
AEON FLUX
De Karyn Kusama
Avec Charlize Theron, Marton Csokas, Frances McDormand, Johnny Lee Miller, Sophie Okonedo
Durée : 1h33
Sortie le 8 février 2006
Au 25 siècle, un virus mortel a ravagé la majeure partie de la population mondiale, ne laissant que quelques survivants qui se sont établis dans une ville fortifiée du nom de Bregna. Cette ville est dirigée par un conseil de scientifiques commandé par la famille Goodchild. Mais un groupe de rebelles, les Monican, n'approuve pas la suprématie des Goodchild et décide d'envoyer la redoutable Aeon Flux assassiner leur chef.

Le problème lorsque l'on se frotte à une série telle que Aeon Flux est que l'on peut difficilement mobiliser les moyens de gros studios tout en restant fidèle à l'esprit d'origine. Surtout lorsque l'on s'attaque à l'oeuvre d'un artiste tel que le Peter Chung, dont l'univers est loin d'être accessible à tous. Pour faire un rappel des faits, cette série unique en son genre mettait en scène des personnages insolites dans un monde chaotique où la SF côtoyait le SM. L'action se déroulait dans une ville coupée en deux par une frontière séparant les Bréens et les Monican. Parmi les personnages étranges qui évoluaient dans ce décor, Aeon Flux, femme d'action redoutable et pleine d'humour, exerçait une activité d'agent secret indépendant pour les Monican. Toute de cuir vêtue - si l'on peut dire car sa tenue se réduit souvent au strict minimum - Aeon Flux grimpait en string sur les bâtiments telle une araignée, sabotant et tuant avec une décontraction qui n'avait d'égal que son penchant pour le sexe. Face à elle, Trevor Goodchild, dirigeant tordu des Bréens, tyrannisait une population réduite à l'état de débiles mentaux et entretenait avec l'héroïne une relation trouble. Aeon et Trevor étaient à la fois ennemis et amants.

Sachant que la télévision américaine avait déjà censuré certains passages de la série, sans doute pour ses connotations sexuelles subversives et sa violence gratuite, on imagine aisément que la réalisatrice Karyn Kusama a dû composer avec les contraintes imposées par les studios, c'est-à-dire rendre accessible Aeon Flux au plus grand nombre. C'est à se demander pourquoi cette oeuvre a été adaptée. Comme on s'y attendait, la Aeon (Charlize Theron) du film ne ressemble plus vraiment à la véritable Aeon, il ne lui reste que la façon de bouger et la connotation SM de ses tenues, bien que celles-ci soient édulcorées. Mais le pire reste à venir : le déjanté et hilarant Trevor Goodchild s'est transformé en dirigeant romantique et plein de bonne volonté. Sincèrement préoccupé du bien-être de son peuple - ce qui ne va pas totalement à l'encontre de son personnage -, Trevor Goodchild (Marton Csokas) conserve cependant sa mégalomanie et son obsession des expériences en laboratoire. Pour finir, les Bréens et les Monican ne sont plus séparés par un mur mais mêlés les uns aux autres. Toute la ville est à présent gouvernée par un conseil dirigé par les Goodchild, les Monican devenant une organisation souterraine résistante dont Aeon fait partie.
Pour résumer, le film trahit en beauté l'oeuvre d'origine dès le discours introductif et il est fort à parier que nombre de fans en seront déçus voire révoltés. Si l'on ne pourra que comprendre la réaction des puristes, qu'en est-il de Aeon Flux de Karyn Kusama en tant qu'oeuvre à part entière, détachée de son contexte ?
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