le voyage et le séjour sur place, chose qu'aucun membre de la famille ne peut se permettre. Maggie décide alors à contrecœur de se lancer dans une entreprise particulière: elle tombe par hasard sur un job d'hôtesse dans le sex-shop de Miki, et accepte de masturber les hommes pour un salaire élevé. Prenant le pseudonyme d'Irina Palm, Maggie va devenir alors "la meilleure main droite de Londres" pour sauver son petit-fils et ne pas perdre son nouveau job.
On pouvait attendre plusieurs choses d'IRINA PALM, et c'est là que le film fabuleux de Sam Garbarski arrive à étonner malgré tous les préjugés que l'on pouvait avoir. On pouvait tomber sur un film faussement intelligent, pétant plus haut que son cul en permanence, et voulant montrer à quel point il était possible de ralentir le rythme d'un film avec de longues scènes d'exposition inutiles. On aurait aussi pu tomber sur un film tellement hasardeux qu'il s'handicaperait avec toutes les scènes dites "érotiques", qui auraient pu tomber dans la gratuité pur et dur. Avec un sujet comme ça, tout était possible. D'où l'étonnement lorsque l'on se rend compte que les auteurs du script original et le réalisateur arrivent parfaitement à doser le rythme de leur métrage grâce à une intrigue simple (voir minimaliste par moment) mais qui sait parfaitement où donner de la tête. Ainsi, en moins de 10 minutes, on connaît déjà le quotidien de cette vieille femme qui perd peu à peu le nord et observe tout son entourage se dégradée petit à petit: le couple formé de son fils et de sa femme bat de l'aile, le premier étant encore trop accroché à sa mère, tandis que le petit Ozzy souffre d'une maladie visiblement incurable, mais qui se trouve être soignée dans un hôpital gratuit…à l'autre bout du monde. Très rapidement et avec un climax de plus en plus séduisant et cocasse, le cinéaste arrive aisément à donner de l'intérêt à cette vieille femme qui va tomber naïvement sur la première affiche de recherche d'emploi lui tombant sous le nez: celle d'un sex-shop faussement torride et ringard, qui recherche des "hôtesses". Etes vous prêt à suivre Maggie dans les tourments du marché du sexe pour devenir la fabuleuse Irina Palm et s'affirmer enfin ? En tout cas, le réalisateur se mesure à cet impératif pour nous livrer un film à la fois très représentatif d'uen partie de la société londonienne, tout en conservant la naïveté adorable de son personnage principal.
Changeant totalement d'univers et de style, le film devient alors le portrait d'une Maggie totalement perdue au milieu de cette entreprise en apparence glauque, futile, agressive et vaine, où son seul emploi revient à masturber des hommes dans une cabine à longueur de journée. La grande force du film vient du fait que les dessous du métier d'hôtesse sont dévoilés sans euphémismes tout en conservant toute la force de la suggestion. Au lieu de dévoiler tout et n'importe quoi, le cinéaste préfère cacher les endroits les plus vulgaires et outrageants du corps humain sans pour autant passer sous silence les impératifs de ce métier. Le tout reste suffisamment cocasse, drôle et puissant pour que l'on se torde de rire et de désespoir pour la pauvre Maggie, effectuant un boulot impossible à imaginer quelques minutes plus tôt. On découvre vraiment un autre univers peuplé de personnages secondaires totalement adorables, comme l'incroyable Miki (génial Miki Manojlovic, vu dans CHAT NOIR CHAT BLANC), gérant du club hilarant et totalement fasciné par la personnalité tourmentée de Maggie, de plus en plus à l'aise dans son rôle d'Irina Palm, sans pour autant devenir une prostituée, et un quotidien finalement moins horrible qu'à l'origine. Même si la masturbation à la chaîne, avec le côté "usine" et réfractaire du métier (se laver les mains, essuyer le sperme, rester concentrer, faire toutes les tailles et tout les genres) demeure finalement assez bizarre, jamais IRINA PALM ne cherche à dégrader ou à critiquer ce genre de pratique, bien au contraire: c'est ce qui va permettre à Maggie d'évoluer.
Car au fond, comme son nom l'indique, le film est d'abord porté par un personnage: celui de Maggie, qui deviendra et assumera totalement le côté Irina Palm qu'elle cachait au fond d'elle. Interprété avec brio et professionnalisme par l'immense Marianne Faithfull (ancienne figure sexy du cinéma rock reconvertie depuis PARIS JE T'AIME et MARIE-ANTOINETTE), IRINA PALM est le chemin de croix d'une femme qui tombe au fond d'un trou pour finalement mieux en sortir, et pas par la porte principale que l'on pensait. Prête à tout faire (ou presque) pour son petit-fils, elle oublie totalement ses origines bourgeoises, son air de petite dame noble et son vocabulaire varié pour débarquer dans un milieu très brutal et très agressif, celui des sex-shops et de leurs rivalités croissantes (hilarante sous intrigue qui nous montre un gérant de sex-shop voulant utiliser Irina Palm comme marque de fabrique). Un monde qui pour autant ne va pas changer la personnalité de Maggie, toujours aussi adorable et aimante envers son fils et son entourage, mais qui va surtout la faire changer. Non seulement elle va voir son quotidien comme bénéfique grâce à ses vraies rencontres (avec Miki et Sofia, qui lui apprend le métier à la main), mais en plus elle va enfin devenir la femme qu'elle a toujours été: une femme mystérieuse, caustique envers les mégères de son village, et particulièrement sauvage quand il s'agit de raconter le quotidien de sa vie avant la mort de son mari, qui le trompait avec la pire peste de ses amis. Mais petit à petit, non seulement elle assume totalement ce qu'elle fait (magnifique "I am Irina Palm" au milieu d'un dialogue corrosif entre Maggie et ses anciennes amies), mais en plus elle va repérer tout les disfonctionnements de son entourage pour retrouver une vie rêvée et passionnée, pour ne pas regretter le moindre de ses actes. Elle va même jusqu'à refuser le voyage symbolique avec Ozzy, objet de pardon éternel pour son fils qui la reniait totalement pour ses actes en apparence répulsifs, pour se rapprocher de ce qui lui a toujours manqué: l'amour d'un homme.
Le reproche principal que l'on peut faire au film, mais aussi sa grande qualité, est qu'il paraît parfois un peu trop rébarbatif à cause de sa construction particulièrement étonnante. En effet, sans grande conviction au départ, Sam Garbarski choisi clairement de chapitrer et découper son film au maximum pour donner un rythme particulier et une sorte de narration totalement éclatée mais aussi parfaitement logique à son film, n'hésitant pas à faire de longues ellipses ou des scènes qui se font échos (les deux premières entrées de Maggie dans le sex-shop) avec l'aide de fondus au noir omniprésents et d'ellipses distillées un peu partout dans le métrage. C'est finalement ce qui gêne le plus: un surplus de fondu et même un manque de continuité, essentiellement dans l'avant dernière partie où Maggie quitte son rôle d'Irina Palm avant de finalement accepter la femme en elle et retourner auprès de Miki. Dans cette longue séquence qui clôt le film et s'étalle sur une dizaine de minutes, les fondus sont peut être trop présents et trop peu espacés pour être significatifs: le cinéste tourne un peu en rond, tout en conservant la force de sa mise en scène. Car il faut bien le dire: IRINA PALM est un film d'acteurs et de situation, mais aussi un sacré film visuel, avec une narration parfaitement dosée à la steady-cam tremblante et réaliste, comme un documentaire parfaitement maîtrisée, et est surtout porté par le lyrisme incomparable de l'unes des plus belles compositions de musiques originales de ces dernières années. On doit la musique du film à Ghinzu (apparu notamment sur DIKKENEK et LES CHEVALIERS DU CIEL – sic), et c'est tout bonnement incroyable ce que l'on entend dans les oreilles, même si c'est encore une fois un peu répétitif à la longue. A mi-chemin entre les musiques classiques chef d'oeuvresques de Beethoven (on pense à Lettres à Elise et son utilisation dans ELEPHANT) et la composition de Massive Attack pour DANNY THE DOG (la B.O. la plus sous-estimée de l'histoire du cinéma), le groupe nous livre une bande son électrisante, bercé par un thème repris à de multiples occasions pour le réalisateur, et on prend franchement pleines les oreilles. Cela complète parfaitement la vision du cinéaste crédible et humaniste, et c'est tant mieux.
IRINA PALM est une surprise sacrément réjouissante, qui se targue d'être un excellent film à tous les niveaux. Très bien mis en scène, très bien interprété et sublimement bien illustré par une musique tonitruante et radicale, on oublie peu à peu la faiblesse du script dans sa deuxième partie un peu poussive (on s'attendait bien entendu à ce que le fils découvre le métier de sa mère et le renie – passage obligé mais intéressant tout de même) grâce à une Marianne Faithfull fascinante et un sujet plus qu'humble, traité avec sagesse et amour. Et c'est ce que l'on retient du film de Garbirski: une sincérité à toute épreuve qui transpire de bout en bout du métrage. Et cela faisait longtemps qu'un petit film d'auteur comme ça n'avait pas été autant naturel qu'IRINA PALM. Et si finalement, on avait une Palme d'Or cachée ?

"Abandonnée" de Nacho Cerda
Note: 2/10
Le cas de Nacho Cerda est un peu étrange. Avec son look espagnol typique, son air de Jaume Balaguero, son style très Alejandro Amenabar et sa passion pour le cinéma de genre rappelant Guillermo Del Toro, le réalisateur a tout pour être un énième réalisateur espagnol dans la vague actuelle du genre qui, avec nombreux films sortis et de nouveaux talents dénichés, semble renaître de ses cendres (que ce soit en Espagne ou en Angleterre d'ailleurs). Pour autant, Cerda n'en est pas à son coup d'essai avec ABANDONNEE, son premier long-métrage: on lui doit en effet une sorte de trilogie autour du thème de la mort initiée en 1992 (bientôt disponible en coffret chez Wild Side), où aux côtés du très étrange GENESIS (une statue reprend vie tandis que son mari sculpteur paye le prix de la renaissance et devient statue à son tour) se plaçant AFTERMATH, électrochoc total pour tout les spectateurs, où un pauvre médecin dérangé travaillant dans une morgue cédait à toutes ses pulsions comme la nécrophilie, le viol ou la chirurgie morbide. Pour son passage au long métrage, le réalisateur voit donc grand, peut-être trop par rapport à ses propres moyens: un tournage en anglais dans un pays russe, pour une petite production espagnole conçue comme une série B. Et effectivement, le manque de moyens et d'ambition réelle se ressent durant tout le métrage, puisque ABANDONNEE se révèle être sacrément décevant par rapport à ce que Cerda avait démontré dans ses courts-métrages. Beaucoup moins intéressant et plus "commercial" dans sa structure débile (un gros film à twist – pour faire simple), le film a reçu un accueil très hostile au dernier festival de Gérardmer, et ce n'est pas pour rien: le film est effectivement très moyen. Après WILDERNESS (boh) et en attendant BLACK SHEEP (ah !!!), le troisième film issu du dernier cru fantastique n'est pas si horrible que ça…pas dans le bon sens du terme en tout cas.
Marie, productrice de films exilée aux Etats-Unis où elle a fondé une famille, revient dans sa Russie natale à la suite de la découverte du corps de sa véritable mère, dans des circonstances plus que mystérieuses. Sur les traces de sa vraie famille, elle se rend dans la ferme locale surnommée l'Ile pour y découvrir des souvenirs enfouis au plus profond de son être. Mais une fois entrée dans la maison, elle fait alors la connaissance d'un étrange personnage qui dit être son frère jumeau, et se retrouve poursuivi par une sorte de fantôme. Elle va rapidement découvrir que ces apparitions mystiques sont des projections de son sort à venir, puisque pour son anniversaire, une sentence terrible orchestrée par un esprit vengeur lui sera adressée…Elle a 24 heures pour découvrir la vérité sur sa famille.
Après une mise en abyme plutôt réjouissante au vue des cadrages et de l'ambiance utilisée dès le départ, ABANDONNEE retombe sur ses vraies pattes et apparaît alors comme une suite de stéréotypes, de poncifs du genre et de situations déjà vues, qui se traduisent d'abord par la présence de seconds rôles épouvantables et d'une héroïne totalement à côté de la plaque. Exténuée par sa fille resté aux Etats-Unis avec son petit ami (personnage que l'on ne verra jamais mais qui interviendra à travers une voix-off finale particulièrement réjouissante), elle fait d'abord la rencontre d'un mystérieux homme d'affaires qui s'occupe de lui remettre le dossier de sa famille, lui donnant ainsi des indications pour rejoindre la maison de ses parents inhabitée et la façon dont le corps décimée de sa mère a été retrouvé dans des conditions plus que douteuses. Si la conversation en soit est plutôt amusante et bien menée, il n'en est rien de ce personnage traité par-dessus la jambe, qui est en faites une clé de l'intrigue. On peut le deviner aisément: il a un air bizarre, il surenchérit la moindre de ses paroles, et le pauvre acteur l'incarnant ne fait que cabotiner tout le long de la scène. On sait pertinemment que ce personnage n'est pas posté là par hasard, surtout que quelques secondes avant, notre Marie était bousculé par un spectre inexplicable (en apparence). Armée d'un courage éphémère, Marie se rend ensuite sur les lieux de son enfance où elle suit tout les clichés du dépaysement: problèmes de langues, de culture et de traditions rencontrés tout le long de la présentation du personnage, qui va à la rencontre d'une vieille femme terrifiée par un camion avant d'être recueilli par son chauffeur, le personnage le plus inutile du film. Celui-ci bien entendu disparaît pendant la nuit, et notre gentille héroïne ne trouve rien de mieux que de le suivre pour se perdre à son tour. C'est vieux comme le monde, et ça agace vraiment de voir à quel point Cerda nous prend pour des idiots: musique flippante, maison inhabitée, fantôme ressemblant parfaitement à Marie, course poursuite interminable, tout est là pour donner au film une ambiance faussement horrifique mais très mal maîtrisée.
La suite n'est pas de tout repos puisque le film part alors dans un néant scénaristique à toute épreuve, s'engouffrant dans la grande porte du huis clos dramatique aux enjeux diverses et variés (un frère et une sœur qui ne se connaissent pas mais doivent combattre ensemble alors qu'ils sont voués à mourir) avant de livrer une dernière demi-heure ridicule à souhait, avec un énorme twist final totalement stupide (une séquence à FX nous ramène 40 ans auparavant et c'est réglé) qui revient sur tout le voyage de l'héroïne, sans exception, allant même jusqu'à montrer que le spectre bousculant Marie au début était en faites elle-même (si si). Le problème d'ABANDONNEE, c'est qu'avec un final aussi ridicule qui part en live dès qu'il le peut (on se retrouve en deux secondes avec des sangliers énormes, des corps déchiquetées et des femmes nues), il aurait été préférable de mettre un peu de cynisme, de seconde degré ou d'humour dans le métrage, chose courante dans les films d'horreur actuels. Mais Cerda veut jouer sur la surenchère violente et radicale, et se perd dans un premier degré franchement déconcertant. Entre les explications d'un frère au courant de tout (même du nom donné à des fantômes annonçant la mort des personnages, c'est dire), les apparitions de deux morts-vivants qui ne font que marcher et tenter d'attraper nos deux héros sans grande inventivité (ce sont des zombies débiles) et les retours en arrière en plein milieu d'une séquence où la tension est omniprésente, le film se perd dans un surplus d'explications et d'énigmes jamais résolues et trop sérieuses pour être crédibles. Certes, un film d'horreur fantastique permet de jouer avec le temps et les monstres, mais de là à virer dans le trip psychédélique interminable, il y a une énorme barrière, que Cerda tente de franchir. Mais il se casse tout simplement la gueule, comme c'était le cas dans le sérieux agaçant de GENESIS (qui est autant inexplicable que son long-métrage).
Que garde t'on en faites comme chose potable et réjouissante dans cette première réalisation ? C'est tout simplement le style du cinéaste lui-même, qui est définitivement un réalisateur à suivre, quel que soit ses choix futurs et le résultat de cette première œuvre grossière. Cerda a un sacré talent pour la mise en scène, et réussit amplement à donner de la tension et de la beauté grâce à des cadrages tantôt lointains et énigmatiques (les 2 dernières minutes, d'une beauté répugnante), tantôt très rapides et énormes (une blessure par balles filmée en gros plan pendant quelques secondes saignantes), jonchant sans cesse entre la mise en scène rappelant le style des films d'horreur nippons de ces dernières années (l'héritage de RING pèse sur l'apparition des spectres bizarres) et des plans-séquences virtuoses qui rentrent le spectateur dans le vif du sujet, osant même une reconstruction en live de la maison hantée avec un son énorme qui explose les tympans après plus de trois minutes. Dans la continuité de son style apparaît alors une autre de ses intentions respectées: faire un film assez radical pour plaire aux fans du genre. Et effectivement, les quelques plans et séquences gores du film sont sacrément réussies: des bébés noyés ou broyés par des sangliers, un corps déchiqueté par des immenses bêtes répugnantes, une blessure par balle guérie instantanément avec un couteau à chaud, et d'autres petits détails qui font qu'on croit finalement à cette histoire plus violente qu'elle n'en a l'air. Sans parler des dernières minutes du film, qui pour une fois vont vraiment au bout des choses, puisque Cerda n'hésite pas à tuer son héroïne avant de faire parler sa fille devenue adulte, qui refuse totalement de mourir comme elle. C'est ce qui s'appelle savoir conclure son film, à défaut de passionner pendant l'heure et demie restante.
Acteurs en live (épouvantable Anastasia Hille – THE HOLE, et génial Karel Roden – Raspoutine dans le HELLBOY de Del Toro), scénario totalement vain et premier degré, ambiance ridicule la plupart du temps, on retiendra d'ABANDONNEE une mise en scène sublime aidée par une photographie tout simplement somptueuse, quelque soit le décor du film. Dommage que Nacho Cerda rate totalement le reste de son film, et espérons que son prochain long-métrage soit hautement plus maîtrisé qu'ABANDONNEE.

"J'veux pas que tu t'en ailles" de Bernard Jeanjean
Note: 7/10
Le cas de Bernard Jeanjean dans le cinéma populaire français est un peu atypique. Très peu connu et souvent rejeté des producteurs à cause de son passé de scénariste sur la série PJ, il a réussi avec une seule réalisation à devenir un réalisateur classé "bon faiseur" de comédies romantiques, le bien nommé J'ME SENS PAS BELLE. Si ce coup d'essai très vivant et très prenant a prouvé que l'on pouvait encore briser les règles de la rencontre amoureuse il y a maintenant de ça 3 ans, on attendait plus Jeanjean sur le chemin de la comédie sentimentale. Mais la suite paraît tellement logique qu'il est évident que l'auteur a d'autres choses à prouver dans le genre auquel il est maintenant cantonné. Après les premiers ébats d'un couple amoureux improbable, et en faisant une immense ellipse du mariage, des enfants et de la routine dans un couple amoureux, le réalisateur revient avec une autre étape inévitable: l'adultère. Mais attention, le sujet, Jeanjean le tient à cœur. Pas question de faire une comédie pompée sur l'archétype américain où le gentil mari va faire tout un tas de pièges pour récupérer sa femme au détriment de l'amant un peu perdu. Dans J'VEUX PAS QUE TU T'EN AILLES (même le titre est dans une suite logique), c'est surtout la psychologie de chacun, et plus particulièrement des deux mâles à un même piédestal, qui intéresse le réalisateur. Et c'est tant mieux: le film est une sacrée surprise qui va vous faire rire aux éclats la plupart du temps.
Paul est un psychanalyste très impliqué avec ses patients, peut-être trop. A force de manger des sucreries et de ne pas briser la routine de son mariage, il ne remarque pas que sa femme Carla, professeur de français, s'éloigne de plus en plus. Un jour, alors qu'il donne quelques conseils à un jeune restaurateur traumatisé par la mort de son père, Raphaël, il apprend que ce dernier a une liaison avec une femme mariée, professeur de français, qui a un fils de 6 ans et peine pour faire vivre son mariage. Au moment de donner son nom, Paul comprend qu'il s'agit de Carla, sa propre femme. Trahi et meurtri, il décide alors de garder Raphaël comme patient pour reconquérir petit à petit sa femme.
Si vous reconnaissez une touche de Woody Allen, de Francis Veber et un soupçon d'ironie façon frères Farrelly, c'est normal: ce sont tout simplement les influences principales de Bernard Jeanjean, visiblement aussi inspiré par l'auteur de MANHATTAN que par LE DINER DE CONS et des épisodes clefs de FRIENDS. La situation a tout pour être une jolie comédie un peu cucul, d'où l'étonnement général, surtout après les bandes-annonces à la fois réjouissantes (un petit teaser face caméra du plus bel effet) ou plutôt mal faites (le vrai trailer, très peu en phase avec le résultat final). Bien entendu, cela fait du bien d'être étonner à ce point, surtout lorsque l'on s'attendait à un film très ennuyant et très peu rythmé. C'est tout le contraire et la force de Jeanjean, qui arrive en à peine quelques scènes à rendre le film superbement bien vivant et réjouissant. Sans tomber dans le stéréotype de la présentation des personnages (on les voit à peine 5 minutes avant que l'intrigue commence pour de bon), le réalisateur règle dès le départ son concept pour mieux l'explorer de fond en comble, de toutes les meilleures façons possibles: on apprend que Paul délaisse sa femme petit à petit et que Carla a une aventure avec Raphaël, Raphaël se présente au cabinet et parle de sa nouvelle conquête, et Paul se rend compte que sa femme vit donc une aventure avec son propre patient. Une dizaine de minutes de métrage, et les bases de l'histoire sont déjà posées. Comment régler la dynamique de ce début de film en 1h30 ? Si Jeanjean va finir en revanche par perdre son spectateur dans le dernier quart d'heure longuet et un peu vain, il arrive cependant à rendre la première heure superbe. Sans tomber dans des ridicules retournements de situations ou des pièges tendus mutuellement entre un patient et son psy, le réalisateur filme sans prétention les séances de psychanalyse qui serviront de base à Paul pour reconquérir sa femme. Sans pour autant utiliser les idées de Raphaël pour séduire Carla (un voyage à Marrakech, un week-end en amoureux, une soirée romantique), Paul va se rendre compte que ce sont les indications de son patient qui lui donne un moyen de retrouver la belle: casser la routine, venir demander un déjeuner ou un dîner, faire en sorte qu'elle reste sans cesse à ses côtés, ne plus la laisser sortir ou elle rejoindra son beau Raphaël, et surtout ne plus l'énerver.
Mais la force du film vient du fait que Carla ne se laisse jamais vraiment prendre au jeu. Plus l'intrigue avance, plus on se dit que ce couple ne pourra jamais redevenir comme avant: Paul fait des efforts vains pour la rapprocher de lui, il organise un voyage à Genève qui est en faites un séminaire sur la psychanalyse, il rate un dîner romantique à cause de son manque de tact, et surtout, son adversaire de taille se rend enfin compte que Paul est le mari de sa belle Carla. La situation semble devenir stéréotypée, mais elle ne plonge jamais le film dans un affrontement bête et méchant: non seulement Paul et Raphaël ne parleront qu'une seule fois (et au téléphone), mais en plus, ils se lancent quelques petits défis sans pour autant tomber dans l'affrontement verbal ou physique. Ainsi, Raphaël va faire tomber à la renverse un dîner de Saint Valentin lorsque Paul se rend par inadvertance dans son propre restaurant (ça c'est du Francis Veber !), en lui apprenant que Carla est en faites une cliente d'un club échangiste, ou en rajoutant des herbes piquantes dans le plat de son pauvre mari. La situation bat son plein, et cette fois, seule une image nous reste en tête: celle d'une femme prise entre deux hommes qui ne voient pas l'amour de celle-ci pour l'un des d'eux. Et en faites, jusqu'à la dernière séquence du film, on doute quelque peu de la résolution du film. Après tout, même si Raphaël n'est qu'un trait d'union dans sa vie, Paul peut très bien l'avoir perdu à jamais tant ses remarques agressives sur sa ligne et son alimentation (qui pleuvent à tout moment) semblent être sincères. Est-ce que ce couple peut redevenir comme avant ? Apparemment oui, comme l'annonce la scène finale, mais le chemin va être dur.
L'autre grande force de J'VEUX PAS QUE TU T'EN AILLES, même si la dernière partie (à partir du dîner) tombe un peu dans la niaiserie et le plan-plan des dialogues pas toujours aussi bien ciselés que l'on imagination, est qu'il pose des questions morales et éthiques inattendues. En effet, le spectateur a deux choix: suivre la pensée de Paul et se mettre de son côté (ce que semble faire le réalisateur), ou bien prendre le parti de l'amant, Raphaël, au départ le trompeur et le briseur de couples. Mais de cette situation naît d'autres problèmes, car après tout, Paul est aussi un briseur de couples: il ne sait pas si sa femme est heureuse avec Raphaël mais va tout mettre en œuvre pour que son patient fasse une bêtise et la perde à jamais, malgré son immense bonheur. Non seulement il lui cache quelque chose d'essentiel, mais en plus il en profite pour le manipuler et reconquérir sa femme sous ses yeux ébahis, en lui mettant dans la tête des explications psychologiques hilarantes durant des séquences de psychanalyse franchement parfaites. Le pauvre amant devient manipulé, totalement abusé psychologiquement, et la position de Paul devient de plus en plus "sadique", presque dérangeante. Faut-il tout faire pour retrouver l'amour ? Encore une fois, la question semble être impossible à résoudre, mais le réalisateur tend quelques pistes au cours de son film. Ce n'est pas ne détruisant l'autre que l'on retrouve l'amour, ni en voulant dire tout ce que veut l'autre veut entendre (ce que Paul fait beaucoup, surtout à propos de son métier et de ses bonnes résolutions). Heureusement, le couple Paul/Carla est plus fort que ça, et arrivera peut-être à surmonter cette épreuve.
Mais le plus réjouissant chez un Bernard Jeanjean est la capacité que les acteurs ont pour changer un peu de ton par rapport à d'autres films plus "classiques" pour arriver à totalement renouveler leur image. C'est en tout cas la capacité des deux mâles de l'histoire, plus à l'aise devant la caméra de Jeanjean que la pauvre Judith Godrèche. Un peu vacharde sur les bords mais finalement peu étoffé, la pauvre actrice sur-joue de bout en bout, à cause de ses airs de princesse désabusée qu'elle porte depuis BIMBOLAND (il faut la voir dans FRANCE BOUTIQUE, TU VAS RIRE MAIS JE TE QUITTE et TOUT POUR PLAIRE, toujours le même rôle un peu cruche mais mignonne). Face à elle, les yeux du spectateur n'ont de qualités que pour Julien Boisselier, tout simplement le meilleur acteur de sa génération (avec d'autres bien entendu, mais j'adore cette phrase). Toujours aussi extraordinaire depuis J'ME SENS PAS BELLE, il arrive à donner une réelle dimension attendrissante à son personnage d'amant briseur de couples ne pensant qu'à la mort de son père et à sa mère, avec des tics faciaux du plus bel effet. L'acteur prouve sa capacité à tout jouer, même les rôles les plus durs (JE VAIS BIEN NE T'EN FAIS PAS, CLARA ET MOI, LE CONVOYEUR et d'autres comédies romantiques). C'est tant mieux, car cela permet une réelle complicité à l'écran avec son ennemi Richard Berry, bien loin de ses prestations récentes peu encourageantes. L'acteur se montre disponible, drôle, souvent attendrissant d'ailleurs, un peu perdu et un peu pathétique à la fois, qui va sûrement faire exploser de rires les spectateurs lors de sa tentative ratée de se faire passer pour un macho avec ses remarques vulgaires et ses airs prétentieux. Un rôle de composition, tout simplement.
Grâce à une interprétation sans faille et à 4 séquences de psychanalyse hilarantes et superbement bien réalisées, J'VEUX PAS QUE TU T'EN AILLES dépasse son statut d'énième film sur l'adultère et la reconquête amoureuse pour devenir un joyeux petit film très sincère, très bien imaginé, qui se perd un peu quand il doit conclure, mais fait passer un excellent moment au spectateur lambda. Ce n'est pas parfait, mais c'est déjà réjouissant. Vivement JE NE SUIS PAS HEROS, dernier volet de cette passade romantique pour Bernard Jeanjean.

"Away from Her" de Sarah Polley
Note: 7/10
L'actrice Sarah Polley est une femme géniale, qui l'a été depuis ses débuts et qui continue de l'être aujourd'hui avec son premier film en tant que réalisatrice. Evoluant au cinéma depuis sa plus tendre enfance, on lui doit son premier rôle mémorable dans les déjantés AVENTURES DU BARON DE MANCHUSON, film maudit de Terry Gilliam, qui pourrait être le premier d'une lignée de cinéastes indépendants estampillés "auteurs" qu'elle apprécie tout particulièrement. Très vite, elle devient en effet la figure emblématique d'Atom Egoyan (producteur exécutif du film), réalisateur exemplaire qui la fera tourner dans EXOTICA et surtout le magnifique DE BEAUX LENDEMAINS, mais aussi de la très sous-estimée Isabelle Coixet (MA VIE SANS MOI, THE SECRET LIFE OF WORDS), tout en croisant le chemin de David Cronenberg (petit rôle dans EXISTENZ), de Doug Liman (GO), de Kathryn Bigelow (LE POIDS DE L'EAU), du très étrange Hal Hartley (NO SUCH THING) ou encore de Wim Wenders (DON'T COME KNOCKING). Mais l'actrice ne se fait pas pour autant rare, et sait parfois faire des choix pour booster sa carrière ou changer de perspective: elle est absolument somptueuse dans le chef d'œuvre de Zack Snyder L'ARMEE DES MORTS, et provoque un désir infernal dans l'étrange MEMORIES, sorte d'EFFET PAPILLON psychologique avec Ryan Philippe. Parallèlement, elle exprime le désir de réaliser, puisque dès 1999, elle se lance dans l'écriture de plusieurs courts-métrages, jusqu'à ce qu'elle tombe sous le charme d'une nouvelle d'Alice Munroe intitulée THE BEAR CAME OVER THE MOUNTAIN. Sortie du tournage du nouveau Isabelle Coixet avec Julie Christie, elle s'imagine alors l'actrice en héroïne désenchantée face à une maladie s'adressant aux personnes âgées: l'Alzheimer. A 27 ans, armée d'une caméra fluide et d'un talent inattendu, Sarah Polley filme donc sa première histoire, bien loin de tout ce qu'on pouvait attendre d'elle. Et c'est tant mieux: AWAY FROM HER est un joli film, pas parfait, mais qui saura émouvoir ceux qui veulent réellement ressentir la puissance des émotions.
Fiona et Grant sont mariées depuis 44 ans. Vivant paisiblement au Canada en face d'un lac gelée, ils mènent un train de vie agréable et encourageant, peuplé de promenades et de ski de fond. Pourtant, sous son apparence de diva intouchable, Fiona commence à perdre certains souvenirs. Petit à petit, elle se rend compte qu'elle est atteinte de la maladie d'Alzheimer, et veut absolument rentrer dans un établissement conseillé pour ne pas commencer à disparaître comme d'autres. Commence alors une longue rupture entre les deux amants, où Fiona rencontrera Aubrey, un vieux bonhomme silencieux, et Grant s'apercevra de tout l'amour qu'il porte encore pour sa femme, malgré tout le mal qu'il lui a fait dans le passé. IL ne veut pas passer une journée de sa vie loin d'elle.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, AWAY FROM HER n'est ni un film de vieux, ni un film faussement sincère qui sert de démonstration à la réalisatrice pour faire un drame intimiste énervant. Ce qui prime d'abord dans le film, c'est son traitement sincère et très intime de cette histoire, sans pour autant que l'on verse des larmes à tout va, et sans que l'on ait pitié de ces vieillards qui subissent les dernières épreuves de leur vie. Sarah Polley ne parle pas d'une expérience personnelle, ne tombe pas dans la mise en scène laborieuse et expérimentale, et se "contente" de construire un récit de manière intelligente et étonnante pour donner du rythme à une histoire apparemment longue et vaine. Rien n'est laissé au hasard dans ce premier long-métrage, et c'est ce qui fascine le plus chez la réalisatrice. Jonglant entre le présent et les retours en arrière nous expliquant comment nous en sommes arriver là, AWAY FROM HER nous plonge d'abord dans la quête de Grant, visiblement à la recherche de quelque chose ou de quelqu'un. Une adresse à la main, il va à la rencontre d'une femme qu'il semble reconnaître, et lui demande son aide. Sa volonté ? Ramener le mari de cette femme, Aubrey, auprès de Fiona, son amour de toujours actuellement dans un centre spécialisée pour les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, fléau chez les personnes âgées essentiellement. Voilà normalement la trame principale, celle qui se passe sous nos yeux sans que les personnages ne se doutent de rien. Le but consiste en faites à revenir aux prémices de la maladie pour savoir le pourquoi à tant de questions qui nous taraudent: pourquoi Grant paraît si distant au sujet d'Aubrey ? Pourquoi veut-il le faire revenir auprès de Fiona ? Et surtout, de quoi a-t-il réellement peur ?
Entre temps et très fréquemment, les retours en arrière permet de donner un rythme évident au métrage, qui en manque parfois essentiellement dans sa deuxième partie, mais qui respecte totalement sa note d'intention. La réalisatrice revient donc au premier indice de la maladie d'Alzheimer et dresse petit à petit le portrait de Fiona, qui n'est en faites pas l'héroïne du métrage: il s'agit plutôt de montrer comment Grant, ce vieil ours aimant, a pu tomber dans la dépression et tente de remonter au front pour prouver son amour auprès d'une femme qui peut ne plus se souvenir de lui. Malgré les impératifs de l'histoire, on ne tombe jamais dans la redite puisque l'on passe d'une semaine à une autre, voir de plusieurs mois, sans jamais se lasser: Fiona range une casserole dans le congélateur, elle oublie un nom usuel comme celui du vin, elle pense perdre la tête, mais se souvient pourtant de quelques détails. L'espoir est encore de mise chez Grant, auquel le spectateur s'identifie immédiatement, grâce à quelques petites teintes de poésie magnifiée par des séquences minuscules où Grant se souvient du visage de Fiona quelques années plus tôt, de son air baba-cool ou d'une ancienne élève. Au-delà de la maladie se cache en faites un réel film de couple et de remise en question, puisque petit à petit, on apprend que Grant a trompé Fiona mais est resté avec elle, posant ainsi le doute sur sa maladie. En effet, on en vient même à se demander comme Grant si sa femme ne simule pas pour se venger ? Surtout lorsque, dans les meilleures séquences du film se déroulant dans cette clinique aux couloirs blanchâtres et aux chambres inexpressives, Fiona s'attache à Aubrey, un vieil homme silencieux qui semble beaucoup l'apprécier. Cette dernière ne se souvient de rien, si ce n'est que son mari l'a trompé, ne sachant même pas qu'elle vient d'Islande et ne reconnaissant pas sa maison lors d'une visite surprise. Le spectateur est alors mis au niveau de Grant, qui veut s'assurer que sa femme ne lui ment pas par vengeance, et n'exagère pas. Mais il faut aussi qu'il accepte sa maladie et ses fautes, et qu'il parte de l'avant.
Tranquillement, et peut-être parfois trop doucement, Sarah Polley redessine la figure d'un couple idéal tout en semant le chemin jusqu'au bonheur d'embûches horribles. Si l'hôpital est le meilleur moyen pour Grant de se rapprocher de sa femme, il va vit déchanter puisqu'elle se désintéresse totalement de lui malgré ses visites permanentes et l'agacement général de certaines infirmières. Il va même se lier d'amitié avec l'une d'entre elle pour essayer de comprendre pourquoi sa femme l'oublie et tombe amoureuse d'un autre, jusqu'à ce que celui-ci soit déménagé. On revient ainsi à nouveau au présent, avec une longue route à finir, puisque le couple idéal de Polley n'est pas celui du malheur, mais celui du pardon et de l'acceptation. Au final, le fait que Grant accepte que sa femme soit tombée amoureuse d'un autre le pousse à faire revenir Aubrey pour lui redonner du bonheur et du courage, et c'est là que Fiona lui fera sûrement sa plus belle déclaration d'amour et d'humilité, même si elle est malade et même si elle ne pourra jamais sortir de cette clinique. Et grâce à sa réalisation d'un calme étonnant, tout passe plus par les mots que la mise en scène, tout en redonnant un grand coup dans la réalisation de "films pour personnes âgées" avec des flash-back photographiée de façon totalement nouvelle (images granuleuses en 4/3). Et bien tendu, rien ne serrait aussi beau et magnifiée s'il n'y avait pas devant la caméra un couple aussi magnifique que Julie Christie (la divine actrice du DOCTEUR JIVAGO), qui sort une palette de jeux étourdissante de bout en bout, à mi-chemin entre la légèreté de son teint et la tragédie douloureuse qu'elle est en train de vivre, et l'étonnant Gordon Pinsent (LE VIEIL HOMME ET LA MER), un sacré bougre auquel on s'identifie immédiatement. A noter aussi l'excellent rôle de la très belle Katie Boland (héroïne de séries inconnues en France comme TERMINAL CITY et THE ZACK FILES, et bientôt dans JUMPER, le prochain Doug Liman au casting sublime) en infirmière compatissante qui a toujours le dernier mot.
S'il n'est pas toujours parfait, s'il pêche dans sa dernière partie et s'il ne restera jamais gravé dans les mémoires comme un drame aussi puissant que THE SECRET LIFE OF WORDS, AWAY FROM HER restera en tout cas une sacrée démonstration du talent de Sarah Polley en tant que réalisatrice. On la savait passionné et impliqué dans ses rôles sur grand écran (du film d'horreur au drame intimiste), et on la sait maintenant tout aussi forte dans la réalisation, comme l'avaient prouvés ses multiples courts-métrages extrêmement poétiques. Un film qui fait du bien, tout simplement, avec toute la sincérité que l'on peut imaginer retrouver un jour au cinéma. Merci Sarah !
Cinq ans. Voilà maintenant cinq ans que l'on a découvert sûrement le premier vrai blockbuster de super héros sur grand écran, adapté du comics ô combien culte de Stan Lee et Steve Dikto. Marvel (et Avi Arad) lançait sa campagne d'adaptation qui continue encore aujourd'hui de faire des merveilles ou des erreurs monumentales (HELLBOY, BLADE 2, GHOST RIDER, LES 4 FANTASTIQUES), le 11 septembre s'était ancré dans la mémoire collective pour devenir le jour où le peuple américain était capable de croire qu'un homme aux pouvoirs incroyables pouvait changer la donne et combattre le mal, DC Comics commençait à faire les yeux doux pour le retour de SUPERMAN et de BATMAN (les deux autres meilleures adaptations), et Sam Raimi devenait le premier réalisateur totalement geek aux commandes d'un budget colossal qui fit les heureux au box-office. Signant pour une trilogie, on attendait tous de voir comment le deuxième et le troisième film allaient enfoncer le clou, sans forcément y croire. Pourtant, en 2004, le miracle s'est produit: non seulement l'équipe artistique et technique était devenu une unité totalement soudée et capable d'avancer avec une rapidité et une efficacité débordante d'imagination, mais en plus, SPIDER-MAN 2 allait prouver que le cinéaste était capable de livrer un chef d'œuvre total avec le peu de confiance qu'on lui donnait à ses débuts, et avec une passion qui réjouit ses fans de la première heure (ceux de la trilogie EVIL DEAD). Et nous voilà maintenant, 5 ans après le premier volet extraordinaire, 3 ans après le chef d'œuvre inattendu, devant le troisième et dernier volet, celui qui clôt en tout cas la trilogie envisagée au départ comme une unité imparable. Qu'il y ait une nouvelle trilogie ou un quatrième volet supplémentaire, SPIDER-MAN 3 clôt toute une période de cinq ans, et le fait de manière totalement révolutionnaire. Les promesses étaient nombreuses: non seulement le réalisateur a signé une partie du script avec l'un de ses frères Ivan Raimi (aidés bien entendu par le scénariste du deuxième volet, Alvin Sargent, qui permet une transition plus agréable entre les deux épisodes), mais il accélère les choses et dévoile pas moins de 3 méchants (le nouveau Bouffon Vert – du moins Harry Osborn, le magnifique Sandman et le meilleur méchant de comics jamais vu, Venom), l'apparition d'un personnage secondaire très important dans le comics (la belle Gwen Stacy, fiancée de Peter pendant de nombreux épisodes avant sa mort bouleversante), et un budget qui explose tout ce qu'on avait pû voir jusqu'à présent (de SUPERMAN RETURNS à KING KONG). Entre temps, Sam Raimi est devenu le geek le plus apprécié du monde, les acteurs ont explosés leur carrière grâce à des choix inattendus et plus qu'agréables, et SPIDER-MAN est devenu le super héros le plus apprécié de la population mondiale, cinéphile ou "populaire". Au final, après 3 longues années d'attente où on avait laissé Spidey dans un climat plutôt agréable et très abouti, SPIDER-MAN 3 allait apporter ce dont on avait réellement envie, comme ceux de STAR WARS à l'époque de L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE: une dimension violente, noire et agressive à un super héros un peu niais et parfois (trop) sympathique. Effectivement, c'est osé, mais en plus, c'est réussi. J'ajouterai même plus à cette qualité: SPIDER-MAN 3 est tout simplement la meilleure adaptation de comics jamais vu sur grand écran.
Le film reprend donc là où on avait laissé Peter Parker/Spider-man, sans artifices et quasiment sans ellipses. Le jeune photographe et super héros vit une romance rêvée avec Mary-Jane, qui accepte enfin le fait d'être relégué parfois au second plan par rapport aux interventions de son petit-ami. Tout va pour le mieux, et Peter envisage même d'épouser MJ. Mais le côté obscur de l'araignée refait surface, en même temps que plusieurs évènements que l'on attendait pas: Harry est devenu le digne fils de son père et obtient enfin la vengeance dont il a toujours rêvé en revêtant la combinaison du nouveau Bouffon Vert hybride, et le réel meurtrier de son oncle Ben s'échappe de prison avant de tomber dans un accélérateur de particules et de devenir un vrai monstre, l'Homme Sable. Face à ces deux nouveaux ennemis et à l'arrivée dans sa vie d'Eddie Brock, un jeune photographe beaucoup plus à l'aise que lui, Peter tombe sous la dépendance d'une substance extra-terrestre qui fait ressurgir en lui toute la haine et les vices qu'il n'avait jamais osé imaginer.
L'émotion que subit le fan de la trilogie de Sam Raimi et le fan de comics type tout au long du film et de la saga peut se retrouver résumé, comme à son habitude, au général d'ouverture du film,toujours aussi sublime et magnifique. Là où certains films paraissent totalement stupides dans leurs génériques d'ouvertures pompés sur SPIDER-MAN justement (entre autres, GHOST RIDER et ses crédits qui défilent à toute vitesse avec des FX épouvantables), le film garde justement ce qui faisait la force du précédent: un même thème musical de plus en plus étoffé (Christopher Young choisit, en remplaçant de Danny Elfman, de teinter le thème avec quelques notes obscurs à la fin du film), un résumé de l'histoire et de nos personnages de plus en plus dense (il s'en est passé des choses depuis le Bouffon Vert), et surtout l'arrivée croissante de la symbiote sur la toile digitale, qui donne un ton beaucoup plus obscur au film sans la moindre image de Peter Parker ou de Spider-man. Et c'est justement le meilleur moyen pour Raimi de remettre le spectateur dans le bain, sans pour autant l'acharner avec des flash-back: seul une voix-off servira d'ouverture et de clôture du film, pour guider quelque peu la psychologie de Parker dès sa première apparition rapide, en grand gamin ébahi devant ses propres ébats. Le quotidien se met en place, mais ce n'est pas ce qu'on retient de la première partie du film, qui se situe en faites avant l'arrivée de la symbiote sur le costume de Peter: on retient surtout la multiplicité des intrigues et des personnages, qui permettent des allez et retours dans les décors et les univers différents, et qui donnent un rythme effarant au film, sans pratiquement aucune scènes d'affrontements. D'un côté, nous avons donc Peter, qui commence à comprendre qu'il a envie de faire sa vie avec Mary-Jane coûte que coûte, et qui s'adresse à Tante May pour qu'elle lui donne une bénédiction (symbolisé par la bague d'Oncle Ben). Notre héros va de mieux en mieux, et se permet même quelques excès de confiance et d'égocentrisme, surtout lorsqu'on lui remet la Clé de New-York et qu'il succombe aux charmes de la belle Gwen Stacy dans un baiser ouvertement sexy, reprenant la position de MJ et Peter dans le premier volet. La question se pose: et si finalement, Peter avait la grosse tête et ne se rendait pas compte que Spider-man lui pourrissait la vie à force d'héroïsme et de qualités ? Cette première base posée, on passe ensuite à la relation entre Peter et Harry, qui commence un nouveau départ suite à un combat acharné entre les deux hommes. Amnésique, un peu idiot et sourire aux lèvres, il a tout oublié de ces derniers mois: non seulement il ne se souvient pas que Spider-man a "tué" son père, mais en plus il croit que Peter est toujours le photographe inattendu du super héros, oubliant ainsi sa double identité qu'il pouvait aisément détruire. Enfin, dans la vie de Peter, un dernier évènement survient: l'arrivée d'Eddie Brock, son total opposé, qui lèche aisément les bottes de Jameson pour obtenir un poste à plein temps au Daily Bugle. La rivalité s'installe vite entre les deux hommes, qui se lancent plusieurs défis à relever pour obtenir une photographie volée de Spidey en plein braquage de banque…
Le plus visionnaire dans ces intrigues très condensées en quelques scènes essentielles mais jamais barbantes (les visites chez Tante May sont beaucoup moins gonflantes que dans les autres épisodes – qui sont devenues lassantes au fil des dizaines de visions), c'est qu'elles servent toutes à introduire l'idée que Peter peut craquer à tout moment. Car parallèlement à sa vie semée d'embûches, deux nouveaux personnages apparaissent, et pas les moindres. D'un côté, nous avons cette immense brute nommée Flint Marko, réel assassin de l'oncle de Peter, qui s'échappe de prison pour rendre visite à sa fille malade. Tout est suggéré à travers une seule scène, mais on se retrouve devant l'un des méchants les plus charismatiques et émouvants de la saga, puisqu'il agit non plus par folie (le Bouffon Vert) ni par vengeance passionnelle (Octopus), mais bel et bien pour sauver un être avant qu'il ne soit trop tard. Poursuivi par la police, il plonge alors dans un accélérateur de particules testé sur du sable et combine avec la matière pour devenir Sandman (l'Homme-sable en français), un vrai et pur bad-guy horrible, capable de se transformer en nuage de sable ou d'agrandir ses membres pour obtenir ce qu'il veut. L'autre grand personnage qui arrive se présente sous la forme d'une matière, la symbiote, fraîchement débarquée d'une météorite et inexorablement attiré par Peter. Le spectateur redoute alors le pire: que Peter découvre la symbiote et l'utilise à mauvais escient pour faire régner une justice sanglante et cruelle envers Flint Marko, assassin qui doit payer pour ses crimes. Malheureusement, le plus dur apparaît: Peter devient obscur, et le film change radicalement de ton pour devenir une œuvre plus noire, plus ironique et plus obscure sur la réalité de notre super héros devenu monstre parmi les monstres.
La symbiote se révèle être donc l'élément perturbateur parfait pour mêler les intrigues et transformer SPIDER-MAN en réelle tragédie, avec son lot de meurtres et de trahisons qui poussent le héros si parfait dans ses derniers retranchements. Fraîchement largué par MJ dans un dîner chaotique, repéré par Harry qui se souvient à nouveau de son passé et est prêt à tout pour se venger de son pauvre père (encore une fois, mais il passe enfin à l'acte), véritable assassin de Sandman dans un combat dans les égoûts de New-York, Spider-man devient ce qu'il a toujours essayé de ne pas faire: un justicier malhonnête, incapable de se contrôler, qui fait ressortir ses émotions à travers une haine de tout ceux qui se mettent sur son chemin, à commencer par MJ elle-même (qui se prend un joli poing dans la figure) et Eddie Brock, qui prie le seigneur de tuer un jour Peter Parker. Notre héros n'est tout simplement plus ce qu'il était, et on en vient à se demander réellement s'il pourra un jour trouver la force nécessaire pour redevenir comme avant, touchant et un peu naïf, terriblement mal à l'aise avec les femmes, mais amoureux fou de MJ. Bien sûr, on sait très bien qu'elle sera la réponse: dans un élan de film d'horreur absolument ahurissant, Peter déchire sa propre peau, sa propre symbiote en haut d'un clocher (façon Quasimodo), et redevient un héros populaire, même s'il est éloigné de son image de marque vu ses actes épouvantables (il a explosé la figure d'Harry, frappé MJ, séduit Gwen Stacy et fait renvoyé Eddie Brock en moins de quelques jours). Et c'est là que la troisième partie du film apparaît, ce dont tout les fans avaient rêvés: un combat immense qui tient de l'association de bad-guys de plus en plus cruels et immondes face à un Spider-man en mauvaise posture, aidé par une collaboration avec Harry, qui a enfin compris que Peter n'était pas le meurtrier de son père (il fallait le faire, et c'est enfin arrivé).
Tout ceux qui ont lu le comics ou vu l'excellent série animée dans les années 1998 savent que le meilleur de Spider-man se révèle être les combats acharnés où plusieurs héros combattent plusieurs méchants qui se retrouvent grâce à un point commun: ils veulent tous sa mort pour régner sur New-York. C'est ainsi que Flint, fraîchement ressuscité et plus en colère que jamais, s'associe au plus grand de tout les méchants: Venom, soit Eddie Brock la haine au cœur et la symbiote sur la peau. Véritable sadique, ce dernier a un but: kidnapper MJ (rien de nouveau) mais pour réellement mettre fin à Spider-man. Le combat devient enfin équitable lorsque Harry et Peter combattent Flint et Eddie dans un monumental affrontement final d'une bonne grosse demi-heure, moment de légèreté et de limpidité presque dérangeante tant elle est passionnante. C'est tout simplement l'affrontement rêvé, et celui qui déliera tous les liens entre les personnages, ceux que l'on connaît depuis maintenant 3 films. Mais ce n'est pas bien entendu le plus réjouissant dans les combats du film, puisque comme tout bon blockbuster qui se respecte, SPIDER-MAN 3 est survitaminé en séquences d'action de plus en plus exceptionnelles, repoussant un peu plus la limite entre cascades, effets spéciaux, entre réalisme et jouissance démesurée.
Car la plus grande force du film, c'est Sam Raimi qui l'impose. Depuis ses débuts, cet auteur si particulier a imposé sa vision des choses, sa propre réalisation, sa patte. Et SPIDER-MAN 3 est en cela le plus représentatif de l'art et du talent du réalisateur de DARKMAN: il arrive à faire d'un blockbuster typique un vrai film de cinéaste, un vrai plaisir pour les cinéphiles, repoussant lui-même les limites artistiques de sa mise en scène et de sa représentation des effets spéciaux. Toujours amateur de séquences graphiques particulièrement somptueuses (le flash-back de Flint Marko et son noir & blanc digne d'un CASINO ROYALE) et de clins d'œil à ses propres films et son propre style jouissif (la séquence à la première personne du symbiote, digne d'EVIL DEAD, comme l'attaque effarante des bras de Doc Ock dans SPIDER-MAN 2), la grande nouveauté réside dans la mise en scène des combats, puisque Raimi a bien évoluer dans le traitement des effets spéciaux et des cascades réalisés directement sur le plateau. Exploitant au maximum chacune des deux techniques, on sent tout le long des combats et des séquences aériennes que non seulement Raimi s'est épanoui au sein de sa propre trilogie, mais qu'en plus il ne joue plus sur un sur découpage des séquences à FX et laissent tourner sa caméra dans les airs pour mieux donner du plaisir à son public, venu voir avec une grande fluidité les péripéties de cet homme araignée toujours aussi à l'aise dans ses affrontements multiples. Le montage est donc étonnement "calme", très bien effectué, sans tomber dans l'archi-découpage pour sauver quelques plans coûteux, ni dans le cut pour donner de l'impact à des séquences qui n'en ont pas besoin. LA violence plus crue de l'épisode sert elle-même la mise en scène, donc pas besoin de gros artifices à ce niveau: tout est fait pour que le spectateur apprécie ce qu'il voie sans se poser de question. Au programme donc, pour le plaisir des yeux et des oreilles: un affrontement brutal et très réaliste entre Harry nouvelle génération (avec un costume sensiblement nouveau et étonnant) et Peter pris au dépourvu avec sa bague (qui nous offre un ralenti de pure beauté); la naissance de Sandman dans un plan-séquence ahurissant de beauté visuelle; un combat dans le métro entre Flint de plus en plus agressif et Spidey devenu plus cruel (qui fait écho à un premier comabt à l'arrière d'une camionnette qui suivait un plan-séquence à l'épaule étourdissant en pleine rue); un affrontement sauvage chez Harry où Peter laisse exploser sa rage et sa jalousie avant d'exploser la figure de son meilleur ami; le sauvetage de Gwen Stacy où une grue incontrôlable menace d'explosée tout un immeuble; et bien entendu la naissance de Venom après que Peter ait, dans une scène très glauque et très mature (déconseillée aux plus jeunes, comme tout le film d'ailleurs) où il arrache son costume comme sa peau, et se blesse lui-même pour échapper à son avenir obscur et dangereux. Bien entendu, tout ceci se passe avant le combat final, où Spidey et Harry affrontent ensemble un Venom d'une grande classe (et d'un sadisme effroyable) et un immense Sandman, qui redevient humain dans une ultime confession que l'on attendait absolument pas à ce niveau du film (on en ressort les larmes aux yeux).
Ce n'est pas la seule chose que Raimi garde au fil de ses volets: si on pouvait apercevoir quelques notes d'humour dans le premier volet (l'adolescent Peter Parker était un abruti de première) et le second (dont la fameuse séquence d'ascenseur reste gravée dans la mémoire, surtout après la version 2.1 du film encore plus cultissime), SPIDER-MAN 3 se révèle être un spectacle teinté d'humour au sein d'une noirceur extrême. Les deux opposés se côtoient durant la première heure, où défilent de nombreux caméos et apparitions réjouissantes, au fil de scènes de plus en plus hilarantes: l'arriviste Brock qui tente de flatter Jameson avec une politesse exacerbant, le pauvre Spidey qui s'auto parodie lors d'une remise de prix à sa gloire, le retour tant attendu de Diktovitch et de sa fille Ursula, mais surtout 3 séquences qui resteront dans ma mémoire les trois meilleurs moments jamais vus cette année au cinéma (oui j'exagère, mais j'adore ça). La première est l'apparition tant attendue de Jameson, pour la première fois dans le film, qui s'ouvre avec la présentation de la nouvelle phrase d'accroche du Daily Bugle. Non seulement il offre un pétage de plombs en règle du rédacteur en chef qui se fait rappeler à l'ordre par sa secrétaire au sujet de ses cachets à prendre, mais il permet aussi de voir l'incompétence totale du pauvre Hoffman, toujours aussi niais et hilarant. La seconde est la reprise ironique de la séquence RAINDROPS KEEP FALLING ON MY HEAD de l'épisode précédent, où cette fois-ci Peter prend conscience de son effet sur les femmes et tentent d'accéder à la gloire en s'habillant en costume et en faisant des sourires outrageants à de pauvres passantes qui le trouvent ridicules. Avec sa mèche rebelle, ses tics de pauvres dragueurs pathétiques et sa démarche affreusement ringarde, Parker démontre qu'il sait être aussi le parfait anti-héros, un échec cuisant pour le spectateur qui se plie de rires devant la danse du personnage devant un magasin en soldes. Mais la plus grande scène comique du film demeure la séquence du dîner au restaurant Constellation, où Peter se retrouve une nouvelle fois à Bruce Campbell (le présentateur de catch dans le 1 et l'hilarant gérant de spectacle dans le 2), qui incarne ici un restaurateur français à l'accent anglais épouvantable, séquence reposant entièrement sur le quiproquo entre Peter qui fait un geste répété et le restaurateur qui pense comprendre qu'il faut amener le champagne pour sa demande en mariage tant attendue. A trois reprises, le pauvre se trompera jusqu'à la bourde finale où il amène enfin le champagne après la dispute entre MJ et Peter, qui récupérera sa bague avec une fourchette. Voilà ce qu'on adore dans SPIDER-MAN: le ton à demi sérieux et très second degré qui peu parfois devenir irrésistible quand il est mené par un maestro comme Sam Raimi. Et c'est totalement réussi.
Mais l'avantage d'une trilogie, comme l'a prouvé LE SEIGNEUR DES ANNEAUX, c'est que l'on retrouve à chaque fois des personnages et les acteurs derrière comme une bande d'amis que l'on prend plaisir à revoir encore et encore, au fil des interviews ou même de leurs rôles respectifs. Il en va de même pour toute l'équipe de SPIDER-MAN, une nouvelle fois réunie au gros complet, mais qui évolue sensiblement en ce qui concerne le trio au centre de la saga. Car si Tobey Maguire continue d'impressionner par sa naïveté touchante, son ambition parfois démesurée et sa fascination pour le personnage qui l'empêche malheureusement plus de rôles à côté (seulement THE GOOD GERMAN, où il excellait, et SEABISCUIT, qu'il a co-produit), et si Kirsten Dunst a toujours son minois agréable et sa beauté irréprochable (toujours aussi belle, que ce soit dans VIRGIN SUICIDES ou MARIE-ANTOINETTE), c'est bel et bien James Franco qui se révèle être le personnage le plus évolué du film, et c'est tant mieux. Car après un premier film où il était un simple second rôle amical, et un deuxième film où il était un danger permanent qui retrouvait la trace de son père, le Bouffon Vert, dans un plan final tétanisant, il devient enfin ce qu'on a toujours rêvé qu'il devienne: un ennemi puis un ami parfait, qui aide Peter dans une séquence finale émouvante, et se sacrifie pour son meilleur ami. Mais ce n'est pas ce qu'il se cantonne de faire, puisque l'acteur a vu aussi son personnage totalement amnésique, un peu naïf, le sourire aux lèvres durant une bonne partie du film, avant qu'il retrouve la mémoire et redevienne aussi cruel qu'avant pour finalement se faire défigurer par un Peter Parker hautement énervé. On attend l'acteur dans un vrai grand rôle (et pas dans un ANNAPOLIS pathétique ou un FLYBOYS sympathique mais pas grandiose) pour qu'il prouve au reste du monde qu'il n'est pas l'ami vivant dans l'ombre de Spider-man. Mais le film doit aussi beaucoup à la venue de deux acteurs beaucoup plus indépendants, des choix aussi étonnants que Willem Dafoe et Alfred Molina, mais tout aussi réjouissants. Grand défenseur de EN BONNE COMPAGNIE, c'est avec un plaisir plus qu'énorme que j'ai enfin découvert Topher Grace dans un rôle bien loin de son THAT 70'S SHOW. Plus musclé, plus sadique mais toujours aussi hilarant quand il n'est pas Venom (c'est simple: les fans ne peuvent que rire dès sa moindre petite réplique teintée d'humour et d'arrogance), l'acteur est clairement au top de sa forme, que ce soit dans le film ou dans la promotion, puisque toutes ses interviews recèlent de petits vannes excellentes. Un choix aussi étonnant que celui de Thomas Haden Church, ce bonhomme sympathique que l'on a connu évidemment pour son rôle plus que troublant dans le magnifique SIDEWAYS d'Alexander Payne, où il était un futur marié compulsif et obsédé sexuel sur la route des vins. Niveau second rôle, nouveaux venus magnifiques (surtout au niveau féminin) et éternels guests de côtoient avec plaisir: Rosemary Harris en Tante May moins barbante, Bryce Dallas Howard (LA JEUNE FILLE DE L'EAU) en Gwen Stacy sublime et électrisante, Cliff Robertson en Oncle Ben au détour d'un ultime flash-back, l'impérial James Cromwell (le père de Jack dans 24) en officier de police, Bruce Campbell en restaurateur français déjà culte, Ted Raimi dans son éternel Hoffman, Theresa Russell (SEX CRIMES) en femme de Flint Marko, la magnifique Elizabeth Banks (SLITHER, SCRUBS) en secrétaire totalement sous le charme de notre nouveau Parker, Dylan Baker (TREIZE JOURS) en attente de son Lézard (la symbiote étant déjà là, on peut présager un avenir obscur pour le professeur Connors), J.K. Simmons qu'on ne présente plus du tout et enfin Stan Lee, qui a un joli caméo plein de bon sens.
En somme, SPIDER-MAN 3 est plus que le blockbsuter à succès attendu, que le sympathique film d'action prévisible ou que l'énième film de super-héros barbant. Certains le prendront comme tel, mais je continue de croire que Sam Raimi nous a donné là l'unes de ses plus belles réussites, et son meilleur film aux côtés d'EVIL DEAD 2 (les autres étant simplement "géniaux" ou "cultes", comme le méconnu UN PLAN SIMPLE). Un film non seulement plus riche et beaucoup plus drôle, mais qui va aussi plus loin dans la notion de monstres, d'affrontements et d'ennemis. Spider-man s'empoisonne lui-même et finit par sa dernière étape: l'acceptation de ses pouvoirs et de sa dépendance pour MJ, dans une dernière scène pleine de certitudes et de magie. On prie tout simplement pour que le succès soit au rendez-vous (déjà 1 million d'entrées: ça devrait donc marcher), car si oui, cela voudra dire que non seulement un quatrième sera en chantier, mais aussi que toute notre équipe adorée pourrait signer pour un autre film. Car si Avi Arad continue sans Sam Raimi, sans Tobey Maguire et sans Kirsten Dunst, se sera la fin. Que l'un ou l'autre soit remplacé, cette jolie troupe a dévoilé qu'elle était capable de monts et merveilles, de 2h15 de blockbuster jouissif, et de moments de bravoures ahurissants. J'ai en tout cas passer un moment plus qu'énorme: on rit, on pleure, on s'esclaffe et on en prend plein la vue, tout en nous demandant si derrière cette Amérique si parfaite se cache en faites une vraie satire de notre monde. SPIDER-MAN 3 a un écho dans tout notre corps, et il suffit de l'accepter pour prendre l'un des plus grands pieds de l'année. En tout cas, il écrase tout les autres films de super-héros, et il en faudra beaucoup pour que THE DARK KNIGHT ou HELLBOY 2 (qui risquent d'être tout aussi excellents) dépassent le statut incomparable de ce troisième volet, le meilleur de la saga, et le plus grand film de super héros moderne. SUPERMAN a été et reste une référence, et SPIDER-MAN 3 dans 10 ans le sera aussi. C'est en cela qu'il demeure magnifique, à voir et à revoir, sans modération.
Note: 10/10

"Love (et ses petits désastres)" d'Alek Keshishian
Note: 3/10
Pourquoi un film comme LOVE ET SES PETITS DESASTRES (ah les titres de comédies romantiques faussement ironiques…) peut-il encore susciter l'attention du public, ou du cinéphile lambda ? Ce n'est pas à cause du type derrière la caméra, réalisateur du documentaire particulièrement réputé IN BED WITH MADONNA et du totalement méconnu WITH HONORS (avec un couple Joe Pesci/Brendan Fraser inattendu). Ce n'est pas non plus à cause de son sujet, une suite de clichés qui se veulent joués des clichés des comédies romantiques mais qui sont des stéréotypes à eux tout seuls. Ce n'est pas non plus avec le ton ironique ou second degré que l'on veut bien lui accorder, d'autres s'étant montrer beaucoup plus féroces dans le genre ou le milieu auquel il s'intéresse (COUP DE FOUDRE A NOTTING HILL sur le cinéma, MUSIC AND LYRICS en début d'année sur la musique). En faites, le seul intérêt d'aller voir le film, c'est pour vérifier une chose qui pouvait intriguer sur l'affiche et même répugner: est-ce bel et bien Luc Besson et David Fincher qui sont crédités en tant que producteurs exécutifs de cette bouse ? Si on attendait pas moins d'Europa Corp. (et Digital Factory) qui sont sur tout les gros coups de Besson depuis ses débuts (du TRANSPORTEUR à TAXI 4), le nom du réalisateur de ALIEN 3, SEVEN, PANIC ROOM, FIGHT CLUB et du futur chef d'œuvre ZODIAC (bientôt !!!!!) a de quoi faire peur. A la vue du résultat final, deux choses viennent à l'esprit. Soit il a développé un projet ambitieux qui a été repris dans les grandes lignes par les producteurs qui l'ont cantonné en tant que superviseur lointain (comme pour LES SEIGNEURS DE DOGTOWN – qui donnait cependant un film génial), soit il a voulu tester ce qui pouvait se faire de pire dans le cinéma: la comédie romantique ringarde qui se veut intelligente et qui pète plus haut que son cul. Excusez l'expression, mais voir le nom de Fincher associé à un film comme ça, ça répugne pour très longtemps !
Jacks est une trentenaire qui mène sa vie tambour battant: travaillant au magazine Vogue de Londres, elle vit avec son meilleur ami homosexuel et scénariste raté, passe ses soirées aux côtés de son amie enrobée et complexée, et mène une relation purement sexuelle avec son ex toujours amoureux d'elle. Tout semble être au plus bas sentimentalement parlant jusqu'au jour où elle rencontre Paolo, un photographe tout droit venu de la plage cubaine. Tandis que le jeune homme tombe amoureux d'elle grâce à sa franchise et son dynamisme, Paolo va se rendre compte d'une chose qu'il n'avait pas prévu: Jacks pense qu'il est gay, et veut à tout prix le caser avec Peter, son colocataire.
En apparence donc, LOVE (ET SES PETITS DESASTRES) veut jouer sur tout les tableaux pour divertir son spectateur, quitte à présenter le film de manière assez originale comme une mise en abyme gigantesque de la vie de Jacks, suite de clichés plus ou moins réussis où même les seconds rôles (habituellement vrais déclencheurs de rires dans une comédie typiquement américaine) n'arrivent pas à relever le dynamisme confus de la comédie romantique par excellence. Notre héroïne est donc une jeune fille brillante, qui ne cesse de courir à droite et à gauche, et qui travaille dans le milieu de la mode. Voilà pour LE DIABLE S'HABILLE EN PRADA, sans bien entendu tout le côté satirique du roman (ou du film à la limite) et sans non plus le talent d'une Meryl Streep. En faites, on ne s'intéresse pas à la vie de Jacks, mais juste au personnage, délaissant totalement le reste de ses activités pour des inepties à mourir d'ennui: caser son colocataire homosexuel, bavarder avec sa meilleure amie croqueuse d'homme, discuter avec les gays de Londres tenant des galeries d'arts (il y en a tout de même 3 dans le film), et rencontrer le plus d'hommes possible pour oublier en vain James, le fameux ex-petit ami qui ne cesse de revenir à la charge du début jusqu'à la fin pour soutirer quelques sourires à notre gentille héroïne sexy. Précisions: elle boit, elle rigole, elle cite des références communes, elle adore le cinéma (voilà pour NOTTING HILL avec le colocataire, scénariste raté qui ne cesse de débattre sur les problèmes actuels de la comédie) et elle danse la salsa comme personne. Quoi de plus normal que de corser la situation avec un bon vieux quiproquo vieux comme le monde ? Au lieu de se cantonner à prendre Peter comme héros d'une amourette, il faut créer un faux trio amoureux avec la venue de Paolo, pris pour un gay et rapproché de Peter alors qu'il ne l'est pas, et assiste involontairement à tout ce que Jacks veut bien lui montrer (sa plastique sexy, ses sous vêtements) car justement, elle laisse les homos touchés à toutes ses affaires. Il ne manque plus qu'un retournement de situation: Paolo part à Cuba à cause de l'immigration (sic.), la gentille Jacks se rend compte qu'elle l'aime comme il est, et elle part le retrouver dans une ellipse finale où on la retrouve enceinte jusqu'au cou à la sortie d'une projection. Il faut aussi ajouter la sous intrigue la plus pathétique jamais vu depuis longtemps: celle de Peter, tombant amoureux d'un acteur égocentrique et qui finalement se rabat sur un autre homme, dont le nom avait été source de quiproquo pendant la moitié du métrage. Si vous avez l'impression d'avoir déjà tout vu dans SEX IN THE CITY, ALLY McBEAL et les dernières comédies sorties sur grand écran, vous avez totalement raison: LOVE n'est qu'une suite de stéréotypes qui n'arrivent qu'à faire le tiers de ce qu'ion lui demande, à savoir être original.
Finalement, pourquoi le produit final intrigue tant la presse qui parfois peut faire des réflexions très bizarres sur une ineptie pareille ? Tout simplement parce que le film de Keshishian se veut être un regard un peu acerbe sur les comédies et le cinéma romantique qui nous entoure, puisqu'il est en faites présenter comme un scénario. Une bonne idée en soit, avec quelques détails au générique amusant (le film s'ouvre et se termine comme un script, avec des indications de lumières, alors que les crédits d'ouvertures sont en faites les noms des personnages),et qui a pour but de corser la situation, puisqu'à l'intérieur du film se cache une mise en abyme: le scénario qu'écrit Peter qui retrace sa vie et celle de Jacks ainsi que son entourage. Une bonne idée encore une fois, surtout que le concept se retrouve être à la base du personnage, qui s'imagine sans cesse comme un loser, s'imaginant une conversation débile avec un producteur hilarant (qui va finir par totalement modifier le scénario original et les personnages) ou s'invitant chez une psy totalement cradingue (qui prône la jouissance des pets et des gaz naturels). Un personnage blasé qui finira par vendre son script à Hollywood pour qu'il soit totalement dénaturé, source de LA meilleure scène du film: la fin du film réalisé à partir du script de Peter qui dévoile les vraies retrouvailles passées sous silence entre Jacks et Paolo, avec ni plus ni moins qu'Orlando Bloom en argentin épouvantablement niais (on ne l'imaginait pas aussi second degré avec son jeu de PIRATES DES CARAIBES) et Gwyneth Paltrow en journaliste tout aussi stéréotypée, chevelure blonde et sourire exagéré tout le long de la (fausse) séquence finale. Une scène qui aurait pu être à l'image du reste du film: totalement déplacée et forcément étonnant. Certaines scènes du film arrivent même à s'en tirer haut la main grâce à ce système, qui permet non seulement au réalisateur de tester des récits totalement nouveaux (un flash-back raconté face caméra en même temps que les actions – façon RESERVOIR DOGS), mais aussi de dynamiser sa mise en scène et son écriture très classique, qui repose sur quelques phrases chocs et quelques quiproquos de plus en plus agaçants (la mère de Tallulah qui confond tout les noms, Tallulah en personne avec ses névroses et son brownie à la coke). Mise à part cela, la grande référence du film reste le fameux DIAMANTS SUR CANAPE, auquel le cinéaste ne cesse de se référencer: le couple Peter/Jacks est basé sur le roman de Capote à l'origine du film (BREAKFAST AT TIFFANY'S, l'avant DE SANG FROID), les transpositions des situations sont évidentes, les costumes se font même échos, tandis que les personnages ne manquant pas de rappeler au spectateur que l'homosexualité du film a été totalement évincé au profit d'un classicisme ennuyant. C'est bien gentil de dire qu'une adaptation n'est pas fidèle, mais encore faut-il qu'elle soit mauvaise. Or, le film de Keshishian n'arrive même pas à la cheville du classique de Blake Edwards, qui n'a fait que porter la légende d'Audrey Hepburn à un niveau de grâce inattendu.
Cela ne suffit malheureusement pas à relever le niveau de cette comédie romantique très souvent navrante, qui joue surtout avec les habitudes des acteurs dans des rôles calibrés à souhait. Que dire du spectacle que nous offre Brittany Murphy ? On aime la voir en petite culotte ou totalement nue dans son appartement, mais cela ne suffit: elle aura beau se teindre en brune et chercher des accents à la Hepburn justement, elle ne retrouvera jamais la gloire, surtout pas après les comédies romantiques qu'elle a enchaîné depuis le début de sa carrière. Pour un SIN CITY extraordinaire ou un sympathique rôle dans 8 MILE, combien de JUST MARRIED (OU PRESQUE), FILLE DE BONNE FAMILLE, LES EX DE MON MEC ou RENCONTRES A MANHATTAN ? On laisse sa carrière de suivre, espérons que sa collaboration avec Robert Rodriguez lui laisse un goût pour le vrai polar et le thriller où elle excelle avec grâce et sensibilité. Face à elle, un seul tire réellement son épingle du jeu, en la personne de Matthew Rhys, assez touchant et surprenant en homosexuel peu sûr de lui aux répliques un peu cinglantes mais un peu débiles quand même. On n'avait pas vu l'acteur aussi bon que dans le jouissif LA TRANCHEE de Michael J. Bassett, où il se faisait vite déchiqueter en bon vieux docteur qu'il était. Le reste est à la hauteur des espérances: Santiago Cabrera fait du n'importe quoi avec son accent agaçant (et pourtant, qu'il est bon dans HEROES !), Catherine Tate nous ressort le jeu de la copine névrosée et totalement à côté de la plaque tandis qu'Elliot Cowan (ALEXANDRE) fait des allers-retours sans grande conviction tout le long du film.
Rien ne pourra donc sauver le film de la noyade, pas même sa petite parcelle d'originalité qui rend quelques scènes sacrément hilarantes, et quelques hommages bien sentis aux fleurons du genre. Le reste est ultra classique, ultra niais et très cul-cul, quand il n'est pas agaçant par sa naïveté énorme (on adore tous les clichés fixes des homos depuis 10 ans) ou par sa construction prévisible à souhait. Un bon gros four artistique, ni plus ni moins. Mais que fais David Fincher dans le film bon sang ?

"Les Vacances de Mr. Bean" de Steve Bendelack
Note: 5/10
La vie est parfois cruelle. On ne demande rien à personne, si ce n'est quelques petites choses et quelques petites suites sur le bout de la langue. Inconsciemment, tout les fans de Rowan Atkinson (pour ceux qui connaissent son nom – c'est-à-dire les seuls vrais intéressés de l'affaire) attendaient une seule chose: le retour tant attendu de Mr. Bean ! Crée il y a plus de dix ans à la télévision anglaise par Atkinson et son comparse Richard Curtis, ses sketchs cultes ont fait le tour du monde avant de devenir de véritables objets de désirs qui ne pouvaient aboutir qu'à une chose: une aventure sur grand écran. Même si l'on reproche à BEAN d'être un copier/coller de la plupart des sketchs du héros maladroit et totalement ahurissant de bêtise, je dois avouer que pour moi, BEAN est l'unes des plus grandes comédies jamais faites. Un film hilarant, qui n'a pas pris une seule ride depuis son succès infernal de 1997, et qui est devenu tout simplement un monument d'ironie, de second degré et de naïveté à l'épreuve de toute critique. On aura beau dire que c'est débile, que cela ne sert à rien, que c'est mal joué et exagéré, Bean a justement fait preuve d'une grande impartialité: les fans l'adorent, les autres le détestent, point à la ligne. Et depuis 2002, les fans allaient être à nouveau comblés: les scénaristes ont trouvé plusieurs idées à travailler pour faire une nouvelle aventure de Bean sur grand écran, là où Atkinson commençait enfin à devenir un peu plus connu pour son humour imprévisible et ses airs de grand benêt extraordinaires (il faut le voir sur scène pour se rendre compte de sa palette de jeu ahurissante). D'abord intitulé BEAN 2 puis MR & MRS BEAN, le film ne verra jamais le jour, faute de véritable engouement de la part de l'acteur et des producteurs sincères. Jusqu'à ce que plusieurs scénaristes trouvent l'idée parfaite: faire partir Bean en voyage dans un pays totalement inconnu, en ne jouant plus sur les différences entre deux pays (Angleterre/USA pour le premier film) mais sur une toute nouvelle aventure moins référentielle et faussement "inédite". Malheureusement, si le concept des VACANCES DE MR. BEAN est absolument jouissif pour tout fan qui se respecte, la bande-annonce a fait très peur: bruité par le plus mauvais ingénieur du son qui existe, elle a vite fait déchanter à cause de blagues douteuses et de gags plutôt déçevants. Et si Bean pouvait être finalement ringard et lourdingue ? En faites, ce n'est pas ça la réelle question. La vraie question est: quel metteur en scène trouvera le potentiel de Bean pour rendre ses mimiques tordantes au lieu de se contenter de le mettre dans le cadre et de compter sur Rowan Atkinson pour faire rire petits et grands ?
Comme son modèle LES VACANCES DE MONSIEUR HULOT (l'humour épouvantablement ringard et laid de Jacques Tati) ou les meilleures aventures de Chaplin, Mr. Bean a enfin l'occasion de partir en voyage. Grand gagnant d'une tombola caritative, il obtient un séjour gratuit sur la plage somptueuse de Cannes, en plein festival du film. Armé d'une boussole réglée au millimètre près et d'une caméra vidéo qui tourne ses exploits en permanence, il embarque donc pour Cannes et se retrouve vite assiégé par les responsabilités: il laisse sur le quai un membre du jury russe et doit veiller sur son fils qui ne parle pas un mot d'anglais. Livrés à eux-mêmes sur le quai de la gare, ils vont tout faire pour se rendre le plus vite possible à Cannes, coûte de coûte.
Le film commence pourtant sur les chapeaux de roue, et la maîtrise du rythme de Steve Bendelack (réalisateur de l'inédit THE LEAGUE OF GENTLEMEN'S APOCALYPSE, film parodique lourdingue) se fait ressentir au cours de la première séquence, une tombola improbable dans une église délabrée en plein été à Londres (donc il pleut) où Bean gagne le voyage en France dont il a toujours rêvé. S'entame un générique un peu lourdingue mais peu gênant, qui fait vite voir le tour de l'œuvre et du massacre: Bean va se retrouver à chaque fois dans une situation impossible à résoudre, ne va pas écouter les français autour de lui et va trouver une solution en appliquant une méthode naïve et totalement idiote au problème. Le premier exemple est simple: il règle sa boussole sur un point précis de la carte et marche tout droit, ne faisant pas attention aux voitures ni aux passants à côté de lui. Voilà comment introduire un film qui ne fera que baisser ses intentions malgré le dynamisme du personnage et de l'acteur principal, toujours extraordinaire même dans les pires situations. Le problème est le suivant: Bendelack ne sait absolument pas peser le niveau comique des blagues à l'écran, et exagère au maximum chacune des catastrophes de notre héros pour que le spectateur débile (à savoir: les enfants, devenus la cible principale de Bean à cause d'un dessin animé immonde) comprenne bien que le voyage jusqu'à Cannes s'annonce terrible et très animé. Malgré le bon premier quart d'heure d'introduction, où tout les personnages se rejoignent vaguement pour se retrouver éparpiller un peu partout dans l'histoire (le cinéaste russe est abandonné sur le quai à cause de Bean et de sa séquence d'arrivée dans le train hilarante, le réalisateur Carson Clay et son actrice Sabine partent à Cannes pour le tournage d'une pub et la présentation d'un film), le constat est sans appel: la scène du restaurant sera à l'image du reste du film. Totalement vaine, trop longue, vaguement puisée sur les sketchs (Bean au restaurant qui jetait un peu partout son steak tartare immonde – y compris dans le sac de sa voisine de table), mal interprétée, très peu dynamique au niveau de la mise en scène, la séquence fait vite le tour des effets à la disposition de notre équipe. Et cela se retrouver dans la suite du récit, plus inégale qu'hilarante.
Le film prend donc un virage inattendu puisque Bean va se retrouver en collaboration étroite avec le jeune Stepan, qui ne parle donc pas et va être vite pris comme la relève étroite de Bean, qui voit en lui à la fois un adversaire de taille et un ami, voulant à tout prix l'aider à cause des fautes qu'il a commises. Les deux personnages s'associent pour vivre des aventures rocambolesques, qui devient amusante seulement dans la plupart des blagues "rapides", celles qui ne sont pas plus de 5 minutes exposées sur grand écran, et qui deviennent immédiatement des sources de rires et d'hilarité: Bean ne retrouve pas le numéro du cinéaste russe et va se mettre dans la tête d'appeler tout les numéros de portables compris entre 00 et 99 (il va d'ailleurs rappeler la moitié des personnages déjà présents dans le film – merci l'idée débile), ils se donnent en spectacle dans un petit marché pour gagner de l'argent et rencontrent un groupe de musiciens itinérants (séquences musicales inutiles à la clef), ils font la connaissance de la jeune actrice Sabine qui va les prendre en stop, ou encore tentent de s'infiltrer dans le festival en s'habillant en vieille dame espagnol et en petite fille blonde toute mignonne. Tout ces détails ne font que pullulés dans des séquences plus ou moins longues mais souvent très peu drôles, qui épuisent une blague amusante jusqu'à la faire devenir fade et énervante: Bean enfermée dans les toilettes au bord de la route, Bean attendant une mobylette et voulant la voler, Bean poursuivant une poule jusqu'à la ferme pour récupérer un ticket de bus, Bean conduisant la voiture de Sabine et faisant tout pour ne pas s'endormir, Bean voulant retrouver à tout prix le jeune Stepan au milieu de la foule, et bien d'autres mésaventures franchement pas glorieuses. Rempli de bons sentiments grossiers (l'amitié entre Stepan et Bean, l'amour entre Sabine et Bean), le film ne fait que remplir à demi son contrat: montrer comment un anglais incompréhensible et idiot peut créer la pire des catastrophes en moins de cinq minutes montre en main.
Heureusement, ce concept et ce second degré bienvenu se retrouveront au fil du métrage dans de multiples séquences immédiatement et quasiment cultes. Le premier passage vraiment exploité au maximum est le tournage catastrophe d'une pub, où l'on retrouve pour la première fois le personnage de Carson Clay, ce réalisateur estampillé auteur qui veut tourner une belle séquence de guerre avec Sabine en gérant tout les problèmes de ce genre de production. Entre une explosion totalement ratée, une intervention en plein tournage de Bean qui se croit propulser en guerre, un caméo de notre héros habillé en Allemand et faisant le salut nazi à tout va et le ratage du tournage à cause de sa caméra au milieu des troupes nazies, Bean crée l'évènement sur le tournage, échec cuisant de bout en bout. C'est bel et bien dans la grosse catastrophe que l'on adore notre héros, comme il l'avait prouvé avec le tableau de la mère de Whislter dans le BEAN premier du nom. C'est d'ailleurs l'unes des seules vraies séquences horriblement régressives et jouissives que l'on prend la peine d'apprécier. Pour retrouver l'hilarité, il faudra attendre un moment crucial: l'unes des dernières séquences en plein festival de Cannes, où l'on découvre avec admiration la vraie personnalité du réalisateur Carson Clay. Se moquant totalement des auteurs et du festival, le réalisateur et les scénaristes ont trouvé le moyen parfait pour dire ce qu'ils pensent du cinéma prétentieux et intello qui ennuie tout le monde sauf les réalisateurs de ces "produits" cérébraux inutiles: dévoiler quelques minutes du film de Carson Clay, un pur moment de critique cinématographique hilarante. Ecrit, produit, réalisé, monté et interprété autour de la figure de Carson Clay, on découvre avec stupeur son enquête policière bercée par une voix-off d'une stupidité enivrante ("Je marche…je marche…je marche"), qui prend toute la bande-son et offre un spectacle éprouvant pour les personnages assistant au même titre que nous, spectateur lambda, à ce film intello qui mélange les retours en arrière, les accélérations et les courses poursuites au ralenti avec un manque de professionnalisme hors pair. C'est là que LES VACANCES DE MR. BEAN dépassent son statut de comédie "pure" et sérieuse qui doit séduire absolument un public type et arrive à conquérir seulement les grands fans des personnages, les adultes, qui seront les seuls à comprendre pourquoi le film de Carson Clay est immonde de bout en bout. C'est déjà ça.
Bon bien entendu, LES VACANCES DE MR. BEAN, c'est surtout Rowan Atkinson. Nous ayant habitué à des premiers rôles de choix (JOHNNY ENGLISH, l'unes des autres meilleures comédies jamais faites) et des seconds rôles de plus en plus prestigieux (CASH EXPRESS, LOVE ACTUALLY, SECRETS DE FAMILLE), l'acteur n'a jamais été aussi à l'aise dans la peau de ce coincé à mi-chemin entre l'agacement général, la tendresse naïve (d'où le numéro musical final totalement inutile mais amusant), l'incompréhension totale (il ne connaît pas le bouton "zoom" de sa caméra, ne parle pas un mot français) et l'hilarité la plus complète (il suffit de voir sa tête pour s'esclaffer dans son siège). Espérons qu'il fasse un vrai et excellent troisième et dernier opus, pour conclure avec brio les aventures du héros mythique qu'il a crée. En tout cas, même s'il s'arrête ici, le succès global de Bean et le talent de l'artiste ne font que donner une ampleur supplémentaire à un phénomène qui ne cessera jamais de nous faire rire. Face à lui, on retrouve un casting de guest plus ou moins à l'aise, qui ne brille que par la présence étonnante d'un Willem Dafoe en grande forme, aussi tordant que dans les bonus hilarants de SPIDER-MAN 2 (où il faisait sa propre version d'Octopus devant un Alfred Molina plié en deux). Dommage pour l'exécrable Jean Rochefort en maître de restaurant totalement inutile, qui a bien du mal en ce moment (DESACCORD PARFAIT…), la mignonne mais beaucoup trop imbécile Emma De Caunes (fan du personnage et ça se voit), l'épouvantable Max Baldry en jeune petit russe faussement kidnappé, et le grand Karel Roden, venu ici en tant que faux père de famille dépassé (on est loin du Rasputine de HELLBOY). Mais ce n'est rien, vous l'aurez compris, comparez au grand Rowan Atkinson. Si les gens ne connaissent toujours pas ton nom, tu resteras pour nous, les vrais fans de Bean, l'un des meilleurs comiques jamais vus, capable de se fondre en deux secondes dans la peau de son personnage et de son univers bien particulier.
A défaut de retrouver le petit ours Teddy ou des vrais seconds rôles bien taillés, LES VACANCES DE MR. BEAN offre un voyage amusant qui ne fait que montrer Rowan Atkinson au meilleur de sa forme. La plupart des blagues sont lourdes et mal rythmées, le film est trop long dans sa construction (on suit les décors et non l'histoire du film) et les personnages insipides (comment peut-on s(attacher au petit Stepan ?), mais on s'amuse tout de même un minimum. C'est forcément décevante, c'est bien loin du niveau de BEAN, mais ça laisse à penser que le héros n'a pas fini d'envahir les grands écrans, vu le succès du film un peu partout où il est sorti. Tant mieux: ce n'est pas le film que le public adore, mais bel et bien le personnage. Bean.

"We Feed the World" d'Erwin Wagenhofer
Note: 7/10
La tendance actuelle pourrait laisser penser que les documentaires sont de plus en plus présents quand il s'agit de parler politique (SEGO ET SARKO SONT DANS UN BATEAU, DANS LA PEAU DE JACQUES CHIRAC, VIVA ZAPATTERO, PERSONA NON GRATA) ou d'écologie (UNE VERITE QUI DERANGE d'Al Gore, THE 11th HOUR – LE DERNIER VIRAGE produit et narré par DiCaprio, VUE SUR LA TERRE avec Yann Arthus-Bertrand qui sera aussi aux commandes d'un doc pour Besson). Deux sujets qui fâchent, mais qui sont tout aussi importants qu'un autre, qui ne cesse de continuer sa lutte: le documentaire sur la nourriture et l'industrie alimentaire. Après LE CAUCHEMAR DE DARWIN en 2005 et plus récemment NOTRE PAIN QUOTIDIEN, c'est au tour du documentaire autrichien WE FEED THE WORLD de débarquer, avec une intension bien particulière: montrez les contrastes de richesses et de pauvreté au milieu du système agro-alimentaire, au milieu du MARCHE DE LA FAIM (titre français du film). Un point de vue intéressant et passionant, à défaut d'être toujours parfait et incisif.
Le cinéaste Erwin Wagenhofer choisit donc plusieurs milieux pour parler des contrastes de productions et de richesses au sein des pays, des populations et des industries elles-mêmes, retraçant le parcours d'une tomate ou l'idéologie du groupe Nestlé pendant plus d'une heure et demie. Les chiffres sont significatifs: chaque jour à Vienne, le pain jeté comme de vulgaires ordures et encore comestibles pourrait servir à nourrir une population entière de Graz, la seconde plus grande ville d'Autriche. Comment, de ce point de départ, chaque pays et chaque population subit les impacts d'une production alimentaire qui ne pense qu'à une chose: faire du profit au détriment de la santé générale et de la pauvreté des pays peu développés.
Si l'on peut applaudir une première chose dans WE FEED THE WORLD, c'est la manière dont le réalisateur a voulu aborder cette histoire, de façon très simple et très claire, présentée comme de multiples chapitres mis bout à bout et qui parlent finalement d'une chose: les répercussions d'une trop grande production industrielle, qui détruit les productions agricoles, les villages et les populations de multiples pays. En traitant à chaque fois cet impact au sein de multiples chaînes de rendements, le réalisateur peut ainsi monter son film en différentes parties claires et précises, pas toutes très passionnantes mais la plupart intéressantes, grâce notamment aux interventions multiples de Jean Ziegler, le témoin principal du film (et accessoirement fonctionnaire aux Nations Unies). Clarifiant la plupart des points obscurs de chaque affaire, Ziegler ne limite pas les propos du film à de simples exemples filmées comme des témoignages qui se rejoignent dans leur vision du monde et de la consommation: faire le maximum de profit, coûte que coûte. Pour cela, nous entrons dans différentes branches de la production agroalimentaire: l'agriculture avec le gâchis du pain, la pêche maritime avec le témoignage d'un vieux pêcheur et d'un vendeur de poissons, l'élevage de tomates en Espagne, l'utilisation de semences naturelles face aux produits hybrides de la concurrence, la culture de soja et l'irrigation en Afrique alors que la moitié de la population meurt de faim et de malnutrition chaque jour, et l'implication de Nestlé par rapport aux problèmes de soif du monde. A chaque fois porté par les témoignages vibrants des véritables "victimes" de l'industrie et des méfaits du profit (le patron des semences Pionner qui est dégoûté de voir que les hybrides n'ont aucun goût mais sont plus esthétiques, l'exportateur de tomates déprimé par la culture marocaine inutile, une famille africaine qui meurt littéralement de faim et de soif sous nos yeux) ou par les propos outranciers des "ennemis" de ces défenseurs des droits de l'homme et du citoyen, le documentaire gagne en puisseance là où il perd vraiment en efficacité.
Car si l'ensemble du métrage ruiseelle d'anecdotes et de portraits vraiment compatissants de personnes qui souffrent réellement, WE FEED THE WORLD subit une grosse baisse de régime dans la plupart de ses chapitres, notamment en ce qui concerne le voyage que fait une tomate ou l'exportation du soja, qui s'engouffre dans de longues explications pas toujours utiles, un peu forcées, car chaque partie du film est obligatoirement accompagne d'une dizaine de minutes de reportages annexes et d'interventions troublantes venant clarifier les propos du cinéaste. Le cinéaste ne sait en faites pas vraiment où il veut en venir jusqu'au dix dernières minutes du film, les plus impressionantes et les plus répugnantes qui soient. Si ce n'est cette grosse dernière partie moralement très difficile à supporter et qui fait très peur (j'y reviendrai après), le documentaire ne sait pas vraiment comment accuser l'industrie et parle juste de problèmes sans grand rapport. Si c'est intéressant de voir la différence entre un poisson traditionnel et un poisson issue d'une pêche d'un immense paquebot (l'un est raide, l'autre immonde), ce n'est pas forcément utile à la morale finale, puisque Wagenhofer veut juste nous montrer comment chacun subit la notion de profit dans notre quotidien, que ce soit nous les consommateurs de produits aux origines douteuses (le poulet ou les tomates), ou la population locale qui boit de l'eau polluée et ne peut plus nourrir les animaux domestiques (ils sont même obligés de séparer les chèvres des brebis pour avoir du lait).
Bien heureusement, ce manque d'engouement intervenant après une bonne moitié du film se rattrape dans les deux derniers reportages. Le premier est la vision quasiment horrifique du parcours d'une poule, de sa naissance au sein d'un poulailler reconstruit génétiquement jusqu'à son élevage dans des immenses enclos très surveillés avant de passer par la chaîne industrielle immonde. Portant un regard vraiment cruel sur les poussins qui sont littéralement jetés dans des immenses machines et voués à la mort, on ne peut que ressortir tétaniser de cette séquence troublante, qui finie par le décorticage d'un poulet (les cuisses, les ailes, le blanc) et l'empaquetage sous vide, qui finira tout droit dans nos supermarchés habituels. Une chaîne industrielle immonde, mais qui n'est rien face à l'intervention finale, celle du patron de Nestlé, Peter Brabeck. Utilisant astucieusement sa caméra pour montrer à quel point ce personnage peut être hypocrite et monstrueux, Brabeck se livre petit à petit à une confession de foi troublante, qui le mène jusqu'à dire qu'il faut considérer l'eau comme un produit et non comme une ressource exploitable et gratuite pour pouvoir gagner de l'argent et faire du profit. Des propos encore plus gratuits et immondes qu'ils sont dits en toute franchise, face caméra, sans coupe, d'où une impression d'immersion totale dans la gueule du monstre, sans exagération (on est loin des montages chocs et exagérés de notre ami Michael Moore). Brabeck est à la tête du groupe alimentaire le plus productif du monde, qui gagne des milliards, et se contrefout de la famine ou de la soif car il a envie de gagner plus d'argent. L'eau devient un produit, comme le nutella ou les frites. L'acheter revient à la rentabiliser, alors que la distribuer serait une perte d'argent. Alors maintenant, posons nous une question: faut-il gagner de l'argent ou sauver la population en manque de ressources naturelles ? Brabeck a déjà répondu, et WE FEED THE WORLD nous le demande: que préférons-nous voir ?
Sans accusations mensongères et sans artifices, WE FEED THE WORLD est un documentaire assez subversif et très intelligent sur la moralité dans l'industrie. On découvre des gens qui souffrent et des patrons orgueilleux, qui se battent finalement pour une chose bien différente: la vie et l'argent. On en sait pas vraiment si le documentaire fera avancer les choses, mais en tout cas ils marquent les esprits: on se souviendra de la dernière demi-heure comme d'un sommet d'horreur, qui touche réellement et retourne les tripes.

Au cinéma comme en littérature, la science-fiction a toujours crée une distinction précise entre deux sortes d'auteurs et de cinéastes. Le problème qui se profile pour chacun d'entre eux est la répétition ou l'enfermement. Car quand on fait de la SF, il y a deux façons de s'engager: faire une seule tentative au cours de sa carrière sans pour autant se fasciner pour les technologies futuristes ou les extraterrestres (Stanley Kubrick et 2001, Ridley Scott et BLADE RUNNER/ALIEN, Brian De Palma et MISSION TO MARS, Tim Burton et MARS ATTACK, Michael Bay et ARMAGEDDON, Paul Anderson et EVENT HORIZON, Steven Soderbergh et SOLARIS, Roland Emmerich et INDEPENDANCE DAY), ou bien se retrouver piéger à son tour et ne pas pouvoir sortir de ce stéréotype (Alex Proyas qui sombre avec I ROBOT et DARK CITY, les romans de Philip K. Dick et Issac Asimov, George Lucas et son STAR WARS, James Cameron qui retourne vers ses amours avec AVATAR après ALIENS OF THE DEEP, ABYSS et ALIENS). Danny Boyle fait assurément parti de la première catégorie puisqu'il l'a annoncé fièrement dans ses interviews: il ne fera plus jamais un film de SF à cause de l'implication et de la masse de travail demander. Alors autant apprécier SUNSHINE comme il se doit. Le projet du film est né de l'esprit du scénariste Alex Garland, déjà collaborateur avec le réalisateur de TRAINSPOTTING sur le très mauvais LA PLAGE et l'extraordinaire 28 JOURS PLUS TARD, qui a véritablement marqué le cinéma de genre voilà bientôt 5 ans. En voyant le potentiel de son histoire de soleil qui s'éteint petit à petit, l'auteur sait qu'il tient le sujet idéal pour son ami cinéaste, et décide de l'écrire en collaboration pour ne pas tomber dans les filets d'Hollywood, qui auraient pu transformer une telle histoire en bon petit blockbuster familial agaçant. Un film 100 % british dans sa conception, avec des comédies issu de nationalités très différentes, mais le tout baigné dans une atmosphère sincère et clairement influencée par les films de SF "intelligents", comme l'était le SOLARIS original de 1972, totalement revendiqué par Boyle. Et grâce à un matériel promotionnel extraordinaire (qui n'a pas bavé devant le plan de la bande-annonce dévoilant la vaisseau spatial en contre-jour face au soleil sur le fameux LUX AETERNA tant détesté depuis REQUIEM FOR A DREAM ?), à des images de plus en plus rassurantes et des avis plus que positifs (la promotion a été, à la surprise générale, énorme), on ne pouvait qu'attendre SUNSHINE comme un pur film de SF qui allait mettre une bonne petite claque aux dernières tentatives charcutées par les studios. Danny Boyle oblige: SUNSHINE est un chef d'œuvre virtuose et radical.
Année 2057. Le soleil meurt petit à petit, la Terre vient d'entrer dans une ère glacière dangereuse. La navette Icarus 2 est envoyée pour déposer une charge au centre du soleil et la faire exploser, créant ainsi une fusion et la renaissance de l'étoile tant convoitée. A son bord, américains et japonais se côtoient pour assurer la sécurité de l'entreprise, dernière chance pour les hommes de voir leur soleil renaître de ses centres. Doutes, trahisons, violences et dépressions apparaissent alors lorsque l'équipage reçoit un message de détresse provenant d'Icarus 1, disparue sept ans auparavant près du point d'extraction de la bombe.
Dès le départ et cette voix-off à la fois reposante et finalement très dérangeante (les dangers de la mission et les risques encourus par tout l'équipage sont implicites mais très présents), on sait que SUNSHINE ne sera pas aussi tonitruant et bodybuildé que prévu, du moins comme on pouvait le deviner dans une partie de la bande-annonce. La virtuosité du métrage, ou du moins de sa grosse première partie, est de justement traité de manière très simple et très nouvelle la science-fiction et l'astronomie pour ne jamais perdre son spectateur. Le vocabulaire est sensiblement allégé sans devenir débile, mais Boyle ne cherche pas non plus à faire de longues scènes d'expositions et d'explications pour que l'on connaisse le vaisseau spatial, ou du moins cet immense station située derrière un miroir géant qui reflète la chaleur et la lumière du soleil, bien au contraire. Le spectateur est jeté en plein milieu de cette mission finalement très obscure, puisque dès le début les personnages savent qu'ils n'ont peut-être pas assez d'oxygène pour faire le chemin de retour entier. Avec les impératifs de décors et de budgets, Boyle arrive cependant à nous faire croire que tout cet univers existe, et ce grâce à ses personnages extraordinairement bien taillés en l'espace de deux ou trois dialogues grand maximum. Nous découvrons donc d'abord Robert Capa, le physicien de l'aventure chargé de larguer la bombe, et en proie à un rêve récurrent où il tombe à la surface du soleil. Son principal rival dans cette aventure, qui ne cessera de lui reprocher ses choix même dans les moments les plus inopportuns, est Mace, qui dirige l'aspect technique de l'aventure et recentre les préoccupations d'Icarus 2 sur la mission seulement. C'est d'ailleurs à cause de cela que le personnage est toujours tendu et préfère le déchirement des vagues plutôt que le bruit des oiseaux dans les salles de repos de la station. Les femmes de l'aventure ont des rôles plus restreints mais tout aussi importants: Cassie se charge de contrôler le vaisseau et de gérer l'intelligence artificielle d'Icarus 2, tandis que Corazon s'occupe de l'oxygène, d'où une relation privilégiée entre elle et la nature, notion essentielle dans le voyage face à la technologie et la modernité. La salle de plantes est la plus importante du vaisseau. Le tout est contrôlé par le commandant Kaneda, épaulé par le scientifique Trey aux tendances de plus en plus suicidaires dès qu'il commet une erreur fatale à toute l'équipe, le second Harvey qui ne cesse de prendre de mauvaises décisions, et l'étrange Searle qui semble fasciné jusqu'à la mort par le soleil et la luminosité qui s'en dégage.
Toute la première partie du film s'organise donc d'abord autour de problèmes plutôt futiles remettant en question l'unité de l'équipage et l'amitié entre ses membres (Capa semble attiré par Cassie et totalement détesté par Mace, et ce tout le long du film) avant de devenir une sorte de survival moderne dans l'espace, puisque comme dans tout film de SF qui se respecte, les problèmes et les erreurs s'accumulent au détriment de l'efficacité totale de chacun des membres d'Iracus 2, qui deviennent en proie à des sentiments et réactions certes stéréotypés, mais sacrément bien justifiés (Trey envoie son capitaine et la mort, disparaît de l'histoire et se suicide). Le premier problème que rencontre l'équipage est plus d'ordre moral qu'autre chose, puisqu'ils reçoivent très vite un appel à l'aide venant directement d'Iracus premier du nom, en orbite autour du soleil depuis 7 ans, et semblant maintenant totalement inhabité. Si la mission de rejoindre le vaisseau paraît totalement suicidaire (ils doivent séparer l'équipe en 2 et rejoindre la base à l'opposé dans l'espace), elle se fait vite désirer par chacun: ils ont non seulement besoin d'oxygène, mais c'est aussi l'occasion d'avoir une autre chance puisque la charge explosive d'Icarus n'a pas été largué. Etant donné qu'Icarus 2 est la dernière chance pour le monde de revenir à la lumière, il faut mettre toutes les possibilités et les tentatives du bon côté, d'où la nécessité d'obtenir une deuxième charge pour exploser au maximum le soleil et le faire renaître instantanément. L'objectif change donc, et c'est là que la première erreur fatale venue du pauvre Troy se fait voir, puisqu'il a "tout simplement" oublier de changer la position des boucliers alors que la position du vaisseau allait changer. Au final, plus de 4 boucliers endommagés qui doivent bien sûr être remplacés. L'occasion d'avoir une séquence très mouvementée, la première du métrage, où Kaneda et Capa se rendent sur la face non éclairée du vaisseau pour réparer les boucliers, jusqu'à ce que le vaisseau ne se remette en position frontale face au soleil et qu'il explose littéralement le pauvre capitaine sous les yeux aveuglés de Capa, qui assiste à la mort tragique d'un grand homme mort pour son équipe. Le ressentiment de l'équipe est classique, mais la tension ne descend plus. Et c'est avec une crainte et une anxiété sans nom que le spectateur assiste à la deuxième catastrophe du vaisseau avant la dernière partie du film que l'on peut finalement isolée du métrage puisqu'elle est d'origine humaine. Mais en ce qui concerne la seconde bourde, il s'agit en faites de la reconnaissance d'Icarus par Capa, Mace, Harvey et Searle, décidée à reprendre les ressources d'oxygène suite à l'incendie catastrophe causée par ce retournement de situation précédent. Cependant, ils se rendent très vite compte que tout l'équipage d'Icarus s'est suicidé à cause d'un sabotage à l'intérieur même du vaisseau, et qu'un danger imminent les menaces, les obligeant à sauter d'un vaisseau à l'autre dans l'espace avec une seule combinaison, privilégiant Capa car c'est le seul à pouvoir faire exploser la charge. La détermination de Mace font la force de cette séquence, surtout pendant le saut déterminant où Searle décide de rester dans le vaisseau pour mourir comme il l'a toujours voulu (face au soleil) tandis qu'Harvey dérive vers la droite et meurt totalement explosé et gelé.
La grande force du film tient pour l'instant à quelques éléments évidents, comme l'interprétation dont je reparlerai plus tard et la musique, mais surtout grâce à la mise en scène jamais excessive de Danny Boyle. N'abusant d'aucune technique douteuse ni d'aucun effets spéciaux de trop (le budget étant "limité", le strict minimum est prévu, mais reste absolument magnifique à l'écran), la mise en scène de Boyle gagne en intensité et en classe au fur et à mesure des séquences totalement différentes qu'il propose, que ce soit les scènes de tension entre l'équipage dans un décor très pharmaceutique (longs couloirs, salles blanchâtres), tout en sachant parfaitement dynamisé les séquences plus testostéronnées, se basant sans cesse sur la réaction et le sacrifice des personnages plutôt que la cascade en elle-même. La preuve en est le deuxième saut de l'équipage, qui prend véritablement aux tripes lorsque Mace explique comment cela va se passer, plus d'ailleurs que le saut en lui-même. Le spectateur est crispé mais pas abasourdi pour autant, jusqu'à ce qu'arrive LE changement du film, situé après le saut, où il ne reste plus que 4 passagers supposés d'Icarus 2, Troy s'étant suicidé (de toute façon, Mace était le seul désigné pour le tuer et accomplir sa mission: récupérer toute l'oxygène pour arriver au moins au lieu de détonation). Envers et contre tous, Boyle prend un virage absolument étonnant dans son récit et sa mise en scène, pour nous livrer une seconde partie totalement jouissive, qui devient une claque totale à elle seule. Un autre problème arrive en effet à l'équipage: le commandant d'Icarus 1 est non seulement survivant, mais il est aussi à l'origine du sabotage de sa propre navette et vient de se propulser avec les trois autres dans le vaisseau. Le corps nu et totalement cramé à un degré inimaginable, il est devenu une sorte de croyant totalement timbré qui va traquer un à un les rescapés d'Icarus 2 pour tenter de faire rater la mission et se sacrifier en l'honneur de Dieu. Boyle a en faites succomber à l'un de ses désirs: faire un film de "monstres" dans l'espace en hommage bien entendu à ALIEN de Ridley Scott, mais le fait de manière ironique et satirique puisque ce n'est pas la machine mais bel et bien l'homme et sa folie qui sont à l'origine de la création de Pinbacker, ce commandant extrémiste qui va tuer les membres de l'équipage ou provoquer leur sacrifice. Au programme donc: traques dans les couloirs vides du vaisseau, coups de ciseaux et d'instruments chirurgicaux particulièrement sanglants et sadiques, sacrifice glacial de Mace qui plonge dans l'eau glacée pour remettre le vaisseau en marche, et surtout un style visuel beaucoup plus agressif.
Car si SUNSHINE appartenait à un film de SF très classe et climatique façon 2001 L'ODYSEE DE L'ESPACE, toute sa seconde partie et cette traque en fin de mission spatiale (le temps est très important puisque Capa doit absolument finir sa mission et larguer la bombe) devient un vrai trip visuel bluffant, à mi-chemin entre l'expérimentation sacrément osée et inattendue (images transformés, photographie totalement éclatée) et un montage cut "à la Tony Scott", Boyle ne voulant jamais réellement montrer Pinbacker, et transformant chacun des plans où on peut l'apercevoir en une brouille visuelle et sonore particulièrement réussie. La perspective du film change totalement, et SUNSHINE prend maintenant réellement aux tripes, emmenant le spectateur au-delà d'une simple mission suicide: il est avec Capa, seul véritable survivant, et il veut réellement que cette mission réussisse, au détriment de la vie des membres de l'équipage, qui étaient eux aussi totalement résignés à mourir, sans aucune hésitation niaiseuse. On est en phase totale avec le physicien lorsqu'il s'écroule devant cet humain hybride, lorsqu'il lui arrache la peau du bras en gros plan, et lorsqu'il se situe en face du soleil directement, prêt à mourir mais fasciné par ce qu'il a sous les yeux: la surface d'une étoile. Porté par la musique tout aussi expérimentale d'Underworld (TRAINSPOTTING) et de John Murphy (très proche de son travail sur MIAMI VICE), et malgré une certaine répétition dans son schéma de fin (Capa échappe à la mort, fait une grande action, et se retrouve à nouveau face à la mort – que ce soit une explosion ou tout simplement Pinbacker), SUNSHINE devient tout simplement une claque, même dans son plan final un peu pompeux (la gentille femme de Capa emmène les enfants dehors pour voir le soleil) mais terriblement beau (que ce soit moralement que techniquement). Une claque inattendue, ponctuée par une dernière demi-heure de folie, et franchement exténuante pour le spectateur, peu habitué à voir un tel revirement de situation aussi inattendue que totalement maîtrisé.
La crédibilité de l'histoire est aussi due aux membres de l'équipage et aux acteurs eux-mêmes, plongés dès le début du tournage dans une ambiance de camaraderie puisque Boyle leur a conseillé d'habiter dans un même appartement pour s'habituer à la vie en communauté et aux enjeux que cela apporte. Le résultat est visible à l'écran, surtout en ce qui concerne les violences exténuantes entre Capa et Mase, ou les différentes querelles sur tout un tas de sujet (l'oxygène, la mort de Troy, l'implication réelle de Capa sur la mission). Si les personnages ne sont pas russes ou européens, on retrouve en revanche de grandes nationalités au niveau des interprètes, à commencer par le grand Cillian Murphy, définitivement l'un des meilleurs acteurs de sa génération. On a beau le répéter, mais il est parfait: rescapé dans 28 JOURS PLUS TARD, méchant glaçant dans BATMAN BEGINS, héros déshumanisé dans LE VENT SE LEVE, il assure à tout les postes et pour tout les cinéastes, à commencer pour son ami Danny Boyle qui reprend le même tournant qu'avec Ewan McGregor, mais avec une dose de légèreté en plus. Face à lui, le plus étonnant du film se révèle être Chris Evans. D'abord les cheveux longs et la barbe (tel Ryan Gosling dans HALF NELSON), il redevient alors cette jolie tête au crâne rasée qui a fait les beaux jours des 4 FANTASTIQUES (le torche qui crie partout, c'est lui) et de CELLULAR, mais en donnant ici une épaisseur que l'on ne lui reconnaissait pas. Bien plus sadique et cruel que l'on aurait pu l'imaginer, il s'inscrit bien derrière son image de beau gosse qu'il se traîne et se révèle être le personnage le plus intéressant du film, car finalement peu développé mais toujours fascinant. C'est au spectateur de découvrir Mace et son caractère bien trempé, et non au scénario de tout expliqué. Il en sera de même pour les rôles excellents de Michelle Yeoh (qui fait plus que dans DEMAIN NE MEURS JAMAIS et LE TALISMAN réunis – pour une fois dans un film en anglais), la magnifique Rose Byrne (TROIE, MARIE ANTOINETTE, et bientôt dans 28 WEEKS LATER justement), le glaçant Cliff Curtis (DOMMAGE COLLATÉRAL, TRAINING DAY, FRACTURE), l'hilarant Troy Garity (souvenez vous le cascadeur timbré de BANDITS), le pauvre Benedict Wong (TOURNAGE DANS UN JARDIN ANGLAIS, DIRTY PRETTY THINGS) et l'impérial Hiroyuki Sanada (WU JI, LE DERNIER SAMOURAI, RING 1 & 2). Une mention spéciale à Mark Strong (STARDUST, REVOLVER, SYRIANA), qui fait un parfait croisement entre un monstre de MIMIC, un Jack l'Eventreur futuriste et la créature de CREEP.
On ressort donc grandement troublé par la vision du nouveau Danny Boyle, à la hauteur de TRAINSPOTTING et de 28 JOURS PLUS TARD en matière d'impact et de maîtrise de la mise en scène, et aussi sadique par moment que PETITS MEUTRES EN AMIS. On retrouve même une certaine humanité issue de MILLIONS, sa dernière petite production. SUNSHINE est un film qui mûri très vite, qui devient une œuvre essentielle dans les esprits car étant le premier vrai film de SF depuis des années à assumer ses influences (Boyle sait qu'il ne sera jamais Kubrick ou Scott et leur rend donc hommage au lieu de les pomper), et à devenir surtout l'un des chocs les plus jouissifs et inattendus en matière de cinéma. Ou quand l'intello et la légère satire de notre monde (le réchauffement planétaire est au centre du débat, le soleil aussi) se place aux côtés d'un survival d'une maîtrise et d'un impact incomparable, et qui laisse malgré tout le sang coulé une note d'espoir et de bonheur immédiat. Le soleil revient sur les contrées de la Terre isolées par le froid, et notre esprit est bercé par les images que l'on vient de voir. Danny Boyle est quand même un putain de génie !
Note: 9/10

"The Hitcher" de Dave Meyers
Note: 5/10
Petit à petit, sans vraiment le vouloir, Michael Bay et son Platinum Dunes tend à devenir le nouveau Dark Castle, avec cependant un peu plus de réussite. Les deux studios ont en effet un point commun, et de taille: ils sont spécialisés dans la production de remakes de films d'horreur, ou plus largement de film de genre. Si la boîte de Joel Silver et Robert Zemeckis semble aujourd'hui bien moins prestigieuse (à cause de 13 FANTOMES et autres VAISSEAU DE L'ANGOISSE), celle de Michael Bay commence le même bout de chemin: alterner des films étonnants avec des autres succès plus ou moins réussis. Après le "on sait que c'est un chef d'œuvre mais on adore le répéter" MASSACRE A LA TRONCONNEUSE de Marcus Nispel, le pathétique AMITYVILLE et l'étonnant MASSACRE A LA TRONCONNEUSE: LE COMMENCEMENT, c'est au tour d'un film méconnu du grand public d'être remanier pour coller à un public plus large et plus djeuns (ce sont les réelles intentions du studio, il en faut pas se tromper là-dessus). THE HITCHER, le chef d'œuvre absolu de Robert Harmon, est la nouvelle "victime" d'une équipe de scénaristes constituées d'Eric Bernt (ROMEO DOIT MOURIR) et Jake Wade Wall (auteur du remake de TERREUR SUR LA LIGNE), qui ne donne pas forcément envie de se replonger dans ce classique qui n'a pas pris une ride depuis 1986. Mais Bay croit au nouveau succès du film et confie la réalisation à un clippeur plutôt doué, Dave Meyers, qui était passé à la réalisation en 1999 avec FOOLISH. Premier "vrai" film donc, mais est ce que la simple venue d'un réalisateur talentueux peut sauver un remake du naufrage ? J'aimerais dire oui, car THE HITCHER 2007 n'est pas forcément un mauvais film. Mais en tout cas, il est loin d'atteindre le minimum syndical que l'on était en droit d'attendre après LE COMMENCEMENT en début d'année.
Jim et Grace choisissent le Nouveau Mexique pour passer leurs vacances en amoureux avec les amis de la jeune femme. Sur la route, ils manquent de peu un étrange autostoppeur, mais décident de ne pas s'arrêter et continuent leur voyage comme ci de rien n'était. Jusqu'à ce que l'autostoppeur, l'énigmatique John Ryder, les rattrape et leur demande une petite place dans leur voiture. Le couple accepte, sans savoir que Ryder est en faites un psychopathe voulant jouer avec leurs nerfs avant de les tuer.
Le problème des remakes en général, c'est qu'ils ont du mal à s'affranchir totalement des règles de l'original, mais revendiquent cependant le droit de prendre quelques libertés. Le spectateur, fan de l'original, ne sait alors plus comment se placer: doit-on voir une nouvelle variante d'un même thème (comme L'ARMEE DES MORTS) ou une simple mise à jour avec les mêmes détails et la même structure ? Le problème de ce remake de THE HITCHER, c'est que Dave Meyers et ses scénaristes ne savent réellement pas s'ils doivent essayer de nouvelles choses, et n'apportent absolument rien au récit exceptionnel de l'original, remplissant le film de stéréotypes. Le seul changement majeur concerne en faites les protagonistes du film: le voyageur solitaire de 1986 devient maintenant un couple de jeunes amoureux qui vivent une passion idyllique sous le soleil. Forcément, pour combler le public moderne, quoi de mieux que de passer par tout les clichés obligatoires dans la présentation de nos deux héros, qui ne dépasseront jamais le statut de stéréotypes tout le long du métrage: ils écoutent de la musique cool à fond, ils roulent à une vitesse énorme sur les routes, ils font des blagues complices sur les tics de chacun, et ils sont sans cesse ensemble dès qu'il s'agit de sortir de la voiture ou de se doucher. Des héros peu développés, qui malheureusement font perdre toute dimension dramatique au schéma du film, qui les met sans cesse sur un piédestal au détriment de John Ryder, totalement sous-exploité tout le long du métrage. On aurait pu penser que les scénaristes auraient voulu exploiter au maximum ses exploits (comme dans LE COMMENCEMENT) et expliquer comment il agit et quelles sont ses motivations, mais le bad-guy reste dans son côté "j'attaque sans prévenir et je repars" et devient juste un argument pour lancer des tests à nos deux héros.
Le pire reste que, même si le nombre de protagonistes ont changé, la structure du métrage et les détails de la mise en scène sont gardés intacts, Dave Meyers étant incapable d'apporter sa propre vision des faits. Non seulement il répète les grandes forces de l'original (l'ellipse juste après la mort inattendue d'un des héros, les accidents de voiture), mais ne garde pas assez de distance par rapport au récit qu'on lui offre. Tout le film sans exception est une redite, et c'est réellement décevant, puisqu'il n'y a plus aucune raison pour voir le remake quand on est fan de l'original: un premier stop avec Ryder et son jeu sadique "I want to die", la séquence du commissariat qui tourne au massacre total (on retrouve même le chien dans le couloir), la séquence du motel où l'un des deux personnages se fait kidnapper (sauf que l'homme remplace la femme pour ainsi dire), la mort d'une gentille petite famille rallongée ici inutilement (le père blessé est récupéré par les héros jusqu'à un motel), l'interrogatoire final énigmatique, et même la vibrante séquence de fin, qui garde son impact mais reste identique (Ryder ne semble jamais s'arrêter). Tout ceci bien entendu sans ce qui rendait l'original si terrible et sadique: la portée homosexuelle, les rencontres bizarres entre Ryder et sa victime, le mélange entre thriller et courses-poursuites, la relation entre Nash et notre gentil héros, et la violence sans cesse refusée qui finit par éclater.
Cependant, THE HITCHER n'est pas un film bourré de défauts pour autant, et il garde un certain rythme appréciable. Les principaux ajouts fait à l'original sont en faites cruciaux, surtout lorsqu'ils visent à dynamiser les courses-poursuites ou les affrontements pour rendre le film plus "moderne" et plus attractif. Le concept reste le même: Ryder poursuit sans cesse les deux victimes en tuant tout ce qui les entoure, que ce soit des policiers, des gardiens de prison ou des innocents sur leur chemin. Là où le remake se fait plus féroce, c'est dans l'ajout très présent de gore, jamais abusif mais toujours plaisant à voir: headshots qui giclent bien (surtout au fusil à pompe, comme dans la scène finale), blessures qui laissent émaner des litres de sang, mains broyés avec des menottes, gorges tranchées de manière plutôt originale, policiers abattus de plus en plus fréquemment, sans oublier le corps explosé en deux de Jim (torturé entre deux camions), bref tout un tas de sentences bienvenues, surtout que le public est au fond là pour voir quelque chose de saignant et de cruel. Sur ce point, Meyers réussit totalement le cap, et arrive même à se lâcher au rythme d'une séquence. Une seule séquence, celle de poursuite principale du film, où le cinéaste emploie les grands moyens: 3 voitures de polices armées jusqu'au dent, un hélicoptère, une fusillade à pleine vitesse, et l'arrivée exceptionnelle et quasi-héroïque de John Ryder qui va exploser les autorités locales à coup de revolver, tout ça sur le tonitruant et somptueux CLOSER des NINE INCH NAILS (que l'on pouvait aussi entendre dans SEVEN, David Fincher étant un fan du groupe). Une séquence instantanément culte et jouissive, qui montre à quel point le réalisateur peut parfois péter les plombs et donner le meilleur de lui-même. Le reste est mis en scène agréablement bien, surtout les séquences sous une pluie magnifique.
Niveau casting, on attendait de voir si Sean Bean allait pouvoir tenir tête au glaçant Rutger Hauer. La réponse est bien évidemment non, et ce pour une raison: son rôle est tellement peu important et développé en matière de dialogues qu'on ne prend absolument pas plaisir à regarder Bean devenir un salaud intégral dont lui seul à le secret (de GOLDENEYE à THE ISLAND en passant par BENJAMIN GATES et LE SEIGNEUR DES ANNEAUX). Mais il faut bien l'avouer: il a une classe d'enfer, surtout sous une pluie écrasante, le visage ensanglanté et mal rasé, avec ce long manteau tristement célèbre. La frustration est donc bien là, étant donné que John Ryder est un argument débile pour donner la vedette à deux jeunes stars montantes. Forcément, il faut du sang frais, et on le trouve en la personne de l'insupportable mais très belle Sophia Bush (héroïne des FRERES SCOTT, de JOHN TUCKER DOIT MOURIR et de STAY ALIVE – triple sic.), qui devient le stéréotype de la femme forte inspirée de Sarah Connor à la fin du film, et de Zachary Knighton (cantonné aux apparitions furtives dans des séries TV). Finalement, seul deux seconds rôles auront retenus mon attention: l'arrivée du génial Neal McDonough (VORACE, MEMOIRES DE NOS PERES) en shérif local, et l'apparition totalement inattendue de Travis Schuldt, alias Keith dans les deux dernière saisons de SCRUBS. Rien de bien enivrant.
THE HITCHER est donc un film tout juste passable, pas franchement très passionnant et jamais étonnant puisqu'il suit à la lettre la voix de l'original sans jamais atteindre sa puissance destructrice et onirique. Un film vain et inutile, qui se rapproche dans ce sens aux productions Dark Castle: on sait qu'on a vu un film un peu violent, un peu gore et parfois marrant, mais on l'aura oublier dans l'heure qui suit la vision, et ce à jamais…En attendant LES OISEAUX avec Naomi Watts, qui risque fort bien de changer la donne si Michael Bay dirige correctement son équipe de scénaristes et de réalisateurs.

"Unknown" de Simon Brand
Note: 8/10
Aujourd'hui, il est rare de tomber sur un premier film méconnu d'un jeune surdoué de la caméra qui passe enfin réalisateur qui ne soit pas devenu un phénomène à part entière (surtout dans le cinéma de genre) ou un joli carton au box-office. Trouver la perle rare est de plus en plus difficile, surtout avec la montée en puissance du téléchargement qui permet de montrer plus facilement les œuvres traînant dans les salles américaines et arrivant très rapidement en dvd avant de sortir en France. UNKNOWN est heureusement une perle que j'ai pu enfin découvrir grâce à l'import, le film étant sans cesse repoussé en France (la sortie est aujourd'hui prévue en Juillet). C'est donc le premier film du jeune Simon Brand, inconnu au bataillon, recruté par une filière The Weinstein Company pour mettre en scène le scénario de Matthew Waynee, co-auteur du tout aussi inconnu YELLOW HAMMER en 2006. Une équipe technique peu entraînée, mais qui a cependant la volonté de sortir très vite du genre auquel le film appartient (le thriller en huis clos) et de toutes les influences possibles (le pitch a été déjà vu et revu 100 fois depuis 10 ans). Et avec l'aide d'un casting d'enfer et de la confiance totale des producteurs, le jeune Simon Brand signe également un premier film assez exceptionnel, troublant et parfois même fascinant à défaut d'être parfait de bout en bout.
SI vous reconnaissez dans le pitch de départ du film un peu de SAW, un peu de IDENTITY et du PURGATOIRE (oui, le film de Nicolas Vert !), c'est normal, et pour cause: cinq étrangers se réveillent un par un dans une usine désaffectée. Ils ne se connaissent pas, ne savent pas ce qu'ils font là, et ont pour point commun d'avoir tous perdu la mémoire. Sans noms, sans identités, sans repères, ils vont cependant devoir trouver un moyen de sortir de l'usine avant que deux tueurs ne reviennent chercher leurs collègues à l'intérieur de l'usine et ne tuent les véritables innocents. Qui est victime, qui est tueur ? Personne ne le sait, et c'est ce qu'ils vont tâcher de découvrir très vite.
Le réalisateur met les choses au clair dès le début du film, avec son introduction très classique et son générique tout aussi joli et déjà-vu: il ne va pas faire un huis clos stéréotypée et va tenter de redonner un souffle à un genre propice à la torture, au meurtre et à la manipulation, puisque tout les films avec le même sujet se finissent dans un bain de sang ou un twist final. C'est une constante qui servira ici l'histoire, puisque sans twist, UNKNOWN n'aurait aucun intérêt: les personnages ne se souviennent pas de leurs noms, de leurs métiers, de leurs familles ni même de ce qu'ils ont fait pour arriver là dans des positions totalement différente. La confiance est donc le seul moyen pour eux d'arriver à sortir de cet endroit, alors que chacun retrouve petit à petit la mémoire au cours de flash-back déroutants et de révélations troublantes. L'intérêt d'un tel film est aussi de découvrir cinq personnalités totalement différentes et contrastées, qui vont se lier avec d'autres pour finalement s'apercevoir qu'il y a parmi eux 3 braqueurs de banques attendant leurs amis, et 2 prisonniers qui n'on rien à faire ici et ont été capturés pendant le braquage. On retrouve d'abord Jean Jacket, le premier à se réveiller et à inspecter les lieux, et celui que tout le monde soupçonne d'être le véritable cerveau de cette histoire. A ses côtés se place Rancher, un jeune homme qui ne fait confiance à personne mais sait qu'il va devoir s'associer avec quelqu'un pour ne pas mourir, sachant que c'est le seul à savoir véritablement qu'il n'est pas coupable du braquage. Le principal adversaire des deux hommes est un homme au nez cassé (il n'a jamais de nom) qui pense se souvenir que Jean lui a frappé dessus avec une pelle avant de le laisser sur le sol. Les deux autres personnages sont plus discrets mais tout aussi coupables que les autres: l'un est attaché sur une chaise et se fait directement suspecter par les trois détachés, l'autre est en train de mourir, une balle dans l'épaule, suspendu à une barre de fer par une menotte. Les situations cocasses dans lesquelles chaque personnage se met se rajoutent aussi à une constante dans le film: chacun va apercevoir des morceaux de sa vie lorsqu'il se regarde dans le miroir des toilettes de l'usine désaffectée.
Parallèlement à cette double recherche (d'identité et de sortie) assez passionnante, à la limite entre la coopération sympathique et les soupçons antipathiques de chacun, UNKNOWN prend le parti de ne pas du tout rester dans l'usine dès les premières minutes et de casser l'ambiance claustro qu'on aurait pu prévoir. Ce n'est pas l'intention de Brand, vu qu'il dénature totalement le huis clos avec des plans de l'extérieur de l'usine et surtout une intrigue secondaire apparemment sans rapport, mais qui va vite trouver un lien: une certaine Eliza décide de payer une rançon à des hommes pour que son mari soit libéré (il s'agit en faites de Rancher), aidée par deux policiers qui vont traqués les deux tueurs jusqu'à l'usine où tout finira par un bain de sang sacrément explosif. Ce mélange entre polar intimiste et thriller à rebondissements marche étonnement bien, au détriment de personnages secondaires réellement conséquentes, comme Eliza dont on sait finalement très peu si ce n'est à la fin du film.
Car bien entendu, il y a un moment où UNKNOWN est obligé de passer par la case "flash-back" pour expliquer un peu comment chacun en est arrivé là. Mais l'avantage du film est que cela n'arrive pas d'un coup, et que tout le chemin a déjà été tracé par les quelques retours en arrière graphiques que les personnages ont eus durant leur enfermement: Rancher savait qu'il avait été capturé par les braqueurs puis attaché à une chaise, Jean pense être l'un des responsables de l'histoire, l'homme en train de mourir est lui aussi sûr et certain d'être un tueur, tandis que l'homme attaché va se révéler être braqueur alors qu'ils sont en train de créer un plan pour s'échapper (un plan qui va déraper lorsque cet homme lance un tonneau contre Jean pour protéger ses supposés amis, mais se fera descendre dans le noir). Mais la meilleure révélation du film n'est pas le flash-back décisif qui dévoile comment ils ont perdus la mémoire et se sont retrouvés tous par terre ou attachés (une bonbonne a explosé et a endormi tout le monde), mais bel et bien quand, après avoir laissé partir les deux survivants du massacre alors qu'il devait les assassiner, Jean se rend finalement compte qu'il est un policier sous couverture et que surtout il vient d'être démasqué par les braqueurs. Une révélation étonnante puisque el personnage, sacrément sympathique, pensait ne rien valoir et voulait mourir pour tout le mal qu'il a causé, sachant que sa fille est morte à l'hôpital et que sa femme l'a quitté. C'est sans compter un autre flash-back qui en rajoute encore avec la sadicité du personnage, puisqu'en faites Jean a trafiqué lui-même tout ce braquage avec la belle Eliza rencontrée précédemment dans un bar. Il peut ainsi avoir l'argent du braquage et la rançon, et n'est pas aussi héroïque qu'on le pensait. C'est un peu "too much" de ce point de vue, mais à l'écran c'est plutôt bien trouvé et peu gênant finalement par rapport à la crédibilité globale de l'histoire.
Mais la qualité principale du film réside dans son casting assez hallucinant pour une production si "légère" et un réalisateur si peu connu. Les cinq personnages principaux sont donc interprétés par (attention les yeux) Jim Cazievel (toujours génial et sous-estimé, comme dans HIGHWAYMEN), Greg Kinnear (LITTLE MISS SUNSHINE), Barry Pepper (IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN), Joe Pantoliano (MATRIX) et l'énigmatique Jeremy Sisto (MAY). Un casting cinq étoiles et jubilatoire, qui laisse place à des séquences d'engueulades mémorables et des trahisons multiples. Mais c'est sans compter les seconds rôles du film qui ajoutent encore un peu de prestige à l'entreprise: la magnifique Bridget Moynahan (LORD OF WAR), Peter Stormare (Abruzzi dans PRISON BREAK), l'imposant Chris Mulkey (MYSTERIOUS SKIN), Clayne Crawford (LOVE SONG), le petit chauve Kevin Chapman (EN BOMME COMPAGNIE), le jeune Wilmer Calderon (CURSED) et le toujours aussi régressif Mark Boone Junior (BATMAN BEGINS, LONESOME JIM). Un casting taillé sur mesure, qui rend vraiment chaque scène très agréable à voir, surtout lorsqu'on a 5 têtes d'affiches extraordinaires dans un unique décor d'usine.
Sous ses aspects de thriller à tiroirs barbant et faussement intelligent, UNKNOWN se révèle être une sacrée surprise, un petit film hautement sympathique grâce à son casting parfait et son scénario malin, même s'il use un peu trop de révélations finales pour enfoncer le clou. On ressort agréablement surpris, totalement comblés, rappelant un peu la surprise que constituait CONFIDENCE (de James Foley) en 2005. En attendant, Simon Brand n'a pas attendu la sortie française du film puisqu'il est déjà en post-production de sa nouvelle réalisation, PARAISO TRAVEL, un road-movie amoureux avec John Leguizamo. Vivement !

"Turistas" de John Stockwell
Note: 2/10
Il y a deux façons de présenter TURISTAS. D'abord, par rapport à son réalisateur, John Stockwell. Derrière ce nom sympathique se cache en faites l'un des plus gros faiseurs de bouses de ces 5 dernières années, puisqu'on doit à Stockwell BLUE CRUSH et BLEU D'ENFER, ses deux derniers films et les seuls vraiment connus (dommage pour l'étonnante comédie romantique CRAZY/BEAUTIFUL). Mis à part sa carrière de petit second rôle (CHRISTINE, NIXON, TOP GUN) et de scénariste (ROCK STAR, DANGEROUSLY CLOSE où il tient le premier rôle), Stockwell ne doit pas attendre grand-chose d'une véritable carrière de cinéaste, surtout lorsqu'on regarde le résultat sur ces deux derniers opus magnifiquement niais ayant atteint les sommets de la daube pour djeuns à gros budget. Deux grosses daubes qui ont un point commun: se dérouler près de l'océan. D'où un revirement total du genre avec un décor pourtant similaire: le bien nommé TURISTAS, dont le titre est devenu lors de sa sortie en dvd PARADISE LOST, titre aussi choisi par TFM pour la sortie prévue en juin prochain. Pour mieux présenter le sujet du film, il faut aussi un peu resituer le projet puisque TURISTAS est purement et simplement un avatar vacancier de HOSTEL et WOLF CREEK, les deux films d'horreur des précédentes années qui ont su imposer un modèle de construction unique et déroutant, dont le film de Stockwell reprend toutes les idées avec plus ou moins de réussite. Resté dans les cartons de la nouvelle boîte de production de la 20th Century Fox, Fox Atomic (qui lancera véritablement sa carrière avec 28 WEEKS LATER et LA COLLINE A DES YEUX 2), pendant pas mal de temps, le métrage est sorti au cinéma dans une version charcutée avant d'être rétabli en dvd dans une version dite "unrated" qui bien entendu n'apporte rien de plus que ¾ plans gores supplémentaires. Une chose est sûre: Stockwell a beau avoir toutes les bonnes volontés du monde, son manque d'imagination et de talent plonge TURISTAS dans un ennui mortel ponctué de quelques rires nerveux. C'est d'ailleurs bien dommage, on avait envie de lui redonner une chance…
Partis au Brésil pour passer des vacances de rêves, six jeunes touristes sont victimes d'un accident de la route qui détruit totalement leur bus, unique moyen de transport en Amérique du Sud. Exténués par un conducteur abruti et la population locale, ils décident de se rendre en bas d'une montagne pour se prélasser au bord de l'eau, sur une somptueuse plage, avant l'arrivée d'un prochain véhicule. Pris dans l'ambiance festive qui règne sur la plage, ils ne se rendent pas compte qu'ils sont au centre d'un sinistre complot d'une organisation secrète prête à tout pour les emmener en forêt vivants et les découper en rondelles…
La comparaison avec les films d'Eli Roth et Greg McLean sortis l'année dernière se fait très naturellement dès les premières images du film: passés une petite introduction "choquante" censée mettre dans l'ambiance, Stockwell tente vainement de jouer avec le spectateur et sépare son film en deux parties bien distinctes, l'unes étant censé nous faire croire qu'il ne va rien se passer, l'autre plongeant les héros dans une sombre histoire de meurtre et de torture. Là où Eli Roth jouait justement avec nos nerfs car il avait promis un déluge de gore et faisait patienter les héros avec des délires sexuels sacrément jouissifs (qui servent en faites parfaitement bien sa théorie et sa satire), et Greg McLean créait une amitié irrésistible entre ses héros pour mieux la détruire sous nos yeux dans une dernière demi-heure sauvage (même si je trouve WOLF CREEK sacrément décevant et surestimé), John Stockwell n'a pas le talent nécessaire pour porter un récit détendu et faussement jovial, et le spectateur ne croit pas une seconde en cette première partie qui traîne en longueur pendant plus d'une heure, parsemée d'erreurs en tout genre (comme présenter le méchant à 3 reprises avant que les héros ne le rencontre réellement). Ne suivant aucune note d'intention précise, le réalisateur fait tout simplement ce qu'il a l'habitude de faire: il déshabille ses héros, les fait boire, les met dans la mer puis sur le sable, crée des liens entre le séduisant Alex (Josh Duhamel, héros de la pathétique série LAS VEGAS) et la gentille Pru (Melissa George, victime d'AMITYVILLE), fait des blagues avec les deux obsédés sexuels de la bande (dont l'un se fait avoir par une prostituée), tout en créant un suspense en montrant un étrange docteur qui veut les récupérer vivant (au cas où on n'aurait pas compris le truc, il tue un de ses assistants et répète une nouvelle fois son plan).
Mais encore, si TURISTAS ne dévoilant qu'une simple petite fête d'une demi-heure pour tomber dans l'horreur, cela ne gênerait pas. Le fait est que, malgré une course poursuite dans les bois de quelques secondes assez sanglantes (un coup de machette qui tranche des doigts et une chute vertigineuse du haut d'une falaise), le récit ne se transforme toujours pas en vrai film d'horreur et traîne de plus en plus en longueur. Stockwell ne sait plus du tout où il en est, et les personnages font quelques rencontres avec la population locale pour finir par se baigner près d'une chute d'eau, passer à nouveau du bon temps avant de se faire enfin capturer par les méchants musclés torses nus, se rendant enfin compte que le pauvre Kiko est un lâche de première. Alors enfin, on se dit que le film va prendre une autre tournure et allez dans la violence jouissive pour traumatiser les héros. Encore une fois, on a tout faut: mis à part une séquence particulièrement réussie dans laquelle unes des héroïnes perd ses organes un à un sur une table chirurgicale (ce qui laisse le temps pour le grand méchant de faire un speech façon HOSTEL), le reste est en faites un film d'aventure un peu saignant qui se conclue par une dernière demi-heure qui écume tout les clichés du genre. Au programme: les héros s'échappent et se cachent pour libérer leurs alliés, ils refont le chemin inverse pour se cacher dans des grottes, et le must reste deux des principaux hommes de main du docteur timbré qui ressentent des sentiments nouveaux et aident nos trois rescapés à s'en sortir. On avait pas vu un tel déballage de connerie intimiste depuis bien longtemps: dans TURISTAS, même la pire des brutes devient un type sympathique qui tue le méchant car celui-ci ne l'a jamais rescapé.
Voilà donc un mauvais film d'horreur dans toute sa splendeur: manquant d'originalité, de puissance émotionnelle (on se contrefout des héros tout le long de l'aventure) et de rythme, TURISTAS se transforme en chemin de croix pour le pauvre spectateur venu apprécier un spectacle soi-disant gore, satirique, très critique et sans concession (c'était en tout cas l'accroche du film). Venant du type qui a mis Jessica Alba, Paul Walker, Michelle Rodriguez, Kate Bosworth et Scott Caan en maillots de bain moulants au cours de sa carrière, cela n'étonne vraiment plus.

"Black Christmas" de Glen Morgan
Note: 7/10
Quand on parle généralement du renouveau horrifique actuel qui sévit depuis quelques années aux USA, on pense d'abord à Eli Roth, Zack Snyder, James Gunn et autres Alexandre Aja, mais on oublie souvent Glen Morgan. Si ce nom ne dit rien au grand public car il n'est jamais vraiment mis en avant, on doit cependant à ce réalisateur/scénariste la création de la saga DESTINATION FINALE aux côtés de son ami James Wong, le réalisateur attitré de leurs scripts (dont THE ONE…no comment), et quelques épisodes de la cultissime série X-FILES. Un scénariste un peu dans l'ombre du phénomène de la trilogie (et de la série) qui s'est vite fait connaître des amateurs de (vrais) frissons pour sa relecture magnifique de WILLARD, un conte mortellement glauque où Crispin Glover affrontait ses ennemis avec une horde de rats obéissants et sadiques. Un film esthétiquement sublime, bien loin des films d'horreur clippesques et des montages de plus en plus cut dans le cinéma de genre, qui démontrait une classe dans la mise en scène du réalisateur. Après être revenu sur DESTINATION FINALE 3 toujours au même poste, Morgan a choisi à nouveau un remake chez Dimension Films pour officier en tant que réalisateur. Son choix s'est vite porté sur le classique méconnu en France BLACK CHRISTMAS de Bob Clark, un conte très sérieux plus proche de TERREUR SUR LA LIGNE que d'un George A. Romero, puisqu'il est considéré comme l'un des premiers slashers de l'histoire du cinéma (HALLOWEEN lui doit beaucoup). Le problème s'est vite imposé chez Morgan: il a un gros désaccord avec les producteurs qui ne savent pas comment vendre réellement le film. Avec un budget de plus en plus élevé, une post-production tendue et un manque d'engouement des producteurs, Glen Morgan a vu son film lui échapper des mains: prévu début 2006, il a été repoussé d'abord à Halloween puis à Noël avant de sortir en catimini dans les salles US et de se voir retirer toute possibilité de sortie en France. En dvd, c'est le même constat: le film sort sous le titre de BLACK X-MAS, jeu de mot vaseux pour attirer les fans de SCREAM et de SOUVIENS TOI L'ETER DERNIER. Sauf que Morgan, même si on sent bien qu'il n'a pas eu les pleins pouvoirs sur certaines scènes, a réussi à sauver son film du pire sous-genre qu'il soit: le slasher. Il a en faites réussi à tirer d'une histoire classique de huis clos mortel en une aventure sanglante et tout aussi glauque que son précédent récit. Cela ne marche pas tout le temps mais c'est en tout cas sacrément réjouissant.
La base du film est la même que l'original, même si Morgan a choisi de totalement évincer l'intrigue policière pour mieux se concentrer sur son groupe d'héroïne. On assiste donc au réveillon très attendu par un groupe de jeunes universitaires, qui se réunissent sous le même toit en cette période de fête pour s'offrir tout un tas de jolis cadeaux. Entre l'adolescente fille à papa et la rejetée total, la fête s'annonce sous les meilleurs hospices pour devenir mémorable. C'était sans compter la venue inattendue d'un tueur, qui pourrait bien être le jeune Billy, un garçon malade échappée d'un hôpital psychiatrique ayant assassiné ses parents et sa sœur durant un réveillon de Noël.
Dès son introduction sacrément efficace, Glen Morgan pose sa caméra avec une grande précision et rassure ses quelques fans (mais aussi des détracteurs): il sait ce qu'il veut et ne compte en rien abuser d'un surplus d'effets gores ou de montage hallucinant pour exagérer l'impact du film. Le réalisateur veut tout simplement réaliser un film gore, suffisamment intéressant et jouissif pour faire plaisir à tout ceux qui veulent avoir quelques frissons pour les périodes de Noël, où les dessins animés et les films d'héroïc-fantasy pullulent les salles et empêchent les ados attardés de s'amuser. Pourtant, BLACK CHRISTMAS n'en devient pas pour autant un spectacle régressif conçu juste pour faire marrer les amateurs de chair fraîche: le récit est plutôt intelligent, sacrément bien construit et parfois même assez révolutionnaire dans le genre, mélangeant les meilleures idées de ces dernières années en matière de slasher pour devenir un best-of très souvent agréable, même lorsqu'il devient assez stéréotypée. Car il faut bien le dire, le film respecte tout de même les règles propres aux slashers de tout temps: une introduction sanglante où l'on s'intéresse au premier meurtre d'un tueur énigmatique (qui pour une fois est sans dialogue et particulièrement original), une bonne première partie où chaque héroïne importante se voit définir en quelques phrases par ses amies (la fille à papa qui a hâte de partir, la fille moche à lunettes qui semble totalement à l'ouest, les sœurs qui se retrouvent enfin, les superficielles qui racontent tout les ragots autour du sapin, la vieille femme amusante qui connaît toute l'histoire de la maison) avant l'élément déclencheur habituel, ici un coup de fil moins important que l'ambiance qui s'en dégage. Mais parallèlement à cette structure classique, le scénariste dynamite son récit en utilisant des intrigues parallèles qui se rejoignent pour mettre le spectateur sur la voie, sachant que Morgan ne fera jamais l'erreur de faire une immense explication finale et laisse beaucoup de non-dits dans son histoire familiale glauque.
On a donc d'abord le droit à l'évasion de Billy, ce tueur à la maladie jaunâtre (digne d'un diagnostic de HOUSE) qui fait peur à tout les gardiens, surtout en cette période de fêtes où il n'a qu'une seule envie: rejoindre sa famille pour le réveillon. Préparant son plan comme personne, il arrive donc aisément à massacrer le gardien de l'entrer, à prendre le costume d'un père noël égaré et à s'échapper pour retourner dans la fameuse maison d'enfance où il a massacré toute sa famille. Pour mieux découvrir le méchant avant même son premier coup de fil "officiel", Morgan choisit aussi de remonter le temps petit à petit et de croiser les époques pour expliquer un peu comment Billy a pu devenir un tel psychopathe. C'est là que BLACK CHRISTMAS étonne le plus, puisque pendant une demi-heure, parallèlement à la recherche de la première victime dans la maison, on découvre la vraie vie de Billy: sa naissance non désirée par sa mère qui le haït, le spectacle de la mort de son père assassinée par sa propre mère, le remariage de cette dernière avec un ivrogne, et le plus traumatisant de tout, sa partie de jambes en l'air inattendue avec sa mère ivre qui donne naissance 9 mois plus tard à la fille de Billy, qui est donc aussi sa propre sœur. On avait pas vu aussi choquant et politiquement incorrect depuis bien longtemps, et l'ambiance tétanisante de ces flash-back sublimes rappelle aussi bien l'enfance de Michael Myers (il obverse les familles d'en face avec un œil voyeur) que le flash-back amusant de LA MAISON DE CIRE. Des influences multiples qui se rejoignent puisque Billy va se retrouver de plus en plus malade, tuant donc sa famille un soir de Noël et se préparant des cookies avec les intestins de sa mère.
Commence alors, une fois les personnages installés et le tueur présenté, une partie de cache-cache classique mais efficace, où bien sûr les héroïnes meurent une à une au fur et à mesure de leurs bêtises, que ce soit aller dans une voiture se réfugier ou chercher une personne disparue depuis des heures. De découverte en découverte, le spectateur comprend aussi qu'il y a deux tueurs, sans jamais converser avec les héroïnes qui assistent à ce massacre totalement impuissantes. Nous sommes les seuls à savoir que Billy est aidé par sa fille/sœur (il lui avait juste crevé l'œil au réveillon sanglant), et ce durant tout le film puisqu'il n'y aura aucune intervention extérieure d'un personnage policier ou d'un petit ami tête à claque. Tout se joue à l'intérieur de la maison jusqu'à l'épilogue finale encore plus clichée (les méchants ne meurent jamais et se réveillent à la morgue) avant ce plan final ironique et cet ultime massacre, l'héroïne arrisant enfin à se débarrasser de la sœur en lui brûlant le visage, puis de Billy himself en le balançant sur un arbre qui lui explose le ventre. Tout ça sur la musique sublimement ironique de l'opéra de Tchaikovsky, THE NUTCRACKER SUITE.
Bien entendu, Morgan n'oublie jamais la priorité de son film: confronté les héroïnes toutes mignonnes (dont la géniale Mary Elizabeth Winstead, héroïne de DESTINATION FINALE 3 et du DEATH PROOF de GRINDHOUSE) à des atrocités sans nom qui tentent de repousser les limites de l'originalité. Si les principaux meurtres sont en faites très classiques (Billy enferme la tête de ses victimes dans un sac poubelle et leur plante des lames dans le crâne avec de belles explosions de sang), c'est dans ces petits moments tragiques que l'auteur se réveille et réserve des sorts de plus en plus jouissifs. Au programme donc: décapitation, scalp à grand coup de patins à glace, chute involontaire de pic à glace (l'un des meilleurs gags du film), explosion de crâne contre une vitre de voiture, arrachage multiples d'oeils (quand ils ne sont pas avalés dans la seconde qui suit), et un sublime lancée de pic à glace dans le crâne d'un pauvre bonhomme dont l'œil ressort de l'autre côté, embroché par la lame. Le tout est suffisamment rapide et bien mis en scène pour ne pas tomber dans le déluge un peu inutile de sang, et Morgan sait parfaitement bien dosé les effets gores avec sa mise en scène extraordinaire et sa photographie ahurissante de beauté obscure (normale, elle est signée par le collaborateur du duo officiel, Robert McLachlan, qui officie sur WILLARD et les DESTINATION FINALE).
Au final, malgré quelques légers détails totalement inutiles (une relation bizarre entre un homme et deux filles du campus qu'il trompe en faites avec des playmate sur le net) et une présentation peut être un poil trop classique, BLACK CHRISTMAS ne mérite absolument pas sa carrière démolie par le public et les critiquent qui n'ont pas prix la peine de s'attarder sur les qualités étonnantes du récit. Franchement, un slasher comme ça donne non seulement le sourire, mais fait aussi penser que malgré les SOUVIENS TOI l'ETE DERNIER 3 et autres ringardises, le genre n'est toujours pas mort tant qu'il y a des auteurs sous-estimés pour le dynamisés. Glen Morgan en fait partie.

"Epic Movie" de Aaron Seltzer et Jason Friedberg
Note: 2/10
Pourquoi ? Pourquoi tant de haine envers le cinéma ? Pourquoi deux scénaristes masochistes arrivent, avec les mêmes techniques et les mêmes défauts, à rassembler autant de monde dans les salles lors de leur sortie US ? Pourquoi nous, cinéphiles et amateurs de vrais comédies ou de parodies intelligentes (car ça existe), doit-on supporter de tels supplices ? Telles sont les questions qui nous viennent à l'esprit en regardant le générique final de EPIC MOVIE. On pensait avoir atteint les limites du genre parodique débile avec le lamentable DATE MOVIE l'année dernière, mais visiblement la Fox tient enfin un filon d'or: donnez un genre à parodier aux deux débiles que sont Aaron Seltzer et Jason Friedberg, deux des six (sic.) scénaristes à l'origine de SCARY MOVIE (le film qui a tout redémarré), pour attirer le public et faire tout un tas de film. Après les films d'horreur donc, les films d'espionnage (ils ont plus ou moins réussi le AGENT ZERO ZERO avec Leslie Niselsen) puis les comédies romantiques, c'est maintenant à un "genre" encore plus large et impossible à encadrer: les blockbusters estivaux, ou plus simplement encore les gros budgets qui ramènent du monde. Pour faire encore plus simple: les aventures épiques. Forcément, quand on sait que l'industrie d'Hollywood traîne 50 films comme ça en l'espace de quelques mois, on se demande comment le duo de réalisateurs/scénaristes va pouvoir inventer une histoire qui tient la route et qui permet un bon délire. La réponse est très vite perçue: c'est impossible. EPIC MOVIE est, comme le laissait présager les bandes-annonces ridicules (contrairement aux affiches assez hilarantes), une énorme bouse qui tombe dans tout les stéréotypes de la parodie lourdingue et se retrouve encore plus pitoyable devant les chefs d'œuvres et les œuvres sympathiques qu'elle tente de parodier. Un foutoir interminable qui brille par la venue de quelques personnages sympathiques, rien de plus.
Edward, Peter, Lucy et Susan sont quatre orphelins qui découvrent chacun de leur côté un étrange ticket d'or qui les mène vers un chocolatier sadique. Enfin réunis sous le même toit, ces quatre héros découvrent un passage vers un monde magique, le royaume de Gnarnia. Découvrant qu'ils font parties d'une prophétie et qu'ils sont en faites frères et sœurs, ils vont alors s'allier à la population animale régionale pour combattre la salope de sorcière Blanche qui tente d'anéantir toute forme de résistance.
En faites, comme d'habitude en regardant une réelle parodie, on découvre que le film ne s'inspire réellement que de quatre blockbusters principaux: CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE avec les tickets d'or qui mènent les héros à l'usine de Willy Wonka, LE MONDE DE NARNIA et sa bataille entre une sorcière et un peuple qui résiste à sa soumission, puis dans une moindre mesure PIRATES DES CARAIBES avec la venue de Jack Swallows en tant qu'allié précieux, et HARRY POTTER où les quatre jeunes héros vont s'entraîner durant quelques minutes à peine. Le reste des parodies, comme vous l'aurez compris, se succèdent donc dans une fouillis sans nom, avec plus ou moins d'originalité mais surtout une lourdeur sans précédent. Avec une musique absolument épouvantable et des dialogues d'une stupidité ahurissante (ils ne sont même pas drôles en soit), EPIC MOVIE se transforme en expérience désagréable où il faut laisser la virtuosité des blagues parodiques au placard pour supporter au maximum le fouillis scénaristique dans lequel on plonge. Les deux auteurs font tout simplement ce qu'ils savent faire de mieux: glisser le plus de parodies et de détournements en un maximum de minutes en mélangeant le tout avec une intrigue qui manque en plus d'imagination (un comble) puisque le schéma du MONDE DE NARNIA est repris à la lettre (avec les faunes, les résistants, la sorcière blanche un peu salope et la traîtrise d'un des quatre héros).
Avant l'arrivée dans l'usine de Willy, une voix-off tirée des DESASTREUSES AVENTURES DES ORPHELINS BAUDELAIRE nous présente tour à tour les quatre personnages principaux dans quatre films que l'on reconnaît aisément. Lucy est la fille d'un célèbre conservateur parisien qui trouve la mort après une bataille contre un albinos sadique. Elle trouve le ticket d'or en suivant une liste d'indice digne de DA VINCI CODE. Ensuite, c'est le jeune Edward, orphelin au Mexique, qui se retrouve renvoyer après un match de catch contre SUPER NACHO himself et un petit enfant capable de soulever plus de cent fois son poids. Parallèlement, le mutant Peter doit affronter les railleries des X-MEN à cause de son superpouvoir très bizarre: il peut devenir une poule et s'enfuir à toute vitesse. Forcément, Wolverine et Magneto en profitent pour se foutre de lui et de son amour sans nom pour la belle Mystique. Et enfin, la belle Susan aidée de Samuel L. Jackson et son unique réplique issue d'Internet (l'un des gags les plus drôles du film) doit repousser DES SERPENTS DANS L'AVION. Affrontant ensuite un Willy Wonka totalement sadique et utilisant toute sorte de chair humaine pour ses chocolats multiples, chacun se retrouve propulser tour à tour dans le monde de Gnarnia où Lucy rencontre d'abord le faune Monsieur Tumnus et son compagnon castor, alors que Edward est à bord du bolide de la sorcière tirée de FAST AND FURIOUS. S'ensuivent tout un tas d'évènements rocambolesques où Peter rêve d'être dans SUPERMAN RETURNS dans se prend une balle dans l'œil et s'écrase du haut d'un immeuble, où BORAT et JAMES BOND se mêlent à la troupe d'animaux dont le chef est un séducteur mi-homme mi-lion capable de faire l'amour à 3 femmes en même temps, où Lucy suit les instructions d'un appareil photo sorti de MISSION IMPOSSIBLE, où des troopers et des Chewbacca se glissent dans la bataille digne d'un STAR WARS du pauvre, et enfin où Peter trouve une télécommande issue de CLICK pour arrêter le temps, guérir les blessures et massacrer l'armée adverse de la sorcière mise sur pause le temps du combat.
En plus de cela, les auteurs tentent en vain de rendre hommage ou de piller toute sorte d'autres films qui n'ont aucun rapport, en glissant par exemple un remix de SCARFACE avec un faune à la place de Tony Montana (qui devient Tony Fontana), une énorme langue collée à un lampadaire glacé digne de DUMB & DUMBER, ou un chevalier qui perd ses bras comme dans le SACRE GRAAL des Monty Python. Le surplus de films parodiés devient tel que les auteurs se sentent aussi obligés de parodier des émissions TV et des stars avec plus ou moins de réussite et de lourdeur, alternant le subtil avec la parodie débile qui tombe à plat: Paris Hilton se fait écraser par une des héroïnes, Brad Pitt et Angelina Jolie tentent d'adopter Susan au début de l'aventure, Nicole Richie est évoquée lors d'un dessin en bâtons (forcément, elle est anorexique), le château de la sorcière est un fast-food de la chaîne White Castle, la maison de Tumnus est présentée comme KRIBBS (où les stars font visiter leur maison aux journalistes de MTV), le sosie d'Ashton Kutcher issu de l'émission PUNK'D joue un tour à Edward, tandis que la coupe de Tom Hanks dans DA VINCI CODE, le tatouage de 50 Cent, la folie de Mel Gibson, l'éternel Michael Jackson, les rondeurs de Britney Spears et la capture de Saddam Hussein remplissent l'arrière plan des décors de temps en temps. Sans cesse dans la surenchère, EPIC MOVIE n'arrive jamais à retrouver la subtilité et encore moins la maîtrise d'une vraie bonne parodie, ne sachant jamais réellement s'il faut en mettre trop ou pas assez dans certaines scènes. Le résultat est sans appel: c'est du n'importe quoi qui tombe à plat.
Mais le must du ridicule reste le fait que même les acteurs ne sont pas dans leur rôle et n'arrivent pas à réitérer la folie de l'aventure. Seuls les véritables guests arrivent à décrocher des sourires par leur débilité et leur manque totale d'implication réelle dans l'histoire: Crispin Glover (WILLARD, CHARLIES ANGELS) en sosie de Johnny Depp dans la peau d'un Willy Wonka plus vrai que nature, Fred Willard (également dans SEXY MOVIE) en lion séducteur, Tony Cox (le nain le plus connu des USA) en assistant de la sorcière qui se prend tout dans la figure dans chacunes de ses apparitions, Carmen Electra en mystique séduisante, Kevin Hart (SCARY MOVIE 3 et 4) en moine albinos débile, le grand David Carradine dans un rôle malheureusement ridicule, Jim Piddock (LE PRESTIGE) en Magneto gaffeur, Darrell Hammond (SCARY MOVIE 3) en capitaine Jack Swallows franchement extraordinaire, tout comme le vieux répugnant Kevin McDonald (GALAXY QUEST) et le pathétique Borat qui ressort le fameux "Not" à la fin du film. Les têtes d'affiches font quant à elles plus pitié qu'autre chose, puisqu'ils pensent faire un vrai film drôle et n'ont pas du tout l'étoffe des héros de blockbusters. En faites, seul Kal Penn tire son épingle du jeu car il a les meilleures répliques et qu'il ne se prend jamais au sérieux (forcément, quand on a fait HAROLD ET KUMAR CHASSENT LE BURGER…). Ce n'est pas le cas de Adam Campbell (SEXY MOVIE), la pauvre Jennifer Coolidge (AMERICAN PIE), Jayma Mays (RED EYE), Faune Chambers (FAUSSES BLONDES INFILTRES), Hector Jimenez (hilarant dans SUPER NACHO), qui s'enfoncent dans un pathétisme certain.
EPIC MOVIE est finalement à l'image de sa promotion et de sa présentation: une parodie idiote, inutile et sans appelle qui prend les spectateurs pour des cons et pourtant remporte autant que les films qu'elle tente vainement de parodier. Mise à part 2/3 blagues bien senties, quelques films bien revisités en arrière plan et quelques acteurs qui arrivent à tirer quelque chose de leur texte, c'est une catastrophe totale qui nous fait franchement douter de l'avenir de la comédie US. Certaines devraient en tout cas changer de métier.

"Anna M." de Michel Spinosa
Note: 6/10
Il y a des maladies qui sont étonnements liés au cinéma. L'érotomanie est dans ce cas particulièrement cinématographique, tout comme l'est la schizophrénie ou la paranoïa. Il suffit d'un zeste de talent, d'un parti pris intéressant et d'une bonne équipe pour transformer sa vision de choses et la présenter au spectateur. Quand le cinéma américain s'y intéresse, cela donne des chefs d'œuvres comme le puissant UN FRISSON DANS LA NUIT de Clint Eastwood (son premier film – et quel film !), ou des drames étonnants comme LIAISON FATALE d'Adrian Lyne (entre Michael Douglas et Glenn Close). Par contre, l'un des seuls films français à avoir aborder le sujet de manière totalement frontale a laissé un goût amer dans la bouche: le lamentable A LA FOLIE…PAS DU TOUT de Laeticia Colombani où Audrey Tautou harcelait Samuel Le Bihan avec un twist final pompeux et un jeu d'acteur catastrophique. Qu'à cela ne tienne ! Le réalisateur Michel Spinosa ne choisit aucune inspiration pour écrire son scénario, clairement du côté de la malade, de celle qu'il souffre: telle est le parti pris initial d'ANNA M., conçue comme une biographie non exhaustive d'une femme qui tombe dans l'érotomanie, à savoir l'amour maladif. Si les influences du cinéaste du point de vue filmique sont intéressantes (il y a du David Lynch et du Roman Polanski dans la mise en scène) et si l'interprétation demeure exemplaire, le scénario convainc peu, à défaut d'une première heure extraordinaire. Un film d'auteur maladif plutôt étonnant.
Anna est une femme seule, coupée du monde, suivant un train de vie monotone et n'intéressant personne. Jusqu'au jour où, après une tentative désespérée d'attirer l'attention, elle est soignée par le docteur Zanevsky. Aimable et serviable, l'homme ne laisse cependant échapper aucun sous-entendu: il est marié, a une femme et ne semble pas du tout attiré par Anna. Pourtant, cette dernière tombe totalement sous le charme de son interlocuteur. Elle commence alors un long chemin maladif pour briser le couple du docteur et s'imposer comme la femme parfaite.
Le choix de Michel Spinosa est très clair: transformer un personnage aussi commun et étranger qu'Anna en héroïne fragile, clairement perturbée, parfois totalement antipathique et pourtant victime malgré elle de cette érotomanie qui gagne en puissance et en destruction. Se basant ainsi sur 4 étapes de la maladie (), la première partie du film prouve une grande maîtrise dans la mise en scène d'une part, mais aussi dans le traitement des images et le choix des séquences bien précis. Rien n'est laissé au hasard pour commencer une sorte de puzzle: on découvre la vie très pauvre d'Anna, qui s'évanouit dans l'indifférence totale, vit seule avec sa mère et son chien, et ne semble pas prête pour une vraie relation amicale ou amoureuse avec quelqu'un (une seule collègue lui adresse la parole et finira à ses côtés). Clairement dépressive et attristante, le personnage tente alors l'impossible: attirer l'attention en sautant sous les roues d'une voiture. Voulant à la fois se suicider mais aussi faire la rencontre de quelqu'un, elle tombe dans les bras du docteur Zanevsky. Commence alors sa longue maladie intraitable, qui déteint sur l'ambiance du film de plus en plus glauque, mais qui lorgne sans arrêt entre le drame pur et la comédie de situation involontaire.
Le fait est qu'Anna est pour le spectateur la source de rires quasi-nerveux: elle essaie de justifier tout ses actes passionner envers son docteur car c'est lui qui l'a invité en premier (sa phrase "Il faut qu'on se renvoie" a été très mal comprise), et se trouve dans des situations de plus en plus effrayantes et de plus en plus pitoyables. Toujours aussi seule mais le sourire aux lèvres, elle suit son faux fiancé, le surveille, le rassure inutilement, menace sa femme, s'approche de ses enfants, et ne se rend même pas compte qu'elle lui empoisonne l'existence. A grands coups de lettres et de photographies dénudées, elle tente de s'imposer tout simplement comme une femme. C'est là que le spectateur se perd un peu dans ANNA M. en tant que film: Spinosa ne sait pas réellement s'il doit tomber dans la maladie d'un point de vue clinique, et finalement emmène le spectateur le plus loin possible dans la folie du personnage avant de conclure par une dernière demi-heure ratée. Car après la dernière partie (La Haine) où l'ambiance devient poignante et effrayante (Anna maltraite les deux filles du voisin de Zanevsky et s'introduit dans son appartement), le rythme retombe totalement lorsque Anna est mise dans un hôpital et apprend à maîtriser (ou à faire croire…) que sa maladie est guérie. Le problème est que non seulement le rythme est déconstruit (les séquences de trop sont nombreuses), mais aussi que le film lorgne avec le fantastique totalement inutilement (une séquence d'hôtel à vous péter les tympans) et finit sur une note attendue et stéréotypée, à savoir la grande révélation finale où l'on se rend compte qu'Anna n'a finalement jamais cessé de croire en cet amour impossible entre elle, malade, et lui, docteur capable de la soigner mais n'ayant jamais eu l'envie. C'est malheureusement là que le cinéaste perd totalement le spectateur, et l'emmène alors vers un ennui graduel au fur et à mesure que le film se termine.
Heureusement, on peut toujours se réjouir avec la performance hors du commun d'Isabelle Carré. Généralement extraordinaire (SE SOUVENIR DES BELLES CHOSES, LA BUCHE, ENTRE SES MAINS), souvent magnifique (QUATRE ETOILES) et toujours juste (même dans justement A LA FOLIE PAS DU TOUT où elle incarne la femme de l'homme victime d'une érotomane), elle trouve ici clairement l'un de ses meilleurs rôles, en tout cas une prestation exemplaire qui restera gravée dans les mémoires, que l'on adhère totalement au film ou non. Dans cette atmosphère glauque, elle n'hésite pas à prendre tout les risques pour se détacher du spectateur et reconquérir son cœur: pétillante, naïve, elle se transforme en bourreau amatrice de sexe et de violence, prête à tout pour faire de la vie de Zanevsky un cauchemar ambulant. Et on y croit, surtout lorsqu'elle pète les plombs dans des séquences frôlant l'hystérie générale. Face à elle, Gilbert Melki (LA VERITE SI JE MENS) étonne une nouvelle fois et livre une prestation tout en finesse, ne jouant jamais sur les stéréotypes de l'homme meurtri et attendri: il est toujours stressé et en demi-teinte devant la folie d'Anna. Au niveau des seconds rôles, alors que Gaëlle Bonna (OLE, LA MAISON DU BONHEUR) prête son joli minois au rôle inutile de collègue aimante, c'est un réel plaisir que de revoir l'incroyable Eric Savin (FAIR PLAY, L'ENNEMI INTIME) dans un petit rôle efficace, et l'hilarant Samir Guesmi (NE LE DIS A PERSONNE, SELON CHARLIE) en maître d'hôtel revenant à plusieurs reprises dans le film, suivant les sautes d'humeur d'Anna (elle vient avec un homme, sans homme, ou à la recherche de Zanevsky).
Habitué des films sur les malades (LA JEUNE FILLE ET LA MORT), Michel Spinosa réalise un film d'auteur un peu longuet qui se perd dans la multiplicité des intentions et des volontés, mais qui gagne en efficacité grâce à une Isabelle Carré comment on ne l'avait jamais vu. La mise en scène est simple mais fait mouche, et met vraiment mal à l'aise face à cette histoire de maladie dont la victime est double, et le docteur impuissant. Une œuvre plus forte que passionnante, plus traumatisante qu'étonnante, mais qui demeure efficace.

"The Hitcher" de Robert Harmon
Séquence flash-back nostalgique: nous sommes au festival du film policier de Cognac, sous la pluie, en 1986. Les spectateurs friands de thriller et de polar ombrageux assistent alors à un choc total électrisant: THE HITCHER. Scénarisé par le jeune Eric Red (qui signera les pauvres scénarios de BLUE STEEL et AUX FRONTIERES DE L'AUBE, séries B fauchés de Kathryn Bigelow) et réalisé par l'inconnu Robert Harmon, le film est présenté comme un road-movie sanglant tourné avec les moyens du bord et arrivent à impressionner (voir choquer) toute la salle. Quelques heures plus tard, THE HITCHER est récompensé d'un Grand Prix et d'un Prix de la critique totalement mérités. Quelques festivals et projections plus tard (dont celui d'Avoriaz où le film est boudé au niveau des récompenses), même effet: THE HITCHER choque, étonne, et catapulte une pauvre petite série B au budget clairement restreint au statut de film culte, interdit et censuré, mais d'une puissance assez rare dans le milieu. La preuve est qu'aujourd'hui encore, lorsqu'on visionne le premier film d'Harmon, cette traque infernale n'a pas pris une ride malgré toutes ses influences vieillots et tout les films qui s'en sont inspirés. On appelle ça tout simplement une référence dans le genre, plus qu'un chef d'œuvre absolu.
Le pitch est d'une simplicité assez effrayante, et pourtant il tient aisément la route sur plus d'une heure et demie de métrage. Le jeune Jim Holey, un peu fauché, profite d'un covoiturage pour emmener une voiture d'un bout à l'autre des Etats-Unis et s'installer à Los Angeles, quittant ainsi son foyer établi à Chicago. Fatigué par le voyage et exténué par un orage interminable, il décide de prendre un stop un dénommé John Ryder, autostoppeur sous la pluie depuis plusieurs heures. Sous son apparence chaleureuse et silencieuse, Jim découvre que Ryder est un tueur sévissant sur les routes depuis plusieurs mois, et tuant les conducteurs qui osent le prendre en stop. Une course poursuite sanglante en plein désert commence alors entre les deux hommes, entre une pauvre victime innocente et un tueur diabolique prêt à tout pour mettre la main sur son gibier.
Il est clair que THE HITCHER est en soi un film peu original, puisqu'il s'inspire en grande partie du concept même de DUEL de Steven Spielberg, avec une pincée de THE SUGARLAND EXPRESS pour le côté course-poursuite réaliste et des images sorties d'un MAD MAX de George Miller (le cadre: un désert totalement aride et dangereux), mais aussi des films d'horreur d'antan où les vampires traquaient sans fin leurs victimes avant de se retrouver victimes à leur tour des vengeances des gentils héros qui s'en sortaient finalement, avant le fameux plan final où le méchant se relève une dernière fois et que l'écran devient noire. Toutes ses influences, le scénariste et le réalisateur l'assument amplement, et ne cherchent jamais à prouver qu'ils sont très originaux. La vision du film aujourd'hui est encore plus énigmatique car non seulement THE HITCHER est une fausse redite des meilleurs road-movies eux aussi devenus cultes ou chef d'oeuvresques, mais a inspiré bon nombre d'œuvres variées, que ce soit le pathétique THE HITCHER 2, un peu de JEEPERS CREEPERS (influencé par DUEL donc indirectement lié au film), un remake officiel à venir de Michael Bay (que l'on espère dans la lignée de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE et non de AMITYVILLE) et même un remake totalement officieux du propre réalisateur Robert Harmon, qui a tenté avec le franchement très classe et étonnant HIGHWAYMEN de refaire son unique chef d'œuvre (sa filmographie est assez désastreuse après 1986: une CAVALE SANS ISSUE du grand JCVD, un PEUPLE DES TENEBRES totalement raté, un STONE COLD avec le pauvre Tom Selleck) avec cette fois-ci un tueur au volant d'une voiture. Comment THE HITCHER arrive donc à se hisser immédiatement au niveau de référence totale en matière de thriller et de courses-poursuites infernales alors qu'il laisse une infime part d'originalité dans sa mise en scène et son interprétation ? Tout simplement par ce que le film est un modèle du genre, avec tout d'abord une construction du récit et une gradation de la violence totalement maîtrisée et absolument effarante.
Le film est construit de manière simple mais finalement très originale, puisqu'il alterne en faites les séquences de poursuites pures et dures dans le désert avec des séquences introspectives faisant penser à un huis clos qui se déplace sans arrêt pour combler le manque de décors et de moyens de la production. Chaque partie du film se télescope et se complète, livrant ainsi un métrage clairement divisé en 4. La première partie, et la plus riche en retournements de situation et en révélations multiples, laisse d'abord place à une très courte présentation de notre héros, un gars pas franchement très classe mais suffisamment gentil et drôle pour s'attirer immédiatement la sympathie du spectateur avec seulement quelques plans sur sa conduite et son attitude au volant. On le voit donc de plus en plus morose, manquant d'ami et de chaleur humaine, et il prend en stop totalement inconsciemment cet homme au long manteau. Silencieux, dérangeant, ne répondant à aucune question posée, le John Ryder apparaît clairement comme une créature aux influences fantastiques et vampiriques: il puise sa force dans la mort des conducteurs qu'il provoque, armé tantôt d'un couteau, tantôt d'un fusil ou tantôt d'une voiture qu'il conduit à des vitesses infernales. THE HITCHER démarre réellement non pas lorsque l'on découvre que Ryder est un psychopathe en cavale qui veut tuer notre gentil héros, mais surtout lorsque Jim renvoie son agresseur sur la route à toute vitesse et redémarre son road-trip tout seul. Le suspense monte graduellement, au même rythme de la vitesse du véhicule: Ryder est vivant et a trouvé une nouvelle famille avec un petit enfant pour s'amuser. La traque entre les deux hommes peut commencer.
Dès son premier arrêt dans un petit snack où il rencontre sa future coéquipière, la jeune Nash (interprétée par la future grande Jennifer Jason Leigh), Jim se rend finalement compte qu'i la crée involontairement un lien entre lui et le tueur. Les parties plus calmes du récit, comme des pauses dans les séquences d'action sur la route, n'en sont pas moins des modèles d'écriture et de tension, puisque Ryder ne se lasse pas de menacer et de pousser Jim dans ses derniers retranchements. Le tueur apparaît plus comme un agresseur moral lié à sa victime, la seule qui a réussit pour l'instant à lui échapper à plusieurs reprises. La fascination de Jim pour cet homme qui le regarde comme son unique adversaire capable un jour de le battre crée une sorte de tension homosexuelle perceptible dans les nombreux décors où se rencontrent les personnages dans les parties de huis clos: un café au bord de la route où Ryder lui donne enfin des balles pour son pistolet, l'avant d'un camion comme ci Jim était pris en stop par un pervers sadique, une salle d'interrogatoire où la fin semble enfin proche, et un bout de désert pour un affrontement final hautement jouissif, faisant ouvertement référence à un pur Sergio Leone ou Sam Peckinpah (une sorte de mexican stand-off moderne). La grande force du film vient donc de cette relation tumultueuse, à mi-chemin entre l'adoration homosexuelle et le dégoût pur et dur, où Ryder mène en bateau avec un plaisir masochiste le pauvre Jim pour le pousser vers la violence extrême. Il est sans limite mais veut mourir à son tour, et ce de la main de Jim, ou alors il survivra encore et encore: il a beau détruire des hélicoptères, tuer des policiers à bout portant, s'échapper d'un convoi armé, il retourne immédiatement vers Jim pour le harceler. La meilleure séquence du film, et la plus horrible paradoxalement, est d'ailleurs celle où dans un élan de folie, Ryder demande à Jim de le tuer, sa mort entraînant immédiatement la mort de la pauvre Nash attachée entre deux camions. Le tueur se livrant enfin à sa victime dans une scène quasiment sans sang mais pourtant choquante, qui détruit aussi bien le moral de Jim que de Nash: le héros et son public doit trouver la force et la haine nécessaire pour donner la mort à son bourreau, même si c'est ce que ce dernier recherche sans arrêt. THE HITCHER, film amoral ? Assurément.
Mais bien entendu, Harmon sait ce que le spectateur veut, plus qu'un méchant ultra charismatique et une morale douteuse remettant en question la notion de violence et de vengeance, pourtant vénérée dans le cinéma de genre (le héros veut toujours se venger lui-même d'un tueur), c'est avant tout des courses poursuites dantesques et une tension omniprésente. C'est bel et bien le cas, puisque le réalisateur se donne tout les moyens nécessaires (même les ¾ du budget) pour réaliser les meilleures cascades possibles. D'un réalisme édifiant et sans jamais abuser d'une vitesse grotesque des véhicules, THE HITCHER devient sur la route une course poursuite destructrice et parfaitement mise en image, laissant la place à des plans tout simplement jouissifs mêlés de carcasses et d'accidents de route mortels: Ryder tirant à bout portant sur une voiture de policier et ses conducteurs (explosions de sang à l'appui), Jim se faisant percuter de plein fouet par un immense bus à contresens, un hélicoptère se retrouvant à la merci du véhicule du tueur, et surtout l'impossible poursuite entre Jim & Nash et deux voitures de police, qui se concluent par un immense carambolage où les véhicules se propulsent dans les airs et font un maximum de tonneaux avant de retomber en charpie. Une image saisissante et rafraîchissante, car le cinéaste maîtrise aussi bien la tension d'une simple vue d'un véhicule au loin (est-ce le tueur qui se rapproche ou une aide quelconque ?) que le somptueux ralenti d'un accident mortel. En plus de cela, le cinéaste se révèle être un magnifique directeur d'acteur, puisque le fameux HITCHER est incarné et transcendé par l'immense Rutger Hauer. Avec ses faux airs d'Anthony Hopkins (qui reprendra quelques tics pour Hannibal Lecter) et ses yeux bleus menaçants, il devient l'un des personnages d'horreur les plus traumatisants qui soit, avec un jeu retenu et une manipulation des personnages totalement sadiques. Ne tombant jamais dans la caricature et les exagérations, il devient un psychopathe comme on en voit peu au cinéma. Ce n'est pas pour rien que ce rôle lui apportera la reconnaissance des cinéphiles et d'Hollywood, puisqu'il deviendra le répliquant de BLADE RUNNER, le héros du maudit LA CHAIR ET LE SANG, un acteur de second rôle sous estimé dans ses séries B sauvages (TURBULENCES 3, QUE LA CHASSE COMMENCE) avant d'enfin revenir sur le devant de la scène avec des rôles tout aussi cultes que son John Ryder (le cardinal Roark cannibale de SIN CITY, l'associé de Bruce Wayne de BATMAN BEGINS, le traître allemand de CONFESSIONS D'UN HOMME DANGEREUX). Un immense acteur, tout simplement, qui ne fera que grandir face à la prestation que l'on attend correcte de Sean Bean dans le remake à venir du film.
THE HITCHER Est donc un sommet de suspense et de tension, qui alterne avec un plaisir certain les violences morales, les courses poursuites destructrices et les scènes fantastiques tirés d'un film d'horreur (l'arrivée au commissariat où tout les policiers ont été tués, la séquence du motel dans la nuit - sommet de tension obscure), mettant en avant l'immense Rutger Hauer dans son meilleur rôle. John Ryder est glaçant, sadique, probablement homosexuel, et use de son pouvoir sur le pauvre Jim pour devenir une figure paternelle improbable, poussant un innocent dans la violence et la vengeance condamnable par le cinéaste. Un thriller avant-gardiste qui part d'un simple statut de série B pour être aujourd'hui une œuvre majeure du 7ème art, ou du moins hautement recommandable. Son impact est toujours le même, plus de 20 ans après sa présentation au festival de Cognac.
Note: 10/10