Un film bicéphale.
À l'annonce du projet, on ne pouvait que se lécher les babines et attendre avec excitation ce qui s'annonçait comme une rencontre au sommet : Tom Cruise, acteur au top de sa carrière (Eyes Wide Shut, Magnolia) et producteur à succès (Mission : Impossible) d'un côté ; et de l'autre John Woo, l'un des réalisateurs d'HongKong les plus doués, alors en pleine maîtrise de son art après avoir triomphé grâce au très beau Volte/face, son troisième film américain.
Deux grandes personnalités du septième art. Deux styles totalement différents. Deux volontés à accorder...
On connaissait les difficultés qu'avaient rencontrées Brian De Palma sur le premier... Mais elles n'eurent que peu d'incidences puisque le film ne manqua pas pour autant d'être un chef-d'oeuvre. Mieux, de cette bataille artistique (mais aussi d'ego), le réalisateur de L'Impasse sortit vainqueur, s'appropriant chaque plan, chaque image du film, envahissant chaque élément de ce blockbuster pour en faire SON film, une oeuvre entièrement depalmienne.
C'est dire si l'on était confiant pour cette suite...
Seuls problèmes (et non des moindres) pour John Woo : comment, sinon surpasser, du moins égaler Volte/face, en réalisant la suite de l'immense Mission : Impossible ? Le défi était de taille, la mission pas impossible (d'accord, elle était facile celle-là !).
Alors qu'en est-il justement ?
Premier constat immédiat : le film n'est pas un " actioner " classique (seulement une demi heure d'action proprement dite sur un métrage de 2h06mn), pas plus qu'il ne ressemble au premier opus, dont il ne reprend que finalement très peu d'éléments. Il s'agit en fait d'une histoire d'amour, variation moderne du Notorious (Les Enchaînés) du maître Hitchcock (détail amusant, le producteur exécutif de M:I 2 en est un homonyme), avec Tom Cruise (Ethan Hunt), Thandie Newton (Nyah Hall) et Dougray Scott (Sean Ambrose) dans les rôles autrefois tenus respectivement par Cary Grant, Ingrid Bergman et Claude Rains. Sauf qu'ici, le scénario de Robert Towne (Chinatown, mais aussi le premier M:I) est bien paresseux, parfois mou, parfois même imbécile ~par exemple, Ethan Hunt mettra 45 minutes à saisir ce que le spectateur a déjà compris depuis le tout début~ mais surtout beaucoup moins riche et subtile que celui Notorious. Cette histoire de virus est on ne peut plus commune et ne présente finalement que très peu d'enjeu.
Qu'importe, John Woo, lui, tente de filmer quelque chose et il y parvient souvent, ce qui donne les meilleurs moments du film : la rencontre amoureuse entre Nyah et Ethan lors d'un cambriolage rythmé sur un superbe flamenco (à l'issu duquel nos deux tourtereaux se livre à un hallucinant tango de voitures de sport), leur douloureuse séparation qui voit Nyah être jetée dans la gueule du loup (Sean) par Ethan, leur retrouvaille lors de l'immense scène de tension dans l'hippodrome (échos et remake direct de la scène de Notorious), les jeux de masques et d'identité (à la fois repris du premier volet et de Volte/face), l'acte suicidaire (preuve d'amour ultime et absolue) de Nyah qui risque sa peau pour sauver Ethan et enfin l'hallucinante débauche d'action inédite de la dernière demi-heure.
En tout, environ une bonne heure purement magistrale et typiquement wooienne (le reste n'ayant finalement que peu d'importance). Ce qui n'est déjà pas si mal. D'un matériau ontologiquement peu propice, enfermé dans un cadre bien défini, John Woo a su tirer ses cartes. Ne nous y trompons pas : un grand cinéaste ne se révèle que dans ce qu'il sait faire le mieux. Inutile alors de chercher ou d'attendre quelque chose d'autre. En d'autres termes, John Woo a fait ce qu'il a pu. Et c'est ainsi qu'il faut considérer et apprécier le film.
Certes, de ce match-ci, il n'y a pas vraiment eu vainqueur (si ce n'est un léger avantage à Tom Cruise). Certes, le film est inférieur à celui de De Palma. Mais dans le paysage cinématographique habituel du blockbuster américain estival, Mission : Impossible 2 est très loin de faire pâle figure.
Pour retrouver les critiques ''à chaud'' de faber13 et de Frédéric Ambroisine, cliquez sur la news du 8 juin.
Renaud Moran









































