Boris karloff

boris karloff (23 Novembre 1887 - 2 Mars 1969)

Boris Karloff ne renvoie qu’à l’évocation du monstre des écrits de Mary Shelley ; pourtant Boris Karloff, dont le vrai nom est William Henri Pratt, connut plus d’une centaine de rôles aussi bien sur grand écran comme dans le Scarface

Drôle de parcours pour un homme qui se destinait à la base pour la politique. Né le 23 novembre 1887 à Londres, Karloff, issu d’une famille nombreuse relativement aisée, tente après son passage à l’université de se lancer dans la diplomatie mais il n’est que très rarement pris au sérieux faute à un physique impressionnant et à son teint si particulier. Déçu par cet échec de popularité, il décide de quitter l’Angleterre pour se reconvertir en fermier quelque part en Ontario au Canada. Karloff a, à cette époque, presque la trentaine et se découvre une réelle passion pour le théâtre, qu’il connaissait déjà en tant que lecteur et spectateur de par sa culture bourgeoise. A cette même époque, il quitte donc son nom pour acquérir son célèbre pseudonyme et se lance dans une carrière essentiellement basée sur les planches mais ne rechigne pas à quelques petits rôles pour le cinéma qui ne cesse de se populariser. Aussi, le voici second rôle dans une adaptation d’opéra et fier de sa prestation et encouragé par ses proches, il quitte le Canada pour Los Angeles où Hollywood se présente déjà comme la place importante du cinéma mondial. A peine arrivé que la major Universal lui propose de faire partie de son catalogue de figurants voire de seconds rôles récurrents : pendant cette période de cinéma muet, on ne le verra donc jamais en tant que tête d’affiche et il est difficile de savoir exactement dans quel film il a joué tant les genres sont divers. Pendant un peu moins de dix ans il va participer à différentes œuvres, continuant parallèlement une carrière théâtrale dans laquelle il peut s’exprimer vocalement.


En 1929, il obtient tout de même son premier rôle parlant dans Unholy Night. Prenant de plus en plus d’ampleur, Karloff commence à se faire connaître et à rencontrer différentes personnes qui le suivront tout au long de sa vie d’artiste : Bela Lugosi, qui sera à la fois son ami et rival, Howard Hawks… C’est aussi à cette époque que Universal tente d’enrichir son catalogue en lançant ses célèbres films d’épouvante. Alors qu’une adaptation de Quasimodo est en préparation pour Lugosi, qui vient de refuser le rôle de la créature de Frankenstein jugeant le personnage trop vide et tellement superficiel, Karloff décide de se contenter des restes de la star de Dracula et d’offrir à cette créature le bénéfice du doute. Se servant de l’expérience qu’il a acquis tout au long de sa carrière dans le cinéma muet, il donne au monstre (puisque crédité ainsi) une dimension inattendue, provocant à la fois l’effroi et la terreur chez les spectateurs mais aussi une certaine morosité romantique, propre au roman d’origine. Grimé par Jack P. Pierce et dirigé par James Whale, Karloff se servira de ce rôle pour montrer toute l’étendue de son talent et ainsi enfin obtenir la notoriété et la gloire qui lui étaient dues tant son obstination et son ambition étaient grandes. Le succès étant considérable, Universal ne veut pas perdre son nouveau protégé que tout le monde se déchire, les autres maisons de production n’hésitant pas à rappeler que l’anglais est encore sous contrat chez eux. Aussi après avoir honoré les films auxquels il devait participer, il signe avec la maison détentrice des droits de Frankenstein un contrat de sept ans. Enchaînant un autre film avec James Whale, réalisateur dont l’ensemble de la carrière sera éclipsée par la suite par l’ombre du monstre à boulons à l’instar de son interprète, il se lance alors dans une passade essentiellement fantastique passant de Fu Manchu à la Momie de Karl Freud sans oublier des films plus classiques comme la Patrouille perdue de John Ford par exemple. Alors qu’ils s’étaient croisés plusieurs fois, Lugosi et Karloff se rencontrent enfin officiellement pour le film adapté de la nouvelle d’Edgar Poe Le chat noir réalisé par Edgar G. Ulmer. Les deux hommes deviennent intimes mais une guerre secrète se développe petit à petit entre les deux stars, Lugosi relativement aigri d’avoir raté sa chance avec Frankenstein…

Et The Bride of Frankenstein (encore de James Whale) en 1935 n’arrangera pas les choses, tant le succès est encore au rendez-vous. Au point que quelques années plus tard, Karloff est obligé de reprendre son rôle mythique puisque ses autres films, généralement des séries B friquées ne font pas le tabac désiré que ce soit le très sympathique La tour de Londres de Rawland V. Lee dans lequel Karloff joue, pour changer de ses rôles macabres, un bourreau (!), ou le Mystère de Mr Wong. Le fils de Frankenstein le remet donc à nouveau sur le devant de la scène en 1931, et comprenant que le public ne le veut que dans des œuvres d’épouvante il se lance dans une carrière exclusivement fantastique. Il joue donc dans le très amusant et un peu vieillot Singe tueur dans Vendredi 13 (rien à voir, vous vous en doutez avec les aventures du gros débile de Cristal Lake !) et fatigué de devoir sa célébrité qu’à la créature qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui, il accepte même des apparitions dans d’autres adaptations de l’œuvre de Shelley à condition de ne pas jouer la créature (La maison de Frankenstein par exemple). L’occasion aussi de retrouver le vieil ami qu’est Lon Chaney Jr (lui jouant son rôle fétiche de loup-garou), les deux hommes appartenant au même catalogue de Universal. Par la suite, il accepte quelques séries B aux qualités plus ou moins glorieuses, Karloff tentant de voguer à la fois sur ce qui fait son succès mais aussi ses propres intuitions quant à l’avenir de certains réalisateurs. Aussi le voit-on dirigé par le futur grand Robert Wise en 1945 pour le Voleur de Cadavres ou Unconquered de Cécil B. DeMille. Du reste, il accepte de retrouver son personnage fétiche pour servir ses deux amis, les comiques Abbott and Costello dans le très bien titré Abbott et Costello contre Frankenstein et de faire quelques apparitions d’en quelques autres de leurs films.


Persévérant toujours en parallèle dans sa carrière théâtrale qui reste son coup de cœur d’origine, Karloff jouant maintenant à Broadway, il continue ses petits rôles et fort d’une réputation maintenue par de fidèles admirateurs, il lance sa propre émission de télévision dédiée au fantastique… Mais sa carrière a une fâcheuse tendance à pencher vers le bas et c’est grâce à la période de cinéma gothique lancée par la Hammer que Karloff parvient à faire un ultime retour. Le voici donc dans les œuvres du pape de la série B des 60’s, Roger Corman dans toute une série de films plus ou moins réussis : The Terror aux côtés du tout jeune Jack Nicholson, Die Monster Die… A nouveau sur le devant de la scène les réalisateurs les plus en vogue à cette période se tournent vers lui comme le transalpin et cultissime Mario Bava qui offre à l’acteur non seulement le rôle principal d’un des épisodes de son film à sketchs mais aussi celui de narrateur dans les trois visages de la peur. Continuant sa fidèle collaboration avec Corman pour L’hallucine par exemple, il fait quelques apparitions dans des séries télévisées et dans des films tout public comme Comment le Grinch a volé Noël et, son état de santé s’aggravant (Karloff souffre de problèmes respiratoires), il accepte des apparitions un peu partout dont des courts-métrages de jeunes réalisateurs. Il signera avec The Target (toujours produit par Corman) un rôle mémorable et semblera faire ses adieux au public en interprétant une ancienne star du cinéma d’épouvante qu’un jeune fan veut assassiner lors de sa dernière prestation en public… Pour ce film réalisé par Peter Bogdanovitch, Karloff acceptera que l’on se serve des rushs restant de sa précédente prestation dans The Terror.


Boris Karloff mourra le 2 février 1969 en Angleterre de ses problèmes respiratoires, le vieil homme souhaitant depuis longtemps rentrer chez lui, déçu d’une carrière hantée par la créature. Malgré tout, il laissera derrière lui quelques films extraordinaires, certes souvent affiliés au genre fantastique mais surtout interprétés avec une réelle générosité et une véritable passion. Karloff est donc l’un de ces acteurs qui marquèrent l’histoire du cinéma, que ce soit par leur carrière (celle de Karloff passe par les trois périodes majeures du cinéma : muet, sonore et couleur) ou par des rôles incroyables, rarement égalés et surtout définitivement ancrés dans l’inconscient collectif. La sortie de The Sorcerers est l’occasion de redécouvrir cet acteur exceptionnel.

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