
L'AVIS DU JOUR : ANGEL-A
Angel-A, neuvième film de Luc Besson s'est fait attendre à plus d'un titre. Il aura fallu au producteur de commandes souvent bas de gamme plus de six ans pour se relancer dans la réalisation après son Jeanne d'Arc. Ce dernier étant un véritable joyau, et le nouveau, filmé et préservé comme un secret d'État, n'ayant été annoncé qu'à travers deux bandes annonce de qualité très discutable, l'appréhension montait, tout comme l'exigence. Cette fois il faudrait en faire beaucoup pour ne pas décevoir. Mais c'était sans compter sur l'aptitude du cinéaste à ne jamais montrer deux fois la même chose, à se renouveler sans pourtant trahir son propre esprit et, comme à chaque fois, à offrir de l'Art à l'état pur. Angel-A, se présentant sous la forme d'une allégorie de la dualité de chacun, est donc non seulement une nouvelle preuve de l'éclectisme de la filmographie de Besson, un tournant de plus dans sa vie artistique, mais aussi et surtout une véritable beauté qui amène la comédie au même rang que le Grand Bleu avait amené le mélodrame, Nikita le policier noir, Léon l'onirisme macabre, le Cinquième élément la parodie ou Jeanne d'Arc la biographie. C'est-à-dire à son summum.

C'est donc un superbe virage qu'enclenche le cinéaste français. Comment laisser derrière soi une vie de maniement extrême de la gravité pour se tourner vers ce qui est sans doute sa perle la plus calme, la plus douce, la plus légère et la plus poétique ? Peut-être les abyssales tortures de la psyché humaine où il a tant plongé lui ont-elles murmuré que le bonheur existait aussi. Naît alors une tragicomédie à la sobriété exemplaire, une oeuvre à la puérilité adulte, à l'humour touchant, au manque de sérieux réflexif. Une oeuvre dont la forme, avec ses sourires et ses dialogues fluides, enchante et caresse un fond finalement toujours aussi brûlant, aux contemplations et silences magnifiques. Un chef-d'oeuvre de simplicité où tout se dédouble et tout s'oppose.



































