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michael winterbottom (29 Mars 1961 - )
Ce cinéaste britannique, insaisissable et passionnant, a musardé dans tous les registres qui soient (western, comédie, tragédie, docu-fiction…), en faisant à chaque fois montre d’une originalité dans le traitement de ses sujets. Un an après le sulfureux 9 Songs (sur lequel nous sommes à l’époque longuement revenus), le réalisateur revient squatter les écrans de cinéma avec deux films diamétralement opposés et dont les sorties sont concomitantes : Tournage dans un jardin anglais, facétieuse comédie sur fond de mises en abyme et de tournage corseté ; et The Road to Guantanamo, opus originellement prévu pour la télé, intense plongée dans un chaos délétère. D’un côté, la légèreté ; de l’autre, la gravité. La marque d’un cinéaste fâché avec les conventions qui aime à zigzaguer entre les tendances, sans demi-mesure.

REALISATEUR PRECOCE ET BOULIMIQUE
Il y a du bon dans le cinéma de Michael Winterbottom, voire même du très bon, comme parfois du moins bon. A chaque fois, il y a la marque d’un auteur qui affiche explicitement un mépris souverain envers les étiquettes. Son objectif ? Faire le maximum de films qui ne se ressemblent pas. Avec le recul, il est difficile de trouver des points communs entre I Want You et Road to Guantanamo ; 24 hour party people et Code 46... Mais c’est précisément ça qui est séduisant chez lui : sa propension à ne pas réutiliser cinquante fois les mêmes ficelles et à annihiler toute forme de prévisibilité.
Lorsqu’il était tout jeune, c’est-à-dire dans les années 60, Michael, qui avait alors la quarantaine bien entamée, avait la chance d’avoir des parents tolérants - ou inconscients - (une mère institutrice et un père employé chez Philips) qui le laissaient passer des heures devant la télévision. Avec tous les films qu’il a ingurgités, il a fini par acquérir une culture cinéphile robuste et vaste qui fera naître en lui la passion pour le septième art. La vingtaine, Michael passe une licence de lettres à Oxford en même temps qu’il fréquente de plus en plus sérieusement les ciné-clubs du coin, et s’envole pour Bristol où il étudie le cinéma sous toutes formes.

Petit à petit, le cinéaste s’infiltre doucement mais sûrement dans le milieu en commençant au début des années 80 par la case «télévision» (Thames TV), en tant que monteur pour des téléfilms. Progressivement, il devient documentaliste et signe deux portraits sur le cinéaste Ingmar Bergman (The Magic Lantern, et Ingmar Bergman : The Director). A l’époque, Bergman se dit très satisfait du travail de Michael. C’est alors qu’il est embauché pour mettre en scène des petits téléfilms (Time Riders, Love Lies Bleeding) aux sujets divers et variés, pour la plupart tous encore inédits dans l’Hexagone. Le moins que l’on puisse en dire, c’est que les intrigues étaient très différentes les unes des autres et appuyaient déjà l’originalité de l’artiste. En écho, les conditions du tournage étaient même parfois acrobatiques. Par exemple, sur Under The Sun en 1992, qui racontait le parcours d’une jeune femme opiniâtre dont la seule ambition était de faire le tour du monde, le scénario fut écrit au fur et à mesure que le tournage se déroulait. En 1994, Winterbottom se fait remarquer avec Family, un feuilleton en quatre épisodes sur une famille de Dublin avec lequel il obtint de nombreux prix. Grâce à cela, le cinéaste passe un cap et fonde, avec son associé Andrew Eaton, la société de production «Revolution Film».
Un an plus tard, il signe son premier long métrage : Butterfly Kiss, un drôle de road-movie dont le seul cadre est une autoroute et le McGuffin, l’hymne de foot britannique. A l’époque, les critiques décrivent le film comme une sorte de Thelma et Louise sous acide. Ce n’est pas faux : la rencontre de ces deux femmes différentes (la coincée et la dévergondée) fonctionne parfaitement d’autant qu’elle est mise en valeur par deux excellentes actrices, Amanda Plummer et Saskia Reeves qui révèlent alors un penchant étonnant pour incarner les grognasses en furie. Bien qu’imparfait, le résultat, au budget très économique (tourné pour 400 000£), annonce toutefois la naissance - parmi les grands - d’un cinéaste qui a le bon goût de court-circuiter les us d’un cinéma britannique trop embourbé dans les lieux communs. Ça fait du bien.
LE CHOC JUDE
Par la suite, Winterbottom propose pour la BBC le douloureux Go Now, avec Robert Carlyle, dans lequel un homme, ancien joueur de foot, atteint de la sclérose en plaque, tente de s’en sortir en dépit des réactions maladroites de son entourage. C’est un fait : Michael Winterbottom ne possède aucun plan de carrière et évite tout ce qui rime avec la redondance. Jude, qu’il réalise en 1996, est une adaptation magistrale du roman Jude l’obscur de Thomas Hardy, le livre qu’il rêvait de mettre en scène. Au final, ce sera son chef-d’œuvre : Winterbottom ne réussira pas par la suite à retranscrire avec autant de force la passion et l’exacerbation des sentiments, sauf peut-être dans l’excellent I Want You. La noirceur et la singulière sensualité qui émanaient du roman sont fidèlement respectées, les situations se révèlent très éprouvantes, et les personnages, cloisonnés dans la spirale du drame et de la passion, survivent longtemps en nous après la vision du film. Bien avant Titanic, Kate Winslet, actrice sous-estimée au possible, délivrait ici sa plus belle prestation, toute en justesse et en émotion retenues. Quant à Christopher Eccleston, c’est la révélation. Par la suite, il deviendra l’acteur fétiche du cinéaste. On le verra à plusieurs reprises dans des rôles plus ou moins brefs notamment dans With or Without You.

Pas peu fier de l’accueil critique très chaleureux – et justifié – de cette tragédie, Winterbottom surprend tout le monde en 1998 avec deux films radicaux et brillants : tout d’abord, I Want You, un drame policier superbe, érotique et esthétisant (tout en filtres), déprimant et formellement impressionnant dans lequel l’histoire - alambiquée - importait moins que l’atmosphère - envoûtante - où des acteurs (Marisa Tomei, Rachel Weisz, Alessandro Nivola…) étaient venus se perdre avec une belle générosité ; puis Welcome to Sarajevo, «film de guerre» passionnant où un journaliste de guerre se prend de compassion pour une adolescente bosniaque.
Mais c’est en 1999 qu’il enflamme les cœurs : avec Wonderland, divine chronique polyphonique touchante et désespérée où Winterbottom autopsie les joies et les peines d’une poignée de gens perdus dans Londres ; puis, dans un second temps, avec With or Without You, une comédie vaudevillesque, cocasse et un tantinet égrillarde dans laquelle notre Yvan Attal laissait deux secondes sa Charlotte et s’amusait à perturber les desseins d’un couple en crise qui n’arrive pas à avoir d’enfant. La vie est donc dure pour nos trois amis ? Non. Ce n’est pas une invitation à la grise mine mais au sourire. De séquences drolatiques en parenthèses tendres, le film séduit par sa demi-teinte légère et son ton joliment désinvolte. Sans problème, le cinéaste passe d’une babiole rigolote à un western sombre. La preuve avec Redemption (The Claim), film mineur mais intéressant, exercice de style remarqué, dans lequel le cinéaste dévoile les secrets de la conquête de l’Ouest Américain. Tentative intéressante portée par la présence de deux interprètes de taille : Milla Jovovich et Peter Mullan.
24 HOUR PARTY PEOPLE : YOU SPIN ME RIGHT ROUND (LIKE A RECORD)

Stakhanoviste acharné, Michael ne s’arrête pas et peaufine 24 hour party people (comme dans Tournage dans un jardin anglais, Steve Coogan incarne le narrateur qui soliloque devant la caméra ainsi que le rôle principal – il a eu le temps de soigner son phrasé en bossant avec Jim Jarmusch dans Coffee and Cigarettes). L’histoire ? Manchester, 4 juin 1976. Tony Wilson, diplômé de l’université de Cambridge et présentateur à Granada TV, accompagné de sa femme Lindsay, assiste à un concert des Sex Pistols. Le groupe The Stiff Kittens (qui deviendra plus tard Joy Division) est également présent au concert. Leur rencontre engendrera un label, Factory Records ; un club mythique, The Hacienda et une révolution musicale…Cette fois-ci, il s’attaque au film musical en retraçant le parcours atypique de Tony Wilson, le grand responsable de Factory Records (label spécialisé dans le punk et la new wave) et l’Hacienda (club crée en 1982 qui connut l’âge d’or du milieu à la fin des années 80). 24 Hour Party People est en quelque sorte un journal intime qui le suit dans ses moindres déplacements, qu’il aille assister à un concert, qu’il se plante en aéroplane, qu’il interviewe des gens insignifiants, qu’il suive un groupe en tournée ou qu’il aille dans un camion s’amuser avec des prostituées…
Tourné en DV, le film surprend par son dispositif formel qui émane d’un saisissant mélange d’images d’archives et d’effets clinquants, qui reflète la tonalité d’une époque dans laquelle il régnait, certes, un joyeux bordel mais où la musique rimait déjà avec préoccupations pécuniaires. Comme pour se donner un repère, et surtout afin d’éviter les digressions trop hasardeuses, le film nous propose de suivre en parallèle le groupe Joy Division (Love will tear us apart) avec lequel Tony Wilson vivra de grands moments de gloire (c’est avec eux qu’il a d’ailleurs fondé l’Hacienda). Un groupe qui, après la mort de son talentueux chanteur Ian Curtis, renaîtra sous le nom New Order, une exception à la règle puisque selon le protagoniste, les groupes n’ont plus de vie sans leur chanteur originel. Jalonné d’anecdotes inattendues (le nom du groupe Joy Division fut choisi en référence aux bordels destinés aux officiers allemands dans les camps de concentration, une provocation de très mauvais goût qui explique les mouvements fachos lors des représentations du groupe…), le film nous raconte le destin singulier de ce groupe qui a multiplié les outrances (et les bons tubes) dans l’unique but de faire parler d’eux. Le portrait de Tony Wilson est également l’occasion pour le cinéaste de passer en revue toute une période musicale et de ressortir tout plein de bons vieux morceaux (une bande-son à tomber), aptes à plaire à tous les petits clous. Le film insiste également sur les détails accessoires de la vie de Tony - comme le regard qu’il porte sur l’actualité de son époque ou encore ses nombreuses interviews bidons qui n’intéressent personne - et qui pourtant sont bien drôles à regarder (un nain qui passe son temps à laver les éléphants ; un vieil homme qui n’a rien à dire; de vilains garnements qui ont donné à bouffer de la mort aux rats à des pigeons, qui fatalement tombent comme des flèches…). Ce parcours édifiant donne lieu à un film instructif, substantiel et en demi-teintes qui, dans un souci d’exhaustivité, prêche parfois un peu par excès. C’est riche, dense, toujours intéressant mais un peu épuisant aussi. Contrepoint artificiel, qui n’alourdit pas pour autant ce 24 Hour Party People, pourvu d’une énergie suffisamment communicative pour mettre en joie le mélomane qui se cache en chaque cinéphile.

Après la présentation au festival de Cannes de ce dernier, Winterbottom revient avec un film d’un genre différent : le docu-fiction (qu’il expérimentera de manière plus aboutie dans The Road to Guantanamo). Jamal et Enayatullah sont deux cousins afghans qui vivent à Peshawar, au Pakistan. Orphelin, Jamal habite dans l'immense camp de réfugiés de Shamshatoo et gagne un dollar par jour dans un atelier. Enayatullah travaille pour sa part au marché, dans la boutique familiale. Pour échapper à la pauvreté et tenter une vie meilleure, son oncle décide qu'il sera envoyé en Angleterre. Jamal persuade la famille qu'il doit, lui aussi, être du voyage. Ils rejoignent tous les deux le million de réfugiés qui chaque année remettent leur vie entre les mains des passeurs. Leur voyage sera long et périlleux... In This World entend dénoncer les horreurs d’un monde où une poignée d’immigrants laissés-pour-compte multiplient les tentatives pour fuir leur pays et se réfugier dans d’autres où la vie semble plus confortable. Au départ, Winterbottom voulait stigmatiser l’hypocrisie de la distinction qui se fait chez les immigrés, entre ceux qui sont désirables (ceux qui fuient le pays par conviction politique) et indésirables (ceux qui viennent pour des raisons économiques). Pour une meilleure cohérence dans le message, afin de faciliter la fluidité de la narration, le cinéaste a préféré se focaliser sur le destin de Jamal, un jeune enfant. De Peshawar (Pakistan) à Londres, on suit le parcours initiatique et chaotique de ce garçon qui, entre allés et retours, manche et petits boulots, doit passer les frontières pour se réfugier dans un monde meilleur. En quête d’ailleurs et d’idéal utopique, ces immigrants vont jusqu’à se mettre eux-mêmes en danger. Dans un souci de véracité, le scénariste Tony Grisoni est allé à la rencontre de jeunes Afghans à Londres qui, comme le personnage principal, ont effectué ce trajet de l’horreur. Les conditions sont tellement âpres qu’il est impossible de savoir si on va en ressortir vivant. La détermination et le désir de liberté de ces gens possèdent généralement une fin tragique, comme le montre la suffocante scène du bateau qui reste la plus éprouvante du film (reprise dans The Road to Guantanamo).

Cette histoire terriblement vraisemblable s’inspire d’anecdotes édifiantes qu’on entend le plus régulièrement au journal de vingt heures et qui ne nous sont évoqués qu’oralement, à l’instar des Chinois, découverts à Douvres en 2001 morts asphyxiés dans le camion frigorifique qui les transportait depuis la Belgique. Et Winterbottom filme ce trafic inacceptable en essayant le plus souvent de ne pas sombrer dans le misérabilisme. Ours d’or du dernier festival de Berlin, In this World propose une alternative intéressante en conciliant fiction et documentaire avec un style certain et inspiré. Dommage que le cinéaste ait parfois recours à une esthétisation trop voyante, à l’instar de la bande-son aussi pompière qu’inadéquate, qui bride paradoxalement un peu l’émotion, la simple force des images se suffisant à elle-même. Seul point commun entre ces deux derniers films sortis à quelques mois d’intervalle ? La forme d'une déconcertante légèreté (utilisation d'une caméra DV). La contradiction entre la forme et le fond, sujet fondamental chez lui, montre la singularité de la filmographie de Winterbottom avec d’un côté, une fluidité de l’image; de l’autre, des thèmes profonds et graves. Deux faces différentes, deux styles opposés.
9 SONGS : SCANDALE & CENSURE. WINTERBOTTOM JOUE DANS UN TERRAIN DANGEREUX

Entre In This World et le scandale 9 Songs, il réalise une fantaisie étrangement inédite dans l’Hexagone : Code 46, un drame sentimental futuriste dans lequel Tim Robbins et Samantha Morton, lui sur son échelle de Jacob, elle dans les voyages de Morvern Callar, faisaient des étincelles mais sauvaient le film de son aspect un chouia conceptuel. Tournons la page. La période 9 songs vient redéfinir la question de la représentation de la sexualité à l’écran. Neuf chansons pour une histoire d’amour qui a failli être classée X. Aimer est plus fort que d’être censuré ? Oui. Lisa rencontre Matt lors d’un concert. Coup de foudre immédiat : les deux tourtereaux se revoient, baisent, vont à des concerts, prennent des bains, multiplient les jeux érotiques, s’embrassent sensuellement, se disputent, se retrouvent, se quittent. Pas d’obscénité, juste une histoire d’amour éphémère comme on en a tous connu. Les films polémiques sont intéressants parce qu’ils soulèvent des questionnements, transgressent des tabous et remettent en cause le statut du spectateur. 9 songs (interdit aux moins de 18 ans) décrit la passion d’un couple qui ne vit que d’amour et de musique, avec des acteurs qui ont des relations sexuelles non simulées devant la caméra. Fier de sa liberté et de ses audaces, ce film punk va à l’essentiel en s’affranchissant de toute contrainte (quasi absence de dialogue ou de scénario).

Influencé par le roman Plateforme de Michel Houellebecq, Michael Winterbottom a signé le film sex, drug and rock’n’roll par excellence dont les velléités provocatrices s’affichent jusque dans des choix formels totalement assumés (recours à la DV pour favoriser l’intimité, lumière naturelle pour sonner réaliste...). On peut se demander ce que le film serait devenu si le documentaire musical avait été dissocié du film X, mais la combinaison, aussi fragile soit-elle, fonctionne. Sans doute parce que Winterbottom enregistre la quintessence du désir et célèbre la puissance du rock avec le même talent. Il réussit à maintenir l’intérêt pour une histoire d’amour éphémère et insère parallèlement des extraits de concert avec entre autres les Dandy Warhols, Primal Scream ou Franz Ferdinand (le film s’ouvre et se ferme sur deux chansons en live des Black Rebel Motorcycle Club).
Ce film, très cohérent dans la filmographie de ce cinéaste éclectique, ne ressemble qu’à lui-même. C’est sa qualité et son défaut : il risque d’indisposer ceux qui ne veulent pas succomber au vertige mais de réjouir les autres qui verront qu’il est possible de faire un film pornographique avec des scènes de sexe sensuelles, des acteurs qui savent jouer, des personnages qui ont des états d’âme et une bande-son somptueuse.
Michael, calmé ? Non. Un an après (soit en 2006), il est toujours actif avec deux films qui sortent parallèlement – et prochainement – sur les écrans: Tournage dans un jardin anglais dans lequel une équipe de cinéma tente comme elle peut de tourner l’adaptation d’un chef-d’œuvre de la littérature anglaise (La vie et les opinions de Tristram Shandy, écrit par le pasteur Laurence Sterne) ; et The Road to Guantanamo sur l’itinéraire éprouvant de quatre Anglais qui partent célébrer le mariage d’un ami au Pakistan et, suite à de multiples amalgames, se trouvent prisonniers à la prison de Guantanamo. A eux seuls, ces deux films diamétralement opposés que ce soit au niveau formel ou narratif résument le caractère imprévisible du cinéaste. Et soulignent incidemment son inégalité. Tournage dans un Jardin Anglais, adaptation filmique d’un roman inadaptable et chronique d’une catastrophe annoncée, s’impose comme une comédie frivole et typiquement british reposant sur le procédé des mises en abyme. S’il n’évite pas quelques fâcheuses baisses de régime et des maladresses dans sa construction, le résultat séduit cependant par intermittences par son caractère ostensiblement foutraque et doit essentiellement aux acteurs, tous énergiques. Un délire de potes qui transforme un objet cérébral en divertissement ludique.

Plus viscéral et plus sombre, The Road to Guantanamo, que Winterbottom a co-réalisé avec Mat Whitecross, peut se voir comme l’antithèse radicale du Tournage…. Dans un style docu-fiction proche de In this World, sans les afféteries formelles dommageables du dernier, il récuse toute fantaisie et tend à capter l’horreur du quotidien, le vérisme à l’état le plus brut… Le cinéaste capte sur bobine un parcours édifiant et scrute en filigrane les effets néfastes de la riposte post-11 Septembre des Etats-Unis sur les pays du Moyen-Orient. Si l’ensemble est politiquement (voire moralement) discutable, il n’en reste pas moins brillant dans sa démonstration, subjugue par ses audaces formelles et impressionne tout court par son ton qui refuse toute facilité comme complaisance. Un premier film pour s’amuser; un second pour s’alarmer. C’est la classe Winterbottom.



















