Meryl streep

meryl streep (22 Juin 1949 - )

Admettons-le d'entrée, Meryl Streep est probablement la plus grande actrice du monde, citée en exemple avec la même régularité que Marlon Brando chez les hommes.

Une artiste de cette trempe échappe d'emblée à l'incongruité d'un classement. Présentons donc ce classe/pas classe comme un hommage à la grande dame et une évocation de ses films les plus importants... En cherchant bien, il y aura bien un « pas classe » !


Voyage au bout de l'enfer: Classe ultime
L'une des premières apparitions de Meryl Streep à l'écran se fait dans un chef d'oeuvre, qui pose déjà les bases de sa carrière. Elle est une jeune fille fragile et tourmentée, maltraitée par son père et fiancée à Christopher Walken. Après l'horreur du Vietnam où ce dernier s'est perdu, elle va peu à peu tomber amoureuse de Robert De Niro dans une liaison très tourmentée. Cimino en fait une victime magnifique, de ces compagnes elles aussi brisées par la guerre. Elle donne de la consistance à ce personnage et récolte les récompenses et -déjà- une grande reconnaissance. Pendant le tournage, elle partageait la vie de John Cazale, alors gravement malade et qui allait mourir peu de temps après. Les acteurs sont extraordinaires, la mise en scène parfaite, l'histoire vous hante. On se sent dans l'intimité de ces personnages, vibrant avec eux, partageant leurs épreuves. Bouleversant à tout point de vue.


Manhattan: Classe névrosée
Aux premiers temps de sa carrière, l'actrice a eu trop peu d'occasions de laisser libre cours à son autodérision et à la grande fantaisie qu'on lui connait en interview et qui nuance souvent ses compositions graves. Woody Allen fut le premier à lui confier un rôle exploitant cette facette. Dans le rôle de l'ex-épouse revancharde du pauvre héros en crise (comme d'habitude), elle est impitoyable. Il la supplie de renoncer à l'écriture d'un livre sur leur mariage qui l'humilierait (à la suite de cette union, elle est devenue lesbienne). Elle suggère avec justesse et sobriété les névroses et l'instabilité de ce personnage, ainsi que sa rancune.

Kramer contre Kramer: Classe subtile
Que l'on se comprenne: le coeur du film, c'est la relation de Dustin Hoffman avec son fils, juste et émouvante. De ce point de vue, c'est une véritable perle. Mais Meryl Streep hérite d'un rôle finalement assez secondaire et largement ingrat, puisqu'elle est une femme déboussolée et délaissée qui abandonne son fils et son mariage. Sa marge d'interprétation est assez limitée (elle a les yeux rougis de larmes dans la plupart de ses scènes). Pourtant chacune de ses apparitions est d'importance, elle marque la progression du film. A la toute fin, elle s'adresse à Dustin Hoffman, lui demande de quoi elle a l'air et il lui répond qu'elle est magnifique. Le lien entre eux se retisse, par ce simple moment entre les deux acteurs, encore un peu dans la peau de leurs personnages à la fin d'une prise. Ces répliques étaient totalement imprévues et participent au final extrêmement touchant et plein d'humanité.


La maîtresse du lieutenant français: Classe romantique
L'exercice de la mise en abyme est toujours intéressant au cinéma. Truffaut avait raconté le tournage d'un film dans La Nuit Américaine. D'une manière beaucoup plus romanesque, la maîtresse du lieutenant français reprenait ce procédé. On assistait à une histoire d'amour classique, se déroulant au XIXème siècle. Puis le film montrait la liaison torride qui unissait les deux acteurs qui l'interprétaient. Jeremy Irons et Meryl Streep formaient déjà un très beau couple de cinéma, à deux dimensions, entre les tourments romantiques de la fiction et l'adultère moderne de la réalité. Dans les deux cas, l'amour est impossible. Servant les deux dimensions de l'histoire avec une égale conviction, l'actrice est magnifique. Le scénario d'Harold Pinter est habile, certaines images comme la silhouette de l'actrice sur la jetée, juste au dessus d'une mer déchainée rejoignent une très belle tradition romantique et restent en mémoire.


Le choix de Sophie: Immense classe
Alan J. Pakula offre à Meryl Streep l'un de ses plus beaux rôles en 1982. Elle y incarne Sophie, personnage extrêmement complexe, hantée par son passé. Elle est une immigrante polonaise, mariée à Nathan, un physicien juif, dont on apprend bientôt l'extrême fragilité psychologique (il est schizophrène et paranoïaque). A Stingo, écrivain à qui Sophie se lie, elle raconte son histoire. On y découvre son terrifiant passé, dans l'Allemagne nazie, où elle tenta de résister. Elle est contrainte à un terrible choix, pour sauver l'un de ses deux enfants des chambres à gaz d'Auschwitz. Elle incarne une femme traumatisée, un destin brisé, inoubliable. Elle fait ressentir toute la douleur de ce passé, donne à voir ses blessures dans ce qui reste l'une de ses plus grandes prestations.

Out of Africa: Grande classe
La grande fresque de Sydney Pollack aurait pu n'être qu'une histoire d'amour pleine de poncifs. Il évite soigneusement tous les écueils, magnifiant son récit grâce au cadre majestueux de l'Afrique et surtout par le charisme de son couple principal. Redford, on le sait, avait quelques réticences à approcher ce personnage, un peu trop archétypal (le prince charmant aventureux, toujours secourable et chevaleresque). Il transcende le cliché en accentuant son attachement absolu à son indépendance. Streep compose une femme magnifique et multiple, une brillante et fascinante conteuse. Elle est également une femme idéaliste, visant à cultiver le café là où c'est impossible, à donner une éducation aux gens qui travaillent pour elle. Elle est enfin une épouse bafouée et déçue, mariée à un homme qui la trompe et la contamine, la contraignant à soigner sa syphilis. Elle est surtout une maîtresse passionnée, révélée à sa vraie nature par un homme (elle retrouvera ce genre de trajectoire dans Sur la route de Madison) et par un continent auquel elle est attachée corps et âme. Un grand moment de cinéma, plein de souffle et de passion.


La mort vous va si bien: Classe déjantée
Meryl Streep est inattendue dans un contexte déjanté, presque cartoonesque. Ce film est un petit bijou d'humour noir où l'actrice, en rivalité avec Goldie Hawn, s'en donne à coeur joie. Elle trouve une potion magique qui la rend belle et immortelle, insensible aux assauts du temps. Il s'agit d'une critique jubilatoire du mythe de l'éternelle jeunesse, les héroïnes se démembrent, meurent sans cesse, se refont une beauté. Zemeckis, à son habitude (il le prouva jadis avec Qui veut la peau de Roger Rabbit et récemment avec Beowulf), utilise brillamment les effets spéciaux pour appuyer son propos, ici faire une fantaisie survoltée et grinçante, se moquer de la mort et du culte des apparences. Streep va dans la caricature avec une jubilation évidente, dans un contre-emploi extrêmement réjouissant. L'excentricité dont la comédienne faisait preuve ici, cette légèreté qu'elle parvient à suggérer même dans des registres plus tragiques, était ici révélée de fort belle manière.


La Maison aux esprits: Classe mystérieuse
Jeremy Irons et Meryl Streep se retrouvaient ici dans un beau film. Il était un homme ambitieux, éperdument amoureux d'une jeune fille dans l'Amérique du sud des années 20. Mais à la mort de celle-ci, en grand gentleman, il se rabat sur sa soeur, étrange et muette, avec qui il va finalement se marier. Il est devenu un riche propriétaire terrien, proche de l'extrême droite, traitant ses employés comme des esclaves, se conduisant en véritable tyran. Streep est lunaire, étrange, lui inspire une sorte de respect méfiant. Elle demeure pour lui une énigme jusqu'au bout, lorsqu'elle refuse avec entêtement de lui parler. Elle est surtout en communication avec les morts et a des visions prophétiques. Meryl Streep est d'abord fragile, presque éthérée et entre deux mondes. Elle acquiert au fur et à mesure qu'elle vieillit dans le film une sagesse tranquille et ironique, qui fera apparaître toute la dérision qu'elle voue à la rigueur de son mari qui ne lui résistera d'ailleurs pas. Elle incarne admirablement cette femme qui, peu à peu, devient sûre d'elle-même et de sa force, à l'inverse de son pouvoir à lui qui se fissure et s'anéantit.

Sur la Route de Madison: la classe définitive
A tous les bouchés qui prennent ce film pour une bluette, hurlons que Clint Eastwood offrit à Meryl Streep l'un de ses plus grands rôles. Une femme mariée et apparemment heureuse anesthésie son ennui dans la routine et les soucis quotidiens de ses enfants et de son mari. Seulement elle s'étiole. Un photographe de passage va réveiller la sensualité de Francesca, la rendre désirable, lui rappeler sa vraie nature qui étouffait dans son existence de ménagère. Il s'agit véritablement de cela, d'une vie de femme passionnée qui n'a que quelques jours pour s'épanouir avant d'enfouir le secret de cette liaison derrière l'idée que l'on se fait d'une épouse et d'une mère. Un moment fragile pour bouleverser les certitudes et l'ordre du monde. On soupçonnait depuis longtemps cette humanité et cette sensibilité chez Eastwood. Meryl Streep lui donne corps. Et Dieu qu'elle est émouvante, belle et juste.


Simples secrets: un peu classe
Ce n'est assurément pas un grand film, une histoire totalement mélo: deux soeurs que tout oppose, l'une dévouée l'autre pas, un père qui vit jusqu'au bout de sa maladie d'Alzeimer, un gamin à problèmes et pour couronner le tout, un cancer. On dirait un mauvais téléfilm. Seulement voilà, il y a les acteurs, tous excellents. Les soeurs d'abord, Diane Keaton émouvante de dévouement, écrasée par ses responsabilités et Meryl Streep femme libre et fuyante devant tous ses devoirs. Le jeune Leonardo DiCaprio campe un véritable cas social qui va peu à peu révéler sa belle nature au contact de sa tante, qu'il connait à peine. On n'est donc pas totalement dans le cliché grâce à l'humanité que ces grands acteurs insufflent à cette histoire assez convenue.


La musique de mon cœur: pas classe (enfin!)
N'ayant absolument rien contre les films engagés lorsqu'ils n'enfoncent pas des portes ouvertes, on ne peut qu'être circonspects devant cet opus de Wes Craven, bourré de bons sentiments et exploitant sans imagination une situation quelque peu éculée. Une sorte d'Esprits rebelles de prestige avec la grande Meryl en prof de violon de jeunes défavorisés qui font preuve de formidables dons. Lorsque son cours est menacé, elle livre combat pour sauvegarder l'espoir qu'elle donne à ses ouailles. Tout cela est bien-sûr fort louable, Streep ne démérite pas et parvient même à composer un personnage un peu brisé au début du film. Mais tout cela sombre ensuite tellement dans l'attendu et le rebattu que l'on a bien du mal à accrocher.

Angels in America: Très très classe
Une mini-série de Mike Nichols adaptée de l'oeuvre de Tony Kushner dont on ne dira jamais assez qu'elle est un véritable chef d'oeuvre. Il s'agit d'une évocation des années où le Sida fit ses premiers ravages. On évoque également tous les préjugés qui y furent liés. La mise en scène mélangeait la réalité et des séquences plus oniriques. C'est dans ce contexte qu'Ethel Rosenberg, jadis condamnée à mort par l'abject Roy Cohn, lui apparaît. Un grand duo d'acteurs joue une belle partition. Meryl Streep vient hanter son sinistre bourreau, Al Pacino, homosexuel culpabilisé qui passa sa vie à persécuter avec cynisme tous ceux qui partageaient sa préférence, ainsi que la menace communiste aux côtés de McCarthy. L'affreux est à l'agonie, elle vient le veiller, comme pour tenter d'inculquer le remords à celui qui en est dépourvu. L'actrice adopte une attitude calme et patiente, presque complice avec Cohn, qui, en avocat sans vergogne, tente de l'attendrir (et y parvient presque). Elle est une vieille connaissance, le visage blanc, marqué par un petit sourire impénétrable dont on ne sait jamais s'il est ironique ou bienveillant. Elle campe plusieurs rôles dans cet ensemble, comme c'est le cas d'Emma Thompson (à la fois déesse sexy et clocharde). Streep est également la mère provinciale d'un autre personnage, venue à New York et perdue dans ses dédales. Elle est ici tout simplement magistrale.


The Hours: Classe nuancée
On pouvait craindre que cette oeuvre soit typique du film à oscars, surtout en ce qui concerne Nicole Kidman, méconnaissable en Virginia Woolf. Mais encore une fois, le casting est d'une qualité exceptionnelle. La structure du film est en trois temps : Kidman est Woolf écrivant Mrs Dalloway, Julianne Moore est une femme au foyer désespérée qui le lit, Streep est comme une incarnation moderne de l'héroïne du roman. Elle compose un personnage contrasté, à la fois enjoué (dans la préparation de sa fête) et profondément mélancolique (hantée par la perte de sa jeunesse et la mort prochaine de son ami poète). Chacune de ses scènes est poignante et apporte une nouvelle nuance (face à l'immense Ed Harris ou à l'émouvante Claire Danes). Elle est d'une maitrise à toute épreuve.


Adaptation: un peu classe quand même
Streep incarne ici un personnage double. D'abord idéalisée par un Charlie Kaufman en panne d'inspiration, elle est une belle écrivain dont il s'éprend (et qui l'intimide également). Puis la réalité de cette femme est dévoilée: plus sordide et pathétique. Son évolution suit la structure du récit. Sa performance est irréprochable, même si on a le sentiment que tout son potentiel n'est pas exploité. On sent toute son expérience dans ce rôle, mais on a l'impression qu'elle joue avec l'image que l'on a d'elle, à la fois éthérée et discrètement fantaisiste. D'une certaine manière, elle est également entre la réalité et la fiction, dans un film très ambitieux, mais qui ne va pas totalement au bout de ses enjeux.

Les Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire: Classe fantaisiste
Dans sa carrière récente, comme beaucoup de ses contemporains (Dustin Hoffman, Robert De Niro), Meryl Streep s'amusa. Elle sortit de son carcan de tragédienne pour se livrer à des apparitions fantaisistes, cassant son image. Ce fut le cas avec cette très bonne adaptation où elle campait une tante maniaque et maladivement peureuse qui recueillait un moment les enfants Baudelaire. Fébrile et paniquée, elle était au diapason de la folie douce qui régnait dans cette histoire (portée également par Jim Carrey, le terrifiant Comte Olaf à la poursuite des orphelins pour récupérer leur fortune). L'actrice est toujours aussi à l'aise dans l'autodérision et cette atmosphère de sombre conte, plein d'humour noir.


Petites confidences (à ma psy): pas classe
Une comédie convenue et sans beaucoup d'imagination. Un garçon présente à sa mère la femme qu'il veut épouser. Or, en plus d'être sa mère, elle est également psychanalyste et se rend compte que la promise de son jeune rejeton est l'une de ses patientes d'une quarantaine d'années. On sourit un peu, on s'ennuie beaucoup, malgré le charme d'Uma Thurman et l'énergie de Meryl Streep. La situation est vaudevillesque en permanence, paresseuse, fonctionne sur des quiproquos et des situations tout de même bien éculées. On oublie très vite.


Le diable s'habille en Prada: Très classe
Meryl Streep porte véritablement ce film. Dans la peau de l'horrible rédactrice en chef du magazine de mode Runway, elle est brillante: hautaine, glacée, autoritaire et totalement tyrannique (inspiré d'un personnage réel, ce qui est assez terrifiant). Son interprétation parfaite est une véritable satire de ce milieu superficiel où elle règne sans partage. Elle persécute la pauvre Anne Hathaway en permanence, en langue de vipère virtuose et imperturbable. Elle est tellement insupportable que c'en est sublime. La chevelure blanche et parfaitement peignée, d'une grande élégance, ce diable là a une sacrée classe.

The Last show: Classe nostalgique
Le dernier film du grand Robert Altman raconte la dernière émission d'une radio dédiée au country, à l'ancienne, rachetée par un riche texan qui va tout démanteler. On assiste donc à un voyage nostalgique dans les coulisses d'un monde en train de disparaitre, passant d'un personnage à l'autre, d'un duo de cowboys caricaturaux (les grands John C. Reilly et Woody Harrelson), à des soeurs chanteuses de country en passant par un ange mystérieux qui traverse l'histoire sous les traits de Virginia Madsen. Meryl Streep peut décidément tout se permettre et incarne ici avec une conviction impressionnante une chanteuse de country (descendante d'une famille ressemblant à la Carter family mais sans le succès). Elle va jusqu'à pousser la chansonnette d'une manière fort convaincante. Il règne sur ce film une grande complicité (comme souvent chez Altman), les acteurs s'amusent et rayonnent. Tout cela est tendre et enjoué.


Lions et Agneaux: pas très classe
L'un des très rares écueils de la carrière de réalisateur de Robert Redford. Le film est divisé en trois parties: les soldats en guerre, le vieux prof, un sénateur interviewé par une journaliste chevronnée. Meryl Streep incarne cette dernière, dans le segment le plus convaincant du film. Elle s'oppose à un sénateur conservateur et dans la droite ligne des faucons de Washington. Tom Cruise prouve après Magnolia qu'il n'a décidément pas son pareil pour jouer les salopards. La journaliste est pleine d'expérience et déjoue sa ruse et son charme pour faire tomber son masque. Les deux acteurs se livrent à une belle partie d'échecs dans une belle confrontation. Mais l'engagement et l'intégrité du réalisateur ainsi que la solidité de leurs performances ne parviennent pas à faire décoller l'ensemble.





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