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CINE : ALLEGRO

CINE : ALLEGRO

Présenté en compétition au dernier festival de Gérardmer, Allegro, second long-métrage de Christopher Boe, cinéaste Danois remarqué avec le jubilatoire Reconstruction, témoigne une recherche formelle à travers les filtres, les mouvements de caméra et les vertus du montage mais au-delà des codes esthétiques, le réalisateur oublie de raconter une histoire. D'où un problème de cohérence un chouia problématique. Mon tout donne un trip sensoriel dépourvu de substance.

ALLEGRO
Réalisé par Christopher Boe
Avec Ulrich Thomsen, Helena Christensen, Henning Moritzen
Durée : 1h28 min
Sortie du film : 19 avril 2006

allegro


Zetterstrom (Ulrich Thomsen, repéré dans Festen) est un pianiste célèbre qui revient à Copenhague, sa ville natale, à l'occasion d'un concert de gala. Il a oublié sa vie passée dans la capitale danoise, ses souvenirs étant enfermés dans une mystérieuse Zone, une partie de la ville fermée aux habitants qui a connu il y a quelques années une perturbation surnaturelle. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Difficile à dire.

On a l'impression de revivre le même schéma qu'avec Thomas Vinterberg. Autant son premier Festen avait enthousiasmé par sa férocité, son côté frondeur et son dynamitage drolatique des non-dits assassins ; autant It's all about love était une coquille vide esthétisante et grandiloquente. Avec Allegro, c'est incontestable : Christopher Boe nimbe son intrigue de musique classique, de représentations géographiques hasardeuses et d'énigmes en forme de rebus mental ; et ainsi recycle les formules du formidable Reconstruction, son premier opus, sans parvenir à récréer la magie. Par intermittences, on pense même aux pathétiques effets d'un Wenders sur le retour qui essaye de nous faire croire qu'il est toujours dans le coup en nous rejouant tous les deux ans le nouveau Paris, Texas. Allegro, c'est un peu ça : un film obsolète avant même sa sortie en salles.

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Passée la déception, il faut rendre à César ce qui est à César. Pour peu qu'on n'adhère pas à ce genre de cinéma d'esthète bidouilleur un peu branché, le rejet est immédiat. Autrement, la fascination opère même si le cinéaste ne trompe personne. On voit bien avec sa zone mystérieuse là où Boe souhaite en venir : toucher les points sensibles de l'être humain, trouver de l'universel dans un cas a priori isolé, désosser ses souvenirs enfouis. Son trip sensoriel évoque Lars Von Trier, une autre tête penseuse danoise, Guy Maddin, Tarkovski et Kieslowski, hélas sans la dimension et le vertige métaphysiques. Et sonne prétentieux tant la gabegie d'afféteries visuelles ne distille qu'un faux mystère très vite résolu, d'autant qu'un Michel Gondry et son Eternal Sunshine of the Spotless Mind, opus non sans écueils mais autrement plus complexe et émouvant, sont déjà passés par là. Les ravages surabondent car, même pour les amateurs de contemplation béate et d'étrangeté, l'ennui guette.

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Dommage car il y a présentement une évidente envie de faire du cinéma. Sous son apparente suffisance, Boe expérimente, s'amuse avec les dédales de son histoire méandreuse, cherche l'ambiguïté et charrie le grotesque. Sa cérébralité et sa singularité extrêmes l'adressent à un public averti mais la forme, sophistiquée, ne fonctionne pas avec une histoire qui manque d'émotion comme de substance. Le cinéaste, plus roublard que futé sur le coup, ne délivre par ailleurs qu'un propos banal sur la reconstruction identitaire que n'importe quel bavardage oiseux saura rendre plus digeste. Comme on est optimistes, après un coup de maître et un échec cuisant, le cas Boe réclame une troisième expertise. Mais s'il délivre un autre salmigondis de la sorte, peu probable que ses aficionados le suivent plus longtemps.

Romain Le Vern

  

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