
CINE : TOURNAGE DANS UN JARDIN ANGLAIS
TOURNAGE DANS UN JARDIN ANGLAIS
Réalisé par Michael Winterbottom
Avec Steve Coogan, Rob Brydon, Ian Hart, Stephen Fry, Gillian Anderson Sortie le 5 juillet

L'acteur Steve Coogan est engagé pour interpréter le héros de l'adaptation cinéma du chef-d'oeuvre de la littérature anglaise du 17ème siècle, « La vie et les opinions de Tristram Shandy. » Sur ces deux jours de tournage, il va devoir non seulement faire face à son partenaire Rob Brydon, jaloux de son succès, mais aussi à l'arrivée de sa femme qui va contrarier ses projets avec sa jeune assistante. Et pour tout arranger, les financiers du film menacent de se désengager en voyant les rushes, obligeant les scénaristes à trouver une solution d'urgence.
Au cours des premières minutes, le film démarre très fort en nous plongeant dans plusieurs niveaux de réalité. D'abord, le narrateur Tristram Shandy (Steve Coogan), s'exprimant face caméra et parlant de son enfance. Il se promène parmi des personnages existant au moment de sa naissance. Ne pouvant réellement agir dans l'action, condamné à un rôle d'observateur et narrateur extérieur à l'action, il indique que, vu sa ressemblance avec son père à l'époque, il le jouerait également. Dans ce deuxième niveau de réalité, le père de Tristram, Walter, est donc lui aussi interprété par Steve Coogan. Et enfin, troisième niveau de réalité, Steve Coogan, l'acteur existant en tant que personnage de cinéma lorsque le réalisateur dit « coupé ». Ce troisième niveau sera le plus important dans la narration.

L'histoire peut paraître complexe, et elle l'est. Du moins pendant les premières minutes. Après, le rythme devient plus calme et la narration se fixe sur la vie de l'acteur Steve Coogan, un peu désorienté au milieu de ce tournage d'époque bordélique.
La première partie est donc plus complexe mais aussi plus intéressante. Winterbottom réussit une scène particulièrement réjouissante d'un accouchement où la narration n'est plus guidée par la chronologie mais par les souvenirs en désordre de Tristram Shandy, narrateur de la scène.
Lorsque Winterbottom finit par se fixer sur le tournage en lui-même, la clarté de l'intrigue l'emporte sur la singularité du début. Le film marche alors sur un sentier maintes fois emprunté par de grands classiques tels que La nuit américaine (Truffaut) ou Ed Wood (Burton).
Mais malgré cet héritage écrasant, Winterbottom parvient à faire exister des personnages attachants interprétés par des acteurs de talent, notamment Naomie Harris (bientôt à l'affiche de Miami Vice), Kelly MacDonald (vue dans Trainspotting) ou Stephen Fry (fidèle acteur de Neil Jordan)

Même si Tournage dans un jardin anglais se révèle agréable et drôle, il risque cependant de ne pas être compris en France à sa juste valeur, pour une raison très simple. C'est un film anglais, adapté d'un roman « célèbre » outre-Manche et interprété par de grands acteurs anglais mais peu connus en France. A commencer par le rôle principal, Steve Coogan. A part une apparition dans Marie-Antoinette, le public français se souvient peut-être de lui en Philéas Fogg dans Le tour du monde en 80 jours avec Jackie Chan. Malheureusement pas assez pour comprendre toutes les subtilités du scénario. Le réalisateur et l'acteur ont en effet pris plaisir à brouiller les pistes concernant la réelle personnalité de Steve Coogan. Régulièrement cité dans les journaux à scandales pour ses excès, Coogan ne cherche pas à démentir et à s'assurer la sympathie du spectateur. Il va même jusqu'à composer un acteur égocentrique, infidèle et en lutte perpétuelle avec son partenaire dans le film (Rob Brydon) qui a été aussi son partenaire dans la réalité dans l'émission « I am Alan Partridge. »
Thomas Legal



































