
SHEITAN
Réalisé par Kim Chapiron
Avec Vincent Cassel, Roxane Mesquida, Olivier Barthélemy...
Durée : 95 min
Sortie : 1 février 2006

La veille de Noël, Bart, Ladj, Thai, Yasmine et Eve quittent une soirée qui a mal tourné. Eve, très allumeuse, les invite chez elle. Mais lorsque la jeunesse des villes se retrouve dans les griffes de Joseph, l'étrange gardien de sa maison de campagne, la rencontre bascule dans le conte sanglant...
Le diable est réputé pour être intelligent et malin. Le collectif Kourtrajmé, avec l'aide précieuse de Vincent Cassel (sans lui, on n'en aurait jamais entendu parler) a essayé de se hisser à sa hauteur en ayant le bon goût de ne pas se prendre au sérieux et, si possible, de s'amuser des choses horribles. La gageure est relevée (et bien). Satan a de quoi être fier de ses ouailles et autres dévots. L'inattendue réussite de ce film drôle et ténébreux, tourné certes avec une économie de moyens mais beaucoup d'inventivité, réside dans sa gradation. Plus il progresse, plus il gagne en intensité jusqu'au long climax final aussi cruel que potentiellement terrifiant. A l'aune de l'intrigue, le principe est simple : on part d'archétypes (boîte de nuit hautement sonorisée et baltringues éméchées avec un dj furibard aux platines) pour virer à la bizarrerie sourde et sournoise (tumulte satanique digne d'un cauchemar Polanskien voire Kafkaïen hanté par les dédales mentaux et la tragique absurdité).

L'astuce de Kim Chapiron, premier long métrage, consiste à confronter de façon inédite deux mondes à fortiori antinomiques : les jeunes banlieusards et les culs-terreux. L'audace de son objet filmique, qu'on peut rejeter en bloc si on ne supporte pas le Grand Guignol assumé, est telle qu'on peut le ranger sans peine parmi les plus beaux accidents du cinéma français, aux côtés des Nid de guêpes, Haute tension et autres Total Western, avec le degré de folie supplémentaire. On n'en attendait pas tant. Passé le prologue, le film dévoile ses féroces intentions, évite l'afféterie ou l'artificialité par la simple gouaille de ses comédiens (authentiques et excellents), épingle la rhétorique des contes de fées avec un esprit transgressif mais pas désincarné (contrairement aux Amants Criminels, de François Ozon) et applique les us et coutumes d'un genre précis et balisé : le survival avec sa gradation tacite, son cortège de déviances sexuelles, ses sous-entendus équivoques, ses trognes patibulaires et son boogeyman à visage humain.
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