
COLLISION
Un film de Paul Haggis
Avec Sandra Bullock, Don Cheadle, Matt Dillon...
Durée : 1h 52
Sortie : 14 Septembre 2005
Les destins entrecroisés de huit personnages dans les rues de Los Angeles, 24 heures avant qu'on ne retrouve le corps d'un homme sauvagement assassiné.

Crash (Collision, en français) est le premier long-métrage de Paul Haggis, scénariste de Million Dollar Baby, et n'a comme point commun avec l'opus Cronenbergien que l'accident de voiture. Sur le papier, un projet pareil (des personnages perdus dans L. A. se remettent en question etc.) fait envie d'autant que la profusion d'acteurs hétéroclites assure au film une certaine tenue et confère ainsi une singularité évidente. A l'écran, le résultat n'est pas aussi enthousiasmant que prévu même s'il soulève des problématiques intéressantes sur la nature humaine.

Le premier problème de Collision tient dans sa structure même de chronique polyphonique où Haggis brasse beaucoup (trop) de sujets et de personnages. Il reste en surface et n'exploite pas tous les potentiels. En filigrane, à travers ses accidents de voiture et autres accrocs sociaux où le thriller ne devient qu'un prétexte pour brosser un "grand" drame humain, le récit sous-tend qu'une mégalopole (ici, Los Angeles) favorise le repliement des gens sur eux-mêmes, avec leurs idées toutes faites. Il aboutit à la conclusion selon laquelle les relations humaines sont principalement basées sur le racisme et par extension la dégradation de l'homme par l'homme lui-même. Or, le surévalué Paul Haggis prend ces exceptions pour en faire des généralités et tombe dans les écueils qu'il tentait d'éluder, avec cette envie maladroite voire outrecuidante d'asséner quelque chose d'inédit alors qu'il ne recycle que des ficelles connues. En revanche, il autopsie assez bien un monde violent, le nôtre, en proie à la haine, à l'insécurité, à la paranoïa, et retranscrit un climat de peur très actuel où la menace est susceptible de cueillir à chaque instant. Ceci explique son succès surprise aux Etats-Unis. Les répercussions de cette angoisse latente se manifestent de manière explicite chez tous les personnages sans exception, prisonniers de leurs conditions et d'une société gangrenée par les préjugés. Ceux, féminins, campés par Sandra Bullock et Tandie Newton, incarnent cette prise de conscience et subissent un traitement particulier : un événement, brutal et inattendu comme une collision, va surgir dans leur vie tranquille et progressivement les singulariser du système. Dans la fausse indifférence ou la compassion muette de leurs conjoints désarmés.
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