

la réalisatrice Karyn Kusama sur le tournage de GIRLFIGHT
C'est sans doute dans sa propre expérience de la boxe, sport qu'elle commence à pratiquer juste après ses études en 1992, que Karyn Kusama puise son inspiration pour Girlfight, l'histoire d'une jeune fille agressive qui se découvre une passion pour la boxe. La personnalité et le background difficile de l'héroïne Diana Guzman (Michelle Rodriguez) n'a pourtant pas grand-chose à voir avec celui de la réalisatrice, qui se décrit comme une simple banlieusarde moitié américaine moitié japonaise dotée d'un imaginaire en perpétuelle ébullition. Sa propre expérience de la salle de boxe lui avait cependant permis de nouer des relations avec des jeunes issus d'autres milieux sociaux. Ces rencontres serviront de point de départ pour son film. Si le personnage de Diana Guzman est une jeune fille latino-américaine issue d'une classe sociale défavorisée, Girlfight ne prétend pas pour autant embrasser tous les problèmes sociaux que peuvent rencontrer les minorités aux Etats-Unis. A l'époque de la sortie du film, Karyn Kusama reste très humble à ce sujet, ne s'érigeant absolument pas en porte parole des exclus. Les préjugés sociaux ont toutefois leur rôle à jouer dans la condition de l'héroïne de son film qui, avant de s'investir dans la boxe, se fait régulièrement et durement réprimander par le corps enseignant. Il faut dire qu'elle a la droite aussi facile que l'insulte verbale.

Michelle Rodriguez dans GIRLFIGHT
Une autre forme d'oppression va énormément compter dans le parcours de Diana : le sexisme. Elle le rencontre non seulement auprès de ses camarades mais aussi au sein de sa famille, puisque son père n'accepte pas la voie qu'elle a choisie. Girlfight ne saurait se résumer à une simple démonstration de la capacité des filles à castagner. Selon Karyn Kusama, il est une manifestation plus violente du sexisme que les simples railleries remettant en cause des aptitudes physiques des femmes aux combat : la négation du besoin des filles d'extérioriser leur propre violence. Dans un monde où des comportements spécifiques sont attendus de la part de chacun des deux sexes, où l'inconscient collectif associe brutalité au masculin et sensibilité (voire sensiblerie) au féminin, la violence des femmes fait peur, très peur. Girlfight illustre à quel point le fait de qualifier cette violence de "contre-nature" - un discours toujours d'actualité - peut s'avérer dangereux et revient aussi à nier l'idée que les femmes puissent être douées d'une vie intérieure, avec les joies mais aussi les tourments et les frustrations que cela implique. Au début du film, l'héroïne Diana Guzman fait partie de ces jeunes filles souffrant d'un lourd blocage émotionnel, pleines de colère et de rage. La boxe va lui permettre de canaliser son agressivité, ce qui ne l'empêchera pas de découvrir l'amour au cours de l'histoire auprès d'un jeune garçon de son âge. Girlfight est un authentique film féministe, très universaliste dans son approche, et démontre que la frontière que nous plaçons entre les comportements dits masculins et féminins peut se révéler artificielle, voire comporter des effets pernicieux.

GIRLFIGHT
Karyn Kusama se fait aussi découvreuse de talents avec Girlfight, qui marque les débuts sur le grand écran de la trop rare Michelle Rodriguez, alors seulement âgée de 22 ans. Grâce à un charisme exceptionnel et à ce mélange de dureté et de sensibilité qui lui est propre, Michelle Rodriguez s'impose comme la révélation du film. N'ayant jamais boxé avant le tournage, la jeune actrice a dû s'entraîner pendant des mois afin d'effectuer les combats, qui constituent l'une des attractions du film grâce à la maîtrise de la mise en scène dont fait déjà preuve Karyn Kusama dans l'action. Girlfight est une véritable réussite artistique et remporte sans mal l'adhésion des critiques, visiblement touchés par la quête de soi de la jeune Diana Guzman. Karyn Kusama fait en 2000 le tour des festivals et remporte entre autres le Prix de la Mise en Scène à Sundance mais aussi le Grand Prix au Festival du Film Américain de Deauville, qui s'accompagne d'un Prix de la Meilleure Actrice pour Michelle Rodriguez.
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