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INTERVIEW : JEAN-PIERRE MOCKY (Novembre 2005)

INTERVIEW : JEAN-PIERRE MOCKY (Novembre 2005)

Jean-Pierre Mocky est une sorte de génie à part entière. Un cinéaste iconoclaste fou qui depuis ses débuts (dans les années 60) n'aime rien tant que tourner en dérision les valeurs sacro-saintes de notre société et s'amuser des institutions inattaquables avec la plupart du temps une verve véhémente et réjouissante. Le 7 Décembre sortiront sous la bannière de Pathé six de ses films en dvd (Litan, Un couple, Le miraculé, La machine à découdre, Une nuit à l'assemblée, Ville à vendre).



Depuis Les Dragueurs, son premier film, Mocky a fait un bon bout de chemin et réalisé des fictions certes imparfaites mais ancrées dans leur époque. On pense notamment à Solo, l'un des premiers polars à aborder les désillusions de Mai 68. Mais c'est dans les années 80 que l'homme a réalisé d'authentiques perles dans lesquelles les acteurs n'avaient pas peur de se mettre à nu ou d'accepter des contre-emplois. Citons par exemple Jacqueline Maillan dans Y a-t-il un français dans la salle ?, qui endossait sans rechigner le rôle tragi-comique d'une veuve entourée de ses chats qui subissait les agressions de Jean-François Stévenin, inoubliable en flic pourri jusqu'à l'os ; Agent trouble, polar absurde qui n'aimait rien tant qu'enchâsser les pirouettes insolites, avec une Catherine Deneuve dans la peau d'une vieille fille ; ou encore la distribution impressionnante des Saisons du plaisir dans lequel le couple Denise Grey - Charles Vanel recevait une flopée de personnages pervers, pathétiques, obsédés par le cul dans tous ses états (Eva Darlan, Jean-Pierre Bacri, Richard Bohringer, Darry Cowl, Stéphane Audran, Roland Blanche...) avec encore une fois un rôle impayable pour Jacqueline Maillan en adepte du téléphone rose.



Qu'il s'agisse de tordre le cou aux conventions (Litan, son film fantastique délicieusement inquiétant malgré sa conclusion grand-guignolesque), de causer du désir qui secoue les êtres (Les saisons du plaisir), de laisser éclater sa verve anticléricale (Le miraculé) ou alors de gueuler un bon coup contre la connerie humaine (A mort l'arbitre), Mocky répond présent, prend le micro et va hurler quand ça ne va pas (l'affiche des Saisons du plaisir ne fait pas plaisir à dame la censure puisqu'elle montre un champignon en forme de phallus). Les années 80 constituent sans peine sa période la plus riche (tous les acteurs sont à ses pieds et ses scénarii sont faussement bordéliques, en réalité très rigoureux). Quoi qu'il en soit, licencieux, inquiétant ou satirique, le cinéma de Mocky irrite et fait du bien. L'homme me reçoit chez lui, dans un endroit secret, et raconte son existence sans hypocrisie, avec une franchise admirable en ces temps de pusillanimité. C'est peut-être l'heure de faire le bilan d'un cinéma amené à disparaître.

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