
INTERVIEW LOUIS LETERRIER

Pouvez-vous nous retracer brièvement votre parcours ?
Mes parents font tous les deux du cinéma. Mon père est réalisateur et ma mère est costumière, j'ai donc toujours baigné dans ce milieu. J'ai commencé à faire des courts-métrages quand j'avais 8 ans. On raconte que Spielberg a commencé à 12 ans, je l'ai battu ! (rires). A l'époque, c'était les débuts de la vidéo et les caméras coûtaient très cher pour des résultats médiocres. Comme mon père ne voulait pas m'acheter de caméra, je faisais des petits courts avec une super 8. Un jour, la 5 - la chaîne de Berlusconi - a organisé un concours où l'on pouvait gagner une caméra. J'y ai participé en présentant un petit court-métrage d'horreur et j'ai gagné. C'est à partir de là que j'ai commencé à faire plein de courts-métrages et que j'y ai pris goût. J'avais vraiment envie de réaliser mais j'étais adolescent et je ne voulais pas faire comme papa et maman. Comme je faisais aussi de la musique à côté puisque j'étais batteur dans des groupes de rock, j'ai pensé devenir batteur professionnel. Ça marchait assez bien pour moi, du moins à mon niveau. Aujourd'hui, lorsque je travaille avec de vrais musiciens, je réalise que j'étais nul. Quand il a fallu choisir les études secondaires, deux choix s'offraient à moi. Soit j'allais au conservatoire sachant que je n'avais pas le niveau requis pour cela - j'étais un batteur un peu intuitif -, soit je faisais du cinéma, ce qui était ma véritable passion mais je refusais de l'admettre. J'ai finalement décidé de faire du cinéma mais de le faire un peu différemment. Je n'aime pas tellement le côté FEMIS qui se la raconte, et il faut reconnaître que pour notre génération, il n'existait pas vraiment de cinéma pour adolescents en France. Les seuls films qui me plaisaient à l'époque, c'était les Indiana Jones, les Retour vers le Futur, Star Wars etc. Je ne retrouvais pas la même chose avec un film français, même si j'appréciais de temps à autre des films comme Un éléphant ça trompe énormément ou L'Hôtel de la plage. Je les trouvais rigolos mais ça n'allait pas plus loin.

Vous êtes parti étudier aux Etats-Unis ?
J'ai décidé d'aller aux Etats-Unis pour voir un peu comment ils faisaient leurs films. Los Angeles ne correspondait pas à mes ambitions, j'ai donc préféré New York qui a pour réputation d'être plus "artistique". Je gardais une jambe en France et l'autre aux Etats-Unis. Mes études se sont très bien passées, je me suis éclaté et cela m'a conforté dans l'idée que je voulais faire partie du cinéma. Le premier jour, à l'université, ils rassemblent tout le monde dans un énorme amphithéâtre et ils demandent "Qui veut être réalisateur ?". Sur les 400 personnes présentes, 400 lèvent la main. Sur le coup, c'est décourageant parce que ce sont tous des fils à papa, des fils de producteurs qui ont tous les équipements vidéo à disposition. Moi, je n'avais pas tout ça. Seulement, ces mecs là ne cherchent pas plus loin que le bout de leur nez, ils ont davantage un esprit de producteur que de réalisateur et ils ne cherchent qu'à refaire ce qui a déjà été fait. On présentait chaque semaine des courts-métrages qu'on avait réalisés et chaque semaine, il y avait un remake de Piège de Cristal : Piège de Cristal dans le dortoir, Piège de Cristal dans le métro, c'était chiant. C'était le film à la mode à l'époque mais il paraît qu'aujourd'hui, tout le monde veut faire du Wes Anderson ou du Sofia Coppola ! J'ai décidé de prendre le contre-pied et de faire des films un peu choquants pour les énerver et j'ai eu mon diplôme avec les félicitations du jury. Pour autant, je ne pensais pas pouvoir devenir réalisateur tout de suite. Je n'avais pas envie d'être assistant parce que l'expérience des stages de réalisation m'avait montré que l'assistant-réalisateur était le chien de garde. Faire des mouvements de foule derrière ne m'enthousiasmait pas, ce n'était pas un poste créatif. Je me suis intéressé un peu à tout : chef op', montage, cours de steadicam avec l'inventeur des steadicams, effets visuels... J'ai tout appris, ce qui continue de me servir aujourd'hui. Pourtant, je continuais de refuser de m'avouer mes velléités de réalisation parce que le scénario était un peu mon point faible. Je suis un très bon lecteur, j'arrive à voir immédiatement si un scénario fera un bon film, je vois ce qui peut plaire ou ne pas plaire et ce qu'il faut changer, mais la page blanche me bloque.
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