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mads mikkelsen (22 Novembre 1965 - )
Cette année, le danois Mads Mikkelsen confirme son talent en incarnant un homme usé par l’existence dans After the Wedding, de Susanne Bier. A travers lui, on peut voir l’expression de toute une nouvelle vague du cinéma Danois (Christofer Boe, Lone Scherfig, Nicolas Winding Refn, Anders-Thomas Jensen) qui profite du sillon creusé par Lars Von Trier pour signer des films qui cartonnent sur place et s’exportent avec succès à l’étranger.

Le succès que Mads Mikkelsen rencontre actuellement est représentatif de l’excellente santé du cinéma Danois. Beaucoup l’assimilent à son rôle marquant dans Casino Royale. Or, il fait partie depuis longtemps de la génération montante des meilleurs acteurs Danois. A la manière d’artistes comme John Malkovich et John Cusack, il possède cette particularité peu courante qui consiste à changer de visage pour fuir le star-system et éviter d’avoir la grosse tête. Humble et téméraire, Mads a prouvé depuis longtemps qu’il n'avait pas peur de se mettre en danger ni même de porter des perruques ridicules comme dans Les Bouchers Verts (Anders-Thomas Jensen, 2004), révélant un sens du ludisme et une capacité à jouer toute sorte de rôles.
On le remarque pour la première fois dans Dina, de Ole Bornedal, et il fréquente Maria Bonnevie dans Reconstruction, grand huit mental stimulant de Christoffer Boe dans lequel un écrivain fantasmait la relation adultérine de sa femme pour rédiger un roman sur l’amour et ses petites contrariétés. Mais on commence à apprendre son patronyme dans Open Hearts, de Susanne Bier dans le rôle d’un médecin qui tombe sous le charme d'une femme dont le compagnon devient paralysé suite à un accident de voiture. On retrouve dans ce film les mêmes caractéristiques que After the wedding : un sujet casse-gueule dont l’équilibre précaire repose sur la crédibilité des acteurs qui peuvent ainsi se mettre en valeur. Comme tout ceux qui ont vu le film, Hollywood le remarque. Antoine Fuqua lui propose de rejoindre l'équipe du Roi Arthur. C’est peut-être un cadeau empoisonné mais Mads ne s’en plaint pas, d’autant qu’il s’agit d’une prestation discrète et que cela lui permet d’avoir des premiers contacts avec des stars en devenir (Clive Owen, Keira Knightley).

Fort de cette expérience, il revient au Danemark, sa terre de prédilection, pour jouer dans une petite production chaleureuse comme il les affectionne : Wilbur, de Lone Scherfig, autre reine du cinéma indépendant Danois révélée avec Italian for Beginners. En dépit d’un scénario conventionnel (mais qui dit qu’il n’y a pas de plaisir à prendre devant des histoires minuscules ?), le film murmure - sans asséner - des vérités essentielles sur la vie, l’amour et la mort sans la moindre ombre cynique. A travers le prisme d’une famille brisée qui tente de se reconstruire, palpitent ici les aspirations de toute la condition humaine. Entre suicides ratés, vies mornes et embrasements charnels, les personnages tentent de se défaire de leur routine et de changer de quotidien. En second plan, se dessine un ballet d’âmes seules à la recherche d’un grand amour qui n’apparaît pas forcément au moment où on s’y attend le plus. Sans être une réussite foncière, certains passages provoquent des montées d’émotion inattendues, notamment lorsque les personnages confessent leur solitude, réalisent la chance qu’ils ont d’être en vie ou encore comprennent l’essentiel : qu’aimer est plus fort que d’être aimé.
En 2004, Mads Mikkelsen s'acoquine avec Anders-Thomas Jensen avec lequel il fait Les Bouchers Verts, farce macabre qui en dépit d'un sujet fort en gueule, d'une volonté de détourner les conventions et de jouer sarcastiquement avec la morale, est aussi explosive qu'un pétard mouillé. L’aspect corrosif du postulat de base est régulièrement contredit par la mollesse des situations. La cruauté et l’aspect macabre restent au second plan d’un mélo geignard qui avec sa bande-son pompeuse et son manque de naturel écrase toutes les féroces intentions du réalisateur. Toute la misanthropie de départ est ainsi annihilée par un positivisme niais. Le film ne vaut que pour l’acteur dans le rôle d'un boucher pétochard. De la même façon que leur collaboration suivante, Adam's apple, sorti l’an passé, confirme toute la roublardise du réalisateur spécialisé en baudruches de festival. Encore une fois, Nikkelsen parvient à faire des étincelles en incarnant un prêtre qui possède une foi inextinguible en l'homme et voit le démon partout.

C'est cependant avec la trilogie Pusher, du réalisateur Nicolas Winding Refn dont on ne connaissait jusque ici qu’un exercice de style Lynchien très troublant, Fear X (Inside Job), qu’il va décrocher l’un de ses rôles les plus marquants. En réalité, on le voit dans les deux premiers volets. Dans le premier, prometteur et sang-pour-sang noir, il joue le pote voyou, crétin et couard d’un petit dealer de Copenhague, enfermé dans son quotidien glauque. Le second, bouleversant, Pusher II : With Blood on my Hands se focalise sur son sinistre itinéraire. Loin des perruques et des délires artificiels de Anders-Thomas Jensen, l'acteur ici incarne un personnage cloisonné dans un environnement délétère. Celui qui était considéré comme un abruti dans le premier épisode devient celui qui doit s'affranchir des idiots dans le second. Inconscient, il a mis une femme enceinte. Pris au piège, il est contraint de se marier avec cette dernière, manipulatrice et vile. Un jour, le personnage décide d'aller voir sa mère, reniée par la famille, dans son appartement miteux et apprend qu'elle est morte il y a six mois par une voix anonyme à l’interphone. Personne n'a pris la peine de savoir si elle allait bien. Le personnage primaire dissimule mal son émotion et comprend soudainement l'importance de la vie.
Dans ces deux épisodes, grâce à la performance impressionnante de l’acteur, Refn filme l'humanité d'un individu qu'on pensait irrécupérable. La longue scène du mariage fonctionne comme une prise de conscience. Le brio de la mise en scène parvient à entrer dans son mental et à faire partager le malaise ambiant avec des filtres, des plans-séquences et de la musique techno. Crâne rasé, avec un respect tatoué derrière la tête, Mads Nikkelsen s'illustre avec une force inouïe dans des séquences impressionnantes comme celle où il est obligé de se masturber devant un porno en compagnie de deux prostituées pas sexy ou alors d'assassiner sauvagement quelques membres de sa famille.

De manière générale, sa capacité à tout interpréter et surtout à refléter les sentiments infinitésimaux de ses personnages convainc de son immense talent. Ainsi, pour ceux qui l’ont découvert avec Pusher, le fait de voir de nouveau Mads Mikkelsen dans une production Hollywoodienne de grande envergure avec un rôle conséquent a ajouté à la curiosité de voir Daniel Craig en nouveau James Bond. Comme c’est désormais une coutume avec lui, il est retourné au Danemark pour fuir la pression Hollywoodienne. Comme il est fidèle, il s’apprête à retourner sous la direction de Anders-Thomas Jensen, mais auparavant, il a eu envie de se retourner sous la houlette de la réalisatrice qui l’a lancé, Susanne Bier, dans son nouveau film After the Wedding. Elle lui a écrit le rôle, une aubaine pour n’importe quel acteur : celui d’un homme qui souffre intérieurement et exprime ce mal-être par des silences et des regards en laissant transparaître une humanité brisée. Le jeu tout en intériorité illumine cette chronique hantée par la grisaille du cœur où des humains imparfaits peinent à dissimuler des secrets trop lourds à porter. Encore une fois, il éblouit sans écraser ses partenaires, sans en faire trop, sans chercher la performance ostentatoire. La marque des grands.





















