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benoit poelvoorde (30 Septembre 1975 - )

Ceux qui découvriront Entre ses mains, d’Anne Fontaine, constateront bouche bée les parallélismes étranges avec Le boucher de Claude Chabrol dont le scénario respecte quasiment la même structure. Plagiat ? Heureusement, non. Adapté du roman Les kangourous, de Dominique Barbéris, le film bénéficie de la touche d’Anne Fontaine, réalisatrice émérite de quelques films qui secouent le paysage franco-français morne (regardez par-dessus tout l’excellent Augustin, roi du kung-fu) qui transforme cette intrigue en véritable conte de fées où l’innocente princesse (Isabelle Carré) côtoie le grand méchant loup (Benoît Poelvoorde). Les comédiens qu’elle entraîne dans ses méandres vertigineux ont pour excellente habitude de transcender à eux seuls la banalité de l’intrigue, généralement ancrée dans un quotidien pâlot. Michel Bouquet, présence quasi-fantomatique de Comment j’ai tué mon père, qui revient innocemment torturer l’esprit dérangé de son fils (Charles Berling). Histoire d’autopsier la relation carnassière entre un père et son fils qui n’arrivent pas à s’aimer.

De même, dans Nettoyage à sec, le couple de français moyens, incarnés par Miou-Miou et Charles Berling, sont séduits par la présence trouble d’un transformiste (Stanislas Meyrar) et de sa sœur (Mathilde Seigner). De même (bis) qu’un autre couple Fanny Ardant et Gérard Depardieu sont sous la domination de l’étrange Emmanuelle Béart, déesse de la nuit, ange noir qui manipule la femme bourgeoise, claquemurée dans ses fantasmes secrets. Dans Entre ses mains, un autre couple en crise (Isabelle Carré et Jonhathan Zaccaï) menacé par la présence vénéneuse d’un Benoît Poelvoorde diablement inquiétant. Dès les premières bobines, pourtant, on ne se doute de rien. On sait juste à travers les flashs infos émis à la radio qu’un tueur rôde dans la région, mais rien de grave a priori pour la demoiselle rangée dans un quotidien prosaïque, terrain peu glissant et peu propice aux potentielles menaces. Oui, mais voilà : cette fois-ci, Poelvoorde n’endosse pas le rôle du mec qui fait rire avec des vannes bien lancées mais au contraire instille le malaise au gré de ses silences équivoques et ses regards torves.
Il est arrivé près de chez vous
Bien entendu, on savait depuis belle lurette que Benoît, acteur qui a de la tchatche, comique notoire notamment pour ses hilarants sketchs dans Les carnets de Monsieur Manatane, connu pour ses intonations bien précises, était capable de jouer le rôle d’un mec aux intentions pas nettes. Il suffisait de le voir dans C’est arrivé près de chez vous camper le rôle d’un tueur en série suivi par une émission de télévision. Grâce à lui, tout le monde a su à quoi ressemblait un Petit Grégory. Accompagné dans ce terrible voyage au pays des petites horreurs belges par deux comparses, Benoît profite de sa sympathie naturelle pour faire commettre de basses manœuvres à son perso. Il fracasse tous les matins un petit facteur, constate l’anatomie d’un mort, disserte sur la couleur des HLM, joue à cache-cache avec un môme avant de l’étouffer, divague nu sur les dunes, hurle dans les oreilles des vieilles pour leur arracher le bifton, organise des anniversaires absolument sordides ou alors des orgies macabres. On passe les détails les plus abominables…


On pense ce que l’on veut de ce petit Tueur né entre amis mais à l’époque, le film n’en constitue pas moins un authentique choc parce qu’il réussit à faire rire de choses horribles tout en nous interrogeant sur notre rapport à la violence. A l’origine du film, deux potes (Rémy Belvaux et André Bonzel) que Benoît rencontre alors qu’il est en terminal. Ils font ensemble Pas de C4 pour Daniel Daniel, un court-métrage puis ce fameux C’est arrivé près de chez vous, farce macabre et déroutante où on peut suivre les soliloques enflammés du tueur Ben.
Après un passage par les cases théâtrales (Modèle déposé) et cathodiques (Les carnets de Monsieur Manatane), il se fait remarquer au cinéma again dans un opus plus soft et grand public : Les randonneurs de Philippe Harel, qui constitue une étonnante surprise au box-office. Et révèle définitivement Poelvoorde qui, par la suite, usera de sa verve en se faisant la (géniale) spécialité du couillon beauf mais très attachant. Dans Les portes de la gloire, son personnage se trimballe avec un maillot de bain rose qui met en valeur sa grosse bite et se fantasme héros du Pont de la rivière Kwaï (même fin que dans le film, d’ailleurs). Dans Le vélo de Ghislain Lambert, de Philippe Harrel, il assiste impassible à son rêve qui déchante. Dans Les convoyeurs attendent, de Benoît Mariage, il joue un père de famille qui ne sait pas ce que signifie nonobstant et oblige son fils à participer à un concours du genre dérisoire, histoire de refléter l’absurdité d’un monde morne (renforcée par l’utilisation du noir et blanc).

Progressivement, Poelvoorde essaye de concilier les films d’auteur avec des films à plus gros budgets à l’instar du Boulet, tip top calibré pour le prime-time de TF1 dans lequel il est un authentique boulet mal coiffé. L’an passé, il a relevé le défi d’être le sosie de Claude François dans Podium, la comédie bien française de Yann Moix où il se fend même de chanter du Julien Clerc. Mieux, il a osé se perdre dans Atomik Circus, série Z de luxe des frères Poiraud dans lequel il clame des tirades qui semblent avoir été écrites pour lui. Alors que l’acteur commençait à s’enfermer dans un système un chouia répétitif (Poelvoorde qui fait du Poelvoorde) comme on a pu le constater dans Narco, de Gilles Lelouche et Tristan Aurouet, film de potes qui n’arrivait pas à exploiter son beau concept de départ et laissait ses acteurs en roue libre, Benoît étonne cette fois-ci dans un registre différent et se dit nerveux de montrer une nouvelle palette de son registre émotionnel. N’aie crainte, Benoît : tu es impeccable dans Entre ses mains. Anne Fontaine a mis ses émotions à nu et le résultat se révèle, pour peu qu’on aime l’acteur, particulièrement réussi. Son interprétation, sensible et inattendu, constitue pour sûr l’atout majeur de ce film fréquentable dans les salles depuis le 21 septembre.
































