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tadanobu asano (27 Novembre 1973 - )
Avec sa présence discrète et son regard énigmatique, ce comédien tout sauf conventionnel dévoile à travers ses films un charisme unique qui a su captiver les auteurs les plus novateurs que le Japon nous offre actuellement. Traversant depuis quelques années les frontières du Pays du Soleil Levant, Tadanobu Asano revient dans Vagues Invisibles, sa seconde collaboration avec réalisateur thaïlandais Pen-Ek Ratanaruang après Last Life in the Universe. Portrait d'un comédien aussi incontournable que fascinant.
VAGUES INVISIBLES
Les débuts
Né en 1973 à Yokohama, d'une mère hippie et d'un père agent artistique, Tadanobu Asano atterrit dans le milieu du cinéma sans volonté particulière d'y faire carrière. Lorsqu'il atteint l'âge de 16 ans, son père lui conseille de passer son premier casting pour la série Kimpachi Sensei, rôle qui lui permet de faire ses premiers pas sur le petit écran. Asano débute au cinéma en 1990 dans le film Swimming Upstream de Matsuoka Joji, pour enchaîner ensuite avec quelques projets plus mineurs avant d'obtenir un premier succès critique grâce à son rôle dans Fried Dragon Fish, moyen-métrage de Shunji Iwai. Quelques années plus tard, en 1996, il est salué par la critique internationale pour son rôle dans Maborosi, de Hirokazu Kore-eda, film dans lequel il campe un homme a priori sans histoire mais qui se suicide un jour de manière inexplicable, laissant derrière lui une épouse et un enfant. La même année, l'acteur recroise le chemin de Shunji Iwai et confirme son talent dans le long métrage Picnic, l'histoire de trois fous évadés d'un asile psychiatrique.
FRIED DRAGON FISH / PICNIC
Entre 1996 et 1999, la carrière de Tadanobu Asano prend son envol : il enchaîne déjà trois à quatre films par an, apparaissant tantôt dans des premiers rôles (Hakuchi, Le Labyrinthe des Rêves), tantôt des seconds (Gemini). A la fin de la décennie, il commence à tourner avec les plus grands : on le retrouve ainsi aux côtés de Takeshi Kitano dans Tabou (aka Gohatto), réalisé en 1999 par Nagisa Oshima. Asano incarne l'un des samouraïs du Shinsengumi dans cette œuvre fascinante qui raconte la fin du Shogunat à travers les conflits internes du clan autour d'un jeune apprenti d'une beauté troublante. Peu soucieux de son image, Asano devient rapidement l'un des acteurs montants les plus intéressants de sa génération et surtout l'un des plus courtisés par les réalisateurs indépendants, puisqu'il jouera au cours des années suivantes sous la direction de Takashi Miike, Shinya Tsukamoto ou encore Kiyoshi Kurosawa.
A travers des projets de plus en plus risqués, une personnalité d'acteur intrigante se dessine…

HAKUCHI
Une personnalité d'acteur unique en son genre
Si certains le décrivent comme un croisement entre Toshiro Mifune et Johnny Depp, il serait fort réducteur de se contenter de comparer Tadanobu Asano à d'autres artistes, si talentueux soient ces derniers. En vérité, Tadanobu Asano est l'un des comédiens les plus inclassables et les plus imprévisibles du paysage cinématographique actuel. Pour commencer, il est difficile de l'associer à un genre de films, tant le registre de l'acteur s'avère varié, allant du drame à la comédie, de la science fiction au film de sabre, du film défouloir ultra violent au film cérébral et existentiel. On ne sait jamais où on va le trouver. Difficile de cerner la personnalité d'un comédien que l'on peut découvrir aussi bien en mystérieux chauffeur de bus objet de tous les fantasmes dans le superbe Labyrinthe des Rêves (Sogo Ishii, 1997) qu'en yakuza cruel et masochiste dans Ichi the Killer (Takashi Miike, 2001), que l'on découvre un jour en samouraï ambigu dans Tabou (Nagisa Oshima, 1999) pour le retrouver le lendemain en voyeur pervers dans le déjanté Party 7 (Katsuhito Ishii, 2000), en rônin tragique et bouleversant dans Zatôichi (Takeshi Kitano, 2003), ou encore en adepte du jiu-jitsu affublé d'une coiffure afro dans le déjanté Tokyo Zonbi (Sekichi Satô, 2005)… La lecture du nom de Tadanobu Asano au générique d'une œuvre n'apporte qu'un indice sur celle-ci : elle risque fort de sortir des sentiers battus.

Tadanobu Asano et Joe Odagiri dans JELLYFISH
Cela dit, on pourrait dresser le profil d'un genre de personnage revenant souvent chez Tadanobu Asano, profil que le réalisateur thaïlandais Pen-Ek Ratanaruang exploite d'ailleurs très bien dans son récent Vagues Invisibles (2006). Outre ses qualités artistiques indéniables, l'œuvre doit beaucoup au charisme naturel de l'acteur, qui apparaît sur presque chaque plan. Le personnage typique de Asano pourrait être décrit comme suit : un homme charismatique mais discret, voire timide, parlant même avec retenue, mais dont la présence en apparence tranquille abrite bien souvent une violence contenue. Quand ils n'ont pas de tendances suicidaires (Maborosi, Hakuchi, Last Life in the Universe, Wind up Type…), les personnages de Tadanobu Asano sont rarement clean, l'acteur jouant de son regard impénétrable pour cultiver les ambiguïtés et les zones d'ombre (Zatoichi, Le Labyrinthe des Rêves, Distance…). Dans Vagues Invisibles justement, Kyôji assassine son amante et doit affronter sa propre conscience au travers d'un voyage aussi étrange qu'envoûtant, une errance physique et intérieure mêlant spleen et humour soit un parcours seyant à merveille à l'acteur.

SURVIVE STYLE 5+
La personnalité originale et introvertie qui ressort en général des films d'Asano peut aussi être exploitée à des fins comiques, comme c'est le cas dans le film choral Survive Style 5+ (Gen Sekiguchi, 2004). Dans cette œuvre délirante à souhait, dont certains passages sont devenus cultes (qu'attendent les distributeurs français pour nous le sortir ?), le personnage d'Asano assassine son épouse (l'excellente Reika Hashimoto, vue dans Hakuchi). Mais le fantôme de cette dernière revient sans cesse le harceler, malgré toutes les tentatives du monsieur de s'en débarrasser en la "tuant" de nouveau, encore et encore, ce qui donne d'ailleurs lieu à des scènes d'affrontement mémorables caractérisées par des costumes et des décors toujours plus extravagants.
Enfin, les projets dans lesquels Tadanobu Asano se met entièrement au service des délires d'un réalisateur dérangé, font bien entendu pleinement partie de l'intérêt de sa personnalité d'acteur : Asano le mélancolique est toujours susceptible de nous surprendre en apparaissant sous les traits de personnages totalement barjos. Cette propension à basculer se voit tantôt exploitée de manière loufoque, comme c'est le cas dans l'impayable faisait Electric Dragon 80 000 V réalisé en 2001 par son ami Sogo Ishii. Asano y incarne tout de même un homme dont les montées d'énergie électrique ne peuvent être apaisée que par l'usage frénétique d'une guitare électrique (Le fameux : "Guitar !!!") et qui se voit contraint d'affronter un Masatoshi Nagase mi-homme mi-machine. Il arrive aussi que le comédien apparaisse sous les traits d'un psychopathe, comme dans l'outrancier Ichi the Killer de Miike la même année. Parmi ses rôles les séquences les plus dérangeantes de l'acteur, on citera aussi son mémorable pétage de plomb face à une lycéenne aux moeurs imprudentes dans le troublant Love & Pop de Hideaki Anno, un moment au cours duquel l'imprévisibilité du bonhomme fait véritablement peur.
Tadanobu Asano entretient bel et bien un personnage à l'écran mais se réserve toujours la possibilité de changer brutalement de style, sans crier garde, interprétant toujours ses rôles de manière instinctive quelque soit le répertoire qu'il explore.

ELECTRIC DRAGON 80000 V
Les cinéastes importants de sa carrière
Comme tous les comédiens de cinéma indépendant, Tadanobu Asano a aussi ses réalisateurs fétiches. Certains l'ont révélé auprès du public japonais amateur de cinéma alternatif, d'autres ont contribué à étendre sa renommée au monde entier.
C'est peut-être bien à Shunji Iwai que l'on peut attribuer la découverte du talent d'Asano à l'occasion de son moyen métrage Fried Dragon Fish (1993). Injustement méconnu en France, Shunji Iwai n'est autre que l'auteur du fabuleux Swallowtail Butterfly (1996), chef d'œuvre dans lequel Asano tient d'ailleurs un petit rôle et côtoie la chanteuse Chara (son épouse à la ville). Compte tenu de son penchant pour les projets artistiquement raffinés, on ne s'étonne pas que comédien apprécie autant de travailler avec Iwai, lequel soigne l'esthétique de ses œuvres tout en affichant un goût prononcé pour la musique, comme en témoigne Swallowtail Butterfly.
ZATOICHI
Autre cinéaste fondamental dans la carrière de Tadanobu Asano : le réalisateur punk Sogo Ishii, auteur du fascinant Labyrinthe des Rêves, film qui nous plonge dans la paranoïa d'une hôtesse de bus persuadée que son collègue chauffeur (joué par Asano), dont elle est amoureuse, n'est autre que le meurtrier de sa meilleure amie. On doit aussi à Sogo Ishii quelques expériences uniques en leur genre comme Gojoe, adaptation libre de la légende de Yoshitsune et du moine Benkei dans lequel Asano interprète un sombre prince exilé et vengeur, et surtout Electric Dragon 80 000 V. Retrouvant ses racines punk, Sogo Ishii signe avec Electric Dragon 80 000 V une expérience psychédélique, électrisante et pour ainsi dire hilarante, dans laquelle Asano apparaît plus schizophrène que jamais. La collaboration entre Asano avec Ishii se prolonge même hors caméra puisque les deux compères ont fondé ensemble un groupe de musique du nom de Mach 1.67 - groupe qui signe d'ailleurs la bande originale de Electric Dragon 80 000 V. Enfin, parmi les cinéastes importants de la carrière de Tadanobu Asano au Japon, on citera aussi Hirokazu Kore-eda, qui révélait l'acteur en 1995 avec Maborosi, pour le retrouver en 2001 avec le drame déroutant Distance, et plus récemment en 2006 avec Hana, drame historique actuellement sur les écrans japonais.
Tadanobu Asano et Ryuhei Matsuda dans TABOU
Si les cinéphiles français ne sont pas tous familiarisés avec les noms de Shunji Iwai et Sogo Ishii, il n'ont en revanche pas pu passer à côté de ceux de Nagisa Oshima, Kiyoshi Kurosawa, Takeshi Kitano ou encore Takashi Miike.
Après sa collaboration avec Oshima dans Tabou, œuvre intrigante et sulfureuse dans lequel il interprète un samouraï séduit par le personnage de Ryuhei Matsuda (comme en témoigne une scène nocturne d'une sensualité troublante), Tadanobu Asano rencontre aussi l'univers étrange de Kiyoshi Kurosawa dans Jellyfish (2003), film dans lequel son personnage vit avec une méduse mortellement dangereuse. L'acteur tourne la même année sous la direction de Takeshi Kitano dans Zatôichi : il campe le rônin Hattori, samouraï déchu devenu assassin afin de financer les soins de son épouse malade. Tour à tour violent, tragique et drôle, Zatôichi réactualisait le mythe du célèbre guerrier aveugle (incarné pendant des années par Shintaro Katsu) et ravivait le genre du chambara pour se conclure par un face-à-face titanesque, presque poétique, entre Asano et Kitano.

ICHI THE KILLER
Affichant plus que jamais une totale liberté de registre, Asano n'hésite pas à se frotter aux univers des cinéastes les plus fous du Japon. C'est d'ailleurs Takashi Miike qui lui donne dans Ichi the Killer l'un des rôles les plus célèbres de sa carrière : Kahikara, gangster adepte de la torture qui se promène avec les joues tranchées dont les plaies sont retenues par des piercings - une fantaisie qui offre un résultat assez étonnant lorsque le bonhomme fume une cigarette. L'acteur vient tout juste de réitérer l'expérience miikesque avec Big Bang Love Juvenile A, présenté au dernier festival de Berlin et dans lequel il côtoie à nouveau Ryuhei Matsuda. Enfin, il fallait bien passer par la case Shinya Tsukamoto, ce que Tadanobu Asano fait à deux reprises, avec un rôle secondaire dans l'inénarrable Gemini (1999), puis au premier plan dans Vital (2004). Par ailleurs, on ne saurait oublier la contribution de Katsuhito Ishii à la renommée internationale d'Asano, le character designer de la séquence animée de Kill Bill Vol 1 étant aussi le réalisateur du délicieusement chaleureux The Taste of Tea, sorti sur les écrans français en 2005. Les deux premiers longs de Ishii, Party 7 et Shark Skin Man and Peach Girl, mettaient déjà en scène Asano. Les noms des deux compères sont également de nouveau réunis au générique de Nice no mori (2005), qui s'annonce encore plus nonsensique que The Taste of Tea.
LAST LIFE IN THE UNIVERSE
Acteur sans frontière
Depuis quelques années, Tadanobu Asano semble afficher une volonté de développer une carrière internationale, sans pour autant brader ses services puisqu'il est loin d'accepter n'importe quel projet.
Déjà en 1996, le comédien rencontrait le réalisateur Wong Kar-Wai le temps d'une publicité (pour le couturier Takeo Kikuchi), wkw/tk/1996@7'55''hk.net, dans laquelle il apparaissait aux côtés de Karen Mok. Trois ans plus tard, on retrouvait Asano sous la direction de Christopher Doyle, qui l'emploie pour son long métrage Away with Words. La collaboration entre Doyle et Asano ne s'arrête pas là : le directeur de la photographie attitré de Wong Kar Wai se joint à lui pour Last Life in the Universe (2003), film thaïlandais surprenant et envoûtant de Pen-Ek Ratanaruang. Comme on le sait, l'équipe se réunit à nouveau pour Vagues Invisibles, dévoilé pour la première fois à la Berlinale 2006. La même année que Last Life in the Universe, Asano s'envole pour Taiwan afin de tourner sous la direction de Hou Hsiao-Hsien dans Café Lumière. Le réalisateur de Millenium Mambo et des Fleurs de Shanghaï revient vers un style plus proche du naturel que dans ses récentes réalisations, à travers cette tranche de vie destinée à rendre hommage au cinéma de Yasujiro Ozu.

Affiches de MONGOL, de Sergei Bodrov
Après ses expériences taiwanaises et thaïlandaises, Tadanobu Asano élargit encore ses horizons puisqu'il vient tout juste d'achever Mongol, réalisé par le Russe Sergei Bodrov, à qui l'on doit le remarqué Prisonnier du Caucase ainsi que le scénario de Est-Ouest (Régis Wargnier). L'histoire relate les jeunes années de Genghis Khan, premier empereur mongol qui unifia les tribus turques et mongoles de l'Asie centrale pour fonder en 1206 son empire, le plus vaste de tous les temps. Tadanobu Asano y tient le rôle principal, celui de Genghis Khan, né Temudjin. L'acteur devrait encore voyager en 2008 puisqu'il serait prévu au casting des Bébés de la Consigne Automatique, adaptation par Michele Civetta du célèbre (et mémorable) roman éponyme de Ryû Murakami relatant le parcours déviant de deux hommes abandonnés à la naissance par leur mère respective dans une gare, dans des consignes automatiques voisines. Le projet reste à confirmer mais plusieurs noms y seraient déjà associés, parmi lesquels on citera ceux de Val Kilmer, Asia Argento et Liv Tyler. Le projet est alléchant bien que l'on ne puisse s'empêcher d'appréhender le résultat de cette transposition occidentale d'une histoire qui porte pleinement l'empreinte de son auteur (japonais).

VAGUES INVISIBLES
En plus d'être un comédien et un musicien accompli, Tadanobu Asano faisait il y a deux ans ses débuts de réalisateur avec le moyen métrage Tori, vision onirique en cinq épisodes mêlant prises de vue live et animation et confirmant sa sensibilité visuelle aiguisée - ce dont on ne doutait pas au vu de ses affinités artistiques avec des réalisateurs tels que Shunji Iwai, Sogo Ishii ou Pen-Ek Ratanaruang. Bien entendu, l'acteur reste fidèle à lui-même en poursuivant ses collaborations avec les réalisateurs les plus barrés du Japon, et l'on attend avec impatience non seulement le prochain Miike, Big Bang Love Juvenile A, mais aussi Tokyo Zombie, l'histoire totalement décalée de deux ouvriers adeptes du jiu-jitsu (Tadanobu Asano et Shô Aikawa) qui provoquent involontairement une invasion de zombies en enterrant le cadavre de leur patron, qu'ils ont tué accidentellement. Pour l'occasion, le réalisateur Sekichi Sato gratifie Asano d'une perruque afro, un look que l'acteur n'avait pas encore expérimenté. En attendant cette nouvelle comédie qui s'annonce aussi absurde que gore, on pourra se laisser porter par l'expérience Vagues Invisibles, nouveau petit bijou habité par l'un des acteurs les plus originaux et les plus passionnants du paysage cinématographique actuel.





















