
CINE : MELINDA ET MELINDA
MELINDA ET MELINDA
Un film de Woody Allen
Avec Radha Mitchell, Chloë Sevigny, Will Ferrell, Chiwetel Ejiofor, Jonny Lee Miller, Amanda Peet
Durée : 1h40
Sortie : 12 Janvier 2005
A New York, au cours d'un dîner entre amis, deux auteurs, l'un de tragédies l'autre de comédies, se remettent en question : "L'existence humaine n'a en vérité rien de drôle, elle est pathétique", dit le premier. "Pas d'accord, répond l'autre. Si les philosophes disent de la vie qu'elle est absurde, c'est parce qu'on finit toujours par en rire, et que nous en avons besoin !" Prenons le personnage de Melinda par exemple : cette jolie jeune femme déboussolée fait irruption dans un dîner mondain. Elle s'incruste dans la vie de deux couples, suscitant ici la tentation de l'infidélité, là une délicieuse passion amoureuse. Melinda va révéler l'érosion de leurs sentiments et leurs difficultés à communiquer.

Plus prolixe que jamais, Woody nous revient comme chaque année à la même période (ou presque) pour nous offrir sa nouvelle fantaisie. Son avant-dernier opus, Anything Else était un sympathique (quoiqu'un chouia laborieux) passage de relais entre deux générations de comédiens (Woody et son mini-moi Jason Biggs). Un film qui possédait toutefois suffisamment de répliques cinglantes pour réjouir les maxillaires. Cette fois, avec Melinda et Melinda, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase: notre Woody s'adonne à la facilité. Lors d'un déjeuner, deux auteurs hautement cultivés (peut-être trop cultivés pour nous à vrai dire) ergotent sur l'existence comme elle est absurde et sur la façon d'écrire une bonne histoire. Pour appuyer (pesamment) leurs thèses, ils prennent deux histoires: celles de Melinda et de Melinda. Grosso modo, dans la première une histoire drôle; dans la seconde, une histoire triste. Seulement voilà, les genres finissent par se confondre et la Melinda, incarnée doublement par Radha Mitchell (découverte dans l'intéressant High Art) va apporter dans les deux cas du sérieux fil à retordre aux personnages. Oui, bon, soit, et ensuite? Rien. Woody fait du Woody. C'est régulier, c'est rigolo, c'est smart mais c'est lourd.

Quand Woody Allen ne se met pas en scène, il trouve toujours un personnage qui l'incarne. Et cette fois, c'est Will Ferrell qui joue l'étonnement, la roublardise et l'amusement du Woody amoureux et espiègle. Les autres interprètes, trop heureux de jouer dans un film intello, font ce qu'ils peuvent pour donner de l'énergie à des dialogues très écrits. Seulement, ce vaudeville tout en mise en abyme (dîtes bonjour aux micros) se vautre dans une espèce d'artificialité plombante et souffre d'un manque de profondeur. Comme si la machine fonctionnait à vide. Comme si tout ce petit monde autosatisfait aimait bien se reluquer le nombril...

Melinda et Melinda n'est ni bon, ni mauvais. Il est simplement insignifiant et vain. Woody donne l'impression de rabâcher ses obsessions névrotiques, avec le même bistrot, le même air jazzy, les mêmes personnages et les mêmes préoccupations existentielles. Un refrain qui fait ronronner la machine à bons mots et qui lasse. Peu importe ce qu'il adviendra des personnages et de la fameuse (ou plutôt des fameuses) Melinda; peu importe que la machine comique reprenne du poil de la bête dans sa dernière partie, on s'en bat l'oeil. En attendant son prochain film (espérons moins lénifiant et bâclé), revoyez plutôt La rose pourpre du Caire, Zelig ou Manhattan en DVD et zappez illico ce triste Melinda et Melinda...
Romain Le Vern





































