

Excessif : Comment se sont passées les avant-premières ?
Kim Shapiron : Il y avait une ambiance de fou dans la salle. A Toulouse, c'était un truc incroyable. J'étais heureux, vraiment. A Marseille, j'ai versé une petite larme. A Genève, on a rencontré des journalistes complètement psycho, c'était génial. Ce dont je me suis rendu compte avec ce film, c'est que tout le monde le prend différemment. J'ai vu des gens se tordre tellement ils se poilaient comme j'ai vu des gens terrorisés sortir de la salle.
Tu penses que les gens ne s'attendaient pas à ça ?
Certainement. Sheitan est avant tout un film ludique. Je me mets toujours à la place du public parce que j'estime que je fais partie du public et je ne fais pas des films pour être un réalisateur. Mon film est une déclaration d'amour au public. Ce que je veux, c'est que les gens s'installent dans leur siège au cinéma et se disent "putain, l'enfoiré !". J'ai envie que les gens pensent qu'ils vont voir un teenage movie à la con, avec des jeunes mecs qui veulent partouzer avec deux petites meufs mignonnes, et qu'après ils se rendent compte qu'ils sont tous bizarres, qu'il y a l'autre berger pervers, tu ne sais même plus ce qu'il est à la fin... J'ai voulu déstabiliser afin que le public, en allant voir Sheitan, ait sa dose d'émotions. Je décris le film comme une expérience sensorielle. C'est un tour de manège. Tu rentres dans la salle de cinéma tranquille et tu dois en ressortir complètement halluciné. Un mec m'a dit qu'il avait eu la trique, c'est la meilleure critique pour moi. Ça veut dire qu'il est entré dans mon film.

Tu es fan de fantastique ?
J'aime beaucoup le cinéma fantastique mais je n'aime pas l'étiquette du « fan de ». Je suis un fan de Zhang Yimou, de Kusturica, de Terry Gilliam, de Todd Solondz, de Joël Séria. Ce sont plus des coups de coeur qu'un type de cinéma. Pour être exact, j'aime les films qui me remuent. Je suis un fan absolu de La vie des Jésus. J'aime l'humain, les films des années 70 du genre Macadam Cowboy, Le lauréat... Si j'ai vraiment une influence à citer, ce serait ce cinéma-là. Pas un cinéma esthétique mais un cinéma qui sent la sueur.
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