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jang dong gun (7 Mars 1972 - )
dans deux des plus gros succès de tous les temps en Corée du Sud, ce qui ne l'a pas empêché de faire quelques détours par le cinéma d'auteur. A présent courtisé par les producteurs étrangers, Jang Dong-Gun apparaît cette année dans Wu Ji, La Légende des Cavaliers du Vent, fresque épique de Chen Kaige.

WU JI, de Chen Kaige
Né en 1972, Jang Dong-Gun obtient son diplôme au Korean National Institute of Arts, section théâtre, et débute comme la plupart des acteurs coréens par la télévision. Il apparaît ainsi dans le drama Our Heaven (Choi Yoon-Suk) dès 1993, puis il croise le chemin de l'actrice Shim Eun-Ah (Christmas in August) dans The Last Match ainsi que celui de Lee Young-Ae (Lady Vengeance) dans The Medical Brothers. Grâce à la télévision, Jang Dong-Gun acquiert rapidement une forte popularité en Corée du Sud et fait ses débuts sur le grand écran en 1997 dans Repechage de Lee Kwang-Hoon (qui réalisera plus tard The Legend of the Evil Lake), comédie romantique dans laquelle il partage la vedette avec Kim Hee-Sun (The Myth). Pour ce premier rôle au cinéma, Jang Dong-Gun est récompensé par le Prix du Meilleur Espoir Masculin aux Blue Dragon Film Awards. Cette reconnaissance lui permet d'enchaîner avec deux autres long métrages, le drame Holiday in Seoul (Kim Ui-Seok) et le film romantique First Kiss (Kim Tae-Gyun).

REPECHAGE, de Lee Kwang-Hoon
Parallèlement, l'acteur continue d'enchaîner les dramas parmi lesquels on citera tout particulièrement Ghost, mis en scène par Min Byung-Chun, futur réalisateur de Phantom The Submarine et Natural City. Dans cette histoire mêlant fantastique, horreur et romance, Jang Dong-Gun interprète un policier en lutte contre le Diable qui tente rien moins que de prendre le contrôle de la planète, en collaboration avec un medium. Les deux hommes seront rejoints par la petite amie du medium. Mais les choses sont plus compliquées qu'il n'y paraît puisque la jeune femme ressemble étrangement à la fiancée décédée du policier… Ce drama confirme le succès du comédien auprès d'un public déjà bien installé et dépassant les frontières de Corée du Sud, en plus de témoigner des affinités que le réalisateur Min Byung-Chun entretient déjà avec le monde du fantastique.

THE ANARCHISTS (Yu Yong-Sik)
Après un retour vers le film romantique avec Love Wind Love Song (Park Dae-Young) aux côtés de Ko So-Young (Double Agent), Jang Dong-Gun obtient le rôle qui le révélera auprès du public international dans Sur la Trace du Serpent, film d'action de Lee Myung-Se avec Ahn Sung-Ki et Park Joong-Hoon. Si le pitch de départ de Sur la Trace du Serpent pourrait se résumer à une banale lutte entre flics et gangsters, ce film d'action original se distingue par une énergie hors du commun – certaines scènes donnent dans l'ultra violence – et un humour décalé intégrant aussi bien des délires dignes d'un manga que des clins d'œil à John Woo ou à Wong Kar Wai. Sur la Trace du Serpent remporte un grand succès en Corée du Sud, se classant dans le top 10 de l'année au box-office. Par ailleurs, le film obtient en France une cascade de prix au Festival du Film Asiatique de Deauville 2000 dont le Lotus d'Or du Meilleur Film. Jang Dong-Gun y tient cependant un second rôle et l'on ne peut pas encore parler de succès personnel.
Sur la pente montante, le comédien poursuit sur sa lancée avec The Anarchists, un film de Yu Yong-Sik écrit en collaboration avec un certain Park Chan-Wook, encore peu connu à l'époque. L'intrigue de The Anarchists se déroule dans les années 20 à Shanghaï et décrit le parcours d'un groupe de cinq rebelles décidés à vivre libres de toute autorité, allant jusqu'à commettre des actes terroristes. Le registre de Jang Dong-Gun se diversifie, et si l'acteur continue à œuvrer dans le genre romantique à la télévision à travers All About Eve (2000 – de Han Chul-Soo et Lee Jin-Suk), il montre une certaine volonté sur le grand écran de se débarrasser de l'image du beau gosse de service qui lui colle encore quelque peu à la peau.

FRIEND, de Kwak Kyung-Taek
C'est en 2001 que Jang Dong-Gun fait l'excellent pari d'accepter le scénario de Friend, de Kwak Kyung-Taek, un film qui fait l'effet d'un électrochoc auprès du public coréen lors de sa sortie. Le record du box-office était jusqu'alors détenu par le sublime JSA (Joint Security Area) de Park Chan-Wook, qui avait réuni environ 5 800 000 entrées sur le territoire, mais Friend repousse les limites en attirant près de 8 135 000 spectateurs dans les salles obscures. Du jamais vu. Le plus inédit dans ce succès, c'est que Friend n'est ni un film d'action à gros budget, ni un film impliquant le conflit nord-sud, contrairement aux films précédents (Shiri, JSA) ayant à leur époque battu tous les records et contrairement à Frères de Sang, qui battra Friend quelques années plus tard. A travers Friend, Kwak Kyung-Taek conte avec sobriété une histoire autobiographique centrée sur les thèmes de l'amitié et de la trahison. Ce film représente un tournant dans la carrière de Jang Dong-Gun, qui interprète non seulement l'un des rôles principaux dans un film artistiquement exigeant – la réalisation est classieuse, la photographie est sublime – mais révèle aussi une nouvelle facette de son jeu puisque son personnage de voyou désabusé qui se lance dans les activités mafieuses est un total contre-emploi.

2009, LOST MEMORIES, de Lee Si-Myung
Porté par le succès précédent, la star enchaîne l'année d'après avec un film de science-fiction : 2009, Lost Memories. A travers ce film à gros budget adapté d'un roman de Bok Geo-Il, le réalisateur Lee Si-Myung fait deux paris audacieux. Le premier consiste à de réaliser un film de science-fiction, genre à l'époque peu prisé en Corée du Sud car peu dans la tradition de la culture locale. Le second réside dans le point de départ du scénario qui aborde un sujet on ne peut plus sensible. L'histoire de 2009, Lost Memories part de l'échec de An Jung-geun dans l'assassinat de Ito Hirobumi à Harbin un siècle plus tôt, c'est à dire en 1909. Le cours de l'Histoire coréenne comme japonaise s'en trouve bouleversé : le Japon n'a jamais perdu la Seconde Guerre Mondiale et la Corée n'a jamais gagné son indépendance. Jang Dong-Gun incarne Masayuki Sakamoto, un flic coréen qui fait équipe avec Shojiro Saiko, un Japonais interprété par l'excellent Tohru Nakamura (Gen-X Cops). Les Coréens sont relégués aux quartiers pauvres et Sakamoto doit subir les conséquences des actes de son père, considéré comme un traître puisqu'il aurait appartenu à une organisation "terroriste". Les convictions de Sakamoto vont cependant être ébranlées lorsqu'il sera confronté à des résistants qui clament l'indépendance du pays.

2009, LOST MEMORIES, de Lee Si-Myung
Sur ce pitch osé, Lee Si-Myung nous livre non seulement un film efficace et rythmé mais nous raconte aussi une histoire reposant sur des dilemmes forts. Les personnages bénéficient d'un traitement intéressant, l'alchimie entre Jang Dong-Gun et Tohru Nakamura est parfaite. On retiendra particulièrement le face-à-face entre leurs personnages lorsque leur amitié est pour la première fois mise en danger. Techniquement parlant, les effets spéciaux ont aujourd'hui largement été surpassés en Corée, mais ils représentaient pour l'époque un énorme progrès. Et si 2009, Lost Memories souffre de quelques lourdeurs et maladresses, notamment une musique un peu trop envahissante, il reste à ce jour la meilleure incursion dans le genre du film d'anticipation issue du Pays du Matin Calme.
Alors que son nom rime avec grosses productions à succès, Jang Dong-Gun fait un choix surprenant en acceptant de tourner dans The Coast Guard de Kim Ki-Duk, réalisateur indépendant et controversé. Cette fois, l'acteur va plus loin dans le contre-emploi qu'avec son personnage de racaille tourmentée dans Friend puisqu'il incarne un soldat garde-côte sud-coréen névrosé et prêt à tirer sur tout ce qui pourrait évoquer de près ou de loin un espion du Nord. Comme on s'en doute, l'affaire va fort mal tourner : Kang, le personnage de Jang Dong-Gun, abattra un innocent, perdra son travail et basculera dans la folie. Sous la direction exigeante de Kim Ki-Duk, l'acteur se révèle plus sombre que jamais, joue sur l'intensité de son regard, hante le film au point que la présence de son personnage semble planer même lorsque celui-ci est absent. Bien entendu, comme tout film de Kim Ki-Duk qui se respecte, The Coast Guard est un bide commercial et reçoit des critiques extrêmes, de la plus enthousiaste à la plus hostile. Le film fait néanmoins le tour du monde. En France, il est projeté au Festival du Film Asiatique de Deauville 2004 dans le cadre d'un hommage organisé en l'honneur du réalisateur puis bénéficie d'une sortie en salles avant d'atterrir dans les bacs, tandis que la plupart des films coréens sautent directement à la dernière étape à la même époque.


Si The Coast Guard est commercialement parlant un échec, le succès de 2009, Lost Memories vient largement compenser, et Jang Dong-Gun est donc toujours très en vue à Chungmuro (équivalent coréen de Hollywood).
En 2004, l'acteur frappe encore une fois très fort en acceptant l'un des deux rôles principaux de Frères de Sang, un film qui entrera dans l'histoire du cinéma coréen. Réalisé par Kang Je-Gyu, à qui l'on devait déjà l'énergique thriller politique Shiri, Frères de Sang est le premier film de guerre à évoquer ouvertement la guerre de Corée (1950-53). A travers le drame de deux frères engagés de force dans l'armée de Corée du Sud, Kang Je-Gyu nous plonge brutalement dans la bataille, au cœur des explosions et des bombardements, au milieu des corps mitraillés et mutilés. Le réalisateur filme les séquences de guerre avec un réalisme rarement vu à l’écran tout en s'attardant sur la tragédie que vivent ces deux frères qui perdront à jamais leur innocence. Cette histoire d'amour / haine est servie par les prestations irréprochables des deux comédiens principaux : Jang Dong-Gun et Won Bin (Guns and Talks). Après avoir exploré dans The Coast Guard un registre notablement différent de celui auquel il nous avait habitués, Jang Dong-Gun se montre plus incontrôlable et ambigu que jamais dans Frères de Sang et affirme une puissance de jeu impressionnante.

FRERES DE SANG
Le film s'impose comme un phénomène auprès du public, traumatisé par cette histoire qui parle visiblement au cœur de nombre de familles déchirées par la guerre. A l'époque plus gros succès de tous les temps au box-office coréen, Frères de Sang attire rien moins que 11 750 000 spectateurs dans les salles obscures. Quant à Jang Dong-Gun, c'est la seconde fois qu'un film dans lequel il occupe le premier rôle se hisse à la première place des plus gros succès de tous les temps – rappelons que Friend avait à son époque battu Shiri et JSA. L'acteur voit aussi sa prestation récompensée par un Prix du Meilleur Acteur aux Blue Dragon Film Awards.
Grâce à l'aura grandissante de la culture et du cinéma coréen en Asie, phénomène qui a pour nom hallyu, nombreuses sont les stars du Pays du Matin Calme qui voient leur succès dépasser les frontières de leur pays depuis quelques années. Ainsi, à l'instar de Lee Byung-Hun (JSA, Bittersweet Life), Bae Yong-Joon (April Snow) ou encore Jung Woo-Sung (Musa, A Moment to Remember), Jang Dong-Gun fait battre le cœur des Chinoises comme des Japonaises. C'est pourquoi il est peu surprenant que Chen Kaige ait fait appel à lui pour son récent Wu Ji, La Légende des Cavaliers du Vent, production internationale réunissant des financements chinois, coréens et américains.

WU JI, de Chen Kaige
Wu Ji met en scène Qingchen (Cecilia Cheung), une reine adulée par hommes les plus puissants mais qui se trouve être liée par un pacte cruel avec la Déesse Manshen. Cette promesse lui assure gloire et succès mais lui interdit l'essentiel, à savoir l'amour. Elle le rencontrera néanmoins sans s'en apercevoir en la personne d'un esclave nommé Kunlun, interprété par Jang Dong-Gun. Enorme succès au box-office chinois, Wu Ji reçoit cependant des échos controversés : Certains n'y verront qu'une nouvelle tentative pour le cinéma asiatique d'imposer au monde son nouveau blockbuster, d'autres se laisseront porter par les images envoûtantes de cette fresque dont l'univers évoque peut-être plus le manga que la mythologie chinoise. Wu Ji est en tout cas pour Jang Dong-Gun le moyen de s'assurer un public international puisque le film est distribué mondialement et se paie même le luxe d'une nomination aux Golden Globes 2006. En Asie, il remporte un succès plus ou moins marqué selon les pays : le Japon semble avoir fort bien accueilli cette œuvre de Chen Kaige mais la Corée du Sud se montre plus sceptique devant l'internationalisation de la carrière de Jang Dong-Gun et le film n'attire même pas un million de spectateurs dans les salles coréennes. Les Coréens bouderaient-ils leur star ?

TYPHOON, de Kwak Kyung-Taek
Pas tant que cela si l'on en croit le succès du récent Typhoon, film sorti à la toute fin de 2005 et à l'occasion duquel Jang Dong-Gun retrouve Kwak Kyung-Taek, le réalisateur de Friend. Dans ce thriller politico-mélodramatique, Jang Dong-Gun incarne un pirate de Corée du Nord qui tente de déclencher une attaque nucléaire contre la Corée du Sud. Pour lui faire face, Lee Jung-Jae (Il Mare, The Last Witness) endosse le rôle de l'agent du sud lancé à sa poursuite. Les droits d'exploitation de Typhoon viennent d'être achetés par la Dreamworks, qui projette de le distribuer prochainement dans les salles américaines. Malheureusement, Typhoon connaîtra le même sort que Wu Ji et que la plupart des productions asiatiques et subira quelques coupures et réaménagements – des pratiques américaines exaspérantes réservées aux productions asiatiques et qui durent depuis presque dix ans malgré les protestations des aficionados…

WU JI, de Chen Kaige
En quelques années, Jang Dong-Gun s'est imposé comme l'une des valeurs les plus sûres du box-office coréen et s'est d'ailleurs vu qualifier en 2005 d'acteur le plus bankable de Chungmuro. Il serait cependant bien réducteur de ne le percevoir qu'à travers ses succès commerciaux et son image s'avère plus complexe qu'il n'y paraît. Ne crachant évidemment pas sur le succès, le comédien mène aussi une carrière de chanteur et de mannequin, ce qui ne l'a pas empêché cette année de s'engager aux côtés de Choi Min-Sik contre la levée des quotas de films coréens en salles – débat actuellement ultra sensible au Pays du Matin Calme, suite aux pressions des Etats-Unis qui ont partiellement obtenu gain de cause...
Très charismatique, trouvant le ton juste dans chacune de ses interprétations, capable de jouer les fous furieux dans un film et de tourner un spot de pub romantique de quinze minutes en parallèle, Jang Dong-Gun a non seulement étoffé son jeu au fil des années mais n’a pas fini d’en dévoiler les multiples facettes. On espère le voir explorer davantage le côté obscur qu'il révélait dans The Coast Guard ou Frères de Sang, on espère le voir côtoyer à nouveau des auteurs du calibre de Chen Kaige ou des artistes aussi audacieux que Kim Ki-Duk, mais on ne lui en voudra pas de poursuivre en même temps son chemin dans un registre plus populaire qui lui va après tout très bien aussi.


















