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ken loach (17 Juin 1936 - )
Après de brillantes études secondaires et deux ans de service national dans la Royal Air Force, il entre à l’Université d’Oxford au St Peter’s Hall pour y étudier le droit. Ce qu’il fera avec réussite de 1957 à 1960, tout en présidant la société dramatique de son Université. Il comprendra alors où le mènent ses préférences et son attirance pour le jeu, se décidant à les suivre. Ainsi allait commencer le tortueux chemin qui le mènerait à tant de films et de récompenses internationales.

D’Oxford University à la BBC, de la télévision au cinéma
Ken Loach gagne les planches avec une troupe de province une fois ces études achevées, pour ensuite s’essayer à la comédie et très vite, se tourner vers la mise en scène et la direction d’acteurs. En effet, dès 1961, il débute en tant qu’assistant metteur en scène au Northampton Repertory Theater avant d’intégrer la BBC en 1963 comme réalisateur. Son premier véritable engagement en tant que tel le verra travailler notamment sur un téléfilm de trente minutes écrit par Roger Smith, scénariste qui va très vite devenir et pendant plus de trente années un de ses compères fidèles de travail, avec Jim Allen ou Paul Laverty.
A cette époque, Ken Loach réalisera des épisodes de séries télévisés (Z Cars ou Diary of a Young Man en 1964) entre autres téléfilms produits avec Tony Garnett. Lors de ces années à beaucoup d’égards très éloignées des habitudes télévisuelles d’alors, Ken Loach profitera des structures à sa disposition pour expérimenter une nouvelle manière de filmer et de raconter à la télévision. Il sortira des studios de la BBC notablement pour oser le filmage en décors réels tandis que voix off, monologues face caméra, intertitres, improvisation et recours à des comédiens amateurs issus des lieux de tournage entre autres outils stylistiques vont participer à la recherche d’une certaine distanciation objective. Les prémisses de ce que sera son style quasi documentaire à venir sont posés. Trois de ses œuvres les plus remarquables de sa période fictionnelle et documentaire, toutes réalisées durant ces années d’essai et de recherche, marqueront ainsi le public anglais tout en lui apportant une inattendue reconnaissance. Up the Junction en 1965, Cathy Come Home l’année suivante et In Two Minds en 1967.

Ces succès vont révéler l’engagement sincère et le recours à une dénonciation lucide des injustices auxquels Ken Loach ne renoncera jamais, entre esprit de contestation et militantisme citoyen. Outre l’ébauche de son style, l’émergence de ses thématiques de prédilection se dessine très clairement durant cette période télévisuelle de la fin des années 1960. L’époque est à la révolte et celle que ce dernier mène a des accords plus dissonants que l’agitation pop et arty qui anime le swinging London des sixties. Nous sommes en effet très loin des folies engendrées par la Beatles Mania et des joliesses du mouvement libertaire à venir. Pour s’en convaincre, il suffit de simplement s’intéresser aux histoires que Ken Loach filme et décide de raconter lors des espaces de liberté que lui laissent les Wednesday Play de la BBC. Quand Up the Junction en 1965 dresse le portrait de trois jeunes femmes travaillant à la chaîne dans le peu d’espoir et d’amusement de leur quotidien, Cathy come home en 1966 raconte comment la blessure d’un père de famille en lui faisant perdre son travail, va plonger son couple dans la pauvreté, la douleur de se retrouver sans toit et de voir placer en foyer ses enfants. Ce film aura d’ailleurs un tel impact qu'il provoquera une profonde refonte des lois anglaises en faveur des sans-abri. In Two Minds pour sa part en 1967 traitera de l’impact dans une famille à la dérive de la schizophrénie de la fille, maladie diagnostiquée suite à la mort par arrêt cardiaque de la mère.
Les débuts au cinéma : de Poor Cow à Family Life
Vint alors pour lui l’opportunité de passer de la télévision au cinéma, du carcan de la BBC à sa propre liberté, du moins est ce sa volonté. Ken Loach fait ses débuts à l'écran avec Pas de larmes pour Joy en 1967. Reprenant à son compte les leçons du néoréalisme italien, les avancées formelles de la Nouvelle Vague Française autant que l’impact de la dramaturgie Brechtienne, Poor Cow, son titre original, nous présente trois années de la vie d’une jeune femme tombée amoureuse d’un autre homme que son mari détenu en prison. Ce premier long métrage inabouti est réalisé avec les moyens d’un studio hollywoodien mais le manque d’indépendance vécu sur ce tournage et au travers de ses précédentes expériences télévisuelles, incitera Ken Loach et Tony Garnett à créer leur propre compagnie de production, Kestrel, en 1969 pour enfin gagner une liberté plus grande. Kes en 1969 en sera le produit et rencontrera un succès autant critique que commercial. En découlera la très remarquée et première sélection d’une œuvre du cinéaste anglais dans une section parallèle à Cannes en 1970.

Family Life réalisé en 1971 subira le même sort festivalier en étant sélectionné à son tour en sélection parallèle en 1972. Retravaillant la matière première d’In Two Minds, le troisième film de Ken Loach explore à nouveau les excès de l'autorité parentale sur les enfants autant que les abus des psychiatres et du monde médical face au traitement de la maladie mentale. Un cinéaste est né. Entre son premier et son troisième film pour le cinéma, et au regard de son expérience télévisuelle, Ken Loach s’est affirmé presque totalement avec ces récits de sans grade, de simples travailleurs et d’exclus. Il s’est affranchi de ses influences pour forger pleinement ce qui sera son propre style tant formel que thématique.
Cependant le contexte devenant éminemment difficile en plein déclin de l’industrie britannique du cinéma, Ken Loach retourne à ses pratiques télévisuelles avec encore plus de morgue, réalisant plusieurs téléfilms à la radicalité aussi extraordinaire que politiquement marquée. Ainsi, The Big Flame, qu’écrit Jim Allen, auteur d’inclinaison Trotskiste, sera l’occasion pour Loach de filmer sur fond de lutte de classes, une grève fictive sur les quais de Liverpool qui aboutira à la révolution tant attendue des classes laborieuses. Ensuite, The Rank and File réalisé en 1969 et diffusé en 1971 permettra au même couple de proposer une vision plus réaliste et mordante de la grève des travailleurs de Pilkington.

Tout au long des années soixante dix, Ken Loach et Garnett via leur structure de production vont alors alterner cinéma et réalisations télévisuelles de qualité. Avec toujours la même envie et un engagement incontestable. En 1975 sera notablement tourné pour la BBC Days of hope, fresque épique en quatre épisodes faisant le récit de la naissance et du développement du Labour de 1916 jusqu’à la grève générale de 1926. L’ensemble par la narration et l’âpreté documentariste, incitera à réfléchir sur les conditions de réussite de l’action politique, sur la manière de revisiter le passé et de repenser la façon d’écrire en images. Vinrent alors la fin de la décennie 1970 et le début de la suivante, marquée par la fin de la fructueuse collaboration entre Garnett et Loach, et surtout par l’arrivée écrasante de la trop conservatrice Margaret Thatcher et de ses idées ultra libérales.
Le temps de la résistance et des difficultés, les années 1980
Cannes sollicite à nouveau Ken Loach, trois fois consécutivement, pour faire partie de ses sélections avec Black Jack en 1979, The Game Keeper en 1980 dans la sélection Un Certain Regard, deux films signés par Barry Hines. Sa première sélection en compétition officielle fera honneur à Looks and Smiles (Regards et Sourires) en 1981. Ce film qui traite du chômage lui rapportera le Prix du Cinéma Contemporain à Cannes. Alors que sa réputation internationale s’établit, la carrière télévisuelle du "pourfendeur des injustices sociales" (L'Humanité) se poursuit dans la lutte. Il se focalise sur les attitudes gouvernementales conservatrices et destructives du Prime Minister Thatcher et ses mesures, contraires aux intérêts des syndicats, des services publics et des plus modestes. A l’occasion, la censure officielle ou indirecte et les difficultés rencontrées pour financer ses films l’handicaperont lourdement du fait de ses prises de position. Parmi nombre d’exemples, en 1983, Questions of Leadership, un documentaire abordant la grève des mineurs anglais ne sera pas supporté par la BBC avant que ne soit empêché de diffusion en 1984, Which Side Are You On ?, documentaire traitant sous l’angle musical du même sujet et n’omettant pas d’y adjoindre toutes les preuves d‘une brutalité policière insupportable. Cela fera notamment dire à Ken Loach qu’il aura passé autant de temps à défendre ses films qu’à les faire …

Les années quatre vingt s’avèrent difficiles pour le cinéaste, malgré l’émergence salutaire de Channel Four. Lui-même admettra avoir perdu durant ces années sa voie autant que son énergie pour faire entendre la dissonance de sa propre voix. Le seul film de ces années sera réalisé en 1986, Fatherland, fruit d’une collaboration et d’un financement européen. Son impact sera moindre en raison de la faiblesse de son scénario et de son sujet très éloigné des préoccupations contemporaines et habituelles de l’auteur anglais. Ce septième film va clore ces années de transition et d’impuissance créatrice et politique jusqu’à l’improbable retour que marque Hidden Agenda en 1990.
Des années 1990 jusqu’à nos jours : aboutissement stylistique et reconnaissance
Channel Four, Parallax Pictures et deux productrices Sally Hibbin et Rebecca O'Brien vont alors et contre tout attente permettre au cinéaste de se relancer après l’arrêt que marque la décennie thatchérienne passée. Sélectionné au Festival de Cannes et récompensé par le Prix du Jury, Hidden Agenda en traitant du conflit irlandais, ouvrira ainsi une période faste pour Ken Loach, celle d’une presque renaissance. Ce dernier retrouve de la vigueur dans son propos et renoue tant avec son style qu’avec la maîtrise qui culminait dans ses premières œuvres.

Adviendra alors une suite de films qui seront tous sélectionnés dans les différentes sélections cannoises à l’exception de The Navigators en 2001. Les deux qui suivront Hidden Agenda, s’ils traitent l’un comme l’autre de la vie des travailleurs et du sort que leur réserve le Thatchérisme, vont confirmer le retour de Ken Loach sur le devant de la scène cinématographique européenne. Ainsi Riff Raff tourné en 1990 sera présent en sélection parallèle obtenant le Prix de la Critique à Cannes et le titre de Meilleur Film Européen à Berlin tandis que Raining Stones retenu en compétition officielle en 1992, vaudra au réalisateur son deuxième Prix du Jury et le titre de meilleur réalisateur aux London Critics Circle Awards. Ladybird, ladybird en 1994 traitera quant à lui du racisme et des familles recomposées en Angleterre, recueillant à son tour, le Prix de la Critique Internationale entre autres prix d’interprétation. Mais tout cela ne fait que précéder le grand film historique portant sur la guerre d'Espagne que réalisera Ken Loach avec Land and Freedom en 1995, long métrage ô combien réussi qui récoltera nombre d’éloges justifiés, du Prix Spécial de la Critique à Cannes au César du Meilleur Film Etranger.
Le Nicaragua sandiniste sera le sujet de son film suivant, Carla's song. Réalisé en 1996, il montrera la multiplicité des engagements du Loach citoyen et activiste, avant le sombre My name is Joe de 1997 dont le casting sera salué par un prix d’interprétation masculine sur cette Croisette qui l’aime tant.
Le "cinéaste de la classe ouvrière", (N-Y Times) profitera en 1999 de l’occasion qui lui est offerte d’aller travailler aux Etats-Unis pour s’attaquer au sort des travailleurs immigrés syndiqués qui vivent à Los Angeles au travers de Bread and Roses, une tentative accueillie avec tiédeur. Renouant par la suite avec le Royaume Uni, Ken Loach retrouve sa verve et des thèmes qui lui sont chères avec Sweet Sixteen, Prix du meilleur scénario à Cannes et The Navigators. Si le succès est au rendez vous, manquera la surprise. Jusqu’à la sélection officielle au Festival de Berlin de Just a Kiss, habile comédie romantique sur la difficulté contemporaine d’admettre les couples mixtes entre communautarisme et sectarisme religieux. Ken Loach étonne et ravit. Viendront ultérieurement des participations dans deux projets, le premier dédié à la commémoration des attentats du 11 septembre, puis Tickets, coréalisation qui l’amènera à œuvrer avec un autre cinéaste contemporain de talent, Abbas Kiarostami. Ken Loach semblait alors ne plus pouvoir échapper à la solennité des prix qui accompagnaient les hommages et les honneurs, sans toutefois parvenir à un film méritoire.

Le Vent se lève, pendant thématique, esthétique et politique de Land and Freedom, sera pourtant celui-ci. A la grande surprise du cinéaste, des festivaliers et pourtant dans un grand souci de cohérence avec le jury organisé autour de Wong Kar Wai, The Wind that Shakes the Barley emporte la Palme d’Or 2006 du cinquante neuvième Festival de Cannes. Echo aux vicissitudes actuelles d’un pouvoir politique et militaire sans conscience, ce récit aussi classique que militant réaffirme le talent de l’idéaliste conteur, celui qui sait et aura su réécrire en images le réel pour mieux nous en faire prendre conscience.
De Hidden Agenda au Vent se lève, plus d’une dizaine films destinés à "maintenir chez les gens la colère" auront été réalisés par Ken Loach en à peine quinze années, pour une succession inouïe de récompenses critiques et de succès publics. Démontrant ses formidables qualités de raconteur d’histoire sensible et militant, il aura su s’imposer comme un cinéaste pédagogue à l’engagement profond et sincère, un auteur toujours en lutte et doté de son style propre. Dés le début des années 1960, celui qui fut l'un des pionniers de l'école néo-réaliste britannique, faisait exception et cela perdure puisqu’il demeure l’un des seuls cinéastes anglais contemporains avec Mike Leigh et quelques trop rares autres à être distingué et reconnu. Surtout, lui qu’on ignore et que tout conservateur maudit, ne peut plus être cantonné à l’ombre et au silence, et c’est peut-être sa plus grande victoire en ce milieu des années 2000 où triomphe un Blairisme à la doctrine sociale bien floue.

Entre télévision et cinéma, fiction et documentaire, Ken Loach aura réussi à bâtir en une quarantaine d’années une œuvre personnelle d’une cohérence rare et d’une force symbolique et politique prégnante. Avec humilité et humanisme, discrétion et engagement, il aura su s’exprimer avec une sincérité constante et un art consommé de l’affrontement, par l’élaboration d’une filmographie qui lui ressemble, entre désir d’émancipation et refus de l’aliénation.
Filmographie sélective
1965 - Up the Junction (Tv)
1966 - Cathy Come Home (Tv)
1967 – In Two Minds (Tv)
1968 - Poor Cow (Pas de larmes pour Joy)
1968 – The Golden Vision (Tv)
1969 - The Big Flame (Tv)
1969 - Kes
1971 - Family Life
1975 - Days of Hope (Tv)
1977 – The Price of Coal (Tv - Documentaire)
1978 – The Game Keeper
1979 - Black Jack
1980 - Looks and Smiles
1984 – Which Side Are You On ? (Tv – Documentaire)
1985 - Fatherland
1990 - Hidden Agenda
1991 - Riff-Raff
1993 - Raining Stones
1994 - Ladybird
1995 - Land and Freedom
1996 - Carla's Song
1996 – The Flickering flame (Tv)
1998 - My Name is Joe
2000 - Bread & Roses
2001 - The Navigators
2002 - http://www.festival-cannes.fr Sweet Sixteen
2002 - 11'09'01 – Court-métrage
2003 - AE Fond Kiss - Just A Kiss
2004 – Tickets (co réalisation avec Abbas Kiarostami)
2006 - The Wind that Shakes the Barley – Le Vent se lève
Sources
http://www.screenonline.org.uk
http://www.bfi.org
RESULTATS AVEC UN TITRE APPROCHANT
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COFFRET KEN LOACH
Un film de Ken Loach
Avec Robert Carlyle, Emer McCourt, BruceJones, Ricky Tomlinson, Ian Hart, Rosana Pastor



















