
INTERVIEW TOM SAVINI
Comment passe-t-on du métier de photographe de guerre à celui de maquilleur en effets spéciaux ?
Je faisais déjà des effets de maquillage avant de partir au Viêt-Nam, mais être photographe sur place a surtout été une grande leçon sur l'aspect du réalisme et de l'anatomie humaine. Outre l'aspect émotionnel qui me marquera pour toujours, parce passez des journées près des cadavres est un expérience intense, toute cette violence a un peu fait ma réputation parce que je fait partie des rares du métier à avoir vu toutes ces choses en vrai. J'ai également pu comprendre ce qui n'allait pas dans certains trucages, les miens comme ceux des autres, et ce qui les rendait si faux.

Comment avez-vous réussi à faire accepter tout cet aspect gore et réaliste aux producteurs et aux gens qui ont investi dans vos films ?
Ils ont toujours demandé du réalisme, il n'y en avait jamais assez. Ce sont les réalisateurs qui demandaient généralement le plus de choses dégueulasses, et ce sont souvent eux qui ont été freinés par les producteurs. Mais à moi, on me demandait de toujours faire des choses très détaillées et très précises, et c'est souvent pour cela que ça effraye les gens. Si vous prenez une scène de cannibalisme où un rockeur se fait dévorer par dix zombies, vous allez trouver ça sale mais vous garderez à l'esprit que c'est physiquement impossible de déchirer aussi facilement un abdomen à mains nues. En revanche, lorsque vous égorgez quelqu'un en gros plan, cela vous touchera beaucoup plus parce que malheureusement ces choses là arrivent souvent, c'est représenté de manière fidèle au cinéma et le spectateur le sait. Quand j'égorge une fille au cinéma, il n'y a pas 10 litres de sang qui gicle partout mais c'est plus effrayant que si l'on en faisait beaucoup trop. En général, tout le monde me parle des plaies qui s'ouvrent plutôt que du sang qui en surgit.
Comment votre famille ou vos amis réagissent-ils à ce que vous avez conçu pour le cinéma ?
Figurez-vous qu'ils sont fans, et ils en sont très fiers même. Je n'en ais pas spécialement conscience, mais mes proches voient là dedans une manière artistique d'exhiber ce que l'on peu avoir au fond de soit. Que l'on créé une mélodie ou un monstre en latex, ce qui compte je pense c'est que l'on y mette le coeur à l'ouvrage et les gens qui vous connaissent vraiment bien reconnaîtront toujours une part de vous dans ce que vous concevez. Lorsque j'en parle avec des confrères comme Rob Bottin, Rick Baker ou Stan Winston, ils me confient exactement le même sentiment : le gens vont au-delà du simple fait que ce l'on voit à l'écran est sale esthétiquement parlant.

L'image de synthèse n'est pas une menace pour le maquillage et le latex ?
Non. Ca a même plutôt tendance à l'améliorer. Ca facilite notre travail, ça permet de combler certains petits détails qu'il nous est impossible de concevoir et l'on y gagne en réalisme. J'adore les effets spéciaux de synthèse quand ils sont bien utilisés, et lorsqu'ils sont combinés avec des trucages plus traditionnels. Le tout c'est de ne pas basculer dans la facilité totale et ne faire que de la 3D, mais plutôt de l'utiliser à bon escient avec le maquillage ou des maquettes, sinon le spectateur se rend vite compte de la supercherie. Il y a des résultats formidables : La momie par exemple; qui a d'abord été conçu en latex puis numérisé en 3D et qui bénéficie d'une esthétique fabuleuse. Il y a aussi Terminator 3 qui combine vraiment le genre de travail que je cautionne à 100%, le visage de Schwarzenegger à la fin est un mélange de maquillage et de 3D, c'est époustouflant de créer un visage pareil. Ce serait impossible de le faire uniquement avec du maquillage.

Quelles ont été les répercutions de Zombie sur votre carrière ?
Ce n'est même plus une histoire de répercutions, le film a fait ma carrière ! C'est grâce à celui-ci que j'ai atterri sur Vendredi 13, et c'est grâce à celui-ci que l'on s'est intéressé à moi sur beaucoup de productions plus importantes. Ensuite c'est comme toute carrière dans le cinéma, une chose en entraîne une autre, je suis devenu acteur, réalisateur etc. Sans Zombie je n'en serais peut-être pas là aujourd'hui.
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