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INTERVIEW ALEKSANDR SOKOUROV

INTERVIEW ALEKSANDR SOKOUROV

A peine installé qu'Aleksandr Sokurov s'excuse auprès de moi mais aussi des lecteurs. Pour les films qu'il a fait et qui ne sont pas, selon lui, suffisamment aboutis. Fausse modestie, bien sûr : avec Le Soleil, qui sort en salles le 1er mars, il vient de réaliser son meilleur film qui marque au contraire un aboutissement narratif et formel. On reproche souvent au cinéma de Sokourov d'atomiser son intrigue dans un trop grand bain formel esthétisant. Cette fois-ci, il n'en est rien. La forme fonctionne en parfaite corrélation avec le fond et le troisième volet de sa tétralogie (on attend celui sur Faust), qui comprend par ailleurs Taurus sur Lénine et Moloch sur Hitler, scrute à la quasi-perfection l'effondrement d'une figure historique en période de trouble. C'est accessoirement un élixir étincelant de beauté qui convie le spectateur aux délices de la contemplation. Les amateurs seront aux anges.

le soleil


Excessif : Pourquoi avoir choisi Hiro Hito après Lénine et Hitler ?
Aleksandr Sokourov : Tous les gens cultivés sont attirés par l'Asie. Si vous voulez savoir pourquoi je me suis intéressé à Hiro Hito, c'est parce que même si je n'ai aucune forme de sympathie envers lui, c'est un personnage qui traverse une période de vulnérabilité. Soudainement, il est capable de se défendre tout seul. Il a certaines qualités sur lesquelles on peut s'appuyer et réfléchir comme sa passion pour la science, son instruction très profonde et authentique, sa tolérance culturelle, son courage. Dans son comportement, il y a un certain infantilisme. Mais cela vient de son éducation.

Le film est souvent drôle. On a l'impression que vous avez traité le personnage de manière ouvertement parodique, comme un Charlie Chaplin séquestré dans un lieu clos. Vous citez cette référence dans le film.
Cette comparaison avec Charlie Chaplin vient des journalistes étrangers la première fois qu'ils ont vu Hiro Hito en 1945. L'empereur saluait les gens de façon étrange pour l'époque parce qu'il enlevait constamment son chapeau. Il était petit mais il avait une démarche à la fois gauche, presque artistique. Ce qu'il faut savoir, c'est que les japonais aiment beaucoup plaisanter et possèdent cet humour en eux. Il avait par ailleurs une certaine souplesse dans ses mouvements. Il est possible qu'il en ait joué un peu pour instaurer une certaine distance entre lui et ses journalistes agressifs. Il comprenait sa vulnérabilité à ce moment précis. Vous ne pouvez pas être le représentant de la partie vaincue et vous présenter comme un conquérant. Ce qui signifie qu'il était très intelligent. Hiro Hito avait une certaine pression de la part de son entourage qu'il lui avait proscrit de sortir même sur ordre du général McArthur ; ils percevaient ça comme une façon de le piétiner. Jusque là, personne n'avait photographié l'empereur en dehors de son photographe personnel. Le photographier était un acte très intime. On ne le laissait se faire photographier que par des gens que l'on contrôlait. Si vous regardez les actualités de l'époque, vous verrez l'empereur enlever et remettre son chapeau. Ce sont des images très célèbres. C'était une habitude pour lui quand il saluait le peuple mais ce geste était perçu différemment par les occidentaux. Comme il était petit, c'était accessoirement un moyen de se faire reconnaître.

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Vous comptez toujours faire une tétralogie avec Faust ?
Oui. J'avais le projet de faire une trilogie et une tétralogie. Il manque à chacune de ses séries une pièce. Pour la trilogie, il s'agit de Père et fils, Mère et fils et Deux frères et une soeur. Et là, Taurus, Moloch, Le soleil et Faust. Après, je peux arrêter de faire du cinéma.

Pourquoi ?
Peut-être parce que je n'ai plus rien à dire. J'ai parlé de l'histoire et des relations personnelles. Mon objectif s'arrête là. Je ne sais pas si j'en ai bien parlé de ces thèmes dans ces films mais après, je ne vois pas ce que je peux dire de plus.

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