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tobe hooper (25 Janvier 1973 - )
Grand cinéaste de l’angoisse, il est tombé dedans très jeune. A quatre / cinq ans, il a découvert les joies du septième art grâce à son papa toqué de ciné qui gérait alors un hôtel où il y avait un cinéma. L’anecdote veut que le jour où le jeune Tobe est né, sa mère était au cinéma en train de regarder un film. Ce trajet, du cinéma à la maternité, l’a vraisemblablement marqué. Par la suite, les parents n’ont cessé de traîner leur enfant voir toute sorte de pelloche. Quand il a eu l’âge de rester seul au cinéma, ce sont les ouvreuses qui se sont occupées de lui. Tobe voit deux trois films par jour et confesse sans peine être plus en phase avec les fictions que sa propre réalité. Etrange exutoire. Logique des événements : il emprunte la caméra familiale (une Super 8) à trois ans et commence à recréer des petites scènes via le support filmique.

Son premier gros succès sera Massacre à la Tronçonneuse. La genèse ? Un ami lui conseille d’aller jeter un œil au ciné-club de sa fac où il passe La nuit des morts vivants, de George Romero dans une copie en noir et blanc, en 16mm. Tobe découvre alors qu’au cinéma, il est possible de faire très peur aux gens. Ce soir-là, ils observent les gens autour de lui en train de délirer. L’époque est propice à la peur et au climat parano, en plein pendant le scandale du Watergate, une époque où les politiciens et les médias ne disaient pas nécessairement la vérité. C’est paradoxalement à cet instant qu’il perd ses illusions : «Les jeunes de ma génération étaient soit désillusionnés soit déterminés à faire changer les choses. Massacre à la tronçonneuse est par la suite devenu une métaphore cinématographique de la conjoncture de l’époque.» L’objectif ? Réaliser cru et vrai pour rendre les gens plus lucides.

La genèse de ce sacre à la tronçonneuse ? Un jour, toute l’histoire a pris forme. Tout est devenu limpide et en quelques minutes, l’affaire était bouclée. Alors qu’à Noël, il fait la queue dans un grand magasin, il est entouré par la foule. A ce moment-là, il se demande comment s’exiler de cette masse et reluque en même temps une série de tronçonneuses exposées : «je me suis dit que si je démarrais un de ses engins, tout le monde me laisserait passer car on peut tuer, et puis surtout à cause du bruit qui est assourdissant. Le rendu était d’un réalisme bien plus étourdissant que si j’avais utilisé un effet musical (le film ne fonctionne effectivement que sur des bruits). La tronçonneuse fait à elle seule son effet.» Bien entendu, ce n’est pas sa seule source d’inspiration. Ed Gein, le fameux boucher, en est une, incontestablement : «J’avais de la famille dans le Wiscontin à une trentaine de kilomètres de là où vivait Ed Gein. C’était un cannibale, je crois qu’il a tué une ou deux personnes mais il déterrait surtout des cadavres. Il recouvrait ses fauteuils avec de la peau humaine. Ma famille s’amusait à me faire peur en me racontant cette histoire.» Outre le frisson procuré, c’est bien entendu l’aspect véridique, authentique, cruellement vériste.
LEATHERFACE, PERSONNAGE SACRE
Leatherface, mythe ou histoire vraie ? Mythe, bien entendu, puisqu’il provient d’une histoire terrible racontée par le médecin de Tobe. Etudiant, le brave homme avait travaillé sur un cadavre dont il avait écorché le visage pour se faire un masque pour Halloween. Source d’inspiration immédiate : « Physiquement, Leatherface ressemble à un gros poupon. Sa sexualité est ambiguë. Son cerveau a peut-être manqué d’oxygène à sa naissance.» Il y a une scène dans le film où Leatherface a peur, c’est lorsqu’il tue un des personnages principaux. Il a soudainement les jetons et retourne vite à sa fenêtre pour faire le guet ; le tout dans un long plan-séquence. Puis, il se tapote le visage d’un air paniqué. Ils se demandent simplement d’où viennent tous ces jeunes: «La fascination des serial-killer, c’est l’envie d’aller regarder dans le cagibi, dans la petite pièce sombre, ou derrière la porte. Tout être humain, tout animal a cette envie inscrite dans ses gênes. Mourir pour laisser place à la vie. Explorer le plus sombre des recoins. On veut depuis des lustres voir du sang, des entrailles.»

Massacre à la tronçonneuse (1974)
Tobe et son co-scénariste d’alors connaissaient des gens aux troubles comportementaux et s’en étaient inspirés pour édifier le personnage : «Quand ces scènes d’horreur avec Leatherface fonctionnaient, on était plié en quatre devant nos feuilles de papier. On savait qu’on n’était pas loin de la vérité.» A l’époque, Tobe veut éviter les amalgames et toute facilité malvenue : «Je ne voulais pas de caricature dans la représentation de la folie. Je voulais éviter l’archétype méchant et grotesque. Je voulais juste montrer une montée en crescendo. De la nitroglycérine émotionnelle. De la dynamite. J’ai voulu filmer ça comme un documentaire : que pourrait-il se passer si ce marteau heurtait la tête de quelqu’un ? Des petits morceaux de boîte crânienne pénétreraient le cerveau et ça pourrait facilement entraîner une réaction nerveuse involontaire. Et je crois que le public n’avait jamais vu ça. Je ne voulais pas trop de sang. On me sort souvent que le film est sanglant mais on croit le voir alors qu’il n’y en a pas».

Massacre à la tronçonneuse (1974)
La fameuse scène du crochet synthétise la détermination du cinéaste de fonctionner sur le suggéré. Ce que l’on ne voit est pire que ce qui est explicite. La trouvaille est pour l’époque révolutionnaire : «Ce que j’ai fait, c’est qu’on a choisi une tenue qui ne lui recouvre pas le dos pour que ça paraisse impossible de tricher avec des effets spéciaux. On montrait beaucoup son dos nu et le crochet. Quand elle s’en approche, on coupe sur un plan du crochet. Ça rend l’accrochage plus réaliste. Quand elle est accrochée, on voit sur le mur derrière elle des traînées de sang séché. Puis un panoramique le long de son corps montre qu’elle est bien accrochée et sous ses pieds, il y a une bassine qui est là pour récolter le sang. Mais vous n’en voyez pas. Votre imagination dépasse ce que je peux vous montrer. Il y avait un problème de soleil aussi. Dans le générique de début, ces taches rouges sont des facules solaires. Les facules solaires ont une influence sur certaines choses sur Terre. Elles parasitent nos télés ou nos radios. Le soleil est au cœur du drame. Astrologiquement, c’est un mauvais jour (NDR. Au début du film, les jeunes se lisent leur horoscope). Je voulais montrer ce qu’allait donner ce jour sous le signe de la tronçonneuse. Comme je suis un obsédé du détail, ça tombe bien.»
Le succès est colossal aux States mais en dépit d’une présentation à La Quinzaine Cannoise et ses échos excellents, le film ne sort qu’en 1982 dans l’Hexagone, soit huit ans après sa sortie US pour cause de censure abusive et abusée. Après l’oubliable slasher Massacres dans le train fantôme (preuve que Hooper n’est jamais meilleur que lorsqu’il œuvre dans le terrain qu’il connaît – le réalisme, la simplicité brute), il signe Poltergeist, immense succès (plus de 76 millions de dollars de recette) dont on oublie évidemment pas la scène du clown sur la chaise puis sur le lit, cette gamine blonde aspirée par la télé etc. Scènes d’anthologies qui se succèdent et rumeurs qui vont de bon train. En effet, depuis des années, dans les hautes sphères cinéphiles, Poltergeist, virtuose en terme de mise en scène mais aussi de capacité à faire naître l’extraordinaire dans l’ordinaire, se coltine la rumeur tannante d’avoir été co-réalisé par Spielberg. Lors d’une récente masterclass, Hooper en a profité pour nier en bloc et raconter la véritable histoire, celle d’un reporter du Los Angeles Times qui, lors de sa venue sur le plateau, est tombé sur Hooper en train de tourner une scène d’extérieur techniquement ardue. Le réalisateur avait besoin d'une seconde équipe pour mettre en boîte la scène d'un autre axe avec la caméra perchée en haut d'un arbre en plongée. Sur le plateau à ce moment-là, le virtuose Spielberg l’a simplement aidé pour ce plan et rien d’autre.

Ce n’est que par la suite que ça se gâte. La période de déclin commence non pas avec Poltergeist mais avec Lifeforce, son budget le plus confortable (merci Poltergeist). Et ces œuvres deviennent plus mercantiles qu’artisanales (L' Invasion vient de Mars, remake de Les Envahisseurs de la planète rouge ; Massacre à la tronconneuse 2…) jusqu’à l’essoufflement. Avant la gravissime panne d’inspiration des années 90 (en dépit d’un sketch inspiré dans les Body Bags, fascinant film qui a une certaine côte sympathie méritée) et l’effondrement Crocodile, téléfilm impossible. Les aficionados ont beau apporter de la conviction à leur argument mais en dépit de la présence d’Angela Bettis (May), Toolbox Murder n’est pas le come-back jouissif attendu et lorgne vers le navet de piètre facture. Mortuary, seconde chance, ne vient qu’enfoncer le clou et confirmer une nouvelle pour le coup mortuaire : Tobe Hooper semble avoir définitivement perdu toute son inspiration.























