
Babel
Un film d'Alejandro Gonzales Inarritu
Avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Gael Garcia Bernal, Koji Yakusho...
Sortie prévue pour octobre 2006

Si l'on s'en réfère à la bible, Babel est une tour construite par les hommes pour essayer d'atteindre le paradis. Cette ambition humaine éhontée provoqua la colère de Dieu qui s'abattit sur le monde. Pour séparer les hommes, il leur imposa à chacun une langue différente, ce qui sema un véritable chaos sur la terre et désorienta les hommes qui ne pouvaient plus communiquer les uns avec les autres, ce qui mit fin au projet. Alejandro Gonzales Inarritu se repose sur ce postulat de départ pour former la trame de son nouveau film portant sur des moments de touchante solitude, ceux d'êtres dispersés aux quatre coins du monde dont les destins se rejoignent étrangement. Un paysan marocain achète un fusil pour effrayer les chacals, ses enfants s'en emparent et en jouant avec blessent stupidement une touriste américaine. De cet accident découle une suite d'événements heurtant l'existence de différentes personnes, des évènements qui nous conduisent du Maroc au Mexique en passant par le Japon, des événements qui confrontent les protagonistes à une émotionnelle confusion intime, les amenant pour certains à découvrir, parfois trop tard la force de l'amour.

Après Amours Chiennes et 21 grammes, Inarritu explore la profondeur de ces frontières qui séparent les hommes, les empêchent souvent de communiquer, frontières politiques et frontières sentimentales, en choisissant justement d'exploser ces barrières frontalières qui divisent le monde, séparent les hommes, en les dépassant, en confrontant différentes trajectoires qui se brisent dès l'instant où une maille fragile de la chaîne explose. Il se pose ainsi sur l'isolement de chacun, pas un isolement physique mais un isolement moral, peu importe que l'on soit perdu au coeur du désert ou dans les rues d'une grande ville, c'est un isolement que l'on ressent en soi. Un isolement qui ressort également de sa mise en scène, construite sur plusieurs niveaux, plusieurs temporalités, moins déstructurée que celle de 21 grammes mais dans une même lignée. Les liens qui unissent les différents antagonistes se dessinant progressivement, différentes cultures, différents sentiments se mélangeant étroitement. Les comédiens s'infiltrent remarquablement dans cet univers, leur statut de vedettes disparaissant ici au profit de la détresse de leurs personnages et l'ensemble, d'une harmonie parfaite, profonde, troublante, reflète la sensibilité d'un regard d'une vibrante humanité, celui qu'Inarritu pose sur le monde, sur la vie.
Sophie Wittmer
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