
Car l'unique réalité pour ladite majorité, la voici: durant l'été 1994, huit cent mille êtres humains n'ont pas eu la chance de pouvoir trouver refuge dans un hôtel de luxe, ni n'ont pu soudoyer les responsables des massacres, et ont bel et bien été assassinés sous le regard passif de la communauté internationale et des soldats de l'ONU.
Tels sont les faits démontrés de façon édifiante -car réaliste- dans Shooting Dogs. C'est ce qui en fait un film nécessaire. Nécessaire et indispensable.

Shooting Dogs
Royaume-Uni / Allemagne - 2005
Un film de Michael Caton-Jones
Avec John Hurt, Hugh Dancy, Dominique Horwitz, Clare-Hope Ashitey...
Durée: 1h54
Sortie le 08 mars 2006
1994, Rwanda. Dans cette ancienne colonie belge, la haine est palpable entre les Tutsis, ethnie minoritaire, et les Hutus; ethnie largement majoritaire possédant tous les postes clés du gouvernement. Ces derniers nourrissent une haine tenace envers les Tutsis depuis l'époque où ceux-ci étaient à la tête du pays, où les colons belges les y avaient installés. La domination Tutsi prit fin entre 1959 et 1962 après que les Hutus se soient révoltés.
Le 6 avril 1994, l'avion du président Habyarimana est abattu par des extrémistes Hutus désireux d'empêcher les accords de paix prévus entre les deux ethnies. La milice Interahamwe, appuyée et aidée par l'armée rwandaise, saisit ce prétexte pour déclencher dès le soir même une vaste opération d'épuration ethnique, qui cible la totalité des Tutsis ainsi que les Hutus modérés. Dès le lendemain, près de 2000 d'entre eux se réfugient à l'Ecole Technique Officielle (ETO), dirigée par un père catholique anglais. Il est aidé par un jeune professeur, anglais lui aussi. L'école est protégée par un détachement de soldats belges de la MINUAR (Mission des nations Unies chargée de l'assistance au Rwanda), dont les ordres sont d'observer les évènements et de ne pas intervenir. Bientôt, le climat d'incertitude va devenir intenable pour les réfugiés, malgré la bonne volonté du directeur de l'école et du jeune enseignant.

Le titre Shooting dogs ("abattre des chiens") fait référence à une des prérogatives des soldats de l'ONU stationnés au Rwanda durant le génocide de 1994: il leur était interdit de faire usage de leurs armes contre les miliciens qui massacraient la population Tutsie pratiquement sous leurs yeux; mais il leur était permis de tirer sur les chiens qui dévoraient les cadavres jonchant les rues afin de limiter les risques d'épidémies. Cette situation absurde est au coeur du message délivré par le film, et le choix de l'histoire racontée n'est certainement pas étranger au besoin de le faire passer. L'objectif du film est en effet double: rendre compte de l'horreur que fut le génocide rwandais, et fustiger l'attitude de la communauté internationale -et principalement de l'ONU- dont le refus d'intervenir et la passivité au moment des faits peuvent être sans peine qualifiés de criminels. Et en choisissant de nous raconter les évènements s'étant déroulés à l'ETO durant les premiers jours du génocide, le film remplit son office sur les deux tableaux. Il réussit là où Hôtel Rwanda échouait partiellement : nous relater une histoire représentative du drame vécu par les rwandais. Les soldats de la MINUAR y sont décrits comme des fantoches qui se cachent derrière leurs ordres, les O.N.G. et les occidentaux en place font de leur mieux avec leurs maigres moyens, et les journalistes tentent d'alerter la communauté internationale avec le désespoir de ceux qui savent que leurs chances de succès sont plus que minces. Un portrait de la situation qui peut paraître partisan ou exagéré, et pourtant voilà : les faits sont indiscutables.









































