
EROS
La main : De Wong Kar Wai, avec Gong Li, Chang Chen, Tin Fung, Zhou Jianjun
Equilibre : De Steven Sorderbergh, Avec Robert Downey Jr, Alan Arkin, Ele Keats
Le périlleux enchaînement des choses : De Michelangelo Antonioni, Avec Christopher Buchholz, Regina Nemni
Durée : 1h44
Sortie : 06 Juillet 2005

Mélancolie qui presse les âmes, tristesse diffuse d'héroïnes à la beauté glacée et maltraitée, difficulté de résister aux tentations... On parle de tout ça et de beaucoup d'autres sujets dans Eros, triptyque pas comme les autres sur la sexualité des bipèdes en proie à de déchirants tourments intérieurs et à l'envie simple de baiser. Sujets traités hélas avec trop de prudence par trois cinéastes qui n'osent pas s'affranchir de leurs conventions. On attendait plus d'audace.
Comme souvent dans ce genre d'exercice, le résultat est très inégal. Et, première surprise, les réussites ne se trouvent pas là où on aurait pu s'y attendre. Si Soderbergh - et Antonioni dans une moindre mesure - signe un opus à la fois creux, stylisé et paradoxalement ordinaire, Wong Kar-Wai retrouve une inspiration que l'on croyait perdue depuis In the mood for love et met en scène une histoire d'amour aussi simple que sublime qui unit une courtisane et un tailleur dans les années 50 (on en reparle plus bas). De manière générale, le film ne répond néanmoins pas aux attentes espérées, sans doute parce que les réalisateurs sont parfaitement conscients de leurs effets. En cela, Eros frustre. Mais il contient suffisamment d'images marquantes pour stimuler l'imagination.

Le périlleux enchaînement des choses
Premier film : Le périlleux enchaînement des choses, de Michelangelo Antonioni, segment aussi pompeux que son titre mais qui n'est pas exempt de certaines qualités dont celles de suggérer le trouble, la distance, la perte des certitudes. Qu'il filme une femme qui danse nue sur la plage ou un jeu de cache-cache érotique entre un homme et une femme, Antonioni parvient à sonder le désir qui rode, l'attraction électrique entre deux corps et la passion qui anime les êtres. Certes, certes mais le cinéaste italien se montre trop complaisant avec son sujet. Après son dernier Par-delà les nuages dans lequel il déshabillait beaucoup d'actrices (tout comme dans Identification d'une femme et plein d'autres de ces opus où le corps féminin est à la fois muse inspiratrice et délice des regards concupiscents), est-ce que le grand Antonioni est devenu un vieillard lubrique et sénile qui rabâche ? Tout dépend du point de vue que l'on adopte. Sa propension à filmer les femmes n'est guère délétère d'autant qu'elle ne s'exprime pas au détriment de la narration, mais la mise en scène use de procédés très lourds pour montrer l'érosion du couple, comme ce plan scindé en deux ou les oppositions très marquées entre les deux femmes. Le résultat est aussi excitant qu'innocent, pervers que maladroit. Pas détestable, juste obsolète.
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