
L'AVIS DU JOUR : PERSONA
A travers ce film, Bergman engage une réflexion poussée sur le psychisme et sa complexité. Elisabeth Vogler, comédienne de grande renommée, perd l'usage de sa voix au cours d'une représentation d'Electre. Après un court séjour en clinique, elle s'isole dans une villa au bord de la mer en compagnie d'Alma, son infirmière.
Au silence d'Elisabeth répond la parole ininterrompue d'Alma. Mais les rapports entre les deux femmes vont se détériorer. La maladie supposée d'Elisabeth, une forme d'hystérie, permet à Bergman de réaliser un formidable essai sur le psychisme en illustrant à merveille des thèmes tels que l'identification, la jalousie, la volonté de conformité.

A travers la confrontation des deux actrices, il ressort qu'il est difficile de dire où commence et où s'arrête la normalité comme maladie. Le thème de l'identification, tout d'abord, est abordé avec une grande justesse, à travers le cheminement d'Alma qui traite Elisabeth d'abord comme une patiente, puis en amie pour finir par essayer de lui ressembler, du moins physiquement, tant son admiration pour elle est grande et tant elle se sent valorisée par son contact et l'écoute de celle-ci à ses propos. Comme elle dit au cours du film à Elisabeth : « on ne m'a jamais écoutée ».
Alma, l'infirmière si attentive aux soins de ses patients, voit la situation se renverser et se sent ainsi écoutée par Elisabeth, qui se substituerait à la soeur qu'Alma n'a pas mais qu'elle a toujours rêvé d'avoir. Evidemment, ce qu'elle prend pour de l'attention de la part d'Elisabeth n'en est pas : il ne s'agit que d'un mutisme forcené, dénué de toute empathie, de toute compassion.
Le thème de la jalousie est illustré de deux façon par Bergman. Tout d'abord par le fait qu'Alma s'aperçoit que toute tentative de ressembler à Elisabeth est vaine et vouée à l'échec, ce qui ne fait que constituer une source de frustration supplémentaire au mutisme que celle-ci lui oppose. En effet, à ce moment, Alma ne peut que jalouser ce qu'elle imitait auparavant tant elle l'enviait : la beauté d'Elisabeth.

La deuxième façon dont Bergman illustre la jalousie réside dans la scène où le propre mari d'Elisabeth, aveugle, la confond avec Alma, apportant ainsi un cinglant démenti à la supériorité qu'Elisabeth ressentait vis-à-vis d'Alma. C'est ainsi qu'impuissante, car toujours mutique, Elisabeth assiste à l'étreinte de son mari avec Alma et qu'elle voit celle-ci prendre la parole à son nom. Cette scène de revanche, pour Alma, est filmée avec une maîtrise impressionnante : au second plan, les visages d'alma et du mari d'Elisabeth se parlent, s'étreignent, tandis que le visage d'Elisabeth, au premier plan, se décompose. Un mouvement de caméra ne laisse subsister que les deux femmes, alors qu'Alma continue de parler au mari d'Elisabeth en regardant celle-ci qui baisse les yeux, manifestement troublée.
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