
L'AVIS DU JOUR : BLOOD AND BONES
Blood and bones, Chi to Hone, le sang et les os. Quel titre !
Ce sang qui bout dans les veines d'une famille déchirée, aux os broyés par celui qui lui a donné vie, ce sang noir comme ces moult pensées qui secouent notre âme à la vue de ce film d'une violence et d'une dureté rares, ce sang n'entache que peu la pellicule de ce film de deux heures, mais il semble pourtant éclabousser presque chaque seconde de bande qui passe devant nos yeux, signe de mort, de destruction, d'annihilation.

Ces os brisés sont ceux d'enfants, progéniture d'un homme mu par une sorte de puissance démoniaque, tristement humaine. Ils sont les os cassés d'une épouse violée, violentée, d'une femme qui n'en est plus une aux yeux de cet homme qui ne la voit que comme un sexe pas assez béant, et une gueule bien trop grande. Ils sont aussi les os rompus d'esclaves employés par ce même homme monstrueusement déterminé, dur, intelligent, quasi déshumanisé tant il n'entend que peu à la douleur des êtres qui l'entourent.
Takeshi Kitano incarne jusque dans l'âme ce personnage horrible. Il ne se force même pas à l'investir ce Kim Shunpei, il nous force, nous, à le subir. Quelle scène que celle où de retour après avoir été absent de la maisonnée pendant un bon bout de temps, l'on voit ce mari « maître chez lui » assis dans un coin de la salle à manger, comme une tornade immobile, une fureur blanche qui se sait pouvoir exploser quand elle veut, juste quand sa volonté aura le vil plaisir de se heurter à celle d'autrui. Une puissance brute, comme écartant les parois de l'écran de télévision pour envahir tout l'espace autour de nous. Et conséquence attendue lorsque cette femme sans plus de féminité, qui reste quoi qu'il arrive son épouse, le retrouve à la maison : des claques, des coups, un viol...

Mais comme cette bête destructrice reste malgré tout un être humain, un étrange sourire, comme celui d'un homme qui sait quand même aimer (mais quoi ? lui-même, quelqu'un d'autre, la vie peut-être ?), vient en de rares et tout aussi brefs instants se dessiner sur son visage qui devient par là si douloureusement humain, bien malheureusement humain... comme nous. Non, ce n'est pas un monstre arrivé de mythes surréalistes, ce diable né diable, bête sans amour, pleine d'une brûlante volonté de destruction, mais juste un homme.
[p1] [p2]
![]() | ||
| ||





































