
FREAKS, LA MONSTRUEUSE PARADE DE TOD BROWNING : UN CHEF D'OEUVRE
D'autant plus que l'édition collector proposée par Warner contient sur un second DVD un autre film de Tod Browning, également un chef d'oeuvre, The Unknown (L'Inconnu), réalisé avant Freaks.

La leçon que Freaks donne à voir et à comprendre est d'une simplicité universelle, tellement essentielle qu'elle ne vire à aucun moment dans le moralisme, écueil casse-gueule dont on se passe volontiers dans ce genre de situations. De même, Browning châtie tout débordement spectaculaire et refuse le voyeurisme primaire. Un comble lorsqu'on sait qu'à l'époque Tod Browning fut taxé de cinéaste malsain... Or, Browning fut marqué par une jeunesse passée dans les cirques. Cela lui inspirera d'ailleurs auparavant L'inconnu, une des nombreuses collaborations mémorables du cinéaste avec celui qui deviendra son acolyte : Lon Chaney (pour les fans, prière de revoir le méconnu Larmes de clown de Victor Sjöstrom ), un grand acteur avec lequel il tournera pas moins d'une dizaine de films.
La bizarrerie et le contexte du cirque ont toujours été des obsessions chez Browning, que ce soit dans Le club des trois qui met en scène un géant, un nain et un ventriloque, ou Dracula (son plus grand succès) qui lance de belles réminiscences du côté du cinéma de Murnau. Pour Freaks, il est accompagné de vrais phénomènes de foire du cirque Barnum. Femme à barbe, femme sans bras, homme-tronc, soeurs siamoises... La grande particularité du film est de ne pas avoir recours aux moindres effets spéciaux. Histoire de filmer ces freaks dans toute leur choquante beauté.
Freaks : une histoire sans fin

Browning a connu des déboires avec son opus maudit : tout le monde ou presque connaît cette anecdote selon laquelle Irving Thalberg a exigé que le réalisateur change le titre du film et effectue de multiples coupures. Voir cet élixir aujourd'hui constitue une aubaine dont on ne peut se priver. En suivant une intrigue dont les tenants et aboutissants sont extrêmement classiques (amour, cupidité, trahison, jalousie, vengeance), Browning raconte une histoire qui mine de rien possède la densité d'une tragédie Shakespearienne en ayant le bon goût de donner autant de liberté à tous les personnages quels qu'ils soient. Plus en profondeur, il effectue une dissociation entre le clivage "normalité et anormalité" et appuie la relativité de la normalité. Incidemment, il brouille magnifiquement les pistes en greffant une réflexion sur l'être et le paraître. Est-ce que le physique des gens est un critère suffisant pour décréter s'ils sont foncièrement bons ou pas ? Des critères auxquels nous sommes soumis tant les apparences, parfois trompeuses, priment sur la nature intérieure. Tant les idées reçues se véhiculent comme tant de clichés.
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