box office

1

L'AGE DE GLACE 3 - LE TE
entrées : 2 403 734 (1 semaine)




2

TRANSFORMERS 2 : LA REVA
entrées : 1 682 270 (2 semaines)




3

VERY BAD TRIP
entrées : 793 799 (2 semaines)




4

WHATEVER WORKS
entrées : 287 452 (1 semaine)




5

JEUX DE POUVOIR
entrées : 518 869 (2 semaines)




6

LE HERISSON
entrées : 204 716 (1 semaine)




7

TELLEMENT PROCHES
entrées : 653 754 (3 semaines)




8

LES BEAUX GOSSES
entrées : 750 012 (4 semaines)




9

LASCARS
entrées : 494 758 (3 semaines)




10

TERMINATOR RENAISSANCE
entrées : 1 526 612 (5 semaines)

Sarah polley

sarah polley (8 Janvier 1979 - )

De jouer à des jeux virtuels dangereux (eXistenZ, de David Cronenberg). Ou encore de se fondre dans une atmosphère cotonneuse de tragédie collective (De beaux lendemains, d’Atom Egoyan).

A chaque fois, l’actrice affirme son goût de l’éclectisme et de la polyvalence. Avec Loin d’elle, elle confirme en passant derrière la caméra pour réaliser un film qui lui est très proche (elle sourit quand on lui parle de Bergman qui l’a beaucoup inspirée). Rencontre avec une beauté diaphane aux talents multiples.

loin d'elle

Sarah Polley est une exception. Mais une exception du genre discrète. Vous ne la verrez jamais en une des tabloïds et elle s’en réjouit. Elle n’a même pas trente ans (née en 1979) qu’on a l’impression qu’elle a vécu une foultitude de vies parallèles: "Je ne sais pas d’où vient cette gravité permanente que l’on soupçonne chez moi. J’en suis la première surprise. De même que je ne comprends pas moi-même d’où vient cette envie de traiter de sujets douloureux avec un recul très adulte. Peut-être parce que j’ai fréquenté le monde du cinéma très jeune et que j’ai dû me confronter à des situations délicates lorsque j’étais adolescente." Dans la vie de tous les jours, Sarah déteste la sensiblerie, le pathos poids lourd, le chantage à l’émotion. Bref, tout ce que son premier long n’est pas. Avec Loin d’elle, film casse-gueule par excellence, elle récuse les poncifs du mélodrame pour raconter quelque chose de plus profond: la mémoire et les souvenirs qui travaillent au cœur et la folie irréversible qui guette tout le monde. D’ailleurs, si ça peut rassurer, l’histoire de Loin d’elle est moins axée sur la maladie Alzheimer que la détresse d’un homme qui voit son épouse devenir folle.

loin d'elle

Souriant, la voix douce, elle avoue: "Avec un sujet pareil, il était très facile de tomber dans le sentimentalisme et le pathos. Ce que je voulais à tout prix éviter. Au cinéma, en tant que spectatrice, je déteste par exemple lorsque je vois un film qui essaye de me manipuler avec la grande cavalcade du chantage à l’émotion. D’ailleurs, avec Loin d’elle, je n’ai pas cherché à émouvoir. Je voulais que le film reste volontairement froid, sans ajouts de violons mélodramatiques. Effectivement, dans l’histoire, j’ai été très sensible au regard de cet homme qui comprend malgré lui le sens du mot «dévotion»."

A l’origine, le film est parti d’un coup de cœur littéraire: "Depuis longtemps, j’essayais de réaliser mon premier long métrage et je me suis entraînée en réalisant des courts-métrages pour travailler la mise en scène. J’ai lu le roman Alice Munro (L'ours qui traversa la montagne) et j’ai été bouleversée par sa complexité et sa thématique autour de la mémoire, de ce qui reste d’une relation amoureuse. Ce sujet touche tout le monde. Le fait que Julie Christie ait accepté de tourner pour moi a contribué à m’encourager sur cette voie. On s’est rencontrées sur No such Thing de Hal Hartley (malheureusement inédit en France). Et juste après le tournage, j’ai attaqué la lecture du roman. En tournant les pages, je voyais son visage se superposer sur celui du personnage, notamment dans les scènes les plus déchirantes. C’était elle, sinon rien." Malgré ses incontestables qualités, Loin d’elle est-il conseillable à tout le monde (certains de nos collègues n’ayant pas voulu se fondre dans l’atmosphère mortifère de Loin d’elle, le trouvant trop dérangeant)? Réponse franche de Sarah: "Au moment où il crée son film, un réalisateur ne pense pas aux réactions du public. Il essaye d’abord d’être honnête avec son sujet et le monde qu’il décrit. On ne peut pas contrôler les réactions du public. J’aimerais que tout le monde en retire quelque chose de totalement différent en fonction de leur vie actuelle. Rien de plus." Bien répondu.

loin d'elle

Même si Loin d’elle ne ressemble qu’à sa personnalité – grave et déterminée – qui perce sous son visage – doux et frêle, on peut se demander si elle n’a pas été influencée par les travaux de ceux avec lesquels elle a travaillé à l’instar d’Atom Egoyan (De beaux lendemains, dans lequel elle incarne la seule rescapée d’un accident ayant plongé une bourgade dans le deuil) ou Isabel Coixet (Ma vie sans moi, où elle bouleverse en jeune femme atteinte d’un cancer qui prépare la vie de sa famille sans elle): "Je suppose qu’ils ont dû avoir un impact sur ma vision de réalisatrice. Tout simplement parce que j’ai eu l’occasion de les voir au travail et que j’apprécie vraiment leur cinéma. Tous les cinéastes avec lesquels j’ai tourné, je les ai choisi parce que j’aimais ce qui faisait. L’armée des morts était un premier film mais je savais de quoi il en retournait. En ce qui concerne Loin d’elle, je ne pense que ce soit ouvertement inspiré par Atom Egoyan, mais si c’est le cas, ça reste d’ordre inconscient. C’est toujours intéressant d’avoir un point de vue externe sur son œuvre parce que ça ouvre des perspectives d’interprétations et de correspondances très stimulantes". Elle poursuit: "J’ai toujours eu des amis qui avaient des âges très variés, plus jeunes comme plus vieux. Je n’ai pas eu l’intention de parler des sentiments à un âge que je ne connaissais pas. En revanche, je trouverais ça fascinant de suivre l’évolution de mon couple (NDR. elle est mariée avec le monteur David Wharnsby) à travers les années. Oui mais en se focalisant sur un laps de temps déterminé chez un vieux couple, n’essaye-t-elle pas de souligner le fait qu’amour est synonyme de douleur voire de souffrance?: "Honnêtement, je le pense. Je pense même que les gens ont besoin d’histoire d’amour qui se terminent bien pour éviter de souffrir. En même temps, je reste persuadée que malgré toute la souffrance que le personnage masculin endure, il a la possibilité de devenir le mari qu’il n’a jamais eu l’occasion d’être."

loin d'elle

Pas toujours évident (les exemples sont nombreux), le travail d’adaptation a nécessité un travail d’écriture à la fois rigoureux et fidèle: "Ça s’est passé naturellement. Rien qu’à la lecture du roman, j’ai trouvé qu’il avait en soi quelque chose de profondément cinématographique. Je ne sais pas si c’est dû à l’écriture ou au sujet lui-même mais rien que dans sa description des paysages, j’imaginais déjà l’univers visuel du film. Bien sûr, j’ai dû faire quelques modifications mais je dois vraiment dire que les acteurs m’ont beaucoup soutenu dans ce travail. Sans eux, le film ne serait pas ce qu’il est." Loin d’elle est donc un film d’acteurs qui aime ses acteurs. C’est d’ailleurs souvent le cas lorsqu’un acteur passe à la réalisation. S’il ne connaît toutes les spécifications techniques, il fait montre de facultés de direction d’acteurs impressionnantes. On en parlait en préambule, son éclectisme revigorant qui constitue son atout le plus sûr. En tant qu’actrice, il n’a pas fallu attendre de la voir dans L’armée des morts pour comprendre qu’elle aimait autant les fictions frivoles (citons Go, de Doug Liman) et les objets exigeants (Exotica, d’Atom Egoyan). Sa recette ? Elle ne se définit pas comme «carriériste»: "Je n’ai aucun préjugé. Je fais les choses qui m’intéressent sur le moment. J’ai une vraie prédilection pour les films indépendants, mais je peux également aimer un film pop-corn. Ça peut paraître paradoxal mais j’adore George Romero. J’ai beaucoup aimé tourner dans L’armée des morts mais ce qui est sûr, c’est que je n’ai pas envie de m’enfermer dans une voie. Ce n’est pas le genre de cinéma dans lequel je pense m’épanouir tout en n’ayant pas envie de paraître trop précieuse dans mes choix. Je choisis mes scripts à l’instinct, sur le moment."

Le hasard veut que nous la rencontrons juste au moment où 300, le nouvel opus de Zack Snyder, suscite de grandes polémiques chez nous comme ailleurs. Quand on lui fait part des accusions politiques virulentes faites à l’égard de Snyder (alors qu’entre nous, il serait plus franc d’attaquer directement Frank Miller), Sarah Polley ne s’en étonne qu’à moitié. Elle n’a pas vu 300 mais se souvient que sur le tournage de L’armée des morts – dont elle garde, encore une fois, un excellent souvenir – s’il y avait un sujet à éviter avec le réalisateur, c’était bien celui de la politique de Bush que Snyder soutient bec et ongles, lui-même étant un républicain convaincu. Selon la miss, leurs rapports en sont restés à la simple courtoisie et au plaisir de faire un film fun, sans entrer dans les détails. D’autant qu’elle a pris un pied certain à croiser des acteurs comme Ving Rhames qui n’appartiennent pas à son univers filmique.

loin d'elle

Autre paradoxe: elle a noué une amitié sincère avec Isabelle Carré (que nous devons rencontrer justement après elle, dans un autre hôtel). Le soir même, elles avaient d’ailleurs rendez-vous ensemble, profitant du passage de Sarah sur Paris. Elles sont croisées au festival de Berlin et depuis se sont trouvées des tonnes de points communs. Sarah qui a déjà eu l’occasion de voir la performance d’Isabelle dans Anna M., a adoré le film qu’elle juge en tous points «terrifiant». C’est justement à ce moment que se profile l’ambiguïté Polley: Actrice? Réalisatrice? On ne sait plus de quoi ses beaux lendemains seront faits: "Le passage à la réalisation a été l’une des expériences les plus heureuses de mon existence. Je souhaite continuer en tant que réalisatrice. En même temps, j’adore jouer parce que le contact avec des metteurs en scène contribue à me faire avancer. Je retourne d’ailleurs en tournage dès cet été.» A tout hasard, on peut se demander si à l’instar de ses collègues elle aimerait profiter de ses dons – assurés – pour désormais se mettre en scène elle-même: «Bonne question, mais je ne pense pas. Jouer et réaliser sont deux choses totalement différentes en ce qui me concerne. C’est une situation que j’imagine problématique et face à laquelle je n’aimerais pas me retrouver."

Une manière subtile de nous dire qu’elle n’a peut-être pas envie de se donner en spectacle et de laisser les autres parler de ses sentiments. La voix d’une vraie réalisatrice, en somme, consciente des efforts de ses interprètes jusque dans les scènes les plus émotionnellement intenses: "Je me souviens que les acteurs ont tiqué sur une scène en particulier. Celle où le mari va la revoir et se rend compte qu’elle ne porte pas ses vêtements ordinaires. A ce moment-là, il se rend compte qu’elle n’est plus elle-même. Que ce n’est plus sa femme." Dans les cinéastes avec lesquels elle aimerait tourner, Sarah lance des appels à Terrence Malick (elle est fan de tous ses films, sans exception) et… Michael Haneke (elle adore Caché). Selon elle d’ailleurs, faire un remake de Funny Games est une idée absurde, «la première version étant tellement parfaite». Promis, la prochaine fois que l’on croisera le réalisateur Autrichien, on lui parlera d’elle.

loin d'elle

Pour l’heure, avant de la retrouver dans un cauchemar d’Haneke – Sarah serait formidable en ange du calvaire –, une vraie question turlupine : est-ce qu’on verra un jour un film de zombies réalisé par Sarah Polley ? L’actrice rit: "Je ne sais pas, je pense que c’est plus facile pour une actrice de varier ce genre de plaisir. Honnêtement, en tant que réalisatrice, je ne pense pas que je réussirais à multiplier les genres. Pour l’instant, en tout cas. Réaliser un film prend deux à trois ans de votre vie. Il faut aller au principal. Tout ce que je peux dire, c’est que mes prochains films seront dans la lignée de Loin d’elle, avec le même petit budget". Et, ajoutons-le, avec le même amour du cinéma, des personnages, des comédiens, des spectateurs. Que l’on se rassure: d’autres plaisirs intimistes de Sarah sont à venir. Pour l’instant, on peut se contenter du premier: Loin d’elle. Un beau film.

Propos recueillis par Romain Le Vern


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