LE COIN DU CINEPHILE : TRAS EL CRISTAL
Rarement une introduction aura permis au spectateur de se faire une idée sur sa capacité à supporter les images d'un film. Première scène : sous les yeux d'un semblable interloqué par cette vision choquante, un garçon, intégralement nu, est pendu en l'air. Très vite, il est rejoint par un vieil homme qui le serre contre lui et le frappe. Violemment. Après avoir battu l'enfant, il se jette dans le vide. Quelques minutes plus tard, on apprend qu'il s'agit d'un docteur nazi qui a toujours éprouvé pour les jeunes garçons une attirance obsédante. On comprend par la suite qu'il faisait des expérimentations tordues sur des enfants déportés. Des années passent, l'homme est réduit à vivre comme un légume dans un immense appareil respiratoire et passe ainsi ses jours dans une belle et agréable demeure avec sa femme et sa fille. Ils essayent chacun à leur façon d'oublier un passé affreux dont ils ont été les premiers responsables. Jusqu'au jour où un jeune homme pénètre dans le lieu où il repose et se fait passer pour un infirmier. Bien entendu, il n'en est rien. Il s'agit d'une ancienne victime... Fantôme ? Hallucination ? Meurtrier ? Complice ? Ne point en dire trop pour ne pas déflorer les exquis mystères qui s'agitent dans cet étrange objet filmique.
Dans la longue liste des films qui autopsient le joug de la culpabilité, Tras el Cristal s'impose comme une référence. Une référence douloureuse tant le film, visuellement travaillé, ne se regarde pas comme n'importe quelle fiction formatée. Ici, on cause avant tout de blessures indicibles, d'enfance bousillée, de névroses souterraines. En somme de tout ce qui est caché et qui peut exploser quand on gratte le vernis des apparences. A l'époque, certains ont parlé de complaisance et de surenchère crapoteuse ; alors qu'il faut reconnaître un univers suprêmement personnel rempli de symboles, de velléités esthétisantes, de rapports rugueux et de sous-entendus équivoques. Comme pas beaucoup de films actuels, même ceux qui prétendent jouer la carte de la provocation délibérée, le film propose des images crues qui prennent le parti de vraiment déranger. On ignore encore aujourd'hui les raisons pour lesquelles les oeuvres de ce cinéaste sont régulièrement boudées par les distributeurs français. Outre Tras el mas qui date de 1986 et qui n'a jamais connu les joies d'une sortie dans les salles hexagonales (trop violent ?), il faut ajouter El niño de la Luna dans lequel un jeune orphelin se retrouve enfermé dans une mystérieuse institution pour enfants télépathes ainsi que 99.9, un thriller surnaturel. Son dernier film, El Mar, qui ressemble à une version soft de Tras El Cristal avec les mêmes obsessions mystiques et le même rapport à la chair, a eu la chance d'une sortie Hexagonale mais en plein pendant le désert estival...
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