Bienvenue chez les dingues
L'homme à la direction de cette étrange comédie est celui qui, plus tard, réalisera Seigneur des anneaux, l'impressionnante adaptation de la trilogie Tolkienne. Qui aurait pu prédire que ce réalisateur qui échafaudait ses films avec trois francs six sous ses chefs-d'oeuvre dans son jardin allait réaliser une saga monumentale ? Personne. Sauf peut-être Peter Jackson, bonhomme doué et retors dont la filmographie, éclectique, relève du délice cinéphile. Son parcours témoigne d'une évolution exceptionnelle (de Bad taste à Lord of the Rings) en conservant à chaque fois la même humilité et les mêmes ambitions. A ce rythme, il est en passe de devenir le nouveau Orson Welles, d'autant que les parallélismes fusent. Le seigneur des anneaux peut être vu comme son Citizen Kane (sans les conflits Hearstiens, bien entendu) et surtout son excellent Forgotten Silver comme une déclinaison directe du canular Vérité et mensonges, de Welles, qui supprimait lui aussi la barrière ténue entre la fiction et le documentaire.
Confessons-le d'emblée : Braindead est une date. Plus instinctif que cérébral, le film peut constituer un choc du genre sévère pour ceux qui ne connaissaient pas le travail de Jackson avant LOTR et également pour ceux qui ont une trop haute idée du cinéma. Il est le réceptacle de toutes les obsessions et passions de Peter Jackson, du temps où il a tourné pendant plus de dix ans des courts-métrages en super 8 avec la caméra que son paternel lui a laissé pour ses huit ans. A 18 ans, il se paye une caméra Bolex 16 mm et réalise un court-métrage baptisé Rest of the day. Court-métrage qui deviendra un long Bad Taste (1987) qui fait tellement parler de lui qu'on voit en Jackson le nouveau Sam Raimi. Sa carrière cinématographique commence avec cet opus, parfaitement ancré dans les codes du système D, qui a le mauvais goût d'aimer ce qu'il est interdit d'aimer ; autrement dit, une oeuvre éminemment sympathique qui zoome sur les babines voraces des extra-terrestres. C'est drôle, con, un chouia redondant sur la fin mais souvent roboratif.

Mais, en 1992, le cinéaste fera mieux, avec toutefois plus de moyens : Braindead, délire filmique qui ne ressemble qu'à lui-même et pousse très loin les bouchons du gore et de l'humour. Le résultat est sans précédent à tel point qu'il s'impose comme une pierre angulaire dans le cinéma horrifique. Le summum du gore (1500 litres de faux sang), ou plus précisément la réussite d'une combinaison humour-gore qui fait du bien aux maxillaires et aux mirettes.
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