Ronny yu

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La sortie du Maître d'Armes le 6 septembre dernier est l'occasion de revenir sur le parcours du réalisateur Ronny Yu, longtemps considéré comme l'homme d'un seul film : Jiang Hu.

Son parcours en dents de scie, sa carrière américaine parfois décevante ne nous avaient pas préparés à l'excellente surprise que représente ce film enthousiasmant et empreint de nostalgie tant il fait référence à la glorieuse époque que fut le début des années 90 pour le film d'arts martiaux.

Né en 1950 à Hong Kong, Ronny Yu Yan-Tai découvre le cinéma grâce à son père qui l'emmène dans les salles obscures découvrir les grands films d'aventures hollywoodiens. Une aubaine pour cet enfant handicapé dès l'âge de neuf ans par une poliomyélite qui le condamne à passer beaucoup plus de temps à la maison que ses camarades de classe. Après avoir validé une scolarité classique à Hong Kong, il poursuit ses études aux Etats-Unis à la Southern University de Californie ainsi qu'à l'Université de l'Ohio et obtient une maîtrise en marketing et communication, convaincu que ce diplôme a des chances de l'amener à toucher de près ou de loin à l'industrie du cinéma. En réalité, les choses se goupillent par hasard, lorsqu'il fait la connaissance de l'ex-policier Philip Chan après être rentré à Hong Kong. Ce dernier souhaite en effet monter un film inspiré de sa propre vie. Ensemble, les deux hommes écrivent le scénario de The Servant en 1979 et doivent compter sur l'aide d'un ami producteur pour financer le projet. Reste à trouver un réalisateur. Ronny Yu, qui n'a pourtant strictement aucune expérience dans le domaine, se voit propulser à ce poste faute de mieux et fait ses gammes tant bien que mal sur ce tournage aussi mouvementé qu'instructif. Une vocation est née.

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LE MAITRE D'ARMES

Dès l'année suivante, Ronny Yu s'attelle à un deuxième film, The Saviour réunissant à l'affiche Kent Cheng et Gigi Wong. Le succès inattendu de The Servant lui a permis de mettre solidement le pied à l'étrier et en 1980 toujours, il apparaît en tant qu'acteur dans la version partiellement retournée et remontée du pamphlet choc de Tsui Hark, L'Enfer des Armes. Aux côtés de Derek Yee et de Tsui Hark lui-même, il y incarne l'un des agents spéciaux mandatés pour enquêter sur le trafic d'armes international devenu, par la force des choses (la contrainte de la censure), le nouveau sujet du film. Il revient à la réalisation en 1982 seulement avec The Postman Strikes Back, film qui marque sa première collaboration avec la star Chow Yun-Fat, alors vedette de télévision et de quelques films oubliables, à l'exception de The Story of Woo Viet de Ann Hui. S'ensuivront de multiples séries B plus ou moins oubliables, qu'il dirige et/ou produit, voire dont il signe à l'occasion le scénario.
Outre Kent Cheng et Chow Yun-Fat, qu'il retrouve respectivement sur The Trail en 1983 et The Occupant en 1984, il dirige durant près d'une quinzaine d'années nombre d'acteurs incontournables du cinéma de Hong Kong des années 80, tels Alan Tam et Bill Tung dans Mummy Dearest en 1985, Brandon Lee sur L'héritier de la violence en 1986, Andy Lau et Carina Lau dans China White en 1989 (qu'il réalise et produit), Tony Leung sur The Great Pretenders en 1991 ou encore Leon Lai et Yuen Biao dans Shogun & Little Kitchen en 1992. Sa carrière de producteur, inaugurée avec Chicken and Duck Talk en 1988, prend son véritable envol à partir des années 90. Il compte notamment à son actif le film Once upon a time a hero in China, sorte de parodie du Il était une fois en Chine de Tsui Hark réalisée en 1992 par Lee Lik-Chi, avec Alan Tam dans le rôle de Wong Fei-Hung, bien entouré de Tony Leung Kar-Fai (assez porté sur les comédies non-sensiques à mille lieues du Chinois de L'Amant), Ng Man-Tat, Eric Tsang et Teresa Mo. Le film connaîtra dès 1993 une "suite" presque aussi délirante intitulée Master Wong Vs. Master Wong, toujours chorégraphiée par Tony Leung Siu-Hung.

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JIANG HU

Si Ronny Yu affiche depuis ses débuts un goût évident pour le travail bien fait, rien dans son parcours ne laisse augurer que le nom de cet honnête artisan puisse un jour marquer d'une quelconque façon l'histoire du cinéma de Hong Kong. Jusqu'à 1993 et Jiang Hu.

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JIANG HU

Lorsque son associé producteur Raymond Wong, qui dirige Mandarin Films, lui propose d'adapter le célèbre roman d'arts martiaux La Légende de la Sorcière aux Cheveux Blancs, écrit par Liang Yu dans les années 50, Ronny Yu n'a encore jamais tâté du film d'époque. Le livre a déjà fait l'objet de deux adaptations dans les années 60 et 70 mais il décide d'en faire table rase et de proposer une version moderne de cette histoire d'amour tragique. Intervenant à tous les niveaux, depuis l'écriture jusqu'à la post-production (le film est le premier à Hong Kong à être mixé en Dolby Digital Stéréo au lieu du mono habituel) en passant par le casting prestigieux illuminé par les stars Leslie Cheung et Lin Ching-Hsia, il signe avec Jiang Hu / The Bride With White Hair son œuvre la plus éblouissante et la plus aboutie, et accessoirement l'un des plus beaux wu xia pian de l'ex-colonie toutes périodes confondues. Contraint de s'accommoder d'un budget réduit, il multiplie les expérimentations tant au niveau technique qu'artistique, prenant le contre-pied de ses confrères de l'époque adeptes d'angles déformants et de montage hystérique pour livrer une oeuvre stupéfiante de fluidité, où la splendeur plastique n'a d'égale que la passion brûlante qui anime les deux flamboyants héros. Le film est très justement récompensé au Festival d'Avoriaz en 1994 mais ne connaîtra malheureusement jamais de distribution dans les salles françaises.

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JIANG HU

Succès oblige, Jiang Hu connaît une suite la même année, en 1993, réalisée cette fois par le monteur du premier opus, David Wu. Lin Ching-Hsia y endosse de nouveau le costume de la Louve tandis que Leslie Cheung gratifie le public d'une apparition surprise dans les dix dernières minutes du film. C'est très peu mais c'est peut-être là le seul intérêt de cette séquelle inepte à tous les niveaux, que l'on ne saurait trop conseiller aux amateurs du chef d'œuvre de Ronny Yu de fuir comme la peste. L'incomparable Lin Ching-Hsia elle-même y livre l'une des pires prestations de toute sa carrière, c'est dire si la chose mérite d'être oubliée.

Après avoir produit All's Well Ends Well, Too en 1993 et Satin Steel en 1994, Ronny Yu se lance à nouveau dans la réalisation en 1995 avec The Phantom Lover à l'occasion duquel il retrouve l'acteur Leslie Cheung. Sans atteindre les sommets de Jiang Hu, ce film mélancolique parvient à transmettre une certaine émotion, grâce à l'interprétation de la star dans un rôle atypique au sein de sa filmographie, celui d'un homme défiguré (!) qui hante de sa présence fantomatique un opéra investi par une troupe de théâtre. Le thème du handicap, récurrent dans la filmographie de Ronny Yu (les jumeaux siamois de Jiang Hu, c'était son idée) est ici au centre de The Phantom Lover. Producteur du film, Leslie Cheung en compose toutes les chansons, réunies sur le très bel album A Thousand Dreams of You, à l'intérieur duquel on retrouve d'ailleurs aussi la superbe chanson de fin de Jiang Hu (titre 9).

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Mais l'année 1997 approche à grands pas et avec elle, la remise en question du cinéma de Hong Kong qui conduira à la fuite des talents vers Hollywood, considéré alors comme l'eldorado ultime. A la différence de la plupart de ses compatriotes exilés, tels John Woo, Ronny Yu a l'avantage de parler déjà couramment anglais et de connaître le pays puisqu'il y a séjourné et y a poursuivi ses études supérieures. Le projet auquel il est rapidement attaché a en revanche de quoi surprendre les fans de Jiang Hu : les héros de son premier film occidental, Warriors of Virtues (ou Magic Warriors), ne sont autres que des kangourous amateurs d'arts martiaux ! C'est dans un monde où de telles aberrations sont rendues possibles qu'atterrit le personnage principal humain du film, un jeune garçon qui va voir d'un seul coup disparaître son handicap à la jambe en plongeant dans une étrange piscine. Le handicap en question, qui évoque de très près celui dont a souffert le réalisateur durant son enfance, représente à peu près le seul élément de scénario susceptible d'excuser l'investissement de Ronny Yu dans cette entreprise foireuse et foirée. L'échec public et critique est retentissant et l'on ose à peine imaginer comment le réalisateur pourra se relever d'un tel rejet.

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LA FIANCEE DE CHUCKY

Et pourtant, il enchaîne dès 1998 avec La Fiancée de Chucky, énième séquelle de la saga Chucky où Brad Dourif prête de nouveau sa voix à la poupée sanguinaire, flanquée cette fois d'une coéquipière tout aussi vilaine jouée par Jennifer Tilly et qui répond au doux prénom de Tiffany. Le film est autrement mieux accueilli que le précédent, même s'il ne fait pas l'unanimité en optant pour un ton délibérément comique au lieu d'essayer de faire peur. Quoiqu'il en soit, La Fiancée de Chucky a le mérite de faire rire en plus de ne pas lésiner sur le gore, et assure à son réalisateur un petit avenir sur le territoire américain. Il faudra cependant attendre 2001 pour que Ronny Yu s'attelle à un nouveau long métrage. Changeant une fois encore de registre, il se retrouve aux commandes d'une comédie d'action, Le 51ème Etat, dans laquelle il dirige pour la première fois une grande star américaine, Samuel L.Jackson, ainsi que la star britannique Robert Carlyle. Sans être mémorable, le film offre un bon moment de divertissement et permet surtout au réalisateur et à son acteur principal de nouer une bonne entente. C'est ainsi que Samuel L.Jackson orientera peu de temps après Ronny Yu vers le projet Snakes on a plane (Des serpents dans l'avion). Le film sera finalement réalisé par David R. Ellis mais son pitch délirant aurait sans doute convenu au réalisateur imprévisible de Magic Warriors. Dommage…

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FREDDY VS JASON

L'aventure continue. Comme il l'a fait avec La Fiancée de Chucky quelques années plus tôt, Ronny Yu revisite à sa façon les mythes établis du film d'horreur américain avec Freddy Vs Jason en 2003, à ceci près qu'il s'attaque cette fois à deux monstres et non plus un seul. Le film est forcément très attendu des fans des deux séries et paraît en avoir contenté plus d'un au final. Difficile à croire au vu du résultat terriblement mou et convenu d'où aucune tension ne transpire jamais, et dont on ne retiendra qu'une très belle direction de la photographie (certains plans du décor en flammes du duel final évoquent très furtivement les couleurs de Jiang Hu). Condamné sur le papier, le film l'est tout autant à l'écran en dépit des efforts du réalisateur pour restituer l'ambiance de l'univers qui entoure de Freddy Krueger. L'ennui étant que ce personnage et son univers ne peuvent fonctionner que seuls. L'irruption incongrue du pauvre Jason, qui décime une à une les victimes de Freddy, ne mène strictement à rien et annule toute tension horrifique. Leur affrontement – ils connaissent aussi bien le kung fu que les kangourous de Magic Warriors – ne rime strictement à rien. Tout cela n'empêche pas Freddy Vs Jason de rentrer dans ses fonds et les producteurs d'en envisager une suite dont Ronny Yu, longtemps pressenti pour en être l'heureux réalisateur, semble aujourd'hui détaché jusqu'à nouvel ordre.

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LE MAITRE D'ARMES

Plus intéressant est Le Maître d'Armes, qu'il réalise près de deux ans plus tard. Inspirée de la vie de Huo Yuan-Jia qui fonda l'école Jingwu Men, cette fresque fantaisiste marque non seulement le retour du réalisateur vers un projet artistiquement plus ambitieux mais aussi celui de Jet Li vers le genre qui fit sa gloire au début des années 90. Malgré les quelques coupures qui nuisent légèrement au rythme de la dernière partie du film, Le Maître d'Armes est une réussite couronnée de succès au box-office chinois, qui a de plus l'immense mérite de faire renaître de ses cendres le film d'arts martiaux, genre tombé en désuétude depuis près d'une dizaine d'années à Hong Kong. Le Maître d'Armes s'impose comme le film le plus abouti du réalisateur depuis Jiang Hu et le seul qui puisse lui être comparé, ce qui n'est pas peu dire.

Ronny Yu planche actuellement sur un projet qui n'a strictement rien à voir avec celui-ci. Il s'agit en effet d'une adaptation live de l'OAV Blood the Last Vampire de Hiroyuki Kitakubo, prévue pour 2007. Ecrit par Kenji Kamiyama, le scénario de l'œuvre originale était quelque peu léger, le challenge relevé par cet OAV étant à l'époque principalement d'ordre technique, avec un soin particulier apporté à l'animation et à l'intégration 3D. Inégal certes, mais toujours surprenant, ne serait-ce que dans ses choix, Ronny Yu devrait prouver une fois de plus avec ce nouveau film qu'il a plus d'un tour dans son sac.




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