"Avant de s'adresser à un public gay, Hustler White est avant tout une expérience de cinéma étrange qui peut aisément épuiser les résistances d'un spectateur confronté à ses propres limites. Peu importe finalement les moyens techniques : la profusion d'idées pallie l'indigence."
Hustler White, de Rick Castro & Bruce LaBruce, est typiquement le genre de films qui à la simple lecture de son synopsis va diviser les spectateurs et dont le résultat à l'écran risque d'encore plus violemment diviser ceux qui restent. Ce qui ne fait pas beaucoup de monde à l'arrivée. La raison pour laquelle il dérange vient certainement de son sujet (l'homosexualité traitée dans tous ses clichés et ses fantasmes) mais surtout de ses audaces visuelles. Sur Santa Monica Boulevard, les prostitués mâles font le trottoir et ameutent tous les clients en exposant fièrement leur torse huilé et bodybuildé. Un jour, Jurgen, journaliste snob, vient faire un reportage et tombe sous le charme d'un bellâtre... Alors qu'avec un tel sujet (la prostitution masculine), d'aucuns auraient sombré dans la complaisance et le concentré geignard poids lourd, certains cinéastes ont démontré le contraire. D'un côté, Gus Van Sant avec My Own private Idaho qui misait dans un registre émotionnel sans s'autoriser la moindre fioriture ; et, Hustler White, comédie trash décomplexée qui tord l'esprit de sérieux et déverrouille par la même occasion les us et coutumes d'un genre bien précis : la comédie romantique. Le dynamitage aura lieu avec deux ombres tutélaires : Kenneth Anger et Paul Morrissey.
Photo de Bruce La Bruce
Avant de s'adresser à un public gay, Hustler White est avant tout une expérience de cinéma étrange qui peut aisément épuiser les résistances d'un spectateur confronté à ses propres limites. Peu importe finalement les moyens techniques : la profusion d'idées pallie l'indigence. Ce film reste également célèbre pour avoir contribué à populariser le style de Bruce La Bruce qui se veut très proche d'Andy Warhol jusque dans sa manière pop art (succession de saynètes qui n'ont comme fil conducteur qu'une histoire d'amour «qui commence à se faire») de colmater des éléments hétéroclites. Les références à Morrissey et surtout Kenneth Anger sont incontestables dans l'esthétique, voire même jusque dans l'identité des personnages (Bruce La Bruce s'appelle dans le film Jürgen Anger). Une démarche qui peut rapido être prise pour de la poussière sur du vide. Or, en refusant de suivre la moindre ligne de script (les dialogues étaient improvisés, les comédiens n'apprenaient pas leur texte ou alors lisaient uniquement dès qu'ils sortaient du champ); en déformant les conventions d'usage (la première prise est souvent la bonne chez La Bruce); en empruntant des sentiers pas souvent fréquentés, Bruce La Bruce sait pertinemment qu'il peut rebuter comme fasciner. Son audace constitue son atout le plus sûr.
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