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CINE : LONESOME JIM

CINE : LONESOME JIM

Tout sur LONESOME JIM - La Critique - Le 2005-10-21 04:26:17


Steve Buscemi a toujours été un personnage à part dans l'industrie du cinéma hollywoodien. Il ne se contente pas d'être excellent acteur et d'apparaître dans les films des meilleurs réalisateurs indépendants, il mène aussi depuis 1992 une carrière de metteur en scène qui promet décidément d'être brillante. Après Happy Hour (1996), son premier long métrage, et Animal Factory (2000), Steve Buscemi revient avec ce troisième long métrage racontant l'histoire d'un jeune homme en situation d'échec qui revient habiter au sein d'une famille plus désunie que jamais. Lonesome Jim frappe d'emblée par son humour décalé mais s'avère moins léger qu'il n'y paraît.

LONESOME JIM
Un film de Steve Buscemi
Avec Casey Affleck, Liv Tyler, Mary Kay Place, Seymour Cassel, Mark Boone Junior
Durée : 1h30
Sortie ciné : 16 novembre 2005

Après avoir échoué alors qu'il tentait sa chance à New York, Jim revient dans l'Indiana de son enfance afin de se réinstaller dans la maison de ses parents. Si sa mère semble particulièrement heureuse de l'évènement, son père ne cache pas son indifférence et son frère, qui n'a jamais quitté la maison, se montre hostile. Un jour, son frère est victime d'un accident qui le plonge dans le coma. Pour aider ses parents, Jim va devoir travailler à sa place dans leur usine et s'occuper de ses nièces issues du mariage raté de son aîné. Parallèlement, il fait la connaissance d'une jeune femme, Anika, une infirmière qui semble prédisposée à aider les autres.


Rien ne marche dans la vie de Jim (Casey Affleck). A 27 ans, il n'a pas de travail, pas de petite amie et, suprême humiliation, se voit contraint de revenir habiter dans la maison parentale. Mais quelle importance! Jim ne sait pas quoi faire d'autre et se complaît dans ce sentiment de nullité. Cette histoire ressemble sans doute à celle d'un bon nombre de jeunes de cette génération, ces jeunes adultes qui approchent de la trentaine et qui ne parviennent pas à passer à l'âge adulte et à trouver leur voie. Mais est-il possible de grandir aux côtés d'une maman certes adorable mais étouffante, une maman qui ne laisse jamais à son fils chéri la possibilité de prendre une seule initiative? La situation est encore moins encourageante avec un père depuis longtemps désinvesti de sa vie de famille et avec un frère jaloux. Lorsque Jim se retrouve du jour au lendemain affublé de responsabilités qu'il n'a jamais sollicitées et qui l'aliènent encore plus à la maison parentale, seule sa rencontre avec Anika (Liv Tyler) dans un bar lui fait entrevoir le bout du tunnel. Encore faudra-t-il être capable d'entretenir cette relation.


Sans jamais prétendre verser dans l'analyse psychologique, le portrait de ce jeune homme est traité avec une finesse qui n'a d'égal que l'humour omniprésent qui ponctue le film. Indifférent à son propre sort, Jim se regarde sombrer progressivement dans la dépression avec un oeil distant, symptôme inquiétant s'il en est mais tourné ici en dérision. Car dans Lonesome Jim, la souffrance n'est pas exprimée par les larmes ou les lamentations et le ton général du film garde une certaine désinvolture. Cette souffrance transparaît à travers les tentatives des personnages de tromper leur monde, à travers la léthargie et le cynisme des fils et du père, à travers les sourires forcés et la générosité exagérée (voire masochiste) de la mère. Derrière son apparente légèreté, Lonesome Jim abrite une certaine cruauté, ne serait-ce que par l'image peu glorieuse des liens familiaux qui en ressort. La seule personne qui se préoccupe des autres, la mère, ne rencontre que l'indifférence de ses proches face à ses sacrifices, voire l'écoeurement de ses fils pourtant totalement dépendants d'elle puisqu'ils se complaisent dans une situation infantilisante. Jim fait par ailleurs la connaissance d'un oncle qui se livre à des malversations et qui se fiche totalement du sort réservé à ceux qui en paieront les pots cassés. Les liens familiaux ont-ils encore un sens de nos jours? La famille de Jim donne surtout l'impression d'un regroupement aléatoire d'êtres qui n'ont jamais demandé à vivre ensemble mais qui perpétuent cette cohabitation absurde par pure paresse.


Marqué par des dialogues au cynisme décalé, ce film au budget minuscule séduit sans mal grâce à une mise en scène sans artifice qui retranscrit les situations avec une rare authenticité. Casey Affleck endosse le rôle du loser détaché et nonchalant avec un naturel qui rend cet adolescent attardé plus vrai que nature, tandis que Mary Kay Place est à la fois drôle, irritante et touchante dans le rôle de la mère. A travers son interprétation de l'élément perturbateur (qui intervient pour le meilleur), Liv Tyler trouve sans difficulté le ton juste et incarne avec une belle assurance cette infirmière qui affronte à sa manière son travail et sa situation de mère célibataire - au contraire de Jim qui ne parvient pas à prendre le contrôle de sa vie. Le grand paradoxe est que malgré son cynisme ambiant, Lonesome Jim n'en reste pas moins une oeuvre sincère et porteuse d'espoir, celui que les véritables relations sont celles qui prennent le temps de se construire grâce à des efforts mutuels et un sens des responsabilités humaines. Et il n'est peut-être jamais trop tard...

Elodie Leroy

  



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