"Quelque part entre le biopic de Marylin Manson, Bernie et la parabole Dostoïevskienne (l'âme pure corrompue par la société - et les autres - qui l'entoure), le résultat scande haut et fort son droit au politiquement incorrect et transgresse une myriade de tabous."
Tous les films présentés dans Le coin du cinéphile (de L'île à Maîtresse en passant par Les jours et les nuits de China Blue et Le sang des bêtes prochainement) ont cette exquise particularité : ils ne ressemblent qu'à eux-mêmes. Ce film-ci, mû par des forces telluriques (il faut le voir pour comprendre la référence - et le croire), réussit l'extraordinaire exploit de ne même plus ressembler à lui-même. La progression est cohérente mais tellement étrange qu'on a l'impression de voir plusieurs films dérouler leurs bobines en même temps. Et pourtant, le fil narratif est clair, explicite, limpide. Tout est sur l'écran, même les détails qu'on pourrait penser scabreux. Ce n'est pas pour autant que le travail sur le montage - excellent - est inexistant.
Aujourd'hui, les ayatollahs de la critique portent au pinacle tellement de films médiocres qu'on ne se donne même plus la peine d'aller dénicher de l'originalité. Aujourd'hui (toujours), on assiste à tellement de films qui s'autoproclament cultes avant même d'être conçu que tout a une odeur manufacturée, artificielle, factice et somme toute désagréable. Bad Boy Bubby vous arrive dans les mains. Vous le regardez et vous ne savez pas quoi dire. Il possède, lui, en revanche, la stature adéquate du film dit culte. Ce météore subversif, méchant, torride dans lequel un Candide psychopathe découvre un monde post-apocalyptique qui transpire le sexe et la violence est tout d'abord un film australien peu connu.
La première demi-heure scotche : un homme demeuré et enfantin vit chez sa maman castratrice dans une cave, recluse et anonyme. Quelque chose comme le pendant masculin de La Pianiste. Ses occupations ? Attendre que sa maman revienne, lui faire l'amour (sans compter que la dame n'est plus toute jeune) et accessoirement jouer avec le chat (jouer avec lui signifiant lui donner des coups de couteaux et/ou le torturer jusqu'à ce que mort s'ensuive). De Heer n'a pas son pareil pour décrire un univers glauque, d'autant plus glauque qu'il est confiné, oppressant, et qu'on ne le quitte pas pendant un bon bout de temps. Inaction et angoisses légitimes. D'où le suspens tacite : de quoi est composé l'extérieur ? Pourquoi la mère interdit son film de sortir ? Pourquoi porte-elle un masque à gaz ? Apocalypse ? Guerre ? Folie mentale ?
Une demi-heure plus tard, on a la réponse. Et cette réponse est terrible. Un peu à la manière d'un Crying Game sous acide, le film multiplie les rebondissements tous azimuts et emmène le spectateur dans des contrées inconnues, pour ne pas dire dangereuses. Mais l'horreur du quotidien est régulièrement désamorcée par un humour noir qui fait rire jaune. La suite du récit, toujours aussi inconfortable, ne ressemble pas à de la poussière sur du vide même si elle s'apparente davantage à une succession de saynètes qui sont autant d'épreuves que d'anicroches pour le personnage principal.
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