LES RIVIÈRES POURPRES
2000
Réalisation : Mathieu Kassovitz
Acteurs : Jean Réno, Vincent Kassel, Nadia Farès
Durée : 1h45
Sortie nationale : 27 septembre 2000
En Savoie, dans les hautes montagnes abritant une université de renom, des faits étranges se produisent : meurtres, mutilations, profanations, vols. Deux flics que tout oppose, enquêtent chacun de leur côté essayant de trouver une signification rationnelle à tous ces actes barbares. Ils ne trouveront la réponse qu'en unissant leurs efforts après s'être croisés au hasard de leurs investigations. Peut-être découvriront-ils la signification de ces étranges ''rivières pourpres''.
Les Rivières pourpres est donc un des films les plus attendus de cette rentrée cinéma (l'autre, Le Pacte des Loups, est finalement repoussé début 2001). Les raisons : un film de genre enfin français, un réalisateur techniquement très doué, un scénario issu d'un livre phénomène riche et palpitant. Mais suivant l'angle avec lequel on regarde l'oeuvre, le résultat est plus ou moins convaincant.
Commençons avec les points positifs : il est bon de voir enfin un film français de genre qui n'a pas à rougir de la comparaison américaine. Enfin, les images ressemblent à du Cinéma. Kassovitz sait utiliser la photographie, la musique, le fabuleux décor de l'université et les acteurs pour donner du relief à son film et enrichir ainsi son histoire. Enfin, un français prend en compte tous ces éléments qui font partie de la mise en scène. Éléments d'autant plus accentués qu'il s'agit d'un cinéma de genre dont la pratique est peu courante en France. Kassovitz montre ainsi que ce n'est pas l'apanage des jeunes réalisateurs-gamins qui s'amusent à faire du cinéma. Non, bien au contraire, notre réalisateur a acquis une certaine maturité qui lui permet maintenant de s'attaquer à ce type de cinéma et l'on espère qu'en poursuivant dans cette voie, il nous offrira enfin son chef d'oeuvre.
Car, malheureusement, les Rivières pourpres ne tient pas toutes ses promesses quant au scénario. Lorsque l'on regarde le film sous l'angle d'un genre toutes nationalités confondues, il ne tient malheureusement pas la distance. Trop souvent, le modèle Seven ou Le Silence des Agneaux, qui ont forcément servi de base de travail, fait de l'ombre au petit français. Bizarre, car J.C. Grangé a réalisé lui-même l'adaptation de son bouquin. Mais à trop vouloir couper des scènes d'un roman dense et complexe, la narration du film s'en ressent énormément.
En effet, pour l'auteur de ses lignes qui n'a pas lu le roman (honte à lui !), le film n'est qu'une succession de séquences qui ne s'enchaînent jamais très bien (la précédente à rarement des répercussions sur la suivante). Elles ne sont plus liées que par un fil ténu, (l'extraordinaire idée du bouquin née de l'imagination de Grangé), mais complètement édulcorée. Les rares surprises n'en sont plus car le scénrio donne trop tôt les clefs du puzzle. L'esprit du spectateur prend conscience bien avant les protagonistes des indices qui se présentent à eux là où le lecteur, dixit le Pécha (toujours lui), mettait trois cents pages pour enfin entrevoir les implications, les connexions et un semblant de vérité sur l'abomination de ces Rivières.
En conclusion, on peut dire que Kassovitz entame avec ce film une période transitoire qui le fera passer bientôt à une réalisation-adulte pour notre plus grand bonheur tant le potentiel semble grand (bien qu'ici, il a encore fallu qu'il introduise des traits d'humour entre Cassel et Reno qui s'avèrent souvent inutiles. Avons-nous peur d'être sérieux ?). Il y arrivera, car, pour l'instant, Les Rivières pourpres se laisse agréablement regarder. Mais passée l'émotion de découvrir un film de ce type estampillé ''made in France'', il manque finalement l'émotion d'un bon film tout court. A l'image d'un Ian Kounen, nous attendons qu'il trouve un grand scénario. Mais qui dit grand scénario dit scénariste (quelqu'un dont c'est le métier) et en France, cela est plutôt rare ! Savez-vous que Charles Gassot (producteur de renom) réfléchit à ce problème en ce moment même ?
Note : 6/10
PS: Que cette critique ne vous empêche pas de lire le livre que tout le monde dit extraordinaire ! Jean-Christophe Grangé a peut-être mal adapté son bouquin, mais il a de l'imagination (c'est rare !) et dans son roman, il sait vous tenir en haleine.
Thomas Douineau





































