
LES BO DU DEBUT D'ANNEE

MUNICH
Musique de John Williams
Decca Records
24 janvier 2006
01. Munich, 1972
02. The Attack at Olympic Village
03. Hatikvah (The Hope)
04. Remembering Munich
05. Letter Bombs
06. A Prayer for Peace
07. Bearing the Burden
08. Avner and Daphna
09. The Tarmac at Munich
10. Avner's Theme
11. Stalking Carl
12. Bonding
13. Encounter in London and Bomb Malfunctions
14. Discovering Hans
15. The Raid in Tarifa
16. Thoughts of Home
17. Hiding the Family
18. End Credits
Durée du CD : 62:36

Chaque partition de John Williams est un enchantement en soi, mais quand le maître retrouve Steven Spielberg et aborde un sujet aussi sensible que celui de Munich, on est tenté de s'attendre d'emblée à un chef d'oeuvre de subtilité et d'émotion.
C'est bien entendu le cas. Mais suivant le mouvement du film avec la classe et la sobriété qui le caractérisent dans ses projets les plus modestes, John Williams étonne aussi par des morceaux doux et intimistes, et décrit en quelques notes les mille impressions dévoilées par les images de Spielberg, les doutes des personnages, leur mélancolie (une guitare sèche dans Avner's Theme qui évoque le mal du pays du personnage d'Eric Bana, une voix féminine langoureuse dans A Prayer for Peace qui sonne comme un appel à l'amour et à la paix), suggérant l'absurdité des conflits, l'impossibilité de la paix, et les tristes conséquences de tout acte extrémiste.
Dans le film, la musique se fait sobre et discrète (Spielberg fait beaucoup jouer les silences), n'apparaissant la plupart du temps que pour les moments forts (le début et la fin du métrage, la reconstitution de la prise d'otages de Munich, les scènes de tension quand l'équipe d'Avner - Eric Bana - traque l'une de ses cibles). On pense souvent aux partitions de John Williams pour les films politiques d'Oliver Stone (le maître américain en signe trois : J.F.K, Né un 4 Juillet et Nixon), au minimalisme froid et radical, jouant sur les atmosphères davantage que sur les sentiments des personnages ou sur l'action (point de vue qu'il a largement eu l'occasion d'explorer dans le reste de sa carrière avec d'autres films de Spielberg ou la saga Star Wars). On se surprend ainsi à entendre des boucles de basse samplées chez Williams (pourtant connu pour son utilisation exclusive de l'orchestre symphonique), notamment pour les passages de traque des terroristes palestiniens par les agents secrets israéliens.
L'album édité par Decca Records est une synthèse des thèmes du film, de ces moments de pure musique de thriller, mais comporte aussi plusieurs arrangements qui développent les mélodies langoureuses seulement évoquées par les morceaux du score, comme Hatikvah (The Hope) ou A Prayer for Peace, non entendus dans le film tels qu'ils sont présentés sur le CD. On retiendra néanmoins la superbe complainte qui illustre les images de la prise d'otage (Remembering Munich) avec la voix de Lisbeth Scott (qu'on avait déjà pu entendre dans La Passion du Christ de John Debney). Des morceaux tels que Letter Bombs ou Stalking Carl rappellent la veine de thriller de John Williams, atonale, rythmée et peu joyeuse (superbement amplifiée dans La Guerre des Mondes l'année dernière).
Evoquant à la fois ses musiques sombres et radicales pour les films d'Oliver Stone et ses musiques les plus profondes et touchantes (La Liste de Schindler, Les Cendres d'Angela), Munich de John Williams émeut avec grâce et subtilité, et prouve qu'avec peu de choses mais beaucoup de talent, on peut accoucher d'une partition magistrale, sombre et belle. Mais John Williams nous prouve surtout qu'il a atteint, comme son double cinématographique Steven Spielberg, un sommet de maturité qui fait plaisir à entendre et à voir dans le paysage cinématographique actuel, peu enclin à offrir au public de véritables oeuvres pour adultes.

































