Nicolas klotz

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Documenter et instruire le monde par le truchement du cinéma, dire ce qu’il est et le représenter par la grâce froide d’un instant,documentariste qu’est Nicolas Klotz.

celui marquant de la pellicule, telle pourrait être la profession de foi du cinéaste documentariste qu’est Nicolas Klotz. Regarder frontalement le monde contemporain et ses obscurités, celles que l’on cherche tant à se dissimuler, la possible définition de son ouvrage filmique.

la question humaine

Mais à quelle(s) fin(s) ? Pour montrer. Pour faire connaître. Pour prendre conscience et nécessairement pour agir. Par le cinéma qu’il soit de fiction, du réel ou documentaire.

Le natif de Neuilly sur Seine s’impose donc par cette profonde ambition : celle du cinématographe et de ses moyens, au service de la création et plus sûrement de l’action. En artiste donc et plus encore en tant que citoyen. Voici donc comment rentrer dans la filmographie que construit cet homme de notre temps avec des films aux titres aussi forts et signifiants. Après Paria et la Blessure, c’est effectivement au tour de la Question humaine, sa dernière œuvre, d’être présentée à la critique puis au public. Et ce n’est pas une moindre attente ou une demie surprise qui nous attend après l’impact autant moral qu’esthétique de la Blessure.

la question humaine

En parler sous la lumière des projecteurs cannois et le savoir exposé à l’ombre toutefois plus discrète de la Quinzaine, rassure donc et promet enfin à ce cinéaste, une couverture médiatique qui ne soit plus exclusivement celle des Cahiers, d’Arte cinéma ou des médias cinéphiliques. Parce que l’homme est précieux, parce qu’il est des rares qui ont l’audace d’une radicalité dont le cinéma, notre cinéma a l’incontestable besoin. Espérons par conséquent que pareille sélection augure pour lui et ses films d’être plus encore soutenus, encouragés et diffusés. Et notamment La Question humaine, métrage porté par l’interprétation de Matthieu Amalric et qui touche aux attitudes nauséabondes qui pourrissent le corps social qu’est le microcosme des entreprises.

Nicolas Klotz, une carrière double

L’homme et créateur, entre autre chose professeur à la FEMIS, a évolué et beaucoup expérimenté depuis ses débuts. Ainsi, la trajectoire qui est sienne l’a vu notablement s’éloigner de ses premiers essais filmiques pour parvenir aux avancées plus sombres, fondatrices, qui structurent la trilogie de ses derniers films politiques. Nicolas Klotz inaugura en effet sa carrière en tant qu’assistant avant de parvenir à se placer en seul maître derrière la caméra. Datée de 1987, sa première réalisation sera documentaire et dressera le portrait de Pandit Ravi Shankar, le joueur de sitar et père de Norah Jones, en le suivant au gré de ses voyages musicaux en Inde, de Bénarès à Calcutta ou dans les capitales parisienne et londonienne. Puis, il se consacrera à des films de studio tout en continuant par ailleurs son travail documentaire.

la question humaine

Ainsi, dotés de substantiels moyens et d’acteurs conséquents, 1988 verra la création de La nuit Bengali qui sera l’adaptation filmique du roman biographique de l’historien des religions, Mircea Eliade. Cette dernière contera dans les années 1930, l'histoire d'un jeune homme venu d’Occident jusqu’à Calcutta et son amour pour la fille de son employeur bengali. On notera au passage que le rôle est tenu par un jeune alors inconnu, Hugh Grant et que John Hurt complète le casting. Ensuite, ce sera au tour de la Nuit Sacrée de venir enrichir la filmographie du cinéaste. Nous sommes alors en 1993 et ce métrage adapte là encore, une œuvre romanesque, en l’occurrence le diptyque écrit par Tahar Ben Jelloun, L'enfant de sable et La nuit sacrée, pour nous proposer l’histoire de la huitième fille d'une famille marocaine dont le sexe est caché de tous à la naissance et qui sera élevée comme un garçon jusqu'à ses vingt et un ans. L’auteur des ouvrages originels gratifiera d’ailleurs le cinéaste d’un des plus appréciables compliments qui soient dans de telles aventures en confiant qu’il est « un adapté heureux ».

Après la création de l’Asile, sa compagnie théâtrale en 1995, la voie documentaire reprendra alors ses droits chez Nicolas Klotz et ce dernier signera à l’orée 1996, Chants de sable et d'étoiles, film qui s’ouvre aux traditions musicales juives telles qu’elles sont vécues et interprétées de par le monde. Ce sera ensuite, entre autres films, au tour de James Carter en 1998 de faire l’objet d’un traitement filmique puis à Brad Mehldau en 1999 de bénéficier d’un portrait qui viendra souligner si besoin en était, l’appétence du cinéaste pour le sujet musical et son approche.

la question humaine

« Je crois de moins en moins à ce cinéma [NDLR - de studio]. À l’époque où j’ai fait ces films, j’apprenais. Je sentais que je passais à côté de quelque chose à cause du poids et des malentendus qu’il pouvait y avoir.[…] Faire un vrai film dans ces conditions est extrêmement difficile. Il faut être Kubrick. J’avais besoin d’être plus fragile de chercher des choses plus singulières. J’ai replacé mon désir de cinéma à partir du moment où j’ai commencé à tourner avec une petite équipe et peu d’argent. J’ai l’impression de découvrir le cinéma. »
Nicolas Klotz, L’Humanité, 7 novembre 2001

Après une parenthèse fictionnelle longue de plus sept années, Arte cinéma et d’autres partenaires lui offrent donc la possibilité de venir en usant de la télévision à des sujets différents et à un traitement filmique moins artificiel et contraignant que celui du studio. Ainsi, tournera-t-il en 2000 le téléfilm, Un ange en danger qui connaîtra une version cinéma baptisée Paria. Tourné en caméra DV, récompensé par deux prix au Festival de San Sebastian et à Genève, Paria retrace le parcours d'un jeune homme, Victor, qui va vivre son premier amour avec Annabelle, tout en découvrant l’univers de l’exclusion sociale, la réalité d’une vie passée dans la rue aux côtés de Mono, cela alors même qu’autour d’eux, l’on fête l’an 2000.

la question humaine

« Les réalités de l'exclusion sont des réalités extrêmement tenaces, extrêmement visibles. Des sommes considérables sont investies chaque jour pour tenter d'en détruire les traces. Pas pour détruire l'exclusion elle-même, seulement ses images. Comme si les victimes humaines de l'exclusion, une fois exclues par nous, ne devaient même plus prétendre avoir le droit à la parole. […]Tout le travail de la mise en scène a été de trouver la place que le cinéma pouvait occuper dans cet espace souvent étouffant, sans le déformer, afin d'entraîner les spectateurs dans leurs aventures, jusque dans le coeur de notre propre humanité ; Là où nos vies se jouent autant que les leurs.»
Nicolas Klotz, à propos de Paria

En 2004, avec sa comparse Elisabeth Perceval, Nicolas Klotz créent Petits et Grands Oiseaux, leur société de production afin de développer, d’écrire, et de coproduire leurs prochains films au premier rang desquels figurera Nus. Ce film poursuivra cette même double logique en explorant plus encore la veine du cinéma du réel dans un esprit citoyen et militant. Et il inscrira plus encore la même année avec La Blessure, sa version cinéma, son réalisateur parmi les plus singuliers et marquants des années 2000. Traitant des conditions inacceptables d’accueil et de détention des immigrants clandestins dans les zones aéroportuaires de Roissy, La Blessure, présentée à Quinzaine des Réalisateurs 2004, aura son effet. Et ce film ne cessera de marteler le constat d’une insupportable vérité pour n’importe quelle démocratie, et a fortiori pour celle qui se veut comme la patrie des droits de l’Homme et fidèle à l’esprit révolutionnaire des Lumières.

la question humaine

Après trop d’attente et une incompréhensible absence en DVD de ses films, 2007 sera l’année du retour pour Nicolas Klotz et l’occasion de nous offrir son dernier métrage avec La Question Humaine. Nouvelle adaptation littéraire, cette fois-ci du roman de François Emmanuel, ce dernier est présenté à la trente neuvième Quinzaine des Réalisateurs à l’instar de son précédent métrage. L’oeuvre qui réunit Michael Lonsdale, Jean-Pierre Kalfon et Laetitia Spigarelli, suit dans le Paris d’aujourd’hui Simon, psychologue de la DRH d’une grande société, chargé d’enquêter secrètement sur l’un des principaux dirigeants du groupe. Dans un univers où triomphe un libéralisme sauvage et sans règles, en abordant les problématiques douteuses et honteuses du management moderne, La Question Humaine, nouvelle collaboration avec Elisabeth Perceval, étonne en convoquant en sus d’un réalisme documentaire, l’Histoire et ses plus noires heures.

Avec un sens du dépassement et un mélange des genres aussi magistraux que déroutants, le constat de telles pratiques promet de bouleverser au vu des premières réactions cannoises et de mériter plus que de la considération. L’attente est donc vive et l’impatience accrue avant que l’œuvre nous impressionne en salles. Ce sera le 29 août prochain.

Filmographie

2007 - La Question Humaine
2003 - Nus (Télévision)
2003 - La Blessure (version cinéma de Nus)
2002 - La Revue : John Malkovich (émission culturelle)
2000 - Paria (version cinéma de Un ange en danger)
2000 - Un ange en danger (Télévision)
1999 - Brad Mehldau (documentaire)
1998 - James Carter (documentaire)
1996 - Chants de sable et d'étoiles (documentaire)
1992 - La nuit sacrée (cinéma)
1988 - La nuit Bengali (cinéma et télévision)
1987 - Pandit Ravi Shankar (documentaire)


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