
Romain Le Vern 6
V FOR VENDETTA
De James McTeigue
Avec : Natalie Portman, Hugo Weaving...
Durée : 2h10
Date de sortie : 19 avril 2006

A l'origine, V for Vendetta est l'adaptation d'un roman graphique éponyme de l'auteur de bandes dessinées britannique Alan Moore qui emprunte au 1984 de George Orwell et qui est paru dans les années 80. Depuis, le bouche-à-oreille a fait ses beaux effets. Dans une Grande-Bretagne assujettie au joug totalitaire, pays régi par une dictature fasciste suite à un conflit nucléaire, les étrangers, les opposants politiques et les homosexuels sont exterminés dans des camps de concentration. Epoque sinistre et morne où il ne fait pas bon vivre. La jeune et frêle Evey sort de chez elle : des vieux éméchés tentent de la violer. Mais un homme masqué vient la sauver. Lui, c'est V, anarchiste cordon bleu, qui tente d'ébranler le système autoritaire au pouvoir par des actions terroristes et des opérations de sabotage.
Premier constat : V for Vendetta, version cinéma, génère autant de frustration que de satisfaction. Frustration parce que le manque de moyens est flagrant (comme si par intermittences le film se sabordait lui-même - réceptacle des tensions Wacho-McTeigue ?) ; satisfaction, parce que le résultat aurait pu être plus déshonorant (on est plus proche de From Hell, des sous-estimés frères Hugues, que de La ligue des gentlemen extraordinaires, de Stephen Norrington). Mais les problèmes vont naître d'un malentendu : le film, mal vendu, essentiellement aux profanes qui s'attendent assurément à un ersatz de Matrix avec Natalie Portman, risque de déconcerter ceux qui avaient une idée bien précise du dessein.

Sur le papier, la gageure était ardue : résumer une immense bédé subversive, corrosive et intelligente en seulement deux heures de bobine. Et partait sur un mauvais pied (Alan Moore a renié le film si bien qu'il n'est même pas cité au générique). Toute la richesse du comic originel résidait dans sa thématique dénonciatrice. Par chance, le film conserve son essence (une fidélité appréciable) et sa propension pour les coups de théâtre inattendus (dont un suffisamment habile pour impressionner ceux qui le connaissent déjà). Certains passages sciemment éludés appuient les lacunes. Puisque des éléments aussi essentiels qu'obscurs sont survolés comme l'identité de V (à la base, on ne sait pas s'il s'agit d'un homme ou d'une femme - et le choix d'Hugo Weaving s'avère ainsi adéquat) ou la provenance des roses qu'il donne à ses victimes (expliquée dans la bédé). D'où un manque de cohérence dans l'enchaînement des événements. D'où un manque de cette subtilité qui faisait toute la richesse du roman graphique de Moore. D'où une obligation limite démonstrative qui consiste à marteler le message.
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