
CINE : ILS
ILS
Un film de Xavier Palud et David Moreau
Avec Olivia Bonamy et Michaël Cohen
Durée : 1h18
Sortie le 19 juillet 2006

Clémentine, enseignante de français, et Lucas, auteur de romans, ont emménagé depuis quelques semaines dans une grande maison nichée au coeur de la forêt roumaine. Une vie tranquille pour le jeune couple qui va rapidement basculer dans le cauchemar lorsqu'un indécelable groupe d'intrus va tenter de pénétrer dans la demeure après avoir coupé le courant et le téléphone.
Mettre sur pied un film d'horreur n'est décidément pas une mince affaire et trouver un sujet captivant encore moins. Lorsque les uns tentent de réinventer un style, que les autres mettent la surenchère dans le gore ou que l'on bascule tout simplement dans l'hommage ou le remake éhonté, le jeune duo Palud / Moreau préfère oublier tous les alibis possibles pour son premier long métrage, et miser sur le minimalisme primaire. L'ambiance et rien que l'ambiance ne compte donc dans ces uniques 75 minutes qui reposent sur les bases de la peur panique que sont l'inconnu, l'indécelable, le noir et surtout l'intrusion chez soi sans même savoir se défendre. Malgré une faible épaisseur dans son script et une mise en place des personnages pas particulièrement emballant, les deux jeunes réalisateurs parviennent à faire tenir leur exercice de style sur la durée. Premier point fort.

Le second, et là on en n'attendait plus tant aujourd'hui, c'est qu'à défaut de réellement foutre les jetons, Ils reste frissonnant et appréhensif jusqu'à sa chute (assez courageuse) en utilisant les recettes les plus éculées du slasher sans pour autant en abuser. Un pertinent dosage offrant une seconde vie au spectator-jumping, outil fastoche un peu massacré par Scream et ses ersatz qui tentaient de filer la frousse avec un téléphone, un chat, une bille, une plume ou un cheveu qui rentrait dans le champ sans crier gare et soutenu par de débiles crissements de violons. Ils reprend les mêmes règles, mais choisit plus intelligemment les moments opportuns pour se déchaîner et se paye même le luxe incroyable de faire crier de consort toute une salle de cinéma avec cent malheureux grammes de boue dans sa classique, mais monstrueusement efficace scène d'introduction. Le traitement sonore de l'ensemble restera ensuite du même acabit : ça grince, ça craque, ça cliquète et ça tambourine à tout bout de champ pour mieux mettre le trouillomètre du spectateur à zéro.

L'inventivité de mise en scène répond bien présente - plus particulièrement dans la façon dont le mystère est nourri puisque l'on ne découvre qui (ou quoi) sont-Ils que dans les dernières minutes -. Et pourtant on attendra que les garçons transforment l'essai puisque si leur thriller d'horreur fonctionne assurément en l'état, il ne se fera que trop vite oublier une fois les lumières rallumées en laissant l'impression de n'avoir assisté qu'à un film-brouillon. Oeuvre particulièrement léchée par un travail de photographie lugubre, frisant le noir et blanc, et cadrée en DV sur la plupart des plans, le film oublie cet indécelable petit plus qui nous donnerait envie de revenir dessus. Demeure néanmoins une jouissive expérience de train fantôme aux relents de Wes Craven dans sa période Maisons et Collines, qui parvient autant à tenir l'attention (et la tension) qu'à faire sursauter les spectateurs main dans la main, comme lorsque l'on joue à se faire peur.
Arnaud Mangin



































