
Retrouvez le test complet de l'édition zone 2 de la saison finale tout juste sortie dans les bacs en cliquant sur la jaquette ci-dessous :

Everything counts, everything ends
Piqûre de rappel pour ceux qui ont la malchance de ne pas connaître cette série créée par Alan Ball : en auscultant les vies d'une famille de croquemorts, Six Feet under propose de rire de l'absurdité de l'existence, de voir notre quotidien à travers les yeux de gens si proches et si lointains. C'est une manière de célébrer la vie en parlant drôlement de la mort. Six Feet Under, série mélancolique, joyeuse et fiévreuse, superbe de maturité et de cohérence, avec des personnages complexes incarnés par des interprètes au sommet de leur art. Dans le genre, on n'a pas fait mieux, on ne fait pas mieux, on ne fera pas mieux.
Aux antipodes des séries télévisées comme on en voit trop (comprendre aseptisées remplies de personnages qui résolvent leurs problèmes dans la joie et la bonne humeur), Six Feet Under est une série formidable, produite par HBO, qui autopsie les malheurs et bonheurs d'individus en totale contradiction avec eux-mêmes, confrontés chaque jour à la mort, qui doivent apprendre à vivre, à aimer la vie, à aimer les gens même dans leurs plus horribles défauts... Autour de deuils qui ne se font pas, le clan Fisher, famille de croque-morts, traînent leur belle singularité dans des corbillards. Chaque membre possède une personnalité très affirmée (le frère homo, la maman coincée, l'ado rebelle...) mais n'appartiennent pas aux vilains stéréotypes. Ce sont des hommes et des femmes qui vivent avant d'être des marionnettes téléguidées par des producteurs scrupuleux des réactions des spectateurs. Tabous qui volent en éclats, personnages tracassés par de lourds démons intérieurs, situations absurdes qui font swinguer le quotidien pâlot. Une série d'une beauté infinie qui dégomme les a priori, et hache menu les conventions.

Saison 5 : chef-d'oeuvre de sensibilité et d'intelligence.
Honnêtement, on ne s'attendait pas à une telle facture après la tournure inquiétante que la série avait prise avec la quatrième saison, de loin la plus faiblarde parce qu'artificielle et ostentatoire. Réjouissez-vous et oubliez les maladresses de la précédente saison : la première relation homo de Claire, la liaison abracadabrantesque de Keith avec une simili-Britney Spears. Oubliez les audaces formelles et narratives (le terrible épisode de l'agression qui occupe une moitié d'épisode). Oubliez la dramatisation et l'esthétisation outrancières (cf. le dernier épisode de la saison 4, trop dramaturgique, trop emphatique). Oubliez surtout le vernis branchouille qui parasitait bon nombre d'épisodes. Oubliez tout : la cinquième saison de Six Feet Under est la meilleure.

La meilleure parce qu'elle ne s'embarrasse pas d'artifices pour montrer la douleur à l'état nue ou sonder des tohu-bohu indescriptibles. Parce qu'elle se passe de mots et repose sur l'excellence de ses interprètes (habités et remarquables) pour lire sur leurs visages les tempêtes psychologiques des personnages. Parce qu'elle pointe à l'essentiel et châtie le démon larmoyant dans les situations les plus casse-gueules et réalistes. Parce que jamais une série n'a aussi bien parlé de nous : de rires, de larmes, de désillusions, de peines, de secrets inavouables. Et parce qu'on la finit - ou plutôt on l'accompagne jusqu'à son décès - comme on soutient un être cher, en ayant l'impression paradoxale d'avoir vécu une foultitude de vies parallèles.
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