
TIDELAND
Réalisé par Terry Gilliam
Avec Jodelle Ferland, Jeff Bridges, Jennifer Tilly
Durée : 2h02 min
Sortie : 28 juin 2006

Dans la campagne Texane, une jeune fille perd sa mère overdosée, part avec son père dans la baraque de sa grand-mère, s'invente un monde imaginaire pour échapper à la triste réalité de son quotidien et se perd dans ses rêves.
Ne pleure pas celui qui disparaît et réjouis toi de l'avoir connu. Après le semi-échec des Frères Grimm, opus copieusement détesté par une bonne majorité des cinéphiles, mais qui n'était pourtant pas dépourvu de qualités sérieuses, Tideland se présente véritablement comme le premier gros échec artistique de Terry Gilliam. A tel point qu'on se demande quelle est la légitimité et la raison d'être de ce récit fastidieux, dont on ne peut assurément discuter la pérennité. Etalant son canevas sur une durée que rien ne justifie, Terry Gilliam perd toute crédibilité même auprès de ses aficionados. Le film qui semble avoir été mis sur pied pour rassurer ceux qui s'inquiétaient de son indépendance et de son état avec Les frères Grimm est aussi drôle et frivole qu'une oraison funèbre dans une cathédrale d'ennui. Dès les premières scènes, pourtant, la familiarité s'impose. La virtuosité formelle est présente, incontestablement, que ce soit dans les mouvements de caméra, les choix musicaux et les multiples idées de mise en scène.
Hélas, très vite, la mécanique tourne à vide. Ce n'est pas un problème de manque d'émotion face à la magnificence des images mais de substance, de tours de passe-passe scénaristiques d'une facilité déconcertante, de fausse bizarrerie onirique, de délires fabriqués, de dialogues qui sonnent faux, d'acteurs complètement à côté de leurs pompes (le pompon revient aux retrouvailles Jeff Bridges-Terry Gilliam). Envers et contre tous, Gilliam donne l'impression de filmer tout en étant le seul convaincu par la puissance de son intrigue. Toute l'histoire repose sur un personnage féminin à la fois solitaire, intelligent, égoïste, jaloux, habile, puéril et finalement irritant. Une bonne partie du film est uniquement consacrée à l'évolution de la gamine qui doit faire face au deuil de ses parents et communique seulement avec des têtes de poupées auxquelles elle donne une personnalité précise. L'exercice est laborieux. Il est interprété par la jeune Jodelle Ferland (Silent Hill) qui performe son personnage et tente de maintenir l'intérêt jusqu'au bout avec un cortège de grimaces, de gesticulations hasardeuses et de sourires furtifs. Gilliam peut la remercier. On imagine le plaisir qu'il a dû avoir à travailler avec une enfant (comme Sarah Polley sur Les aventures du Baron de Munchausen) mais trop fasciné par la performance de sa jeune actrice, le cinéaste ne se repose que sur ses frêles épaules.

A l'inverse de certains films qui laissent craindre le pire pour court-circuiter progressivement les vilains a priori et n'offrir que le meilleur, Tideland opère la morne démarche inverse et fonctionne de guingois en passant par des étapes incohérentes jusqu'à un retournement de situation final incongru et ambigu, en forme de prémonition, qui synthétise à la fois une invitation au rêve (l'impression du rêve dans le rêve) en même temps qu'un renoncement (le brutal retour à la réalité). Le cinéaste voudrait certainement reproduire l'effet coup de poing de Brazil mais ne sème que la confusion et donne l'impression de ne pas très bien savoir là où il a voulu en venir.
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