LE COIN DU CINEPHILE : CARNIVAL OF SOULS
Trois jeunes femmes sont en voiture. Accident. Bagnole qui tombe dans un fleuve. Demoiselles introuvables ? Non puisque l'une d'elle réapparaît miraculeusement quelques instants plus tard, amnésique. Elle reprend alors son boulot tannant d'organiste dans une église. Problème : la demoiselle est assaillie de visions peu guillerettes et se sent irrésistiblement attirée par un sinistre parc d'attractions singulièrement désaffectée. Peu à peu, elle décide de se faire une raison : et si elle voyait des « dead people » ? Et si ces fantômes lui voulaient du mal ? Et s'il n'en était rien ?
Il fut longtemps murmuré que le canevas de Carnival of Souls était tout droit inspiré de "Ce qui se Passa sur le Pont d'Owl Creek" d'Ambrose G. Bierce et accessoirement d'un épisode de La Quatrième Dimension (The Hitchhicker) qui relatait le même parcours hasardeux d'une jeune femme qui, ayant survécu à un accident de voiture, rencontre sans arrêt un même personnage qui cherche à lui asséner une vérité et à l'attirer dans un monde profane. En réalité, il n'en est rien. John Clifford a écrit le script de la première à la dernière ligne en trois semaines à la demande de Herk Harvey qui, après avoir visité un parc d'attraction balnéaire tombé en ruine (Saltair sur les berges du Great Salt Lake dans l'Utah), confia ses impressions bizarres pour donner de l'inspiration à John. Tout le monde connaît la fameuse anecdote qui a donné lieu au Chien Andalou (1928), le chef-d'oeuvre du surréalisme coréalisé par Luis Bunuel et Salvador Dali. Un jour, les deux briscards se rencontrent et se confient leurs rêves : Bunuel dit avoir vu une femme se faire trancher l'oeil ; Dali, des fourmis sortir de la paume d'une main. A partir de ces deux éléments, ils ont échafaudé une histoire extraordinaire et absurde qui châtie les lois de la chronologie et de la logique. La mise en commun des inspirations donne parfois des variations subtiles et impressionnantes d'innovation. C'est un peu la même technique pour Carnival of Souls : on s'inspire des sensations (Harvey se souvient qu'un soleil qui se couchait dans le lac l'avait fasciné lors de sa visite et que l'isolement absolu du parc avait suscité en lui des réactions inattendues), des impressions et des rêves pour donner lieu à des substances de scenarii. Régulièrement, cette méthode, expérimentale pour l'époque, débouche sur des oeuvres fantastiques sophistiquées et robustes. S'inspirant de l'esthétisme de l'expressionnisme allemand, Carnival of Souls n'est rien de moins qu'un monument du cinéma fantastique pourvu d'effets brillants et d'anecdotes fulgurantes.
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