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LE COIN DU CINEPHILE : POSSESSION (ANDRZEJ ZULAWSKI)

Après les autopsies de Peter Greenaway et Alexandre Jodorowsky, Le coin du cinéphile se penche sur un autre cas du cinéma qui n'a comme point commun avec les deux cinéastes susmentionnés le goût de la bizarrerie: Andrzej Zulawski, artiste pur, adepte des grand huit doloristes, de l'hystérie en bobine et des monts de noirceur. Dans Possession, étrange histoire d'une femme a priori rangée dans les normes qui tombe amoureuse d'un monstre, il signe l'un de ses opus les plus impressionnants et obtient d'Isabelle Adjani sa plus grande prestation au cinéma. Rien de moins.



"Bon nombre de séquences du film empoignent l'esprit pour ne plus le laisser tranquille. C'est ce qui s'appelle un traumatisme. Aujourd'hui, il semble impensable de pouvoir réaliser une oeuvre aussi stupéfiante de liberté (artistique, intellectuelle...) qui s'autorise toutes les audaces pour côtoyer le sacro-saint paroxysme."

Dans toute sa filmographie (qui va du meilleur au pire), Andrzej Zulawski a signé deux authentiques chefs-d'oeuvre. Tout d'abord, L'important c'est d'aimer qui écorne de manière convulsive l'image d'une Romy Schneider qui non n'a pas fait que Sissi, l'impératrice et qui se met en danger comme pas n'importe quelle actrice. Aujourd'hui, la seule qui a réussi à atteindre ce degré d'abandon de soi, c'est Isabelle Huppert dans La pianiste, incarnation de la perversité et de la névrose. En plongeant dans les arcanes du monde du porno, le cinéaste sondait avec son hystérie coutumière l'état pathétique au plus juste (la première scène du film où l'actrice est humiliée dans une mise en abyme s'avère simplement bouleversante). C'est le parcours d'une actrice qui part du néant à une étrange plénitude (elle n'arrive pas à dire "je t'aime" dans la première scène, elle le dira avec ses tripes et son émotion dans la séquence finale, sublime de noirceur)



Cinéaste fasciné par les (belles) actrices, Zulawski aime à faire exploser à l'écran leurs émotions les plus nues. On se souvient des pleurs de Romy Schneider, on se souvient aussi de la danse voluptueuse d'une Valérie Kaprisky sublime dans son intégrale nudité dans La femme publique, on se souvient ici de la longue scène de transe d'Isabelle Adjani dans le métro qui dure au moins dix bonnes minutes en plan-séquence et qui demeure aujourd'hui comme l'une des scènes les plus marquantes et dérangeantes visibles au cinéma. Ceux qui s'amusent tant à critiquer l'actrice aujourd'hui qui s'abîme parfois dans des précipices (on se souvient encore du faux revival de La repentie, de Laetitia Masson) ne doivent pas oublier qu'Isabelle cumulait dans les années 70-80 les grandes prestations dans des films qui ne l'étaient pas moins. Le Locataire, de Roman Polanski, terrible cauchemar éveillé qui peut sans peine prétendre au titre du film le plus terrifiant de l'histoire du cinéma, dans lequel elle incarne une demoiselle soupçonnée d'être manipulatrice par le héros parano; L'histoire d'Adèle H., de François Truffaut, passion amoureuse et dévastatrice de la fille de Victor Hugo pour un officier qui ne l'aime pas (rien n'est pire que l'amour non partagé); Nosferatu, fantôme de la nuit, remake sublimé du chef-d'oeuvre de Murnau par Werner Herzog où elle succombe, telle une délicieuse proie, aux babines sanguinolentes de Klaus Kinski; Mortelle Randonnée, de Claude Miller, remarquable film qui court-circuite de manière troublante les codes de la détective story avec des dialogues taillés au rasoir par Audiard père et fils; L'été meurtrier, de Jean Becker, dans lequel Isabelle interprète une femme-enfant doublée d'une mante religieuse qui prépare sa terrible vendetta pour comprendre les mystères d'un trop lourd passé. Dans chacune de ses prestations, l'actrice incarne tous les tohu-bohus intérieurs de ses personnages meurtris et impressionne par son jeu.

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